{"id":6802,"date":"2015-09-24T08:15:09","date_gmt":"2015-09-24T06:15:09","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=6802"},"modified":"2020-07-27T09:41:18","modified_gmt":"2020-07-27T07:41:18","slug":"lenquete-sur-les-miracles-de-jesus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/lenquete-sur-les-miracles-de-jesus\/","title":{"rendered":"L\u2019enqu\u00eate sur les miracles de J\u00e9sus"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_6711\" aria-describedby=\"caption-attachment-6711\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/09\/jesus_1_61.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6711\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/09\/jesus_1_61.jpg\" alt=\"Le poss\u00e9d\u00e9 de G\u00e9rasa. Cette gu\u00e9rison par exorcisme de d\u00e9mons \u00e9tait un proc\u00e9d\u00e9 tr\u00e8s courant en Assyro-Babylonie. D\u00e9tail du plafond peint de l\u2019\u00e9glise Saint-Martin de Zillis (GR), vers 1130-1140. \u00a9 Yvan Travert \/ akg-images\" width=\"590\" height=\"392\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/09\/jesus_1_61.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/09\/jesus_1_61-391x260.jpg 391w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-6711\" class=\"wp-caption-text\">Le poss\u00e9d\u00e9 de G\u00e9rasa. Cette gu\u00e9rison par exorcisme de d\u00e9mons \u00e9tait un proc\u00e9d\u00e9 tr\u00e8s courant en Assyro-Babylonie. D\u00e9tail du plafond peint de l\u2019\u00e9glise Saint-Martin de Zillis (GR), vers 1130-1140.<br \/>\u00a9 Yvan Travert \/ akg-images<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Dans sa th\u00e8se prim\u00e9e \u00e0 l\u2019UNIL, la th\u00e9ologienne Christine Prieto s\u2019est int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 la figure de J\u00e9sus gu\u00e9risseur, et \u00e0 ses liens avec les diff\u00e9rentes pratiques th\u00e9rapeutiques en cours dans l\u2019Antiquit\u00e9, entre gu\u00e9risons magiques du monde assyro-babylonien et m\u00e9decine grecque des plus rationnelles. Un parcours aussi foisonnant que riche en enseignements divers.<\/em><\/p>\n<p>Que sait-on v\u00e9ritablement des miracles de J\u00e9sus? Est-il certain qu\u2019on ne puisse les expliquer de mani\u00e8re rationnelle? Et s\u2019ils n\u2019\u00e9taient que la continuit\u00e9 de pratiques th\u00e9rapeutiques traditionnelles? C\u2019est avec ces interrogations que la chercheuse Christine Prieto s\u2019est lanc\u00e9e dans sa th\u00e8se de doctorat, d\u00e9fendue \u00e0 l\u2019UNIL (o\u00f9 elle a re\u00e7u le Prix Paul Chapuis-Secr\u00e9tan en 2013) et d\u00e9sormais publi\u00e9e aux Editions Labor et Fides sous le titre: <em>J\u00e9sus th\u00e9rapeute. Quels rapports entre ses miracles et la m\u00e9decine antique?<\/em><\/p>\n<p>Se concentrant sur les miracles de gu\u00e9rison rapport\u00e9s dans l\u2019Evangile de Luc, la th\u00e9ologienne a souhait\u00e9 ainsi les confronter tour \u00e0 tour aux diff\u00e9rentes pratiques de l\u2019Antiquit\u00e9, qu\u2019il s\u2019agisse du monde juif, \u00e9gyptien, m\u00e9sopotamien ou encore gr\u00e9co-romain. L\u2019enjeu \u00e9tant de pouvoir identifier clairement les emprunts \u00e0 l\u2019une ou l\u2019autre de ces th\u00e9rapies antiques. Et v\u00e9rifier s\u2019il y avait bien l\u00e0, dans ces miracles de J\u00e9sus, une part r\u00e9solument singuli\u00e8re, et donc exceptionnelle. Enqu\u00eate donc, au c\u0153ur du myst\u00e8re entourant ces miracles th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<p><strong>Quand m\u00e9decine et magie cohabitaient<\/strong><\/p>\n<p>Qu\u2019en \u00e9tait-il des pratiques th\u00e9rapeutiques, justement, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de J\u00e9sus Christ? Que sait-on de ces m\u00e9decines antiques? \u00abLa m\u00e9decine contemporaine \u00e0 J\u00e9sus est extr\u00eamement vari\u00e9e\u00bb, r\u00e9pond Christine Prieto.\u00abD\u2019un c\u00f4t\u00e9, dans le monde gr\u00e9co-romain, on trouve une m\u00e9decine empirique et rationnelle, proche dans ses principes de celle que nous connaissons dans nos soci\u00e9t\u00e9s occidentales, et de l\u2019autre, il y avait une m\u00e9decine de type magique et religieuse dans le monde s\u00e9mitique.\u00bb<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9poque, cependant, la fronti\u00e8re entre m\u00e9decine et magie n\u2019est pas aussi nette que celle que l\u2019on conna\u00eet aujourd\u2019hui: \u00abIl y a aussi des pratiques magiques et religieuses dans le monde gr\u00e9co-romain, ainsi que de l\u2019empirique dans les mondes s\u00e9mitique, assyro-babylonien et \u00e9gyptien\u00bb, poursuit la d\u00e9sormais docteure en Th\u00e9ologie de l\u2019UNIL.<\/p>\n<p>\u00abToutes les approches se croisent partout, en fait, mais n\u2019ont pas toujours le m\u00eame statut social. Le malade, cherchant \u00e0 \u00eatre gu\u00e9ri \u00e0 tout prix, n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 passer du rationnel au magique selon ses besoins. Il y avait bien entendu de gros enjeux financiers qui faisaient que chaque praticien \u2013 m\u00e9decin, pr\u00eatre ou magicien \u2013 cherchait \u00e0 s\u2019implanter dans la cit\u00e9 et \u00e0 se cr\u00e9dibiliser. Mais l\u2019Etat et les intellectuels n\u2019avaient pas toujours cette vision positive de la cohabitation. Ainsi la magie \u00e9tait tr\u00e8s mal vue en Gr\u00e8ce et \u00e0 Rome \u2013 tout en ayant sa client\u00e8le!\u00bb<\/p>\n<p><strong>Soigner en chassant les d\u00e9mons<\/strong><\/p>\n<p>En comparant le large \u00e9ventail des pratiques th\u00e9rapeutiques propos\u00e9es dans l\u2019Antiquit\u00e9, la chercheuse de l\u2019UNIL conclut que \u00abc\u2019est \u00e0 la m\u00e9decine religieuse ou magique du monde s\u00e9mitique ou assyro-babylonien que se rapprochent le plus les miracles de J\u00e9sus\u00bb.En effet, comme dans ces traditions, la gu\u00e9rison est alors toujours soumise \u00e0 l\u2019action de forces surnaturelles.<\/p>\n<p>Dans ces territoires m\u00e9sopotamiens, o\u00f9 confluent des cultures aussi bien sum\u00e9rienne, babylonienne, assyrienne que n\u00e9obabylonienne, \u00abla m\u00e9decine \u00e9tait aux mains des pr\u00eatres-m\u00e9decins, les ashipu\u00bb, \u00e9crit la chercheuse, \u00abqui b\u00e2tirent la pens\u00e9e th\u00e9rapeutique sur l\u2019id\u00e9e d\u2019omnipr\u00e9sence des d\u00e9mons et sur la n\u00e9cessit\u00e9 de les chasser pour obtenir le retour de la sant\u00e9 et la r\u00e9conciliation du malade avec les dieux\u00bb.<\/p>\n<p><strong>J\u00e9sus, exorciste<\/strong><\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, \u00abJ\u00e9sus pratique r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019exorcisme pour traiter des affections diverses qui vont de la fi\u00e8vre \u00e0 la folie \u201cfr\u00e9n\u00e9tique\u201d ou \u00e0 l\u2019\u00e9pilepsie et m\u00eame au mutisme\u00bb. A ce titre, le miracle du poss\u00e9d\u00e9 de G\u00e9rasa est le cas le plus repr\u00e9sentatif: \u00abLuc nous pr\u00e9sente un cas de gu\u00e9rison par exorcisme de d\u00e9mons et de transfert de ceux-ci dans des animaux que l\u2019on chasse au loin, ce qui est un proc\u00e9d\u00e9 tr\u00e8s courant en Assyro-Babylonie\u00bb, pr\u00e9cise la th\u00e9ologienne.<\/p>\n<p>Dans ce miracle, qui ne saurait \u00eatre la retranscription exacte d\u2019un rituel m\u00e9sopotamien, \u00abnous retrouvons n\u00e9anmoins ces \u00e9l\u00e9ments fondamentaux: la parole d\u2019autorit\u00e9 qui oblige le d\u00e9mon \u00e0 d\u00e9cliner son identit\u00e9, puis qui fait passer le mal d\u00e9moniaque dans des animaux; la ressemblance entre l\u2019identit\u00e9 des d\u00e9mons et les animaux choisis pour les recevoir; la disparition des d\u00e9mons dans un lieu d\u00e9sertique en emportant le mal; l\u2019homme lib\u00e9r\u00e9 et gu\u00e9ri et r\u00e9concili\u00e9 avec Dieu\u00bb, analyse encore Christine Pietro.<\/p>\n<p><strong>J\u00e9sus \u00e9tait-il un m\u00e9decin babylonien?<\/strong><\/p>\n<p>J\u00e9sus agirait-il alors seulement comme les ashipu de l\u2019Antiquit\u00e9? Ses miracles ne feraient-ils d\u00e8s lors pas que reproduire un mode de th\u00e9rapie qui \u00e9tait devenu familier aux Juifs \u00e0 la faveur des invasions et d\u00e9portations assyrienne et babylonienne? Non, r\u00e9pond la chercheuse, qui \u00e9voque trois principales diff\u00e9rences dans la pratique christique. Tout d\u2019abord, \u00abce qui est nouveau est bien s\u00fbr le pouvoir irr\u00e9sistible de J\u00e9sus: aucune pathologie, aucun d\u00e9mon ne lui r\u00e9siste. Il est bien au-dessus de tout m\u00e9decin, ou mage, ou exorciste contemporains, et du coup, les ressemblances semblent faibles, compar\u00e9es \u00e0 sa th\u00e9rapeutique sans faille et instantan\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, \u00abJ\u00e9sus agit par sa propre autorit\u00e9 sans invoquer un dieu (qu\u2019il devrait supplier pour \u00eatre exauc\u00e9), \u00e9crit la th\u00e9ologienne, en prenant soin de rattacher le prodige au Dieu d\u2019Isra\u00ebl. Le positionnement est donc diff\u00e9rent: J\u00e9sus agit pour et par Dieu, mais il est en position de force face aux d\u00e9mons.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Le p\u00e9ch\u00e9 ne rend pas malade<\/strong><\/p>\n<p>Ce qui diff\u00e8re \u00e9galement grandement, et ne saurait \u00eatre n\u00e9glig\u00e9, insiste la chercheuse, \u00abc\u2019est le refus du syst\u00e8me p\u00e9ch\u00e9-punition-maladie\u00bb, tel que se le repr\u00e9sentait le monde juif et babylonien. \u00abChez Luc, la maladie est clairement d\u00e9tach\u00e9e du p\u00e9ch\u00e9\u00bb, garantit l\u2019auteure, qui poursuit: \u00abLa maladie est une des manifestations du pouvoir de Satan sur Terre, et J\u00e9sus vient renverser ce pouvoir pour \u00e9tablir le Royaume de Dieu. Tout naturellement, il gu\u00e9rit donc des maladies et exorcise. Ce qui ne veut pas dire que l\u2019homme soit sans p\u00e9ch\u00e9 et n\u2019ait pas besoin de gu\u00e9rison \u00e0 ce niveau-l\u00e0. L\u2019enseignement de J\u00e9sus permet \u00e0 l\u2019homme de revenir vers Dieu, mais il le fait dans un corps sain. J\u00e9sus a le souci de gu\u00e9rir l\u2019homme dans toutes ses dimensions.\u00bb<\/p>\n<p>Autre point important \u00e0 souligner encore pour la th\u00e9ologienne, la gratuit\u00e9 du don de ces gu\u00e9risons: \u00abContrairement \u00e0 ce qu\u2019on pense souvent, la foi du malade est loin d\u2019\u00eatre pr\u00e9sente dans tous les r\u00e9cits, car J\u00e9sus agit, gu\u00e9rit aussi par pure bienveillance. Mais lorsque la foi est pr\u00e9sente, elle permet d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un domaine sup\u00e9rieur \u00e0 celui de la gu\u00e9rison: le salut. L\u2019homme va au bout du parcours lorsqu\u2019il n\u2019est pas seulement gu\u00e9ri physiquement mais aussi sauv\u00e9. Le r\u00e9cit des dix l\u00e9preux en Luc 17 en est repr\u00e9sentatif: 10 sont gu\u00e9ris mais un seul est sauv\u00e9.\u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_6708\" aria-describedby=\"caption-attachment-6708\" style=\"width: 386px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/09\/christine_prieto_61.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6708\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/09\/christine_prieto_61.jpg\" alt=\"Christine Prieto. Chercheuse, th\u00e9ologienne. \u00a9 Eric Courtet\" width=\"386\" height=\"282\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/09\/christine_prieto_61.jpg 386w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/09\/christine_prieto_61-356x260.jpg 356w\" sizes=\"auto, (max-width: 386px) 100vw, 386px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-6708\" class=\"wp-caption-text\">Christine Prieto. Chercheuse, th\u00e9ologienne.<br \/>\u00a9 Eric Courtet<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Chez les Juifs, Dieu est le vrai m\u00e9decin<\/strong><\/p>\n<p>La pratique th\u00e9rapeutique de J\u00e9sus s\u2019attache \u00e9galement \u00e0 la tradition juive, nous apprend encore Christine Pietro. \u00abSi l\u2019on ne peut pas vraiment parler d\u2019une m\u00e9decine juive au Ier si\u00e8cle, un trait fondamental reste de se tourner vers Dieu comme le vrai m\u00e9decin, ce qui concerne alors tous les miracles. La r\u00e9surrection du gar\u00e7on \u00e0 Na\u00efn est d\u2019ailleurs dans la droite ligne d\u2019un miracle proche accompli par Elie (I Rois 17) et inscrit alors J\u00e9sus dans la continuit\u00e9 de ce proph\u00e8te.\u00bb<\/p>\n<p>Mais l\u00e0 encore, la position de J\u00e9sus diff\u00e8re en ce qui concerne la conception selon laquelle la maladie est une sanction divine du p\u00e9ch\u00e9. Le J\u00e9sus tel qu\u2019il appara\u00eet chez Luc, \u00e9crit l\u2019auteure, \u00abn\u2019est pas pris dans l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 entre un Dieu qui fait du bien et un Dieu qui punit. J\u00e9sus agit au nom de Dieu, et il repousse les maladies et les d\u00e9mons pour faire avancer le r\u00e8gne de Dieu.\u00bb Si la gu\u00e9rison appartient bien \u00e0 Dieu, \u00abjamais les d\u00e9mons ne sont pr\u00e9sent\u00e9s comme les adjuvants ex\u00e9cuteurs des d\u00e9crets de Dieu\u00bb.<\/p>\n<p><strong>L\u2019originalit\u00e9 de J\u00e9sus: il touche les impurs<\/strong><\/p>\n<p>Autre prise de distance avec le juda\u00efsme, la recherche de proximit\u00e9 qu\u2019op\u00e8re J\u00e9sus vis-\u00e0-vis des malades les plus s\u00e9v\u00e8res, tels que les l\u00e9preux ou les \u00e9pileptiques. \u00abAu lieu de s\u2019en d\u00e9tourner avec effroi ou de les estimer incurables, J\u00e9sus les affronte sans reculer\u00bb, analyse alors la doctorante. \u00abDe surcro\u00eet, il touche les l\u00e9preux, ce qui dans le juda\u00efsme est une aberration.\u00bb Et de conclure en ce qui concerne la comparaison avec la tradition juive: \u00abLes \u0153uvres de J\u00e9sus renversent les barri\u00e8res du juda\u00efsme qui cloisonnent les \u00a0maladies: J\u00e9sus touche les impurs (l\u00e9preux, femmes, morts); il gu\u00e9rit tous les jours, il ne lie pas les maladies aux p\u00e9ch\u00e9s, les traitant toutes sur le m\u00eame plan (soit contraires au d\u00e9sir de Dieu pour l\u2019homme); ses bienfaits peuvent s\u2019adresser ponctuellement \u00e0 des pa\u00efens. L\u2019ensemble de ces modalit\u00e9s veut montrer que J\u00e9sus am\u00e8ne le Royaume de Dieu, qui passe par une lutte sans merci contre Satan: tout temps, tout lieu et tout moyen sont bons pour lui faire la guerre.\u00bb Et si la gloire revient \u00e9galement toujours \u00e0 Dieu, c\u2019est bien J\u00e9sus lui-m\u00eame qui donne la gu\u00e9rison et le soulagement, en tant que son envoy\u00e9.<\/p>\n<p><strong>J\u00e9sus et les m\u00e9decins hippocratiques<\/strong><\/p>\n<p>Si les gu\u00e9risons de J\u00e9sus s\u2019inscrivent dans la continuit\u00e9 des proph\u00e8tes et autres mages gu\u00e9risseurs de l\u2019Antiquit\u00e9, l\u2019\u00e9tude r\u00e9v\u00e8le que le comportement de J\u00e9sus, tel qu\u2019il est d\u00e9crit en tout cas dans l\u2019Evangile de Luc, s\u2019apparente en de nombreux points \u00e0 la d\u00e9ontologie gr\u00e9co-romaine en la mati\u00e8re. Entendons-nous: il ne s\u2019agit l\u00e0 pas de sugg\u00e9rer que le personnage de J\u00e9sus aurait lui-m\u00eame emprunt\u00e9 au m\u00e9decin hippocratique, cela n\u2019aurait pas de sens au vu de l\u2019absence compl\u00e8te de r\u00e9f\u00e9rence de Luc au corps m\u00e9dical. Christine Prieto avance cependant l\u2019hypoth\u00e8se que Luc aurait \u00ab\u00e9crit ses r\u00e9cits en y ins\u00e9rant des \u00e9l\u00e9ments qui \u00e9voqueraient la culture grecque\u00bb, le but \u00e9tant de \u00abconstruire des ponts entre les r\u00e9cits palestiniens de miracles et ses lecteurs du monde gr\u00e9co-romain\u00bb.<\/p>\n<p>Pour la th\u00e9ologienne, \u00abLuc a le souci d\u2019\u00e9crire \u201cune vie de J\u00e9sus\u201d qui soit compr\u00e9hensible pour des lecteurs issus de cet univers culturel. Cette pr\u00e9occupation se r\u00e9percute sur la mani\u00e8re dont il le raconte, et dont il pr\u00e9sente le personnage de J\u00e9sus comme gu\u00e9risseur. Il ne peut \u00e9crire de la m\u00eame fa\u00e7on pour des Grecs cultiv\u00e9s que pour des Juifs palestiniens familiers du monde surnaturel de l\u2019Ancien Testament.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Empathique comme un m\u00e9decin gr\u00e9co-romain<\/strong><\/p>\n<p>Le miracle le plus repr\u00e9sentatif sur ce point est celui de la r\u00e9surrection de la fille de Ja\u00efrus. \u00abSi le proc\u00e9d\u00e9 reste surnaturel, donc pas m\u00e9dical comme nous l\u2019entendons, le r\u00e9cit appuie davantage la figure m\u00eame du m\u00e9decin, dans son attitude, sa d\u00e9ontologie, sa mani\u00e8re d\u2019\u00e9tablir un dialogue avec la famille, de contenir la foule, d\u2019\u00eatre en empathie\u00bb, rel\u00e8ve la chercheuse. \u00abCe sont des points t\u00e9nus, mais qui \u00e0 mon avis peuvent produire un \u00e9cho dans l\u2019esprit du lecteur grec ou romain, en rappelant des qualit\u00e9s qu\u2019il attend lui-m\u00eame de son praticien. La d\u00e9ontologie m\u00e9dicale est un trait fondamental de la m\u00e9decine hippocratique, tr\u00e8s soulign\u00e9 en Gr\u00e8ce et \u00e0 Rome.\u00bb<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, J\u00e9sus ne cherche pas \u00e0 expliquer les maladies, leurs causes et leurs cons\u00e9quences. Il n\u2019examine pas, n\u2019ausculte pas, n\u2019interroge pas. Il ne prescrit ni rem\u00e8de ni ne pratique la chirurgie. Pourtant, la pratique de J\u00e9sus en tant que th\u00e9rapeute s\u2019apparente au bon m\u00e9decin, qui calme les angoisses des proches et sait ma\u00eetriser une foule agit\u00e9e et bruyante.<\/p>\n<p>Mais d\u2019autres diff\u00e9rences persistent l\u00e0 encore, comme sa prise en charge m\u00eame des pathologies les plus graves et incurables, l\u00e0 o\u00f9 les m\u00e9decins pr\u00e9f\u00e8rent opter pour la prudence, afin de prot\u00e9ger \u00e0 la fois leur r\u00e9putation et client\u00e8le. De plus, J\u00e9sus ne se fait jamais payer, et donc sa pratique ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un travail qui m\u00e9rite un salaire. Les gu\u00e9risons de J\u00e9sus sont toujours des dons, qui n\u2019exigent ni argent ni foi, comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit plus haut.<\/p>\n<p><strong>L\u2019originalit\u00e9 du J\u00e9sus soignant<\/strong><\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que cela nous dit finalement du personnage de J\u00e9sus et de ses miracles? \u00abPour Luc\u00bb, r\u00e9pond la th\u00e9ologienne, \u00able pouvoir miraculeux de J\u00e9sus s\u2019inscrit dans la venue du Royaume de Dieu et la d\u00e9faite de Satan, il est li\u00e9 \u00e0 l\u2019enseignement de J\u00e9sus, comme les deux facettes d\u2019une m\u00eame pi\u00e8ce. C\u2019est sous cet angle qu\u2019il faut l\u2019appr\u00e9hender: Dieu a donn\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus une autorit\u00e9 et une puissance, qui lui permettent d\u2019accomplir ces miracles, signes de l\u2019\u00e9tablissement en cours du Royaume.\u00bb<\/p>\n<p>Par ailleurs, il n\u2019est pas inutile de relever que \u00abl\u2019importance en nombre de ces r\u00e9cits de gu\u00e9risons montre que J\u00e9sus est le gu\u00e9risseur des corps souffrants et pas seulement des \u00e2mes: l\u2019\u00eatre humain forme un tout, et le corps souffrant est constamment pris en compte. C\u2019est une th\u00e9ologie tr\u00e8s incarn\u00e9e.\u00bb A mille lieues donc de l\u2019id\u00e9e erron\u00e9e et largement r\u00e9pandue que le corps serait le pire ennemi de Dieu et de ses fid\u00e8les.<\/p>\n<figure id=\"attachment_6701\" aria-describedby=\"caption-attachment-6701\" style=\"width: 200px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/09\/jesus_livre_61.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6701\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/09\/jesus_livre_61.jpg\" alt=\"J\u00e9sus th\u00e9rapeute. Quels rapports entre ses miracles et la m\u00e9decine antique?? De Christine Prieto. Ed. 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