{"id":6794,"date":"2015-09-24T08:17:58","date_gmt":"2015-09-24T06:17:58","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=6794"},"modified":"2020-07-27T09:40:22","modified_gmt":"2020-07-27T07:40:22","slug":"anesthesie-vous-pouvez-endormir-vos-craintes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/anesthesie-vous-pouvez-endormir-vos-craintes\/","title":{"rendered":"Anesth\u00e9sie: vous pouvez endormir vos craintes"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_6636\" aria-describedby=\"caption-attachment-6636\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/09\/anesthesie_1_61.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6636\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/09\/anesthesie_1_61.jpg\" alt=\"Intervention. L\u2019anesth\u00e9sie proprement dite commence par la pose d\u2019un masque \u00e0 oxyg\u00e8ne et d\u2019un goutte-\u00e0-goutte. \u00a9 Thinkstock\" width=\"590\" height=\"392\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/09\/anesthesie_1_61.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/09\/anesthesie_1_61-391x260.jpg 391w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-6636\" class=\"wp-caption-text\">Intervention. L\u2019anesth\u00e9sie proprement dite commence par la pose d\u2019un masque \u00e0 oxyg\u00e8ne et d\u2019un goutte-\u00e0-goutte.<br \/>\u00a9 Thinkstock<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Peur de mourir, de ne pas se r\u00e9veiller ou au contraire de reprendre conscience pendant l\u2019op\u00e9ration: l\u2019anesth\u00e9sie est encore souvent source d\u2019angoisse. Pourtant, cet acte m\u00e9dical a consid\u00e9rablement \u00e9volu\u00e9 au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies pour devenir tr\u00e8s s\u00fbr.\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Est-ce le fait d\u2019\u00eatre endormi pendant l\u2019intervention et de ne pas pouvoir ma\u00eetriser la situation? Ou, pour les plus \u00e2g\u00e9s, le mauvais souvenir de l\u2019\u00e9ther qu\u2019ils devaient respirer au bloc op\u00e9ratoire? Ou encore ces histoires d\u2019accidents d\u2019anesth\u00e9sie qui circulent toujours, bien qu\u2019elles soient d\u2019un autre temps? Quoi qu\u2019il en soit, toutes les enqu\u00eates d\u2019opinion le montrent: l\u2019anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale suscite de nombreuses craintes. Pourtant le risque, s\u2019il n\u2019est pas nul, est devenu tr\u00e8s faible. Pratiqu\u00e9 aujourd\u2019hui par des sp\u00e9cialistes ayant suivi une longue formation, cet acte m\u00e9dical \u00abest devenu extr\u00eamement s\u00fbr\u00bb, souligne Patrick Schoettker, responsable de l\u2019Anesth\u00e9sie neurochirurgicale, ORL et Urgences au Service d\u2019anesth\u00e9siologie du CHUV et privat-docent \u00e0 l\u2019UNIL.<\/p>\n<p>L\u2019anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale, qui s\u2019impose notamment dans certains cas de chirurgie ouverte, a pour objectif d\u2019\u00e9viter au patient de ressentir de la douleur pendant l\u2019intervention, de l\u2019endormir et de rel\u00e2cher ses muscles afin de permettre au chirurgien de travailler. Il revient donc \u00e0 l\u2019anesth\u00e9siste de mener \u00e0 bien ces trois t\u00e2ches, mais aussi, en cas de besoin, \u00abde faire de la r\u00e9animation\u00bb, rappelle le sp\u00e9cialiste du CHUV.<\/p>\n<p><strong>Un calmant avant l\u2019anesth\u00e9sie<\/strong><\/p>\n<p>Dans la pratique, tout commence quelques jours avant l\u2019op\u00e9ration, par la visite pr\u00e9-anesth\u00e9sique. \u00abC\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que nous \u00e9tablissons une strat\u00e9gie en fonction de l\u2019intervention pr\u00e9vue et de l\u2019histoire m\u00e9dicale personnelle du patient\u00bb, explique Patrick Schoettker. Ces rencontres pr\u00e9alables, aujourd\u2019hui syst\u00e9matiques, ont largement contribu\u00e9 \u00e0 augmenter la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019anesth\u00e9sie.<\/p>\n<p>Arrive le jour J. Avant l\u2019intervention, \u00abnous administrons au patient un m\u00e9dicament qui le d\u00e9tend\u00bb, pr\u00e9cise le privat-docent. Cette pr\u00e9-m\u00e9dication diminue son anxi\u00e9t\u00e9, mais \u00abelle potentialise aussi les effets des m\u00e9dicaments qui seront administr\u00e9s par la suite\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Le patient sous \u00e9troite surveillance<\/strong><\/p>\n<p>Une fois transf\u00e9r\u00e9e en salle d\u2019op\u00e9ration, la personne est \u00e9quip\u00e9e d\u2019appareils qui permettront \u00e0 l\u2019anesth\u00e9siste de surveiller son \u00e9tat physiologique durant l\u2019intervention. Les \u00abstandards minimaux de s\u00e9curit\u00e9\u00bb imposent maintenant d\u2019utiliser \u00abun capteur de saturation de l\u2019oxyg\u00e8ne, qui mesure, \u00e0 chaque battement du c\u0153ur, la quantit\u00e9 d\u2019oxyg\u00e8ne dans le sang; un appareil enregistrant l\u2019\u00e9lectrocardiogramme qui permet de contr\u00f4ler l\u2019activit\u00e9 cardiaque et un dispositif qui mesure r\u00e9guli\u00e8rement la tension art\u00e9rielle\u00bb. Il est aussi possible, en collant des \u00e9lectrodes sur sa bo\u00eete cr\u00e2nienne, \u00abde conna\u00eetre la profondeur du sommeil du patient afin d\u2019adapter le dosage des m\u00e9dicaments\u00bb.<\/p>\n<figure id=\"attachment_6672\" aria-describedby=\"caption-attachment-6672\" style=\"width: 386px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/09\/PatrickSchoettker_61.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6672\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/09\/PatrickSchoettker_61.jpg\" alt=\"Patrick Schoettker. Responsable de l\u2019Anesth\u00e9sie neurochirurgicale, ORL et Urgences au Service d\u2019anesth\u00e9siologie du CHUV et privat-docent \u00e0 l\u2019UNIL. Nicole Chuard \u00a9 UNIL\" width=\"386\" height=\"383\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/09\/PatrickSchoettker_61.jpg 386w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/09\/PatrickSchoettker_61-262x260.jpg 262w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/09\/PatrickSchoettker_61-150x150.jpg 150w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/09\/PatrickSchoettker_61-60x60.jpg 60w\" sizes=\"auto, (max-width: 386px) 100vw, 386px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-6672\" class=\"wp-caption-text\">Patrick Schoettker. Responsable de l\u2019Anesth\u00e9sie neurochirurgicale, ORL et Urgences au Service d\u2019anesth\u00e9siologie du CHUV et privat-docent \u00e0 l\u2019UNIL.<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Hypnotiques, analg\u00e9siques et curares<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019anesth\u00e9sie proprement dite commence par la pose d\u2019un masque \u00e0 oxyg\u00e8ne et l\u2019insertion d\u2019un goutte-\u00e0-goutte qui servira \u00e0 administrer les m\u00e9dicaments. Il s\u2019agit de produits hypnotiques, comme le Propofol, qui plongent l\u2019individu dans un sommeil profond et d\u2019analg\u00e9siques puissants (des opiac\u00e9s, d\u00e9riv\u00e9s de l\u2019opium) qui suppriment la douleur. Mais aussi de curares, \u00abces produits que les Indiens d\u2019Am\u00e9rique mettaient au bout de leurs fl\u00e8ches, commente Patrick Schoettker. Ils provoquent une paralysie qui permet au chirurgien d\u2019op\u00e9rer sur un patient restant immobile pendant l\u2019intervention.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Les m\u00e9dicaments provoquent un arr\u00eat de la respiration<\/strong><\/p>\n<p>Ces trois familles de m\u00e9dicaments ont pour effet d\u2019entra\u00eener un arr\u00eat de la respiration. \u00abC\u2019est d\u2019ailleurs l\u2019un d\u2019eux, le Propofol, qui a provoqu\u00e9 la mort de Michael Jackson, rappelle le m\u00e9decin-anesth\u00e9siste. Le chanteur en a pris pour dormir, mais il en a consomm\u00e9 un peu trop et il a cess\u00e9 de respirer. Et il n\u2019y avait pas d\u2019anesth\u00e9siste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui!\u00bb Il est donc n\u00e9cessaire de ventiler artificiellement les patients, en les intubant, c\u2019est-\u00e0-dire \u00aben introduisant dans leur trach\u00e9e un tube qui est connect\u00e9 \u00e0 un ventilateur\u00bb.<\/p>\n<p>Le geste est d\u00e9licat et \u00abil peut pr\u00e9senter un certain danger pour les personnes difficiles \u00e0 intuber\u00bb. Pour limiter les risques, le m\u00e9decin du CHUV \u00e9labore actuellement un dispositif, \u00e9voquant un photomaton, qui vise \u00e0 anticiper les difficult\u00e9s (lire ci-dessous).<\/p>\n<p><strong>Parfois, il suffit d\u2019endormir quelques nerfs<\/strong><\/p>\n<p>Il n\u2019est en revanche pas forc\u00e9ment n\u00e9cessaire d\u2019\u00eatre plong\u00e9 dans un sommeil profond lorsque l\u2019on subit une op\u00e9ration \u00e0 la cheville ou \u00e0 l\u2019\u0153il, par exemple. Dans ce cas, il suffit \u00abd\u2019endormir quelques nerfs ou un plexus (endroit o\u00f9 se rejoignent plusieurs racines nerveuses) situ\u00e9s dans la zone qui sera op\u00e9r\u00e9e, ou encore la moelle \u00e9pini\u00e8re\u00bb. C\u2019est ce que l\u2019on nomme l\u2019anesth\u00e9sie loco-r\u00e9gionale, qui consiste \u00e0 injecter un m\u00e9dicament au travers d\u2019un cath\u00e9ter.<\/p>\n<p>\u00abL\u2019exemple le plus connu est la p\u00e9ridurale propos\u00e9e aux femmes pendant l\u2019accouchement.\u00bb Elle supprime la douleur ou la rend supportable, mais elle n\u2019emp\u00eache pas la parturiente de faire le travail. En outre, \u00absi une c\u00e9sarienne s\u2019impose, il suffit d\u2019augmenter la dose du m\u00e9dicament administr\u00e9 pour lui conf\u00e9rer un effet antalgique puissant\u00bb, pr\u00e9cise Patrick Schoettker.<\/p>\n<p>La p\u00e9ridurale insensibilise le dos et la moelle \u00e9pini\u00e8re. C\u2019est aussi le cas de la rachianesth\u00e9sie, utilis\u00e9e par exemple pour une intervention au genou. Dans ce cas, le produit anesth\u00e9sique inject\u00e9 dans le liquide c\u00e9phalorachidien \u00abcr\u00e9e une paralysie pharmacologique r\u00e9versible\u00bb. Dans d\u2019autres circonstances, on peut se contenter d\u2019insensibiliser sp\u00e9cifiquement un nerf qui innerve la zone op\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Les nouveaux m\u00e9dicaments agissent vite<\/strong><\/p>\n<p>Les anesth\u00e9sies g\u00e9n\u00e9rales et loco-r\u00e9gionales peuvent \u00eatre combin\u00e9es. Lors de certaines interventions chirurgicales importantes, \u00abavant d\u2019endormir le patient, on met en place une p\u00e9ridurale qui permet de soulager la douleur durant l\u2019op\u00e9ration, mais aussi pendant les jours suivant son r\u00e9veil\u00bb.<\/p>\n<p>Les anesth\u00e9sistes du CHUV, qui sont pionniers en ce domaine, ont aussi recours depuis quelques ann\u00e9es \u00e0 un nouveau type d\u2019anesth\u00e9sie, \u00abpar s\u00e9dation \u00e9veill\u00e9e\u00bb, qui permet d\u2019op\u00e9rer \u00e0 cerveau ouvert des patients qui sont \u00e9veill\u00e9s (lire ci-dessous).<\/p>\n<p>Cette nouvelle m\u00e9thode a pu voir le jour gr\u00e2ce aux progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s dans le domaine des m\u00e9dicaments anesth\u00e9siques. Aujourd\u2019hui, \u00abils agissent vite et s\u2019\u00e9liminent vite\u00bb. En outre, la palette des produits disponibles s\u2019est diversifi\u00e9e. Rien que dans le domaine des curares, \u00abnous avons maintenant le choix entre sept types de substances qui permettent de paralyser les muscles en fonction des besoins de la chirurgie\u00bb. Ce qui fait dire \u00e0 Patrick Schoettker que \u00ables anesth\u00e9sistes sont devenus des pharmacologues ambulants\u00bb (ils interviennent en effet dans de multiples lieux, des services de soins intensifs aux urgences, en passant par les h\u00e9licopt\u00e8res). Certains \u00abanciens\u00bb anesth\u00e9siques restent cependant toujours utilis\u00e9s. C\u2019est le cas du gaz hilarant, le protoxyde d\u2019azote, qui \u00abest toujours employ\u00e9, surtout chez les enfants. C\u2019est un antalgique relativement efficace et il est l\u00e9g\u00e8rement euphorisant, ce qui peut \u00eatre utile dans certaines situations.\u00bb<\/p>\n<p><strong>On surveille mieux les patients<\/strong><\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement de l\u2019imagerie m\u00e9dicale a aussi boulevers\u00e9 les pratiques des anesth\u00e9sistes et le confort des patients. \u00abGr\u00e2ce aux ultrasons par exemple, on peut positionner de petits cath\u00e9ters en regard de la cicatrice et administrer ainsi des m\u00e9dicaments qui calment la douleur localement. Cette technique peut \u00eatre plus fine que la p\u00e9ridurale\u00bb, constate le m\u00e9decin.<\/p>\n<p>La surveillance des patients durant l\u2019intervention s\u2019est, elle aussi, consid\u00e9rablement am\u00e9lior\u00e9e. \u00abDans les ann\u00e9es 70-80, on ne mesurait pas la saturation en oxyg\u00e8ne dans les blocs op\u00e9ratoires. Aujourd\u2019hui, c\u2019est obligatoire.\u00bb Les progr\u00e8s technologiques et la miniaturisation aidant, les appareils de mesure de la pression art\u00e9rielle sont devenus automatiques. \u00abNous avons m\u00eame des cath\u00e9ters qui peuvent \u00eatre ins\u00e9r\u00e9s dans certaines art\u00e8res et qui mesurent la pression \u00e0 chaque battement du c\u0153ur.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Des effets secondaires<\/strong><\/p>\n<p>Certes, l\u2019anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale s\u2019accompagne encore parfois d\u2019effets secondaires, les plus fr\u00e9quents \u00e9tant les naus\u00e9es et les vomissements. \u00abOn sait que certains m\u00e9dicaments sont plus susceptibles que d\u2019autres de provoquer ces sympt\u00f4mes, pr\u00e9cise Patrick Schoettker. On choisit donc les substances en fonction du patient et de l\u2019acte chirurgical qu\u2019il va subir.\u00bb<\/p>\n<p>Les m\u00e9dicaments administr\u00e9s peuvent aussi provoquer des r\u00e9actions allergiques pouvant \u00eatre graves. C\u2019est ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019ancien ministre fran\u00e7ais Jean-Pierre Chev\u00e8nement, qui s\u2019est trouv\u00e9 plong\u00e9 dans le coma pendant huit jours \u00e0 la suite d\u2019une r\u00e9action allergique s\u00e9v\u00e8re lors d\u2019une anesth\u00e9sie. Certaines personnes peuvent par ailleurs faire une hyperthermie maligne, forte \u00e9l\u00e9vation de la temp\u00e9rature qui peut engager leur pronostic vital. \u00abC\u2019est l\u2019une des complications les plus graves de l\u2019anesth\u00e9sie, mais elle est extr\u00eamement rare.\u00bb Quant \u00e0 l\u2019intubation, elle peut engendrer des maux de gorge.<\/p>\n<p>L\u2019anesth\u00e9sie loco-r\u00e9gionale n\u2019est pas exempte d\u2019effets ind\u00e9sirables. On peut en effet ressentir des d\u00e9charges \u00e9lectriques au moment o\u00f9 l\u2019anesth\u00e9siste cherche \u00e0 localiser un nerf. Par ailleurs, la rachianesth\u00e9sie peut, elle aussi, engendrer \u2013 mais par des m\u00e9canismes diff\u00e9rents \u2013 des naus\u00e9es et vomissements.<\/p>\n<p><strong>De fausses accusations<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019anesth\u00e9sie n\u2019est donc pas anodine, mais Patrick Schoettker tient \u00e0 la blanchir de certains maux dont elle est accus\u00e9e et qui selon lui rel\u00e8vent du mythe. Tels ces troubles de la m\u00e9moire dont l\u2019anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale serait exclusivement responsable. \u00abL\u2019anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale peut, \u00e9ventuellement, jouer un r\u00f4le minime, mais dans la mesure o\u00f9 il se pratique dans le monde entre 80 et 100 millions d\u2019anesth\u00e9sies par an, il suffit qu\u2019une personne perde la m\u00e9moire pour que tout le monde en parle.\u00bb<\/p>\n<p>La p\u00e9ridurale est, elle aussi, point\u00e9e du doigt, car elle laisserait certaines femmes paralys\u00e9es. Une assertion que le m\u00e9decin du CHUV r\u00e9fute: \u00abM\u00eame si, th\u00e9oriquement, tout est possible, c\u2019est peut-\u00eatre arriv\u00e9 il y a cinquante ans, mais plus maintenant.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Mortalit\u00e9 divis\u00e9e par dix<\/strong><\/p>\n<p>D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, si les patients craignent l\u2019anesth\u00e9sie, \u00abc\u2019est surtout parce qu\u2019ils ont en t\u00eate des accidents survenus il y a plusieurs d\u00e9cennies\u00bb. Or, cette discipline m\u00e9dicale est r\u00e9cente \u2013 elle n\u2019a commenc\u00e9 \u00e0 faire l\u2019objet d\u2019une sp\u00e9cialisation dans le monde que dans les ann\u00e9es 50. Depuis, elle a pris son essor et elle a \u00abautant \u00e9volu\u00e9 que l\u2019aviation\u00bb. La mortalit\u00e9 qui lui est directement imputable \u00aba \u00e9t\u00e9 divis\u00e9e par dix au cours de ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es et l\u2019on compte actuellement environ 1 d\u00e9c\u00e8s pour 500 000 personnes anesth\u00e9si\u00e9es; peut-\u00eatre m\u00eame moins\u00bb. Il n\u2019y a donc pas plus de raison de redouter l\u2019anesth\u00e9sie que d\u2019avoir peur de prendre le volant. Quoi qu\u2019il en soit, conclut Patrick Schoettker, \u00abil n\u2019y a pas de chirurgie possible sans anesth\u00e9sie\u00bb.<\/p>\n<h3 class=\"p1\"><span class=\"s1\">Etre op\u00e9r\u00e9 \u00e0 cerveau ouvert tout en restant conscient<\/span><\/h3>\n<p class=\"p1\">Un patient qui reste r\u00e9veill\u00e9, alors que le chirurgien l\u2019op\u00e8re \u00e0 cerveau ouvert! L\u2019intervention aurait paru inimaginable il y a encore quelques ann\u00e9es. Mais aujourd\u2019hui, la mise sur le march\u00e9 de nouveaux m\u00e9dicaments a rendu possible l\u2019anesth\u00e9sie par \u00abs\u00e9dation \u00e9veill\u00e9e\u00bb. Lors de l\u2019ablation de certaines tumeurs c\u00e9r\u00e9brales, il est en effet pr\u00e9f\u00e9rable que le patient reste conscient. C\u2019est en particulier le cas quand la tumeur \u00abest localis\u00e9e dans l\u2019aire du langage, pr\u00e9cise Patrick Schoettker, responsable de l\u2019Anesth\u00e9sie neurochirurgicale, ORL et Urgences au Service d\u2019anesth\u00e9siologie du CHUV. Pendant que le neurochirurgien r\u00e9s\u00e8que peu \u00e0 peu la tumeur, il fait parler le patient afin de v\u00e9rifier que les zones sensibles sont toujours intactes.\u00bb<\/p>\n<p class=\"p1\">De la m\u00eame mani\u00e8re, si la masse canc\u00e9reuse se trouve dans l\u2019aire du mouvement ou de la r\u00e9flexion, il demande au patient de bouger les doigts ou de compter. La s\u00e9dation \u00e9veill\u00e9e consiste \u00e0 \u00abendormir les nerfs de la peau tout autour de la bo\u00eete cr\u00e2nienne et \u00e0 injecter par voie intraveineuse un m\u00e9dicament anesth\u00e9sique sp\u00e9cifique, dit \u201cagoniste alpha\u201d, du nom des r\u00e9cepteurs du cerveau sur lesquels il agit, explique l\u2019anesth\u00e9siste. On dose cette substance en fonction de l\u2019effet recherch\u00e9.\u00bb Cette technique peut d\u2019ailleurs \u00eatre utilis\u00e9e dans d\u2019autres types d\u2019interventions qui \u00abn\u00e9cessitent que le patient soit endormi, mais r\u00e9veillable en cas de besoin\u00bb.<\/p>\n<p class=\"p2\">Depuis cinq ans, les \u00e9quipes de Chirurgie du CHUV pratiquent r\u00e9guli\u00e8rement des op\u00e9rations sous s\u00e9dation \u00e9veill\u00e9e. \u00abA ma connaissance, constate Patrick Schoettker, nous avons \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 le faire, en Suisse.\u00bb<\/p>\n<h3 class=\"p1\"><span class=\"s1\">Un \u00abphotomaton\u00bb\u00a0<\/span><span class=\"s1\">pour r\u00e9duire les risques\u00a0<\/span><span class=\"s1\">de l\u2019intubation<\/span><\/h3>\n<p class=\"p1\">L\u2019intubation, qui permet au patient de respirer durant l\u2019intervention chirurgicale, est un acte d\u00e9licat. \u00abSon \u00e9chec est la principale cause de la mortalit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 l\u2019anesth\u00e9sie\u00bb, souligne Patrick Schoettker, responsable de l\u2019Anesth\u00e9sie neurochirurgicale, ORL et Urgences au Service d\u2019anesth\u00e9siologie du CHUV. L\u2019introduction d\u2019un tube dans la trach\u00e9e peut en effet poser probl\u00e8me chez certains individus ayant des caract\u00e9ristiques anatomiques ou morphologiques particuli\u00e8res (comme un larynx tr\u00e8s ant\u00e9rieur ou une grosse \u00e9piglotte) qu\u2019il n\u2019est pas toujours ais\u00e9 de rep\u00e9rer lors de la visite pr\u00e9-anesth\u00e9sique.<\/p>\n<p class=\"p2\">Pour anticiper les difficult\u00e9s et r\u00e9duire les risques, Patrick Schoettker, en collaboration avec ses coll\u00e8gues de l\u2019H\u00f4pital de Morges, des chercheurs de l\u2019EPFL et la start-up nViso, a \u00e9labor\u00e9 un syst\u00e8me astucieux qui utilise des technologies de reconnaissance faciale permettant de d\u00e9tecter automatiquement chez les patients des signes suspects d\u2019intubation difficile.<\/p>\n<p class=\"p2\">Le m\u00e9decin du CHUV a qualifi\u00e9 ce dispositif de \u00abPhotomaton\u00bb. Le terme est bien choisi, car le proc\u00e9d\u00e9 consiste \u00e0 prendre une s\u00e9rie de photos du patient \u2013 immobile, la bouche ouverte puis la langue tir\u00e9e. Les images sont ensuite trait\u00e9es par un logiciel qui mesure plus de 170 points sp\u00e9cifiques du visage. \u00abIl nous permet de faire un portrait-robot du patient en nous indiquant, de mani\u00e8re statistique, si son cas sera difficile, facile, ou entre les deux.\u00bb<\/p>\n<p class=\"p4\"><b>La plus grande base de donn\u00e9es au monde<\/b><\/p>\n<p class=\"p1\">Actuellement, 4000 patients sont d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9s dans ce photomaton, ce qui a permis au CHUV de constituer \u00abla plus grande base de donn\u00e9es de ce type au monde, selon le m\u00e9decin-anesth\u00e9siste. Nous continuons \u00e0 l\u2019alimenter, car plus nous aurons d\u2019images, plus les r\u00e9sultats de la m\u00e9thode seront pr\u00e9cis.\u00bb<\/p>\n<p class=\"p2\">Il ne s\u2019agit encore que d\u2019un protocole de recherche, mais quelques patients du CHUV en ont d\u00e9j\u00e0 b\u00e9n\u00e9fici\u00e9. \u00abNous modifions notre pratique d\u2019anesth\u00e9sie en fonction du r\u00e9sultat fourni par la machine\u00bb, pr\u00e9cise Patrick Schoettker.<\/p>\n<p class=\"p2\">Les m\u00e9decins du CHUV cherchent maintenant des fonds pour pouvoir recueillir des images \u00aben Europe et m\u00eame ailleurs dans le monde\u00bb. Plus tard, ils esp\u00e8rent commercialiser leur photomaton, afin de rendre cette technique \u00abaccessible au plus grand nombre possible de patients\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Peur de mourir, de ne pas se r\u00e9veiller ou au contraire de reprendre conscience pendant l\u2019op\u00e9ration: l\u2019anesth\u00e9sie est encore souvent source d\u2019angoisse. 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