{"id":6791,"date":"2015-09-24T08:18:38","date_gmt":"2015-09-24T06:18:38","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=6791"},"modified":"2015-09-16T10:07:56","modified_gmt":"2015-09-16T08:07:56","slug":"infemination-artificielle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/infemination-artificielle\/","title":{"rendered":"\u00abInf\u00e9mination artificielle\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Par St\u00e9phanie Pahud, linguiste et enseignante \u00e0 l\u2019UNIL<\/p>\n<p>Les langues sont des organismes vivants, perm\u00e9ables aux besoins communautaires. Mais l\u2019ouverture aux femmes de sph\u00e8res autrefois masculines ne pouvait que complexifier un \u00e9tiquetage par d\u00e9finition r\u00e9ducteur et, en fran\u00e7ais, alambiqu\u00e9.<\/p>\n<p>Sur la base de normes prescriptives et subjectives, chaque tentative de f\u00e9minisation (composition, d\u00e9rivation, slash, tiret, parenth\u00e8ses, majuscule, point sur\u00e9lev\u00e9, etc.) est jug\u00e9e \u00abbonne\u00bb ou \u00abmauvaise\u00bb\u00a0: les n\u00e9ologismes suivent-ils des mod\u00e8les morphologiques existants\u00a0? Font-ils mal aux oreilles, aux yeux\u00a0? Sont-ils valid\u00e9s par les instances l\u00e9gitimes? [1] Id\u00e9ologiquement, vouloir faire co\u00efncider genre grammatical et identit\u00e9s de genre n\u2019est de loin pas unanimement lou\u00e9. Pour l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, \u00abbrusquer et forcer l\u2019usage\u00bb, c\u2019est \u00abporter atteinte au g\u00e9nie de la langue\u00bb et \u00abouvrir une p\u00e9riode d\u2019incertitude linguistique\u00bb [2]\u00a0; de plus,\u00abgenre discriminatoire au premier chef\u00bb, le f\u00e9minin devrait \u00eatre \u00e9vit\u00e9. [3] Citons Druon\u00a0: \u00abElles sont \u00e9tranges, ces dames\u00a0! Elles g\u00e9missent ou glapissent, \u00e0 longueur de l\u00e9gislature, qu\u2019elles sont insuffisamment repr\u00e9sent\u00e9es dans la vie publique, qu\u2019on ne leur attribue pas assez de si\u00e8ges au Parlement, qu\u2019elles sont victimes d\u2019un injuste discr\u00e9dit politique\u00a0; [\u2026] en un mot comme en cent, elles se plaignent de n\u2019\u00eatre pas trait\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9gal des hommes. Or, d\u00e8s qu\u2019elles le sont, les voil\u00e0 qui exigent de se faire reconna\u00eetre une diff\u00e9rence. [4].<\/p>\n<p>L\u2019opinion caricaturale du puriste trouve une traduction sociologique chez Nathalie Heinich, \u00abchercheur\u00bb au CNRS\u00a0: \u00ab\u00a0\u00bbChercheuse\u00a0\u00bb laisse entendre que ma qualit\u00e9 de femme doive intervenir dans l&rsquo;appr\u00e9ciation de mes travaux, alors qu&rsquo;elle est, \u00e0 mon sens, une probable donn\u00e9e de fait [\u2026] mais en aucune fa\u00e7on un principe, une vis\u00e9e, une revendication\u00bb. [5] Scandaleux pour certain-e-s, ce plaidoyer pour le masculin g\u00e9n\u00e9rique \u2013 id\u00e9alement pour un neutre \u2013 est tenu au nom de la lib\u00e9ration du poids de l\u2019identit\u00e9 sexu\u00e9e et signe un f\u00e9minisme universaliste\u00a0: \u00abMon combat f\u00e9ministe, c&rsquo;est que ce ne soit pas la femme qu&rsquo;on juge dans un colloque, un s\u00e9minaire ou une publication \u2013 mais le chercheur. [\u2026] Mon combat, en un mot, c&rsquo;est de militer pour la suspension de la diff\u00e9rence des sexes dans les contextes o\u00f9 elle n&rsquo;a rien \u00e0 faire ! [\u2026] je milite pour le droit \u2013 authentiquement f\u00e9ministe, je le soutiens \u2013 \u00e0 la pluralit\u00e9 identitaire : femme quand je le veux, et seulement quand je le veux\u00a0\u00bb [6].<\/p>\n<p>Le genre se construit, d\u00e9construit et reconfigure discursivement. Le langage \u00e9pic\u00e8ne interroge notre \u00abcapacit\u00e9 \u00e0 fa\u00e7onner nos identit\u00e9s dans des reformulations graphiques et s\u00e9mantiques\u00bb [6]. L\u2019important est de mettre la cr\u00e9ativit\u00e9 linguistique au service de nos positionnements identitaires [7], quels qu\u2019ils soient. Comme les quotas, la f\u00e9minisation du langage est un paradoxe n\u00e9cessaire pour ouvrir les imaginaires. Mais rappelons-nous que les identit\u00e9s sont mobiles et le genre fluide pour \u00e9viter une \u00abinf\u00e9mination artificielle\u00bb \u2013 qui serait impos\u00e9e par principe dans tout discours et forc\u00e9ment scl\u00e9rosante \u2013, et pour encourager des investissements singuliers. La revue <em>Mots. Les langages du politique<\/em> appelle au d\u00e9bat dans un prochain dossier intitul\u00e9 \u00abEcrire le genre\u00bb. [8]<\/p>\n<p>[1] Elmiger Daniel (2013)\u00a0: \u00abPourquoi le masculin \u00e0 valeur g\u00e9n\u00e9rique est-il si tenace en fran\u00e7ais\u00a0?\u00bb, Romanica Olomucensia, 25.2.<br \/>\n[2] Acad\u00e9mie fran\u00e7aise (2014)\u00a0: Dire, ne pas dire. Du bon usage de la langue fran\u00e7aise, Editions Philippe Rey.<br \/>\n[3] <a href=\"https:\/\/www.academie-francaise.fr\/actualites\/feminisation-des-titres-et-des-fonctions\" target=\"_blank\">https:\/\/www.academie-francaise.fr\/actualites\/feminisation-des-titres-et-des-fonctions.<\/a><br \/>\n[4] Druon\u00a0Maurice (1999)\u00a0: Le \u00abBon Fran\u00e7ais\u00bb, Monaco, Editions du Rocher.<br \/>\n[5] Heinich Nathalie (2000)\u00a0: \u00abLe repos du neutre. Pourquoi je r\u00e9siste \u00e0 la f\u00e9minisation des noms de m\u00e9tiers\u00bb, Travail, genre et soci\u00e9t\u00e9s, 3.<br \/>\n[6] Abbou Julie (2013)\u00a0: \u00ab\u00a0Pratiques graphiques du genre\u00a0\u00bb, Langue et cit\u00e9, 24.<br \/>\n[7] Greco Luca, \u00ab\u00a0Langage et pratiques \u00ab\u00a0transgenres\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb, Langue et cit\u00e9, 24.<br \/>\n[8] <a href=\"https:\/\/icar.univ-lyon2.fr\/revue_mots\/documents\/Mots_appel_ecrire_genre.pdf\" target=\"_blank\">https:\/\/icar.univ-lyon2.fr\/revue_mots\/documents\/Mots_appel_ecrire_genre.pdf<\/a>.<\/p>\n<p>Cet article reprend le titre d\u2019une \u00abconf\u00e9rence de mauvaise foi\u00bb sur la f\u00e9minisation des noms donn\u00e9e par Sch\u00fcp lors du Champignac 2014.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par St\u00e9phanie Pahud, linguiste et enseignante \u00e0 l\u2019UNIL Les langues sont des organismes vivants, perm\u00e9ables aux besoins communautaires. 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