{"id":663,"date":"2006-10-03T15:54:41","date_gmt":"2006-10-03T13:54:41","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=663"},"modified":"2010-11-12T11:47:24","modified_gmt":"2010-11-12T09:47:24","slug":"quand-un-fait-divers-devient-litterature","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/quand-un-fait-divers-devient-litterature\/","title":{"rendered":"Quand un fait divers devient litt\u00e9rature"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2006\/10\/livre1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-667\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2006\/10\/livre1.jpg\" alt=\"Quand un fait divers devient litt\u00e9rature\" width=\"530\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2006\/10\/livre1.jpg 530w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2006\/10\/livre1-300x147.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>Stendhal, Flaubert et Jean Genet ont donn\u00e9 des lettres de noblesse \u00e0 des  faits divers de leur \u00e9poque en les transformant en chefs-d\u2019oeuvre.<\/em><\/p>\n<p>Certains auteurs affirment, en plaisantant \u00e0 demi, qu\u2019ils s\u2019inspirent  des faits divers parce que la vie a bien plus d\u2019imagination qu\u2019eux.  Besoin d\u2019une intrigue? Le premier tablo\u00efd venu en fournira trois. Plus s\u00e9rieusement, les  \u00e9crivains sont fascin\u00e9s, comme tous les lecteurs, par le secret qui  entoure toujours ces histoires. Pourquoi le meurtrier a-t-il tir\u00e9 sur sa  femme, ses enfants, ses parents? Comme l\u2019explique Franck Evrard, le  fait divers, \u00abouvert \u00e0 toutes les significations\u00bb, invite l\u2019auteur \u00e0  remplir \u00abses interstices, ses silences et ses blancs\u00bb. Une invitation \u00e0  laquelle de nombreux \u00e9crivains ont r\u00e9pondu. Voici quelques exemples:<\/p>\n<h2>Stendhal, \u00abLe Rouge et le Noir\u00bb<\/h2>\n<p>On se souvient de Julien Sorel, jeune homme pauvre mais  aux qualit\u00e9s intellectuelles certaines, que son cur\u00e9 remarque. Il  l\u2019envoie au s\u00e9minaire pour le former. Julien en revient instruit,  ambitieux, et plus conscient que jamais du handicap que constitue sa  naissance pour l\u2019ascension sociale dont il r\u00eave. Il entre comme  pr\u00e9cepteur chez les de R\u00eanal, s\u00e9duit la jeune m\u00e8re de famille, est  d\u00e9nonc\u00e9, se fait remercier, trouve du travail comme secr\u00e9taire  particulier d\u2019un marquis \u00e0 Paris, s\u00e9duit sa fille, la met enceinte. Il  est sur le point de r\u00e9ussir en l\u2019\u00e9pousant quand sa premi\u00e8re ma\u00eetresse  d\u00e9nonce l\u2019opportunisme de Julien au marquis.<\/p>\n<p>Afin de se venger, le jeune homme pr\u00e9pare m\u00e9ticuleusement l\u2019assassinat  de Mme de R\u00eanal, coupable de sa chute. En pleine \u00e9glise, il lui tire  dessus \u00e0 bout portant. Il sera condamn\u00e9 \u00e0 mort.<\/p>\n<p>Un roman digne d\u2019un fait divers? En effet: Stendhal n\u2019a  rien invent\u00e9. La trame de son roman reprend exactement les faits mis en  \u00e9vidence dans le proc\u00e8s d\u2019Antoine Berthet, relat\u00e9 par \u00abLa Gazette des  tribunaux\u00bb en 1827. Absolument tout y est d\u00e9j\u00e0, sauf la pr\u00e9paration du  meurtre, pour laquelle l\u2019auteur s\u2019est inspir\u00e9 de&#8230; l\u2019affaire Lafargue,  un second fait divers de son temps.<\/p>\n<h2>Flaubert, \u00abMadame Bovary\u00bb<\/h2>\n<p>Flaubert non plus n\u2019a rien invent\u00e9. Il a d\u2019ailleurs toujours pr\u00e9cis\u00e9 que  l\u2019important \u00e9tait non pas ce qu\u2019il raconte, mais comment il le raconte :  \u00abToute l\u2019invention consiste \u00e0 faire quelque chose de rien.\u00bb Rien, en  l\u2019occurrence, c\u2019est l\u2019affaire Delamare, du nom d\u2019un \u00e9l\u00e8ve en m\u00e9decine de  son p\u00e8re.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tudiant a \u00e9pous\u00e9 en secondes noces une jeune fille \u00e9lev\u00e9e dans un  pensionnat de Rouen. Install\u00e9e avec son mari et leur fille \u00e0 la  campagne, elle se laisse s\u00e9duire par un Casanova local, entretient un  clerc, ruine son mari et s\u2019empoisonne. Ne survivant pas \u00e0 la perte de  son aim\u00e9e, Eug\u00e8ne Delamare s\u2019empoisonne \u00e0 son tour.<\/p>\n<p>L\u2019intention de Flaubert \u00e9tait de fustiger la b\u00eatise de la bourgeoisie  plus que d\u2019expliquer les raisons de ce drame conjugal: le fait divers  n\u2019est pour lui qu\u2019un pr\u00e9texte. Qui manifestement a bien rempli son r\u00f4le.<\/p>\n<h2>Genet, \u00abLes Bonnes\u00bb<\/h2>\n<p>En 1933, L\u00e9a et Christine Papin, servantes, massacrent litt\u00e9ralement  leur patronne et sa fille. Lacan, Simone de Beauvoir et Sartre ont  notamment comment\u00e9 ce fait divers, qui a frapp\u00e9 les esprits, surtout \u00e0  cause du contraste total entre ce qu\u2019\u00e9taient les deux s\u0153urs  (ob\u00e9issantes, \u00e9lev\u00e9es au couvent, bref des saintes) et ce qu\u2019elles ont  fait (pr\u00e9parer leurs deux victimes exactement comme les manuels de  cuisine de l\u2019\u00e9poque conseillaient de pr\u00e9parer le lapin: yeux arrach\u00e9s,  membres attach\u00e9s, etc.).<\/p>\n<p>Chabrol en a tir\u00e9 un film, mais avant lui, Jean Genet s\u2019est inspir\u00e9 du crime pour sa pi\u00e8ce \u00abLes Bonnes\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Sonia Arnal<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Stendhal, Flaubert et Jean Genet ont donn\u00e9 des lettres de noblesse \u00e0 des faits divers de leur \u00e9poque en les transformant en chefs-d\u2019oeuvre. 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