{"id":6510,"date":"2015-05-01T08:09:22","date_gmt":"2015-05-01T06:09:22","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=6510"},"modified":"2020-07-28T10:45:37","modified_gmt":"2020-07-28T08:45:37","slug":"comment-lutter-contre-les-infections-avec-des-virus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/comment-lutter-contre-les-infections-avec-des-virus\/","title":{"rendered":"Comment lutter contre les infections&#8230; avec des virus"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_6362\" aria-describedby=\"caption-attachment-6362\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6362\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/04\/phages_60_gd.jpg\" alt=\"Phages Photographie en microscopie \u00e9lectronique de ces virus, pr\u00e9dateurs naturels des bact\u00e9ries. Une goutte d\u2019eau de mer en contient plus d\u2019un million. \u00a9 Frank Oechslin, D\u00e9partement de microbiologie fondamentale\" width=\"590\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/04\/phages_60_gd.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/04\/phages_60_gd-390x260.jpg 390w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-6362\" class=\"wp-caption-text\">Phages<br \/>Photographie en microscopie \u00e9lectronique de ces virus, pr\u00e9dateurs naturels des bact\u00e9ries. Une goutte d\u2019eau de mer en contient plus d\u2019un million.<br \/>\u00a9 Frank Oechslin, D\u00e9partement de microbiologie fondamentale<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Avant l\u2019apparition des antibiotiques, on utilisait des virus pour lutter contre les bact\u00e9ries pathog\u00e8nes. Cet ancien traitement, aujourd\u2019hui abandonn\u00e9 dans nos pays, pourrait conna\u00eetre une seconde vie. La phagoth\u00e9rapie offre en effet une alternative aux antibiotiques qui se heurtent de plus en plus \u00e0 la r\u00e9sistance des bact\u00e9ries. Dans ce domaine, les chercheurs de l\u2019UNIL et du CHUV font figure de pionniers, en Suisse et en Europe.<\/em><\/p>\n<p>C\u2019est devenu un v\u00e9ritable probl\u00e8me de sant\u00e9 publique: de plus en plus de bact\u00e9ries s\u2019adaptent aux antibiotiques cens\u00e9s les \u00e9liminer. En l\u2019absence d\u2019alternative \u00e0 ces m\u00e9dicaments, certains experts estiment que \u00abces microbes r\u00e9sistants pourraient provoquer 10 millions de d\u00e9c\u00e8s d\u2019ici \u00e0 2050, soit plus que le cancer\u00bb, souligne Gr\u00e9gory Resch, ma\u00eetre-assistant suppl\u00e9ant au D\u00e9partement de microbiologie fondamentale de l\u2019UNIL.<\/p>\n<p>Compte tenu de l\u2019augmentation du ph\u00e9nom\u00e8ne de r\u00e9sistance, les m\u00e9decins risquent d\u2019\u00eatre bient\u00f4t d\u00e9munis face \u00e0 de nombreuses infections devenues intraitables. D\u2019autant que \u00abla mise sur le march\u00e9 de nouveaux antibiotiques a drastiquement chut\u00e9 depuis 1980\u00bb, constate Yok-Ai Que, m\u00e9decin-adjoint au Service de m\u00e9decine intensive adulte du CHUV.<\/p>\n<figure id=\"attachment_6389\" aria-describedby=\"caption-attachment-6389\" style=\"width: 386px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6389\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/04\/GregoryResch_60.jpg\" alt=\"Gr\u00e9gory Resch Ma\u00eetre-assistant suppl\u00e9ant au D\u00e9partement de microbiologie fondamentale. Nicole Chuard \u00a9 UNIL\" width=\"386\" height=\"383\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/04\/GregoryResch_60.jpg 386w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/04\/GregoryResch_60-262x260.jpg 262w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/04\/GregoryResch_60-150x150.jpg 150w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/04\/GregoryResch_60-60x60.jpg 60w\" sizes=\"auto, (max-width: 386px) 100vw, 386px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-6389\" class=\"wp-caption-text\">Gr\u00e9gory Resch<br \/>Ma\u00eetre-assistant suppl\u00e9ant au D\u00e9partement de microbiologie fondamentale.<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Des \u00abmangeurs\u00bb de bact\u00e9ries<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019une des solutions pour sortir de cette impasse pourrait venir des bact\u00e9riophages, ces virus qui sont des pr\u00e9dateurs naturels des bact\u00e9ries. Leur nom vient des termes grecs <em>bakt\u00earia<\/em> (b\u00e2ton, \u00e0 cause de la forme des premi\u00e8res bact\u00e9ries observ\u00e9es) et <em>phagos<\/em> (mangeur).<\/p>\n<p>En fait, ces phages, comme on les appelle aussi, ne \u00abmangent\u00bb pas les micro-organismes. Comme tous les virus, ils ont besoin de la machinerie enzymatique d\u2019une cellule h\u00f4te pour se multiplier. A cette fin, ils utilisent donc une bact\u00e9rie qu\u2019ils d\u00e9truisent une fois leur r\u00e9plication achev\u00e9e.<\/p>\n<p>Ces bact\u00e9riophages ont v\u00e9ritablement colonis\u00e9 la plan\u00e8te. \u00abIls sont pr\u00e9sents l\u00e0 o\u00f9 il y a des bact\u00e9ries\u00bb, souligne Gr\u00e9gory Resch et l\u2019on estime qu\u2019il y aurait sur terre 1031 particules (dix mille milliards de milliards de milliards !), ce qui fait d\u2019eux \u00abl\u2019entit\u00e9 biologique la plus repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la surface du globe\u00bb. Ils affectionnent tout particuli\u00e8rement le sol et les eaux us\u00e9es, mais on en trouve partout, y compris dans les eaux de surface \u00abo\u00f9 il y en a plus de 1 million par goutte d\u2019eau de mer, pr\u00e9cise le microbiologiste. Quand vous vous baignez et que vous buvez la tasse, vous en ingurgitez des milliards !\u00bb Le corps humain (les intestins, la salive, le nez, etc.) en renferme aussi.<\/p>\n<p><strong>Le pouvoir bact\u00e9ricide des eaux du Gange<\/strong><\/p>\n<p>Fort heureusement, ces virus sont inoffensifs pour l\u2019\u00eatre humain. Non seulement ils ne s\u2019attaquent qu\u2019aux bact\u00e9ries, mais en outre chacun d\u2019eux ne s\u2019en prend qu\u2019\u00e0 une proie particuli\u00e8re \u2013 \u00abun phage qui d\u00e9truit une <em>Escherichia coli<\/em> ne va pas s\u2019attaquer \u00e0 un streptocoque\u00bb, pr\u00e9cise Gr\u00e9gory Resch \u2013 et m\u00eame \u00e0 un nombre limit\u00e9 de souches de cette esp\u00e8ce. Cette sp\u00e9cificit\u00e9 fait d\u2019eux des alli\u00e9s de choix dans la lutte contre les maladies infectieuses d\u2019origine bact\u00e9rienne.<\/p>\n<p>La d\u00e9couverte de l\u2019activit\u00e9 bact\u00e9ricide des phages remonte aux ann\u00e9es 1890. Parti en Inde pour analyser les eaux du Gange, le bact\u00e9riologiste britannique Ernest Hankin \u00aba \u00e9t\u00e9 surpris de n\u2019y trouver que tr\u00e8s peu de vibrions du chol\u00e9ra, alors que cette maladie provoquait des \u00e9pid\u00e9mies dans le pays, raconte le microbiologiste de l\u2019UNIL. C\u2019\u00e9tait d\u2019autant plus \u00e9tonnant qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, on pensait que les bact\u00e9ries \u00e9taient v\u00e9hicul\u00e9es par les fleuves.\u00bb C\u2019est ainsi que le chercheur britannique a compris que ces eaux contenaient des particules qui avaient un pouvoir antibact\u00e9rien. \u00abIl n\u2019a pas devin\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait de virus, mais il a mis le ph\u00e9nom\u00e8ne en \u00e9vidence pour la premi\u00e8re fois.\u00bb<\/p>\n<p>Il a ensuite fallu attendre 1917 pour qu\u2019un chercheur franco-canadien travaillant \u00e0 l\u2019Institut Pasteur, F\u00e9lix d\u2019H\u00e9relle, isole ces agents actifs \u2013 auxquels il a donn\u00e9 leur nom de bact\u00e9riophages \u2013 dans les selles de patients infect\u00e9s. \u00abIl a constat\u00e9 qu\u2019en introduisant d\u2019importantes quantit\u00e9s de phages dans les puits de villages en Inde, on parvenait \u00e0 \u00e9radiquer une \u00e9pid\u00e9mie de chol\u00e9ra en deux jours au lieu de sept\u00bb, selon Gr\u00e9gory Resch. Malgr\u00e9 le scepticisme de nombre de ses coll\u00e8gues, F\u00e9lix d\u2019H\u00e9relle a propos\u00e9 d\u2019utiliser ces virus en m\u00e9decine humaine et, \u00e0 partir de 1919, ils ont \u00e9t\u00e9 employ\u00e9s pour traiter les infections bact\u00e9riennes.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e2ge d\u2019or des bact\u00e9riophages s\u2019est termin\u00e9 dix ans plus tard avec l\u2019arriv\u00e9e sur le march\u00e9 des premiers antibiotiques. On disposait alors de m\u00e9dicaments \u00abqui sont faciles \u00e0 utiliser, qui donnent de bons r\u00e9sultats et dont le mod\u00e8le \u00e9conomique a beaucoup de succ\u00e8s: l\u2019industrie les produit, les m\u00e9decins les prescrivent et les patients les re\u00e7oivent\u00bb, explique Yok-Ai Que. Gr\u00e2ce \u00e0 eux, on pensait pouvoir \u00e9radiquer les \u00e9pid\u00e9mies. Les phages sont donc tomb\u00e9s en d\u00e9su\u00e9tude. Ce qui n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 un chercheur lausannois, Jean-Pierre Feihl, de faire, en 1949, sa th\u00e8se sur \u00abLa th\u00e9rapeutique des staphylococcies par le bact\u00e9riophage\u00bb, dans laquelle il expliquait qu\u2019il avait gu\u00e9ri 83% des 77 patients qu\u2019il avait trait\u00e9s avec des phages.<\/p>\n<p>Mais il en aurait fallu beaucoup plus pour faire de l\u2019ombre aux antibiotiques qui avaient fait leurs preuves et rel\u00e9gu\u00e9 les virus tueurs de bact\u00e9ries au rang d\u2019antiquit\u00e9s. La phagoth\u00e9rapie a depuis \u00e9t\u00e9 totalement abandonn\u00e9e en Europe de l\u2019Ouest, et notamment en Suisse. Elle est cependant toujours utilis\u00e9e en Russie, en Pologne et en G\u00e9orgie, pays qui abrite un institut d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la recherche et \u00e0 l\u2019application m\u00e9dicale des bact\u00e9riophages, le George Eliava Institute of Bacteriophages, Microbiology and Virology, ainsi qu\u2019un centre consacr\u00e9 \u00e0 la th\u00e9rapie. \u00abLes m\u00e9decins y traitent chaque ann\u00e9e 2000 patients, atteints surtout d\u2019infections urinaires et intestinales, uniquement avec des bact\u00e9riophages\u00bb, constate Gr\u00e9gory Resch, qui a pass\u00e9 r\u00e9cemment plusieurs semaines en G\u00e9orgie.<\/p>\n<p>Dans le reste de l\u2019Europe, la roue est toutefois en train de tourner pour les phages, car les antibiotiques ont montr\u00e9 leurs limites. De plus en plus de bact\u00e9ries se sont en effet adapt\u00e9es \u00e0 ces m\u00e9dicaments auxquelles elles opposent de la r\u00e9sistance. Pour faire face \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne inqui\u00e9tant, les chercheurs et m\u00e9decins s\u2019int\u00e9ressent donc \u00e0 nouveau \u00e0 la phagoth\u00e9rapie. \u00abLeur sp\u00e9cificit\u00e9 \u00e9tait auparavant le talon d\u2019Achille de ces virus, car il \u00e9tait beaucoup plus ais\u00e9 d\u2019utiliser des antibiotiques \u00e0 large spectre. Aujourd\u2019hui, cela devient l\u2019un de leurs principaux avantages\u00bb, explique Yok-Ai Que. La phagoth\u00e9rapie n\u00e9cessite toutefois \u00abun couplage entre le diagnostic microbiologique et la prescription des phages\u00bb, ajoute le m\u00e9decin intensiviste. Fort heureusement, on dispose actuellement de techniques capables d\u2019identifier rapidement l\u2019agent pathog\u00e8ne afin de savoir quel virus utiliser. Il est aussi possible d\u2019utiliser des cocktails de bact\u00e9riophages, ce qui \u00e9largit leur spectre d\u2019action.<\/p>\n<figure id=\"attachment_6392\" aria-describedby=\"caption-attachment-6392\" style=\"width: 386px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6392\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/04\/YokAiQue_60.jpg\" alt=\"Yok-Ai Que M\u00e9decin-adjoint au Service de m\u00e9decine intensive adulte du CHUV. Nicole Chuard \u00a9 UNIL\" width=\"386\" height=\"383\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/04\/YokAiQue_60.jpg 386w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/04\/YokAiQue_60-262x260.jpg 262w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/04\/YokAiQue_60-150x150.jpg 150w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/04\/YokAiQue_60-60x60.jpg 60w\" sizes=\"auto, (max-width: 386px) 100vw, 386px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-6392\" class=\"wp-caption-text\">Yok-Ai Que<br \/>M\u00e9decin-adjoint au Service de m\u00e9decine intensive adulte<br \/>du CHUV. Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Les phages ne d\u00e9truisent pas la flore intestinale<\/strong><\/p>\n<p>Autre int\u00e9r\u00eat de ces virus: ils ne s\u2019attaquent pas aux bact\u00e9ries commensales (qui vivent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de notre organisme). D\u2019ailleurs, nos intestins en renferment une grande quantit\u00e9. Contrairement aux antibiotiques, souligne Gr\u00e9gory Resch, \u00abils ne d\u00e9truisent donc pas la flore intestinale\u00bb, le fameux microbiote dont on mesure aujourd\u2019hui l\u2019importance pour notre sant\u00e9. En outre, \u00aben nonante ans d\u2019exp\u00e9riences, les G\u00e9orgiens disent n\u2019avoir jamais constat\u00e9 de complications graves, poursuit le microbiologiste. Au pire, ils n\u2019ont observ\u00e9 que quelques pouss\u00e9es de fi\u00e8vre chez leurs patients.\u00bb<\/p>\n<p>Certes, comme avec les antibiotiques, on pourrait aussi observer avec les phages des ph\u00e9nom\u00e8nes de r\u00e9sistance, mais ceux-ci devraient pouvoir \u00eatre plus facilement ma\u00eetris\u00e9s. \u00abContrairement aux m\u00e9dicaments, les phages ont co-\u00e9volu\u00e9 avec leurs h\u00f4tes depuis des millions d\u2019ann\u00e9es, constate Yok-Ai Que. Dans la nature, si une bact\u00e9rie devient r\u00e9sistante \u00e0 un phage, elle se multiplie et la probabilit\u00e9 qu\u2019elle rencontre un autre virus auquel elle est sensible augmente. Aussit\u00f4t, celui-ci se reproduit en grandes quantit\u00e9s et il parvient \u00e0 contr\u00f4ler l\u2019expansion de la bact\u00e9rie.\u00bb En cas de r\u00e9sistance, \u00able r\u00e9pertoire de phages disponibles dans la nature \u00e9tant presque infini, on trouvera sans doute plus ais\u00e9ment la parade en recherchant d\u2019autres phages, ajoute Gr\u00e9gory Resch. Leur identification et leur isolation ne prennent que quelques jours, alors qu\u2019il faut des ann\u00e9es de recherche pour mettre au point un nouvel antibiotique potentiel.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Dans les eaux us\u00e9es des stations d\u2019\u00e9puration<\/strong><\/p>\n<p>En outre, les phages ne sont pas particuli\u00e8rement difficiles \u00e0 cultiver. \u00abDans notre laboratoire, pr\u00e9cise Gr\u00e9gory Resch, nous isolons les bact\u00e9riophages \u00e0 partir d\u2019\u00e9chantillons d\u2019eaux us\u00e9es que nous r\u00e9cup\u00e9rons notamment \u00e0 la station d\u2019\u00e9puration de Vidy. Une fois centrifug\u00e9s (pour \u00e9liminer les bact\u00e9ries restantes), puis filtr\u00e9s, ces \u00e9chantillons donnent une \u201csoupe\u201d renfermant de nombreux phages que l\u2019on isole en les mettant en contact avec la bact\u00e9rie qui nous int\u00e9resse.\u00bb Ils se reproduisent alors tr\u00e8s rapidement. Les bact\u00e9riophages ainsi obtenus peuvent ensuite \u00eatre conserv\u00e9s pendant plusieurs ann\u00e9es \u00e0 4 \u00b0C; ils peuvent aussi \u00eatre congel\u00e9s ou lyophilis\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>\u00c7a marche, mais il faudra quand m\u00eame le prouver !<\/strong><\/p>\n<p>Les bact\u00e9riophages pr\u00e9sentent donc de nombreux avantages. Pourquoi tarder \u00e0 les utiliser dans la pratique clinique, comme on le faisait au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle ? \u00abLa documentation scientifique existante n\u2019a pas la qualit\u00e9 requise aujourd\u2019hui par les agences de r\u00e9gulation des m\u00e9dicaments, comme Swissmedic en Suisse\u00bb, r\u00e9pond Yok-Ai Que. Pour que les phages puissent recevoir une autorisation de mise sur le march\u00e9, il faut que leur fabrication r\u00e9ponde aux crit\u00e8res tr\u00e8s stricts de \u201cbonne pratique de fabrication\u201d et de \u201cbonne pratique des essais cliniques\u201d. Autant dire que les chercheurs et m\u00e9decins doivent remettre l\u2019ouvrage sur le m\u00e9tier et \u2013 presque \u2013 tout reprendre \u00e0 z\u00e9ro, comme cela se fait pour n\u2019importe quel m\u00e9dicament, afin de prouver scientifiquement l\u2019int\u00e9r\u00eat et l\u2019innocuit\u00e9 de la phagoth\u00e9rapie.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 cette t\u00e2che que Yok-Ai Que, Gr\u00e9gory Resch et leurs coll\u00e8gues de l\u2019UNIL et du CHUV se sont attel\u00e9s. Ils participent \u00e0 la premi\u00e8re \u00e9tude clinique europ\u00e9enne sur la phagoth\u00e9rapie, <a href=\"https:\/\/www.phagoburn.eu\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Phagoburn<\/a> <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/phagotherapie-premier-essai-clinique-au-chuv\/\">(lire l&rsquo;article)<\/a>. Par ailleurs, dans le cadre du programme SCOPES du FNS (qui favorise les \u00e9changes scientifiques entre le Suisse et les pays d\u2019Europe de l\u2019Est), ils collaborent avec leurs coll\u00e8gues de l\u2019Institut g\u00e9orgien. \u00abNous \u00e9tudions des bact\u00e9riophages qui luttent contre les <em>Acinetobacter<\/em>. Les G\u00e9orgiens isolent des phages que, dans notre laboratoire, nous s\u00e9quen\u00e7ons et testerons sur un mod\u00e8le animal. Notre objectif est de trouver un cocktail de phages actifs contre cette bact\u00e9rie r\u00e9sistante aux antibiotiques.\u00bb<\/p>\n<p>Autre projet: la constitution d\u2019une banque de phages. Pour traiter rapidement les patients infect\u00e9s par une bact\u00e9rie pathog\u00e8ne, les m\u00e9decins doivent en effet pouvoir disposer tr\u00e8s rapidement des phages ad\u00e9quats. \u00abGr\u00e2ce \u00e0 une subvention que nous avons re\u00e7ue de la Loterie Romande, nous allons isoler, identifier et s\u00e9quencer 150 phages cette ann\u00e9e et autant l\u2019ann\u00e9e prochaine\u00bb, pr\u00e9cise Yok-Ai Que.<\/p>\n<p>Les projets ne manquent donc pas. L\u2019UNIL et le CHUV comptent ainsi conforter leur r\u00f4le de pionniers en remettant au go\u00fbt du jour la phagoth\u00e9rapie qui fournira aux m\u00e9decins une nouvelle arme, compl\u00e9mentaire aux antibiotiques, pour lutter contre les bact\u00e9ries pathog\u00e8nes.<\/p>\n<h3>Phageback, un atelier ouvert au public<\/h3>\n<p>Le laboratoire public de l\u2019UNIL, L\u2019Eprouvette, propose \u00e0 tout un chacun de se familiariser avec les phages. Dans le cadre du programme Agora du FNS qui vise \u00e0 favoriser la communication entre les chercheurs et le public, un atelier bact\u00e9riophage, \u00abPhageback, le retour des virus gu\u00e9risseurs\u00bb, a \u00e9t\u00e9 ouvert en f\u00e9vrier 2015. \u00abLes visiteurs vont r\u00e9cup\u00e9rer un \u00e9chantillon d\u2019eau us\u00e9e \u00e0 la station d\u2019\u00e9puration de Vidy, comme nous le faisons dans notre laboratoire, explique Gr\u00e9gory Resch, chercheur au D\u00e9partement de microbiologie fondamentale de l\u2019UNIL. Puis ils reviennent \u00e0 L\u2019Eprouvette pour isoler les phages qu\u2019ils peuvent ensuite observer \u00e0 la plate-forme de microscopie \u00e9lectronique et photographier.\u00bb Outre cet atelier, des expositions et des d\u00e9bats seront aussi organis\u00e9s afin \u00abde discuter avec le public des enjeux de la phagoth\u00e9rapie\u00bb, conclut le microbiologiste.<\/p>\n<p>Inscriptions et renseignements: <a href=\"mailto:mathilde.ythier@unil.ch\">mathilde.ythier@unil.ch<\/a><\/p>\n<p>Article suivant: <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/phagotherapie-premier-essai-clinique-au-chuv\/\">Phagoth\u00e9rapie: premier essai clinique au CHUV<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avant l\u2019apparition des antibiotiques, on utilisait des virus pour lutter contre les bact\u00e9ries pathog\u00e8nes. Cet ancien traitement, aujourd\u2019hui abandonn\u00e9 dans nos pays, pourrait conna\u00eetre une seconde vie. 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