{"id":6250,"date":"2015-01-21T08:16:55","date_gmt":"2015-01-21T06:16:55","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=6250"},"modified":"2020-07-29T14:36:49","modified_gmt":"2020-07-29T12:36:49","slug":"quand-les-suisses-effrayaient-les-princes-et-les-enfants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/quand-les-suisses-effrayaient-les-princes-et-les-enfants\/","title":{"rendered":"Quand les Suisses effrayaient les princes et les enfants"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_6137\" aria-describedby=\"caption-attachment-6137\" style=\"width: 423px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6137\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/01\/histoire_59_1.jpg\" alt=\"Lansquenet en rouge. Tableau de Fernand Hodler (1895). Winterthur, Stiftung Oskar Reinhart. Le peintre a consacr\u00e9 diff\u00e9rents tableaux \u00e0 Marignan. Ils ont fait scandale en 1897: l\u2019ensemble avait \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 \u00abtrop brutal\u00bb (lire Allez savoir?! No 39, septembre 2007). \u00a9 akg-images?\/?Andr\u00e9 Held\" width=\"423\" height=\"590\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/01\/histoire_59_1.jpg 423w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/01\/histoire_59_1-186x260.jpg 186w\" sizes=\"auto, (max-width: 423px) 100vw, 423px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-6137\" class=\"wp-caption-text\">Lansquenet en rouge. Tableau de Fernand Hodler (1895). Winterthur, Stiftung Oskar Reinhart. Le peintre a consacr\u00e9 diff\u00e9rents tableaux \u00e0<br \/>Marignan. Ils ont fait scandale en 1897: l\u2019ensemble avait \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 \u00abtrop brutal\u00bb (<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/hodler-etait-il-le-thomas-hirschhorn-du-xixe-siecle\/\">lire Allez savoir! No 39, septembre 2007<\/a>). \u00a9 akg-images\/Andr\u00e9 Held<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Entre Morgarten (1315) et Marignan (1515), les guerriers conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s ont accompli tellement d\u2019exploits militaires qu\u2019ils passaient pour invincibles. Histoire d\u2019une \u00e9poque bien r\u00e9volue durant laquelle les Suisses attaquaient leurs voisins&#8230;<\/em><\/p>\n<p>Oubliez l\u2019image paisible du soldat suisse dans son uniforme impeccable qui aide les vieilles dames \u00e0 monter dans le train. Les guerriers conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s qui arrivent dans la plaine de Marignan, \u00e0 la mi-septembre 1515, font peur aux enfants. Parce qu\u2019on les voit comme \u00abun peuple sauvage, des montagnards f\u00e9roces comme des b\u00eates\u00bb, nous dit une chronique allemande du d\u00e9but du XVe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Ces guerriers inqui\u00e8tent encore leurs contemporains parce qu\u2019ils ont trouv\u00e9 le moyen de vaincre les chevaliers. \u00abLes Suisses ne combattaient pas dans un \u00e9tat d\u2019esprit chevaleresque. Ils n\u2019avaient pas piti\u00e9 des nobles, n\u2019h\u00e9sitaient pas \u00e0 les tuer et ne faisaient pas de prisonniers, ce qui a contribu\u00e9 \u00e0 leur r\u00e9putation\u00bb, explique Roberto Biolzi, un assistant dipl\u00f4m\u00e9 \u00e0 l\u2019UNIL, qui \u00e9crit actuellement une th\u00e8se sur la guerre dans les Etats savoyards \u00e0 la fin du Moyen Age. Les terribles \u00absylvestres\u00bb (sauvages des for\u00eats), ou encore \u00abalpines inclementes\u00bb (habitants des Alpes d\u00e9pourvus de cl\u00e9mence) sont \u00e9galement craints pour leur pratique du pillage, et brillent surtout par leur efficacit\u00e9 sur les champs de bataille.<\/p>\n<p><strong>Les premiers succ\u00e8s<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"line-height: 1.5\">Tout a commenc\u00e9 \u00e0 Morgarten, en 1315, il y a 700 ans cette ann\u00e9e, quand les Schwytzois ont attaqu\u00e9 l\u2019arm\u00e9e du duc L\u00e9opold, un Habsbourg. \u00abL\u00e0, on est dans le mythe.\u00a0<\/span><span style=\"line-height: 1.5\">On conna\u00eet cette bataille par tradition orale, et la seule source contemporaine, Jean de Winterthour, n\u2019est pas fiable dans son r\u00e9cit des \u00e9v\u00e9nements. \u00c7a a d\u00fb \u00eatre de la gu\u00e9rilla, voire une embuscade: les Schwytzois ont surpris une troupe en marche, en exploitant le terrain. Ce guet-apens aurait fait tr\u00e8s peu de pertes c\u00f4t\u00e9 suisse, alors que bon nombre de chevaliers des Habsbourg ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s ou se sont noy\u00e9s dans le lac.\u00bb<\/span><\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me \u00e9pisode de cette geste helv\u00e8te se d\u00e9roule \u00e0 Sempach, en 1386. Cette fois, les Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s tuent le duc L\u00e9opold III et an\u00e9antissent son arm\u00e9e, essentiellement compos\u00e9e de nobles. Ces deux morceaux de la l\u00e9gende militaire suisse ont eu des cons\u00e9quences importantes. \u00abMorgarten a eu un \u00e9cho r\u00e9gional. Cet \u00e9pisode a ralli\u00e9 de nombreuses villes aux Waldst\u00e4tten. Alors que Sempach a eu un rayonnement au niveau international, en montrant que les Suisses disposaient d\u2019une infanterie capable de gagner contre des chevaliers\u00bb, explique Roberto Biolzi.<\/p>\n<p>Les Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s vont encore sortir renforc\u00e9s des Guerres de Bourgogne (1474-1477), o\u00f9 les habitants des for\u00eats, \u00e9paul\u00e9s par de nombreux bourgeois depuis Sempach, ont continu\u00e9 \u00e0 massacrer des nobles sur les champs de bataille pour devenir \u00ables dompteurs des princes\u00bb. La seule promesse de leur pr\u00e9sence dans un conflit fait d\u00e9sormais r\u00e9fl\u00e9chir les bellig\u00e9rants. \u00abJ\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 une bataille entre le duc de Savoie Am\u00e9d\u00e9e VIII et Francesco Sforza de Milan, o\u00f9 le simple fait d\u2019annoncer dans sa correspondance de guerre qu\u2019on a recrut\u00e9 des Suisses inqui\u00e8te l\u2019ennemi\u00bb, raconte Roberto Biolzi.<\/p>\n<figure id=\"attachment_6094\" aria-describedby=\"caption-attachment-6094\" style=\"width: 386px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6094\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/01\/RobertoBiolzi_59.jpg\" alt=\"Roberto Biolzi. Cet assistant dipl\u00f4m\u00e9 \u00e9crit actuellement une th\u00e8se sur la guerre dans les Etats savoyards \u00e0 la fin du Moyen Age. Nicole Chuard \u00a9 UNIL\" width=\"386\" height=\"384\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/01\/RobertoBiolzi_59.jpg 386w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/01\/RobertoBiolzi_59-261x260.jpg 261w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/01\/RobertoBiolzi_59-250x250.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2015\/01\/RobertoBiolzi_59-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 386px) 100vw, 386px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-6094\" class=\"wp-caption-text\">Roberto Biolzi. Cet assistant dipl\u00f4m\u00e9 \u00e9crit actuellement une th\u00e8se sur la guerre dans les Etats savoyards \u00e0 la fin du Moyen Age. Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Comment battre les chevaliers<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"line-height: 1.5\">Si les Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s sont \u00e0 ce point effrayants, c\u2019est parce qu\u2019ils ont mis au point une nouvelle tactique militaire. \u00abAu Moyen Age, la cavalerie dominait les champs de bataille, avec le chevalier comme principal protagoniste\u00bb, explique l\u2019historien de l\u2019UNIL. Pourtant, au d\u00e9but du XIVe si\u00e8cle, cette arme montre ses limites. Dans les Flandres, des piquiers flamands ont battu une arm\u00e9e de chevaliers. Un exploit que les Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s vont r\u00e9\u00e9diter \u00e0 de multiples reprises, gr\u00e2ce \u00e0 leur infanterie consid\u00e9r\u00e9e comme \u00abla meilleure du monde\u00bb. \u00abAujourd\u2019hui, les Suisses imitent enti\u00e8rement la phalange des Grecs. Ils forment comme eux des \u00e9pais et solides bataillons et se maintiennent de la m\u00eame mani\u00e8re dans le combat\u00bb, \u00e9crit Machiavel dans son Art de la guerre.<\/span><\/p>\n<p>Face aux chevaliers, lourdement \u00e9quip\u00e9s, les Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s opposent une arm\u00e9e de fantassins, les fameux \u00abcarr\u00e9s suisses\u00bb. Ils se rassemblent dans un h\u00e9risson compact, prot\u00e9g\u00e9 par de longues piques, avec, au c\u0153ur de ce dispositif, des porteurs de hallebardes, tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement \u00e9quip\u00e9s. \u00abD\u00e8s que le combat \u00e9tait engag\u00e9 avec la cavalerie, les Suisses ouvraient les rangs et les hallebardiers se faufilaient pour faire un massacre\u00bb, raconte Roberto Biolzi.<\/p>\n<p>Au risque de surprendre les fans de football du XXIe si\u00e8cle, il faut rappeler que les Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s n\u2019\u00e9taient pas confin\u00e9s en d\u00e9fense. Leur tactique \u00e9tait opportuniste. \u00abLes carr\u00e9s suisses attaquaient, rappelle Roberto Biolzi. A Marignan, les Suisses sont arriv\u00e9s et ils se sont avanc\u00e9s dans le but de s\u2019emparer de l\u2019artillerie fran\u00e7aise, comme ils l\u2019avaient fait contre l\u2019arm\u00e9e du duc de Bourgogne. C\u2019\u00e9taient des sp\u00e9cialistes de la victoire \u00e9clair: Morgarten, par exemple, n\u2019a apparemment dur\u00e9 que deux heures.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Que faisaient les Suisses en Italie?<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"line-height: 1.5\">Offensifs sur le champ de bataille, les Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s du XVIe si\u00e8cle s\u2019avan\u00e7aient encore tr\u00e8s loin, au-del\u00e0 de leurs fronti\u00e8res, puisqu\u2019ils ont connu leur plus terrible d\u00e9faite non loin de Milan. Une situation qui surprend forc\u00e9ment un paisible Helv\u00e8te de 2015, habitu\u00e9 \u00e0 laisser ses voisins se battre sans intervenir. Que venaient donc faire ces soldats conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s aussi loin de leurs bases?<\/span><\/p>\n<p>Ils s\u2019\u00e9taient engag\u00e9s dans les Guerres d\u2019Italie (1494-1559), un conflit dont la complexit\u00e9 d\u00e9fie tout r\u00e9sum\u00e9 succin. Mettons simplement que les Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s sont entr\u00e9s dans la P\u00e9ninsule aux c\u00f4t\u00e9s du roi de France Charles VIII en 1494. Ce dernier pr\u00e9tendait au tr\u00f4ne de Naples, et il avait d\u00e9cid\u00e9 de faire campagne en Italie, avec, notamment, l\u2019aide de mercenaires suisses. Mais, \u00abpour diff\u00e9rentes raisons \u2013 on parle notamment de salaires impay\u00e9s \u2013 les rapports se d\u00e9t\u00e9riorent, et les Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s comprennent qu\u2019ils pourraient gagner des territoires en Italie tout seuls\u00bb, raconte l\u2019historien de l\u2019UNIL.<\/p>\n<p>Car, chose inimaginable \u00e0 notre \u00e9poque, \u00ables Suisses de 1515 \u00e9taient une puissance militaire. Ils ont accompli des exploits consid\u00e9rables, qui leur ont donn\u00e9 des vis\u00e9es expansionnistes pendant un si\u00e8cle, entre le XVe et le d\u00e9but du XVIe \u00bb. Entre 1513 et la d\u00e9faite de Marignan en 1515, les Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s sont au sommet de leur puissance et de leur r\u00e9putation. \u00abLa ville de Milan est m\u00eame devenue un protectorat suisse\u00bb, ajoute Roberto Biolzi.<\/p>\n<p><strong>La victoire oubli\u00e9e de Novare, en 1513<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"line-height: 1.5\">En 1513, \u00e0 Novare, en Lombardie, les Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s ont remport\u00e9 leur derni\u00e8re grande victoire sur un champ de bataille majeur contre une puissance militaire \u00e9trang\u00e8re. Ce jour-l\u00e0, les carr\u00e9s suisses ont taill\u00e9 en pi\u00e8ces l\u2019arm\u00e9e du roi Louis XII (le successeur de Charles VIII), et ont forc\u00e9 le roi de France \u00e0 quitter la P\u00e9ninsule. Cette victoire impressionnante (paradoxalement oubli\u00e9e dans les manuels d\u2019histoire) explique que les Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s se retrouvent face \u00e0 une arm\u00e9e fran\u00e7aise deux ans plus tard, pour la \u00abrevanche\u00bb de Marignan.<\/span><\/p>\n<p>Entre-temps, Fran\u00e7ois Ier est mont\u00e9 sur le tr\u00f4ne, et il revient en Italie avec le l\u00e9gendaire chevalier Bayard (\u00absans peur et sans reproches\u00bb) pour affronter \u00e0 nouveau les Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s, dans ce que les chroniqueurs de l\u2019\u00e9poque ont appel\u00e9 \u00abLa bataille des g\u00e9ants\u00bb.<\/p>\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il y avait la France, le colosse d\u00e9mographique de l\u2019Europe. Pourtant, ses 18 millions d\u2019habitants n\u2019\u00e9taient que peu repr\u00e9sent\u00e9s sur le champ de bataille, puisque l\u2019ossature de l\u2019arm\u00e9e \u00e9tait constitu\u00e9e de nobles, \u00e9paul\u00e9s par des mercenaires. C\u00f4t\u00e9 suisse, la Conf\u00e9d\u00e9ration comptait 1 petit million d\u2019habitants install\u00e9s dans 13 cantons souverains mais li\u00e9s entre eux par des trait\u00e9s (Uri, Schwytz, Unterwald, Lucerne, Zurich, Glaris, Zoug, Berne, Fribourg, Soleure, Schaffhouse, B\u00e2le et Appenzell, sans oublier des accords sign\u00e9s avec des ligues grisonnes et des dizains valaisans).<\/p>\n<p><strong>Battus par l\u2019or et la politique<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"line-height: 1.5\">Exalt\u00e9s par le cardinal valaisan Mathieu Schiner, les Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s s\u2019avancent vers leur objectif initial \u00e0 Marignan: l\u2019artillerie de Fran\u00e7ois Ier qui pouvait repr\u00e9senter un formidable butin. Les 200 canons tonnent et font des d\u00e9g\u00e2ts terribles dans les carr\u00e9s suisses, qui n\u2019ont pris que douze pi\u00e8ces \u00e0 la fin de la journ\u00e9e. La bataille reprend le lendemain, toujours aussi furieuse, toujours aussi ind\u00e9cise. \u00abLes Suisses \u00e9taient m\u00eame en train d\u2019encercler l\u2019ennemi, et probablement de gagner quand sont arriv\u00e9s les 12 000 V\u00e9nitiens qui avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s au secours de Fran\u00e7ois Ier. De tels renforts, le deuxi\u00e8me jour de la bataille, ont forc\u00e9ment fait la diff\u00e9rence. Mais, sans cela, qui peut bien dire ce qui se serait pass\u00e9\u00bb, observe Roberto Biolzi.<\/span><\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 la l\u00e9gende qui s\u2019\u00e9crit en France depuis 1515, Fran\u00e7ois Ier a surtout gagn\u00e9 la bataille gr\u00e2ce \u00e0 ses choix politiques (son alliance avec les V\u00e9nitiens) et \u00e0 son or (qui a dissuad\u00e9 une partie des Suisses, notamment les Bernois et les Fribourgeois, de se battre). Cela dit, la d\u00e9faite est suffisamment cuisante pour laisser des traces durables dans les esprits suisses. D\u2019abord parce que les pertes sont effroyables. \u00abAvec 5 \u00e0 8000 morts chez les Fran\u00e7ais, et 9-10 000 chez les Suisses, c\u2019est devenu l\u2019une des batailles les plus meurtri\u00e8res. 30% des effectifs suisses y ont trouv\u00e9 la mort, et 15% des Fran\u00e7ais\u00bb, raconte l\u2019historien de l\u2019UNIL.<\/p>\n<p>La d\u00e9faite de Marignan sera encore longuement \u00e9voqu\u00e9e dans le contexte de la R\u00e9forme, qui va bient\u00f4t diviser les paroisses suisses. Notamment par Zwingli, qui a assist\u00e9 aux deux batailles de 1513 et de 1515 comme aum\u00f4nier, et qui va pr\u00e9senter Marignan comme \u00abune punition divine contre ces mercenaires suisses engag\u00e9s par des princes \u00e9trangers et menant la guerre par app\u00e2t du gain\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Une d\u00e9faite, mais tant de gains<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"line-height: 1.5\">D\u00e9sastre humain et politique, Marignan n\u2019a surtout pas \u00e9t\u00e9 une catastrophe \u00e9conomique. \u00abAu contraire! M\u00eame battus, les Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s ont sign\u00e9 un trait\u00e9 tr\u00e8s favorable avec la France. Les Suisses obtiennent 400 000 \u00e9cus d\u2019or, et des accords permettant \u00e0 Fran\u00e7ois Ier d\u2019engager des soldats conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s\u00bb, rappelle Roberto Biolzi, qui voit encore dans cette convention un changement majeur et durable dans le destin du futur pays, car \u00ables Suisses basculent dans l\u2019orbite fran\u00e7aise, o\u00f9 ils vont rester jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise, ce qui aura des incidences tr\u00e8s importantes sur leur d\u00e9veloppement\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"line-height: 1.5\">Enfin, cette participation \u2013 apparemment d\u00e9sastreuse \u2013 aux guerres d\u2019Italie a quand m\u00eame permis aux Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s de gagner des territoires. \u00abOn l\u2019oublie souvent, mais cette campagne marque l\u2019entr\u00e9e du sud du Tessin actuel dans la Suisse\u00bb, rappelle Roberto Biolzi. La Levantine \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 sous protectorat d\u2019Uri, et Bellinzone comme le comt\u00e9 de Mendrisio (conquis en 1521) sont d\u00e9sormais acquis.<\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"line-height: 1.5\">Les \u00abg\u00e9ants\u00bb sont chass\u00e9s d\u2019Italie<\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"line-height: 1.5\">Et la neutralit\u00e9, souvent consid\u00e9r\u00e9e comme la \u00able\u00e7on de Marignan\u00bb? Au soir de la bataille, personne n\u2019y pense. Ce n\u2019est qu\u2019avec les ann\u00e9es que, petit \u00e0 petit, la d\u00e9faite sanglante deviendra le point de d\u00e9part de la c\u00e9l\u00e8bre tradition qui consiste \u00e0 ne pas attaquer ses voisins (<a title=\"Au soir de Marignan, la Suisse n\u2019est pas devenue neutre\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/au-soir-de-marignan-la-suisse-nest-pas-devenue-neutre\/\">lire l&rsquo;article<\/a>). Mais, en 1515, ces terribles \u00abalpestres\u00bb restent des soldats belliqueux, puisque d\u2019innombrables mercenaires helv\u00e8tes vont d\u00e9sormais louer leurs bras noueux au roi de France ou au pape, autre grand admirateur des soldats suisses.<\/span><\/p>\n<p>Du coup, quand il faut trouver une morale \u00e0 cette histoire vieille de 500 ans, Roberto Biolzi observe que 1515 est surtout le d\u00e9but d\u2019une s\u00e9rie de d\u00e9faites pour les Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s, d\u00e9sormais enr\u00f4l\u00e9s dans l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Ils seront encore battus \u00e0 La Bicoque (en 1522), et surtout \u00e0 Pavie (1525), par des arm\u00e9es imp\u00e9riales, qui b\u00e9n\u00e9ficient des armes \u00e0 feu portatives espagnoles, une nouvelle arme appel\u00e9e \u00e0 r\u00e9gner sur les champs de bataille.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s ces deux d\u00e9sastres, Fran\u00e7ois Ier, le vainqueur de \u00abla bataille des g\u00e9ants\u00bb, se voit forc\u00e9 de rentrer chez lui avec ses mercenaires suisses, et d\u2019abandonner toute pr\u00e9tention sur les terres italiennes. Ainsi, note l\u2019historien de l\u2019UNIL, \u00abMarignan me fait surtout penser que personne ne gagne jamais une guerre\u00bb.<\/p>\n<p>Article suivant:<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/au-soir-de-marignan-la-suisse-nest-pas-devenue-neutre\/\"> Au soir de Marignan, la Suisse n\u2019est pas devenue neutre<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre Morgarten (1315) et Marignan (1515), les guerriers conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s ont accompli tellement d\u2019exploits militaires qu\u2019ils passaient pour invincibles. Histoire d\u2019une \u00e9poque bien r\u00e9volue durant laquelle les Suisses attaquaient leurs voisins&#8230; &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":825,"featured_media":6136,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[31,42145],"tags":[43],"class_list":{"0":"post-6250","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-histoire","8":"category-no-59","9":"tag-jocelyn-rochat"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6250","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/825"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6250"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6250\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6136"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6250"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6250"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6250"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}