{"id":601,"date":"2005-10-03T11:00:00","date_gmt":"2005-10-03T09:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=601"},"modified":"2010-10-26T11:14:24","modified_gmt":"2010-10-26T09:14:24","slug":"la-star-de-cet-automne-nest-ni-houellebecq-ni-dan-brown-cest-ramuz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/la-star-de-cet-automne-nest-ni-houellebecq-ni-dan-brown-cest-ramuz\/","title":{"rendered":"La star de cet automne n\u2019est ni Houellebecq ni Dan Brown. C\u2019est Ramuz"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_604\" aria-describedby=\"caption-attachment-604\" style=\"width: 530px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-604 \" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2005\/10\/ramuz2.jpg\" alt=\"La star de cet automne n'est ni Houellebecq ni Dan Brown. C'est Ramuz\" width=\"530\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2005\/10\/ramuz2.jpg 530w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2005\/10\/ramuz2-300x147.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-604\" class=\"wp-caption-text\">L&#039;\u00e9crivain vaudois Ramuz<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Octobre est \u00abramuzissime\u00bb: l\u2019\u00e9crivain vaudois est enfin \u00e9dit\u00e9 dans la  prestigieuse collection de la Pl\u00e9iade et les premiers volumes de ses  \u0152uvres compl\u00e8tes (avec des in\u00e9dits) paraissent chez Slatkine. Rencontre  avec Doris Jakubec et Daniel Maggetti, deux enseignants de l\u2019UNIL qui  ont pilot\u00e9 ces chantiers g\u00e9ants. Et qui nous font d\u00e9couvrir un \u00eatre  beaucoup plus complexe qu\u2019on l\u2019a cru.<\/em><\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, les archives de Ramuz \u00e9taient rest\u00e9es dans l\u2019\u00e9tat o\u00f9 il  les avait laiss\u00e9es, sous forme de gros dossiers, explique Doris  Jakubec, professeure honoraire de l\u2019UNIL et responsable de l\u2019\u00e9dition  dans la Pl\u00e9iade. Tous ces innombrables feuillets n\u2019avaient jamais \u00e9t\u00e9  lus de fa\u00e7on syst\u00e9matique et sur la longue dur\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire tout  l\u2019ensemble d\u2019avant 1900 jusqu\u2019\u00e0 sa mort.\u00bb<\/p>\n<p>Par la masse et la richesse des documents \u00e9tudi\u00e9s, voire d\u00e9crypt\u00e9s, le  cas de Ramuz est exceptionnel: \u00abCes documents constituent le mat\u00e9riau  g\u00e9n\u00e9tique le plus complet et le moins dispers\u00e9 qui soit, rel\u00e8ve Daniel  Maggetti, professeur ordinaire \u00e0 l\u2019UNIL et codirecteur des \u0152uvres  compl\u00e8tes. Il y a, entre autres, des romans non termin\u00e9s, beaucoup de  nouvelles achev\u00e9es, corrig\u00e9es mais non publi\u00e9es pour des raisons  diverses, des po\u00e8mes in\u00e9dits aussi. Et toutes sortes de documents, aux  statuts vari\u00e9s, \u00e9tapes pr\u00e9paratoires, \u00e9bauches ou premi\u00e8res tentatives.\u00bb<\/p>\n<p>De tr\u00e8s nombreux textes nourrissent ainsi  souterrainement la part jusqu\u2019alors visible de l\u2019\u0153uvre. \u00abPar la mani\u00e8re  dont l\u2019\u00e9crivain a construit son \u0153uvre, la logique du chantier est en soi  tr\u00e8s ramuzienne\u00bb, ajoute-t-il.<\/p>\n<h2>Ramuz m\u00e9connu<\/h2>\n<p>Respectivement responsables de l\u2019\u00e9dition en Pl\u00e9iade et  codirecteurs avec Roger Francillon des \u00ab\u0152uvres compl\u00e8tes\u00bb, Doris Jakubec  et Daniel Maggetti nous assurent qu\u2019un nouveau regard est d\u00e9sormais  possible sur cet auteur m\u00e9connu. M\u00e9connu, Ramuz? En France,  certainement: s\u2019il a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des grands \u00e9crivains des ann\u00e9es 1930, la  guerre a interrompu la diffusion de son \u0153uvre.<\/p>\n<p>Mais il serait encore m\u00e9connu en Suisse o\u00f9, sempiternellement associ\u00e9 \u00e0  ce fameux univers paysan, il a \u00e9t\u00e9 cantonn\u00e9 au statut d\u2019\u00e9crivain  r\u00e9gionaliste et de chantre du Pays de Vaud. Or les paysans de Ramuz ne  sont pas ce qu\u2019on croit, explique Doris Jakubec: \u00abD\u00e9barrass\u00e9 de tout  vernis social et aux prises avec les \u00e9l\u00e9ments cosmiques, le paysan est  l\u2019homme \u00e9l\u00e9mentaire, \u00e0 partir duquel on peut commencer \u00e0 comprendre  quelque chose \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, peut-\u00eatre \u00e0 \u00abl\u2019homme humain\u00bb, comme le  disait Charles-Albert Cingria. Ce go\u00fbt de l\u2019\u00e9l\u00e9mentaire, dit Ramuz  lui-m\u00eame, est au fond tout proche parent du sens de l\u2019universel. Tr\u00e8s  t\u00f4t, il a l\u2019id\u00e9e d\u2019une fiction qui repr\u00e9senterait l\u2019homme dans ce qu\u2019il a  de plus essentiel. Pour ce faire, il cr\u00e9e sa propre langue.\u00bb<\/p>\n<p>Emerge alors l\u2019image d\u2019un po\u00e8te de la prose et d\u2019un inventeur de la  forme. Un \u00e9crivain d\u2019une immense envergure dont il \u00e9tait temps que  l\u2019\u0153uvre soit revivifi\u00e9e. Voil\u00e0 qui est fait.<\/p>\n<p>Et pour tenter de cerner la nouvelle silhouette de l\u2019\u00e9crivain qui se  dessine aujourd\u2019hui, essayons de capter Ramuz en quelques instantan\u00e9s.  Un personnage beaucoup plus complexe qu\u2019on l\u2019a cru, r\u00e9v\u00e9l\u00e9 entre autres  par les quelque 1700 feuillets d\u2019un journal dont la partie in\u00e9dite est  tr\u00e8s importante. \u00abUn \u00eatre tourment\u00e9 par l\u2019insatisfaction, mais d\u00e9termin\u00e9  \u00e0 d\u00e9passer ses limites par l\u2019effort de la mise en forme\u00bb, pour  reprendre les mots de Daniel Maggetti. Curieux m\u00e9lange de volont\u00e9 de  ma\u00eetrise et de doute.<\/p>\n<h2>L\u2019artisan Ramuz<\/h2>\n<p>Dans \u00abPassage du po\u00e8te\u00bb, Ramuz dit de Besson (un  personnage du livre, n.d.l.r.): \u00abIl continue \u00e0 faire ses paniers,  mettant les lignes de l\u2019osier l\u2019une sur l\u2019autre, comme l\u2019\u00e9crivain ses  vers ou sa prose.\u00bb Lui-m\u00eame s\u2019est toujours compar\u00e9 \u00e0 un artisan.  Respectueux de son mat\u00e9riau, et bien que dot\u00e9 de peu de moyens  financiers sa vie durant, il a toujours achet\u00e9 du beau papier et de  l\u2019encre de Chine qui durent.<\/p>\n<p>\u00abLes manuscrits, enferm\u00e9s et serr\u00e9s plus de cinquante ans, sont donc  impeccables: frais et comme \u00e9crits hier. Il voulait, contre tout espoir,  que les choses durent alors qu\u2019il avait beaucoup plus de doutes sur la  port\u00e9e de ce qu\u2019il avait \u00e9crit\u00bb, rel\u00e8ve Doris Jakubec.<\/p>\n<p>Premier de sa famille \u00e0 \u00eatre un intellectuel (son p\u00e8re  \u00e9tait commer\u00e7ant), il s\u2019est senti comme coupable de ne pas exercer une  profession lib\u00e9rale et d\u2019avoir choisi un m\u00e9tier \u00abgratuit\u00bb! \u00abQuant \u00e0  l\u2019\u00e9laboration des romans eux-m\u00eames, on s\u2019est aper\u00e7u, en puisant dans les  plans, esquisses, listes de personnages r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par les archives, que  les personnages de ses romans \u00e9taient d\u2019embl\u00e9e tr\u00e8s vivants. Avant de  savoir ce qu\u2019ils vont faire, on conna\u00eet leur \u00e2ge, leurs intonations,  leur allure, leur d\u00e9marche. Tout l\u2019\u00e9difice se d\u00e9veloppe \u00e0 partir de  bases tr\u00e8s concr\u00e8tes\u00bb, poursuit-elle.<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9ternel insatisfait<\/h2>\n<p>Pour Ramuz, rien n\u2019est jamais ni fix\u00e9 ni fini et, d\u2019une  certaine mani\u00e8re, le pass\u00e9 s\u2019actualise sans cesse. Dans ses \u0152uvres  compl\u00e8tes parues en 1940-1941 chez Mermod, il a repris l\u2019ensemble de sa  production depuis ses d\u00e9buts et a tout r\u00e9\u00e9crit de fa\u00e7on syst\u00e9matique, y  compris son \u00abJournal\u00bb, comme le rappelle Daniel Maggetti: \u00abLes premi\u00e8res  ann\u00e9es sont port\u00e9es par une sorte d\u2019\u00e9lan po\u00e9tique et mystique, qui  contraste fortement avec la suite. Il corrige, expurge, revient sur ses  propos en les adaptant au cadre des \u0153uvres compl\u00e8tes. Notre nouvelle  \u00e9dition donne un texte quantitativement beaucoup plus important que  celui de 400 pages que Ramuz a publi\u00e9. Le manuscrit int\u00e9gral, dans son  \u00e9tat premier donc, nous fait retrouver une \u00e9criture au jour le jour. Les  buts ne sont \u00e9videmment pas les m\u00eames: Ramuz a fa\u00e7onn\u00e9 un t\u00e9moignage  correspondant \u00e0 l\u2019image qui \u00e9tait la sienne dans les ann\u00e9es 1940, alors  que nous, nous pr\u00e9sentons un document. La publication de l\u2019int\u00e9gralit\u00e9  permet notamment de voir la phase tr\u00e8s importante de pr\u00e9paration de  l\u2019\u0153uvre, les ann\u00e9es de doutes et les remises en question qui cessent  environ sept ou huit ans apr\u00e8s le d\u00e9but du \u00abJournal\u00bb.\u00bb<\/p>\n<p>M\u00eame travail de relecture-r\u00e9\u00e9criture pour les 22 romans, dont il existe  69 versions diff\u00e9rentes en tout, soit au minimum deux \u00e9ditions pour  chacun \u2013 sauf pour le dernier, \u00abLa Guerre aux papiers\u00bb, qui n\u2019en a  qu\u2019une.<\/p>\n<p>\u00abLe texte n\u2019est jamais clos d\u00e9finitivement, constate Doris Jakubec. Si  Ramuz fait retour sur du d\u00e9j\u00e0-\u00e9crit, il le r\u00e9\u00e9coute aussi, cherchant \u00e0  en ressaisir le rythme et le ton, toujours en qu\u00eate de la voix la plus  juste. Ce qui fait de lui un conteur dont l\u2019\u0153uvre, ouverte, est en  perp\u00e9tuel devenir.\u00bb Et il ne s\u2019agit pas de corrections mineures, des  paragraphes en-tiers, voire des pages, sont biff\u00e9s et remplac\u00e9s par un  feuillet coll\u00e9; les modifications sont port\u00e9es \u00e0 m\u00eame le texte publi\u00e9,  dans le livre lui-m\u00eame, soit l\u2019\u00e9dition originale, soit l\u2019une des  \u00e9ditions interm\u00e9diaires.<\/p>\n<p>\u00abA l\u2019heure actuelle, pour un m\u00eame titre, des versions diff\u00e9rentes  circulent, remarque Daniel Maggetti. Pour un texte comme \u00abDerborence\u00bb,  par exemple, on peut \u00eatre dans le flou: l\u2019\u00e9dition parue chez Grasset,  toujours vendue en France, n\u2019est pas identique \u00e0 celles r\u00e9imprim\u00e9es en  Suisse. Les \u00e9ditions auxquelles nous avons travaill\u00e9 comportent enfin  une prise en charge critique qui marque des rep\u00e8res et met en lumi\u00e8re  l\u2019ampleur des ph\u00e9nom\u00e8nes de r\u00e9\u00e9criture.\u00bb<\/p>\n<h2>Le moderne, inventeur d\u2019une langue expressive<\/h2>\n<p>Il y a longtemps que des \u00e9crivains comme C\u00e9line ou Robert  Pinget l\u2019avaient compris: Ramuz est l\u2019initiateur du transfert de la  langue parl\u00e9e dans la langue \u00e9crite. Robert Pinget reconna\u00eet \u00e0 Ramuz sa  mani\u00e8re d\u2019\u00e9couter les voix et les intonations pour les transposer dans  une langue fictive.<\/p>\n<p>Ni populaire ni standard, ni conventionnelle, ni patoisante, celle-ci  poursuit l\u2019expressivit\u00e9 de chaque personne qui ouvre la bouche, voit,  sent ou vibre. \u00abDe relecture en relecture, Ramuz va beaucoup supprimer,  et cette langue qualifi\u00e9e de paysanne est en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s subtile,  toujours plus raffin\u00e9e, tendant \u00e0 la transgression et portant la syntaxe  \u00e0 ses extr\u00e9mit\u00e9s. Travaillant beaucoup d\u2019oreille sur les rythmes, Ramuz  a donn\u00e9 au roman une dimension d\u2019ordre po\u00e9tique\u00bb, explique Doris  Jakubec.<\/p>\n<p>Dans la Pl\u00e9iade, l\u2019accent est mis sur cet aspect de la langue et, en  particulier, sur le vocabulaire et la syntaxe puisque, pour la premi\u00e8re  fois, tous les mots et tours r\u00e9gionaux et dialectaux utilis\u00e9s dans les  romans ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9s. Mais la modernit\u00e9 de Ramuz r\u00e9side ailleurs: en  r\u00e9inventant les relations qui lient le narrateur \u00e0 ses personnages, il  laisse un grand espace \u00e0 l\u2019activit\u00e9 du lecteur qui prend ainsi sa place  au sein m\u00eame de l\u2019histoire.<\/p>\n<p>\u00abElle a plusieurs sens possibles. On ne sait pas ce que pense le  narrateur dont Ramuz a transform\u00e9 la mission. Proche des personnages, le  narrateur en montre la complexit\u00e9. Ce n\u2019est pas lui qui en a la cl\u00e9.  Tous, y compris le lecteur, doivent voir, entendre et relier les  perceptions et les donn\u00e9es pour en saisir \u00e0 la fois le d\u00e9roulement et le  d\u00e9nouement. Cet \u00e9clatement du point de vue de la narration est tr\u00e8s  moderne.\u00bb<\/p>\n<h2>Le manager<\/h2>\n<p>C\u2019est un aspect du personnage que les sp\u00e9cialistes  soup\u00e7onnaient, mais que les documents d\u00e9pouill\u00e9s \u00e0 l\u2019occasion des  pr\u00e9sentes \u00e9ditions confirment. \u00abD\u00e8s 1918-1919, Ramuz utilise entre  autres son \u00abJournal\u00bb pour y consigner ses brouillons de lettres,  explique Daniel Maggetti. On y trouve de nombreuses traces de relations  \u00e9ditoriales.\u00bb<\/p>\n<p>Ces divers \u00e9changes -\u2013 dont certains n\u2019\u00e9taient pas connus \u2013 t\u00e9moignent  du versant le plus pratique du travail d\u2019\u00e9crivain et font appara\u00eetre  l\u2019arri\u00e8re-plan concret de la construction de l\u2019\u0153uvre. \u00abLes brouillons de  lettres sont passionnants. Editeurs, directeurs de revues et de  journaux, responsables d\u2019adaptations au cin\u00e9ma, les correspondants sont  multiples. On d\u00e9couvre l\u00e0 chez Ramuz un c\u00f4t\u00e9 manager, une capacit\u00e9 \u00e0  g\u00e9rer les transactions et une connaissance du m\u00e9tier assez remarquable.\u00bb<\/p>\n<p>Mais ce qui appara\u00eetra surtout avec le d\u00e9ploiement des \u0153uvres compl\u00e8tes,  c\u2019est \u00abla constance impressionnante de ce travail d\u2019\u00e9criture. A partir  d\u2019un certain moment, \u00e9crire devient une v\u00e9ritable obsession, presque une  mystique. Ramuz reprend et continue des projets, en lance de nouveaux, \u00e0  un rythme spectaculaire.\u00bb L\u2019image quelque peu inhumaine du bourreau de  travail est pourtant contrebalanc\u00e9e par celle d\u2019un homme qui doute.<\/p>\n<h2>L\u2019inquiet acharn\u00e9<\/h2>\n<p>Il y a chez Ramuz une radicalisation du d\u00e9sir de se vouer \u00e0 un travail  litt\u00e9raire (voir ci-dessus l\u2019extrait du \u00abJournal\u00bb) qui tr\u00e8s t\u00f4t devient  un but unique et qui se double d\u2019une capacit\u00e9 \u00e0 faire aboutir les  choses. Mais les pages du \u00abJournal\u00bb r\u00e9v\u00e8lent aussi un personnage tr\u00e8s  humain, avec sa part de d\u00e9sarroi et de doute, chez qui une grande  inqui\u00e9tude se profile en arri\u00e8re-plan.<\/p>\n<p>Dans sa jeunesse, \u00e0 la fois timide et distant, il se sent coup\u00e9 des  autres et recherche l\u2019isolement tout en en souffrant. Adulte, il a des  relations d\u2019amiti\u00e9 profonde, qui presque toujours reposent sur des  affinit\u00e9s intellectuelles ou artistiques, avec Ansermet, Auberjonois,  Stravinski par exemple.<\/p>\n<p>Ramuz n\u2019est pourtant pas un mondain: \u00abNi anecdotes croustillantes ni  commentaires assassins dans son \u00abJournal\u00bb, pr\u00e9vient Daniel Maggetti.  N\u2019\u00e9tait un tr\u00e8s beau texte, jusque-l\u00e0 in\u00e9dit, sur la mort de son p\u00e8re,  et des allusions \u00e0 un amour de jeunesse pour une jeune Valaisanne,  Ludivine, on apprend peu sur sa vie priv\u00e9e. Si elle est relativement  connue, sa grande passion pour son petit-fils se r\u00e9v\u00e8le cependant ici  dans toute son ampleur, surtout \u00e0 la fin de sa vie. Une p\u00e9riode o\u00f9, min\u00e9  par la maladie, il semble se retrancher du monde, par une sorte de  coupure progressive.\u00bb<\/p>\n<p>Tout cela ne nous dit rien sur la suppos\u00e9e (?) misogynie de Ramuz.  Daniel Maggetti: \u00abUn texte de jeunesse \u00e9crit en Allemagne (o\u00f9 il \u00e9tait  pr\u00e9cepteur) fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne \u2013 c\u2019est d\u2019ailleurs  l\u2019un des seuls qu\u2019on ait retrouv\u00e9s sur sa vie d\u2019\u00e9tudiant lausannois.  Intitul\u00e9 \u00abCes demoiselles&#8230;\u00bb, il est tr\u00e8s peu aimable \u00e0 l\u2019\u00e9gard des  \u00abbas-bleus\u00bb, plus que vis-\u00e0-vis des femmes en g\u00e9n\u00e9ral. Sinon, on ne  trouve que des commentaires allusifs, par lesquels on constate que Ramuz  partage le sexisme tr\u00e8s r\u00e9pandu de son temps et de son milieu.\u00bb<\/p>\n<p>Doris Jakubec: \u00abRamuz misogyne? Sans doute. Il a en tout cas trait\u00e9 sa  femme comme une servante. Mais beaucoup d\u2019autres l\u2019ont fait et le font  encore, et, \u00e0 sa d\u00e9charge, il avait pour lui d\u2019\u00eatre un g\u00e9nie; et sa  femme le savait parfaitement en l\u2019\u00e9pousant. Par ailleurs, il \u00e9tait  extr\u00eamement dur avec lui-m\u00eame.\u00bb<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, la pr\u00e9diction de C\u00e9line pourrait se  r\u00e9aliser, \u00e0 propos de Ramuz en tout cas: \u00abEn l\u2019an 2000, \u00e0 part moi-m\u00eame,  on ne lira gu\u00e8re plus que Ramuz, Morand et Barbusse!\u00bb avait-il dit en  1949.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><em>Elisabeth Gilles<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Octobre est \u00abramuzissime\u00bb: l\u2019\u00e9crivain vaudois est enfin \u00e9dit\u00e9 dans la prestigieuse collection de la Pl\u00e9iade et les premiers volumes de ses \u0152uvres compl\u00e8tes (avec des in\u00e9dits) paraissent chez Slatkine. 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