{"id":5971,"date":"2014-09-25T08:12:29","date_gmt":"2014-09-25T06:12:29","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=5971"},"modified":"2014-09-17T15:23:10","modified_gmt":"2014-09-17T13:23:10","slug":"open-access-entretien-avec-marc-robinson-rechavi-professeur-au-departement-decologie-et-evolution-de-lunil-et-editeur-scientifique-de-la-revue-plos-one","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/open-access-entretien-avec-marc-robinson-rechavi-professeur-au-departement-decologie-et-evolution-de-lunil-et-editeur-scientifique-de-la-revue-plos-one\/","title":{"rendered":"Open Access: entretien avec Marc Robinson-Rechavi, professeur au D\u00e9partement d&rsquo;\u00e9cologie et \u00e9volution de l\u2019UNIL et \u00e9diteur scientifique de la revue PLOS ONE."},"content":{"rendered":"<p><em>En compl\u00e9ment de l\u2019article paru dans Allez savoir\u00a0! 58, septembre 2014. Marc Robin-Rechavi tient un blog\u00a0: <a href=\"https:\/\/toutsepassecommesi.cafe-sciences.org\/\" target=\"_blank\">https:\/\/toutsepassecommesi.cafe-sciences.org\/<\/a>. Sur Twitter <a href=\"https:\/\/twitter.com\/marc_rr\">@marc_rr<\/a><\/em><\/p>\n<p><strong>En quoi consiste votre travail d\u2019\u00e9diteur scientifique de la revue PLOS ONE\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Cette activit\u00e9 n\u2019est pas sp\u00e9cifique au fait que le titre est en <em>open access<\/em> (OA)\u00a0: le travail est le m\u00eame partout. Je re\u00e7ois, de la part de PLOS ONE, un article soumis par un groupe de chercheurs et je me pose une s\u00e9rie de questions\u00a0comme par exemple\u00a0: le \u00ab\u00a0papier\u00a0\u00bb est-il pertinent\u00a0? Les m\u00e9thodes employ\u00e9es sont-elles correctes\u00a0? Les r\u00e9sultats sont-ils frappants\u00a0? A-t-il sa place dans la revue\u00a0? Je d\u00e9niche ensuite des scientifiques du domaine trait\u00e9 afin de leur confier la <em>peer review<\/em>. Ils se trouvent soit dans mes contacts personnels, ou se rep\u00e8rent gr\u00e2ce \u00e0 un outil de recherche de sp\u00e9cialistes comme <a href=\"https:\/\/www.biosemantics.org\/jane\/\" target=\"_blank\">Jane<\/a> ou encore sur suggestion des auteurs. Je centralise ensuite les remarques faites par les pairs et j\u2019en donne un r\u00e9sum\u00e9 aux auteurs. L\u2019\u00e9diteur d\u00e9cide quels commentaires doivent \u00eatre pris en compte ou pas. Le document fait ensuite plusieurs allers et retours. Tous les cas de figure surviennent, des changements l\u00e9gers aux modifications importantes. Ensuite, quand les corrections demand\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 faites, le \u00ab\u00a0papier\u00a0\u00bb est mis en ligne tr\u00e8s rapidement. Au moins de juin, PLOS ONE a d\u00e9pass\u00e9 les 100 000 articles.<\/p>\n<p><strong>Quelle est votre motivation\u00a0? Ce travail est b\u00e9n\u00e9vole\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p>Nous sommes des milliers d\u2019\u00e9diteurs volontaires pour PLOS ONE. Je le fais par sens du devoir et pour animer la communaut\u00e9. C\u2019est n\u00e9cessaire pour qu\u2019elle vive, tout comme la r\u00e9alisation de <em>peer reviews<\/em> ou l\u2019organisation de conf\u00e9rences. Il faut dire \u00e9galement que figurer parmi les \u00e9diteurs d\u2019un titre implique une certaine reconnaissance de la part des coll\u00e8gues, qui vous font confiance. Prendre des responsabilit\u00e9s de ce genre est m\u00eame attendu de votre part si vous visez des postes sup\u00e9rieurs dans la carri\u00e8re acad\u00e9mique.<\/p>\n<p><strong>Combien co\u00fbte \u00e0 l\u2019auteur une parution en OA? <\/strong><\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s mon exp\u00e9rience personnelle, les prix naviguent entre 1000 et 3000 $ par article. Certains sont gratuits et d\u2019autres plus chers\u00a0: PLOS ONE demande 1350 $, ce qui est assez peu. Dans certains cas d\u2019auteurs d\u00e9sargent\u00e9s, la revue offre m\u00eame la parution. Depuis peu, le Fonds national suisse (FNS) paie les frais de publications des auteurs dont il soutient les travaux financi\u00e8rement.<\/p>\n<p><strong>Quels types d\u2019OA trouve-t-on aujourd\u2019hui\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Par exemple, le mod\u00e8le hybride. Il s\u2019agit de revues qui fonctionnent sur le principe de l\u2019abonnement, donc du lecteur-payeur. Mais les auteurs qui le souhaitent peuvent payer un suppl\u00e9ment pour que leur article soit en OA\u2026 Cela donne un sommaire panach\u00e9, o\u00f9 certains papiers sont en lecture libre, et d\u2019autres pas. Un <em>business model<\/em> disruptif a \u00e9merg\u00e9\u00a0: celui de PeerJ (biologie et m\u00e9decine). Les auteurs paient une participation unique, au minimum de 99 $, ce qui leur donne le droit, annuellement, de publier un article mais les contraint \u00e0 une <em>peer review<\/em>. Petite subtilit\u00e9\u00a0: tous les co-auteurs doivent avoir r\u00e9gl\u00e9 leur cotisation. De mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, il ne faut pas croire que toutes les revues en OA ne poursuivent pas de but commercial. De m\u00eame, certains titres qui ont opt\u00e9 pour le \u00ab\u00a0lecteur payeur\u00a0\u00bb n\u2019ont pas de but lucratif. Tous les cas de figures existent.<\/p>\n<p><strong>Quel b\u00e9n\u00e9fices le grand public peut-il attendre de la publication en OA\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>Notre soci\u00e9t\u00e9 compte de nombreuses personnes qui poss\u00e8dent une formation scientifique\u00a0: des professeurs du secondaire, des ing\u00e9nieurs, des m\u00e9decins. Ils peuvent lire les articles parus dans les revues.<\/p>\n<p>Pour les enseignants, c\u2019est une perte que de ne pas y avoir acc\u00e8s pour des raisons de co\u00fbts. Quand ils voient dans les <em>news<\/em> qu\u2019on a trouv\u00e9 un nouveau dinosaure, ou qu\u2019on parle des OGM ou du r\u00e9chauffement, ils devraient pouvoir utiliser la litt\u00e9rature scientifique. Pour moi, un v\u00e9ritable OA propose du contenu sous licence \u00ab\u00a0creative commons\u00a0\u00bb, que l\u2019on peut r\u00e9utiliser et proposer au t\u00e9l\u00e9chargement. Je parle de cartes, de graphiques qui enrichissent les cours.<\/p>\n<p>Pensez \u00e9galement \u00e0 des patients atteints de maladies graves ou chroniques, et aux associations qui les repr\u00e9sentent. S\u2019ils entendent parler de nouveaux travaux, voire d\u2019un traitement potentiel, ils devraient pouvoir acc\u00e9der aux informations qui les concernent\u2026<\/p>\n<p><strong>Mais les articles sont compliqu\u00e9s \u00e0 lire pour des profanes\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Ne sous-estimez pas la motivation de personnes dont la vie est concern\u00e9e. En auto-formation, on peut apprendre beaucoup. Et il est toujours possible de soumettre l\u2019article \u00e0 son m\u00e9decin pour avoir des informations. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les d\u00e9bats de soci\u00e9t\u00e9, que ce soit au sujet de la mort des abeilles, du changement climatique, des perturbateurs endocriniens ou m\u00eame du cr\u00e9ationnisme sortiraient enrichis d\u2019un acc\u00e8s plus large aux travaux des chercheurs. Les militants, les industriels et les journalistes seraient les premiers int\u00e9ress\u00e9s, mais tout le monde est concern\u00e9. Chaque personne qui souhaite acc\u00e9der \u00e0 l\u2019information doit pouvoir le faire. Quand vous devez payer un \u00ab\u00a0papier\u00a0\u00bb avec votre carte de cr\u00e9dit et que vous vous rendez compte en ouvrant le pdf qu\u2019il est inint\u00e9ressant ou illisible, vous avez perdu de l\u2019argent et vous ne pouvez pas le rendre au fournisseur\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Quels sont vos coll\u00e8gues qui b\u00e9n\u00e9ficient de l\u2019OA\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Le co\u00fbt des abonnements emp\u00eache les chercheurs africains, par exemple, d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la recherche. Mais c\u2019est \u00e9galement valable pour les pays europ\u00e9ens en difficult\u00e9 \u00e9conomique, comme la Gr\u00e8ce ou le Portugal. C\u2019est un cercle vicieux\u00a0: pas de connaissance, pas d\u2019innovation, pas de start-ups, pas d\u2019emplois\u2026 Les tenants du mod\u00e8le traditionnel tentent de contrer cet argument en disant qu\u2019il faut payer pour publier dans l\u2019OA, et que c\u2019est un probl\u00e8me aussi. Mais d\u2019abord, un scientifique lit beaucoup plus qu\u2019il ne publie. Ensuite, si vous n\u2019avez pas lu les travaux des sp\u00e9cialistes de votre domaine, vous ne pouvez jamais faire de la bonne science et en arriver au stade de la soumission d\u2019un article. Il vaut clairement mieux payer pour publier que pour lire\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Pourquoi le mod\u00e8le traditionnel du lecteur-payeur existe-t-il encore\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019inertie du syst\u00e8me. Pourquoi les maisons de disques existent-elles encore \u00e0 l\u2019heure d\u2019iTunes\u00a0? Il faut prendre en compte la question du prestige cumul\u00e9 avec les ann\u00e9es de revues comme <em>Nature<\/em>. Un nouveau venu, en OA, ne l\u2019aura pas avant un moment. Toutefois, PLOS Biology et PLOS Medicine font concurrence \u00e0 de tr\u00e8s bons titres, ce qui prouve qu\u2019un changement de mentalit\u00e9 est possible. Le moyen le plus efficace de faire bouger les choses rapidement, c\u2019est quand les organismes qui financent la recherche, comme le Wellcome Trust en Grande-Bretagne, soutiennent la d\u00e9marche et contraignent \u00e0 publier en OA. C\u2019est d\u2019ailleurs une bonne chose pour la recherche elle-m\u00eame, qui circule davantage quand elle est librement accessible\u00a0! Enfin, le pi\u00e8ge des abonnements r\u00e9side dans le fait que leurs co\u00fbts sont pay\u00e9s par les biblioth\u00e8ques et les universit\u00e9s sans que les scientifiques ne les voient passer (ils sont m\u00eame confidentiels\u00a0!), alors qu\u2019une publication en OA tombe sur le budget du chercheur lui-m\u00eame\u2026<\/p>\n<p><strong>Il y a un d\u00e9calage entre les int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9ral et particulier\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Chaque chercheur a en effet int\u00e9r\u00eat \u00e0 progresser dans sa carri\u00e8re gr\u00e2ce \u00e0 des parutions dans des titres prestigieux. S\u2019ils publient dans une revue OA, c\u2019est bien souvent sans faire expr\u00e8s&#8230; M\u00eame si j\u2019ai fait l\u2019effort de ne publier qu\u2019en OA, je n\u2019applique pas forc\u00e9ment cette politique \u00e0 mes doctorants, qui doivent partir dans la nature munis d\u2019un bon CV.<\/p>\n<p><strong>Que pensez-vous des serveurs institutionnels comme Serval, mis \u00e0 disposition des chercheurs de l\u2019UNIL et du CHUV par la Biblioth\u00e8que cantonale et universitaire de Lausanne\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>En soi, c\u2019est une bonne chose. Mais pour moi, l\u2019OA green road que permet Serval, c\u2019est \u00e0 dire la publication dans une revue traditionnelle et le stockage local de l\u2019article, ce n\u2019est pas un v\u00e9ritable open access\u2026<\/p>\n<p><strong>\u2026 Pourquoi\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Parce que les \u00e9diteurs ne permettent de loin pas toujours de mettre \u00e0 disposition la toute derni\u00e8re version du \u00ab\u00a0papier\u00a0\u00bb. Le site <a href=\"https:\/\/www.sherpa.ac.uk\/romeo\/\" target=\"_blank\">Sherpa\/Romeo <\/a>liste les diff\u00e9rentes exigences juridiques. Cela pose deux probl\u00e8mes. Mettre \u00e0 disposition un article dans sa version originale, c\u2019est \u00e0 dire avant l\u2019\u00e9valuation par les pairs, implique un manque de contr\u00f4les et un risque d\u2019erreurs. Ensuite, cela signifie que deux versions du document circulent ce qui provoque une confusion au moment o\u00f9 quelqu\u2019un va vouloir le citer dans un nouvel recherche: duquel va-t-on parler\u00a0?<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/open-access\/\" target=\"_blank\">Article principal.<br \/>\n<\/a>Entretiens complets avec<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/open-access-entretien-avec-jean-claude-albertin-directeur-adjoint-de-la-bibliotheque-cantonale-et-universitaire-de-lausanne-bcu\/\" target=\"_blank\"> Jean-Claude Albertin<\/a> et <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/open-access-entretien-avec-frederic-schutz-bioinformaticien-a-linstitut-suisse-de-bioinformatique-et-responsable-de-la-communication-chez-wikimedia-ch\/\" target=\"_blank\">Fr\u00e9d\u00e9ric Sch\u00fctz.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En compl\u00e9ment de l\u2019article paru dans Allez savoir\u00a0! 58, septembre 2014. 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