{"id":5967,"date":"2014-09-25T08:13:02","date_gmt":"2014-09-25T06:13:02","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=5967"},"modified":"2014-09-17T15:19:58","modified_gmt":"2014-09-17T13:19:58","slug":"open-access-entretien-avec-jean-claude-albertin-directeur-adjoint-de-la-bibliotheque-cantonale-et-universitaire-de-lausanne-bcu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/open-access-entretien-avec-jean-claude-albertin-directeur-adjoint-de-la-bibliotheque-cantonale-et-universitaire-de-lausanne-bcu\/","title":{"rendered":"Open Access : entretien avec Jean-Claude Albertin, directeur adjoint de la Biblioth\u00e8que cantonale et universitaire de Lausanne (BCU)"},"content":{"rendered":"<p><em>En compl\u00e9ment de l\u2019article paru dans Allez savoir\u00a0! 58, septembre 2014<\/em><\/p>\n<p>La question de l\u2019<em>open access (OA) <\/em>est celle des m\u00e9canismes de diffusion des r\u00e9sultats de la recherche. Historiquement, les acad\u00e9mies des sciences publiaient des annales. Progressivement, au fil du temps, celles-ci se sont transform\u00e9es en maisons d\u2019\u00e9dition commerciales efficaces, s\u2019installant progressivement dans des situations de quasi monopole pour certains domaines.<\/p>\n<p>Si l\u2019on dresse un bilan rapide\u00a0: l\u2019ensemble des acteurs peut compter sur un acc\u00e8s raisonnable aux r\u00e9sultats de la science\u00a0et l\u2019information circule. Les prestations des \u00e9diteurs sont consid\u00e9r\u00e9es comme \u00e9tant de qualit\u00e9, m\u00eame si les prix et ce qui peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un abus de position dominante par certains agacent s\u00e9rieusement la communaut\u00e9 scientifique.<\/p>\n<p>Dans le passage du mod\u00e8le traditionnel \u00e0 l\u2019OA, il faut veiller \u00e0 ne pas mettre en pi\u00e8ces ce qui fonctionne bien aujourd\u2019hui. Garantir l\u2019acc\u00e8s aux articles publi\u00e9s est une chose, mais ce n\u2019est pas tout. Avec le temps, l\u2019\u00e9dition scientifique a b\u00e2ti un m\u00e9canisme de qualit\u00e9 bas\u00e9 sur l\u2019\u00e9valuation des articles par les pairs (<em>peer reviews<\/em>) et la construction de ces marques que sont les titres de revues, gages de confiance et de cr\u00e9dibilit\u00e9 dans la communaut\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Golden et green road<br \/>\n<\/strong>Ces m\u00e9canismes de qualit\u00e9 doivent \u00eatre transpos\u00e9s vers le nouveau mod\u00e8le. C\u2019est facile \u00e0 faire dans la version <em>golden road<\/em> de l\u2019OA, c\u2019est \u00e0 dire dans laquelle les auteurs publient directement dans des revues accessibles en OA. Le fonctionnement est identique \u00e0 celui de l\u2019\u00e9dition classique, avec des comit\u00e9s de lecture.<\/p>\n<p>Par contre, cela me semble moins clair pour la version <em>green road<\/em> de l\u2019OA. Dans cette derni\u00e8re, l\u2019article para\u00eet dans une revue payante classique et l\u2019auteur d\u00e9pose lui-m\u00eame une version de son texte sur un serveur institutionnel, comme <a href=\"https:\/\/www.unil.ch\/serval\" target=\"_blank\">Serval<\/a>, mis \u00e0 disposition des chercheurs de l\u2019UNIL et du CHUV <em>(lire l\u2019encadr\u00e9 ci-dessous).<\/em><\/p>\n<p>De mani\u00e8re plus large, la migration d\u2019un syst\u00e8me int\u00e9gr\u00e9 \u00e9tabli vers un syst\u00e8me nouveau dont on attend des b\u00e9n\u00e9fices pose des probl\u00e8mes de gouvernance. Il faut que la d\u00e9marche soit pilot\u00e9e pour r\u00e9ussir \u00e0 att\u00e9nuer les inconv\u00e9nients de l\u2019existant, sans perdre ce qui fonctionne. Une discussion \u00e0 ce sujet est souhaitable en Suisse, car notre pays est assez passif, l\u2019id\u00e9e dominante consistant \u00e0 mettre l\u2019accent sur la responsabilit\u00e9 individuelle des chercheurs et \u00e0 leur laisser le libre choix pour la publication. Cette forte tradition d\u2019autonomie du chercheur constitue clairement un obstacle au d\u00e9veloppement de l\u2019OA.<\/p>\n<p><strong>Pas de politique volontariste<br \/>\n<\/strong>En Suisse, je n\u2019ai pas vu d\u2019organes de pilotage de la recherche, ou repr\u00e9sentatifs de la communaut\u00e9 scientifique, s\u2019emparer de ce sujet et d\u00e9finir une politique volontariste, contrairement \u00e0 ce qui se passe ailleurs. La Conf\u00e9rence des recteurs des universit\u00e9s suisses (CRUS) a certes sign\u00e9 la <a href=\"https:\/\/openaccess.mpg.de\/68042\/BerlinDeclaration_wsis_fr.pdf\" target=\"_blank\"><em>D\u00e9claration de Berlin sur le Libre Acc\u00e8s \u00e0 la Connaissance en Sciences exactes, Sciences de la vie, Sciences humaines et sociales<\/em><\/a>, mais cela n\u2019a \u00e9t\u00e9 suivi d\u2019aucun instrument d\u2019accompagnement, de strat\u00e9gie ou de directives, nous sommes un peu dans le registre du v\u0153u pieux. Le Fonds national suisse (FNS) semble toutefois vouloir jouer un r\u00f4le, comme en t\u00e9moigne sa d\u00e9cision r\u00e9cente de <a href=\"https:\/\/www.snf.ch\/fr\/leFNS\/points-de-vue-politique-de-recherche\/open-access\/Pages\/default.aspx\" target=\"_blank\">soutenir financi\u00e8rement la publication en OA<\/a>. Mais nous restons tr\u00e8s loin du volontarisme anglais, o\u00f9 cette question a \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9e au niveau politique et a d\u00e9bouch\u00e9 d\u2019une part sur des r\u00e8gles qui contraignent les chercheurs financ\u00e9s par des entit\u00e9s comme les diff\u00e9rents UK Research Councils ou le Wellcome Trust \u00e0 privil\u00e9gier l\u2019OA pour la publication, et d\u2019autre part sur des conditions cadres l\u00e9gales garantissant un acc\u00e8s aux informations pour le data mining.<\/p>\n<p><strong>Une responsabilit\u00e9 de la communaut\u00e9 scientifique<br \/>\n<\/strong>Si l\u2019on veut que la transition soit franche, c\u2019est aux chercheurs \u2013 et en particulier aux professeurs dont la r\u00e9putation scientifique est \u00e9tablie &#8211; de prendre ce risque,de se mobiliser et de d\u00e9cider que par principe, la diffusion des r\u00e9sultats scientifiques passe par l\u2019OA. Dans certains domaines scientifiques , notamment en physique, cela s\u2019est d\u00e9j\u00e0 largement fait.<\/p>\n<p>Au niveau individuel, la question se pose autrement. L\u2019auteur d\u2019un article n\u2019en tire aucun b\u00e9n\u00e9fice financier\u00a0: son unit\u00e9 mon\u00e9taire de fait est la reconnaissance scientifique, sur laquelle il construit sa carri\u00e8re. Celle-ci se mesure gr\u00e2ce \u00e0 diff\u00e9rents facteurs num\u00e9riques r\u00e9sum\u00e9s sous le concept de bibliom\u00e9trie. Et il y a un paradoxe. La communaut\u00e9 scientifique demande un effort de vertu collective \u00e0 ses membres, mais, en m\u00eame temps, un jeune chercheur doit se poser la question de l\u2019impact de ses choix de publication sur sa carri\u00e8re. Car les revues en OA n\u2019atteignent aujourd\u2019hui pas encore le prestige de <em>Science<\/em> ou <em>Nature<\/em>. Pour que l\u2019Open Access s\u2019impose comme un mod\u00e8le viable, il faudra qu\u2019\u00e0 terme le m\u00e9canisme de contr\u00f4le de qualit\u00e9, base de confiance, rsoit transpos\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me \u00e0 l\u2019autre. Et cela ne se fera que par consensus des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s scientifiques. Que le passage \u00e0 ce nouveau mod\u00e8le ait lieu ou non, ces consensus s\u2019\u00e9tabliront mondialement par discipline scientifique.<\/p>\n<p>Enfin, si les transitions entre mod\u00e8les ne sont pas franches,, le risque est grand de voir \u00e9merger du march\u00e9 de l\u2019\u00e9dition scientifique des mod\u00e8les hybrides (abonnements et auteurs-payeurs), ce qui ne fera en rien baisser les co\u00fbts.<\/p>\n<h2><strong>A propos des serveurs institutionnels<\/strong><\/h2>\n<p>Dans la version <em>green road<\/em> de l\u2019OA, un article para\u00eet dans une revue traditionnelle. Il est de plus d\u00e9pos\u00e9 sur le serveur institutionnel en libre acc\u00e8s de l\u2019universit\u00e9 o\u00f9 travaille le chercheur. Mais il ne s\u2019agit pas forc\u00e9ment de la m\u00eame version de l\u2019article dans les deux cas. Ainsi, selon les r\u00e8gles adopt\u00e9es par les \u00e9diteurs, que l\u2019on peut consulter gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019outil <a href=\"https:\/\/www.sherpa.ac.uk\/romeo\/\" target=\"_blank\">Sherpa\/Romeo<\/a>, la mise \u00e0 disposition sur un serveur institutionnel de la derni\u00e8re version du texte, apr\u00e8s son passage par les <em>peer reviews<\/em>, n\u2019est pas toujours autoris\u00e9e puisque ce m\u00e9canisme de qualit\u00e9 constitue l\u2019une des principales valeurs ajout\u00e9es de l\u2019\u00e9dition scientifique commerciale. Une plateforme comme Serval abrite par nature des documents de natures diff\u00e9rentes \u2013 des m\u00e9tadonn\u00e9es concernant les articles publi\u00e9s, les articles eux-m\u00eame, \u00e9ventuellement des donn\u00e9es primaires de la recherche, mais aussi parfois des versions pas toujours finales des articles -, dont aucun groupe scientifique clairement identifiable n\u2019assure la responsabilit\u00e9 \u00e9ditoriale. Le m\u00e9canisme de contr\u00f4le qualit\u00e9 , \u00e9l\u00e9ment essentiel de l\u2019\u00e9dition scientifique, n\u2019est plus assur\u00e9 syst\u00e9matiquement.<\/p>\n<p>Or, pour ses travaux, le chercheur va toujours vouloir les articles les plus r\u00e9cents, dans leur derni\u00e8re version\u00a0et dans un environnement lui inspirant confiance. Aujourd\u2019hui majoritairement ils estime les trouver chez les \u00e9diteurs commerciaux et non sur les serveurs institutionnels, qui fonctionnent sur une base essentiellement volontaire. Un signe que la communaut\u00e9 scientifique dans son ensemble n\u2019est aujourd\u2019hui pas encore pr\u00eate \u00e0 renoncer \u00e0 l\u2019\u00e9dition traditionnelle.<\/p>\n<p>Pour la BCUL, la situation actuelle est donc celle de la superposition de deux modes de diffusion des r\u00e9sultats de la recherche et donc de l\u2019addition des co\u00fbts\u00a0: maintenir et d\u00e9velopper une plateforme institutionnelle, qui offre ses avantages propres, et continuer \u00e0 payer chaque ann\u00e9e davantage pour des abonnements.<\/p>\n<p>Et soyons clairs, il n\u2019est pas possible pour les biblioth\u00e8ques de prendre en charge le r\u00f4le d\u2019\u00e9diteur, c\u2019est-\u00e0-dire de se charger du r\u00f4le de garant de la qualit\u00e9 scientifique des contributions, cet \u00e9l\u00e9ment essentiel du contr\u00f4le qualit\u00e9 du m\u00e9canisme de dialogue intracommunautaire qu\u2019est l\u2019\u00e9dition scientifique. Ce r\u00f4le ne peut \u00eatre jou\u00e9 que par la communaut\u00e9 scientifique elle-m\u00eame, discipline par discipline.Le r\u00f4le des biblioth\u00e8ques est de garantir et de p\u00e9renniser l\u2019acc\u00e8s aux connaissances, quels que soit les m\u00e9canismes de diffusions choisis par la communaut\u00e9 scientifique. Nous pouvons et voulons sensibiliser aux enjeux de l\u2019OA et accompagner, comme partenaire et prestataire de service, la communaut\u00e9 scientifique dans cette \u00e9volution de ses pratiques.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/open-access\/\" target=\"_blank\">Article principal.<\/a><br \/>\nEntretiens complets avec <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/open-access-entretien-avec-marc-robinson-rechavi-professeur-au-departement-decologie-et-evolution-de-lunil-et-editeur-scientifique-de-la-revue-plos-one\/\" target=\"_blank\">Marc Robinson-Rechavi <\/a>et <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/open-access-entretien-avec-frederic-schutz-bioinformaticien-a-linstitut-suisse-de-bioinformatique-et-responsable-de-la-communication-chez-wikimedia-ch\/\" target=\"_blank\">Fr\u00e9d\u00e9ric Sch\u00fctz.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En compl\u00e9ment de l\u2019article paru dans Allez savoir\u00a0! 58, septembre 2014 La question de l\u2019open access (OA) est celle des m\u00e9canismes de diffusion des r\u00e9sultats de la recherche. 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