{"id":5651,"date":"2014-05-14T08:11:59","date_gmt":"2014-05-14T06:11:59","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=5651"},"modified":"2020-07-29T10:21:57","modified_gmt":"2020-07-29T08:21:57","slug":"nos-cimetieres-peuvent-sauver-les-papillons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/nos-cimetieres-peuvent-sauver-les-papillons\/","title":{"rendered":"Nos cimeti\u00e8res peuvent sauver les papillons"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_5517\" aria-describedby=\"caption-attachment-5517\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-5517\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2014\/05\/papillon_gd.jpg\" alt=\"Vulcain. Migrateur, Vanessa atalanta est une esp\u00e8ce qui appr\u00e9cie les cimeti\u00e8res. \u00a9 Gary West - Fotolia.com\" width=\"590\" height=\"390\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2014\/05\/papillon_gd.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2014\/05\/papillon_gd-393x260.jpg 393w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5517\" class=\"wp-caption-text\">Vulcain. Migrateur, Vanessa atalanta est une esp\u00e8ce qui appr\u00e9cie les cimeti\u00e8res. \u00a9 Gary West &#8211; Fotolia.com<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Une \u00e9tude mandat\u00e9e par la Ville de Lausanne d\u00e9montre que l\u2019endroit o\u00f9 reposent nos morts attire plus d\u2019esp\u00e8ces de papillons que les parcs et les jardins. Deux biologistes form\u00e9s \u00e0 l\u2019UNIL \u2013 Aline Pasche, qui a particip\u00e9 au projet, et Val\u00e9ry Uldry, sp\u00e9cialiste des Rhopaloc\u00e8res alpins \u2013 font un \u00e9tat des lieux de la vie des petits color\u00e9s qui peuplent encore la Suisse. Mais pour combien de temps\u2026<\/em><\/p>\n<p>Aux premiers rayons de soleil, de petits \u00eatres bariol\u00e9s, bleus, blancs ou jaunes, commencent \u00e0 investir notre quotidien. Leurs quatre ailes au vent, ils embellissent nos cieux et caressent notre v\u00e9g\u00e9tation \u00e0 la recherche du nectar qui les nourrira. Les papillons, on les aime bien, car ils sont beaux et ne tentent pas de nous piquer. Cependant, on s\u2019en occupe peu. Du moins pas assez, selon les sp\u00e9cialistes. Les changements climatiques ne leur facilitent pas la t\u00e2che, nos pesticides non plus. Pourtant, il semblerait qu\u2019un alli\u00e9 insolite soit venu \u00e0 leur rescousse: le cimeti\u00e8re, de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e9colo.<\/p>\n<p>En 2009, Aline Pasche \u2013 alors biologiste ind\u00e9pendante, d\u00e9tentrice d\u2019un master de l\u2019UNIL sur l\u2019\u00e9tude des peuplements de Rhopaloc\u00e8res (papillons de jour) du Val Ming\u00e8r au Parc national suisse (Engadine) \u2013 a \u00e9t\u00e9 mandat\u00e9e par la Ville de Lausanne pour suivre les l\u00e9pidopt\u00e8res diurnes dans les diff\u00e9rents parcs, jardins et promenades de la cit\u00e9, ainsi qu\u2019au cimeti\u00e8re du Bois-de-Vaux. Jusqu\u2019en 2011, munie d\u2019un filet \u00e0 papillon, \u00abla m\u00e9thode la plus simple reste la plus vieille\u00bb, la biologiste a arpent\u00e9 des zones d\u00e9finies \u00e0 l\u2019avance, \u00e0 savoir \u00abun milieu homog\u00e8ne, soit en for\u00eat, soit en prairie, une haie ou encore un verger\u00bb, cinq \u00e0 sept fois par an entre les mois de mai et septembre par beau temps.<\/p>\n<p>A sa grande surprise, alors qu\u2019elle n\u2019a observ\u00e9 que trois esp\u00e8ces au Parc de Montbenon, ou neuf \u00e0 celui de Valency, Aline Pasche \u2013 aujourd\u2019hui scientifique du patrimoine naturel \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019environnement dans la division biodiversit\u00e9 et paysage du canton de Vaud \u2013 a compt\u00e9 vingt-trois esp\u00e8ces au cimeti\u00e8re du Bois-de-Vaux en deux ans d\u2019observation. Elle estime m\u00eame que si l\u2019on suit les populations pendant dix ans, on pourra sans doute en voir une trentaine.<\/p>\n<p>Comment cela s\u2019explique-t-il? \u00abOn y trouve des fleurs sur une longue p\u00e9riode, souligne la biologiste. Il y a un renouvellement constant, ce qui n\u2019est pas le cas d\u2019une prairie qui fleurit, meurt et tout se termine, car personne n\u2019y apporte des fleurs.\u00bb Eh oui, les bouquets dans un vase ou les plantes en pot, \u00abqui ont des p\u00e9riodes de floraison tr\u00e8s vari\u00e9es\u00bb, attirent autant les l\u00e9pidopt\u00e8res. A cela s\u2019ajoutent les parcelles du cimeti\u00e8re qui ne sont pas attribu\u00e9es. \u00abCelles qui ne sont pas encore habit\u00e9es, si l\u2019on peut dire. A Bois-de-Vaux, ces parties-l\u00e0 sont laiss\u00e9es en prairie par les jardiniers, ce qui est un gain exceptionnel pour les papillons.\u00bb<\/p>\n<p>En effet, la cit\u00e9 vaudoise et son service des parcs et domaines a d\u00e9but\u00e9 en 1992 \u00abune nouvelle fa\u00e7on d\u2019entretenir les parcs et cimeti\u00e8res lausannois\u00bb, explique Didier Perret, responsable des cimeti\u00e8res \u00e0 la Ville de Lausanne. Le nom du projet: EDIF (entretien diff\u00e9renci\u00e9). Son but: \u00abMettre en place un entretien plus \u00e9cologique, plus proche de la nature et mieux cibl\u00e9 selon les emplacements sur le territoire, avec comme fil rouge le leitmotiv \u00abEntretenir autant que n\u00e9cessaire, mais aussi peu que possible\u00bb. Une id\u00e9e novatrice \u00e0 l\u2019\u00e9poque, et qui le reste. Car les autres villes romandes ne semblent pas suivre cette tendance, selon Didier Perret, contrairement \u00e0 Zurich par exemple.<\/p>\n<p>Cette id\u00e9e a commenc\u00e9 \u00e0 prendre forme dans les cimeti\u00e8res sous l\u2019impulsion de trois chefs d\u2019\u00e9quipe. Et d\u2019autres projets sont en cours de route: \u00abZ\u00e9phycim\u00bb, qui tend \u00e0 supprimer les produits phytosanitaires, les herbicides chimiques, de synth\u00e8se; \u00abEcocim\u00bb, qui remplace ces derniers par des produits \u00e9cologiques, organiques, donc naturels, employ\u00e9s sur le terrain et propos\u00e9s \u00e0 la vente au public dans les trois magasins de fleurs des cimeti\u00e8res. Comme l\u2019indique encore Didier Perret, s\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 facile de \u00abremettre en question des d\u00e9cennies d\u2019entretiens bichonn\u00e9s dans les parcs lausannois, car le personnel s\u2019identifiait \u00e0 l\u2019emplacement dont il avait la responsabilit\u00e9\u00bb, les r\u00e9sultats sont encourageants. Les prairies de fauches ont vu revenir \u00abseize esp\u00e8ces de papillons. Un grand nombre de batraciens viennent \u00e0 nouveau coloniser nos pi\u00e8ces d\u2019eau lors de la reproduction. L\u2019installation \u201cd\u2019h\u00f4tels \u00e0 insectes\u201c et de nichoirs favorise le retour et le d\u00e9veloppement de beaucoup d\u2019\u00eatres vivants au sein des cimeti\u00e8res (sans jeu de mots).\u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_5507\" aria-describedby=\"caption-attachment-5507\" style=\"width: 386px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-5507\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2014\/05\/AlinePasche.jpg\" alt=\"Aline Pasche. Scientifique du patrimoine naturel \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019environnement, dans la division biodiversit\u00e9 et paysage (canton de Vaud). 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Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Le cimeti\u00e8re, un lieu de passage<\/strong><\/p>\n<p>Aline Pasche insiste sur le fait que les papillons n\u2019aiment pas les pelouses tondues. \u00abPlus les herbes sont hautes, plus leur traitement et celui des arbres est limit\u00e9, mieux ils se porteront. Et comme les parcs, les cimeti\u00e8res jouent un r\u00f4le de relais dans la ville avec les diverses zones naturelles ext\u00e9rieures, a remarqu\u00e9 Aline Pasche. La cit\u00e9 forme une sorte de muraille pour la faune. Le fait d\u2019avoir des taches vertes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur permet de passer d\u2019un lieu \u00e0 l\u2019autre plus ais\u00e9ment.\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s la scientifique, la pr\u00e9sence de cadavres en d\u00e9composition n\u2019est pas un app\u00e2t \u00e0 papillon. Quoique\u2026 \u00abPresque tous les papillons restent sensibles \u00e0 la terre. Ils peuvent la sucer, ainsi que les fientes et les crottes des animaux pour obtenir de l\u2019azote. Il n\u2019est donc pas impossible que la terre d\u2019un cimeti\u00e8re en soit plus riche. Mais je n\u2019en sais pas plus.\u00bb<\/p>\n<p>Les n\u00e9cropoles re\u00e7oivent la visite de l\u00e9pidopt\u00e8res indig\u00e8nes et de migrateurs, car, comme les oiseaux, certains sont capables de parcourir des centaines de kilom\u00e8tres afin de pouvoir se reproduire. Quand on sait que l\u2019esp\u00e9rance de vie d\u2019un papillon n\u2019exc\u00e8de en g\u00e9n\u00e9ral pas les cinq jours sous nos latitudes, on en reste baba.<\/p>\n<p>La plupart viennent du bassin m\u00e9diterran\u00e9en. Parmi ces coriaces ail\u00e9s, observ\u00e9s au cimeti\u00e8re, le Vulcain (<em>Vanessa atalanta<\/em>, qui doit son nom \u00e0 la v\u00e9locit\u00e9 d\u2019Atalante, h\u00e9ro\u00efne de la mythologie grecque qui a refus\u00e9 le mariage) et la Belle-Dame ou Vanesse du chardon (Vanessa cardui). \u00abIls arrivent d\u2019Espagne ou d\u2019Afrique du Nord, se reproduisent en Suisse, y meurent et leur descendance est capable de continuer la migration. On ne sait toujours pas comment ils y arrivent, mais c\u2019est incroyable. Si la m\u00e9t\u00e9o est cl\u00e9mente, ils r\u00e9ussissent \u00e0 monter jusqu\u2019en Su\u00e8de. Et leurs descendants redescendent. Ce n\u2019est donc pas le m\u00eame papillon qui fait l\u2019aller-retour.\u00bb<\/p>\n<p>Des esp\u00e8ces indig\u00e8nes, telles la Petite tortue (<em>Aglais urticae<\/em>, en hommage \u00e0 Agla\u00e9, l\u2019une des trois Gr\u00e2ces chez les Romains, la plus belle), demeurent capables de voler m\u00eame s\u2019il y a du vent. Son avantage: elle hiverne sous forme adulte \u00e0 l\u2019abri d\u2019une pierre, dans des cavit\u00e9s, garages ou galetas. \u00abElle sort aux premi\u00e8res chaleurs, parfois trop t\u00f4t. Car il peut faire chaud sans que la v\u00e9g\u00e9tation suive. C\u2019est alors dramatique puisqu\u2019elle ne trouve pas de nourriture. Toutefois, cela reste des petits \u00eatres robustes.\u00bb En revanche, la famille des Lyc\u00e8nes (<em>Lycaenidae<\/em>) se montre tr\u00e8s vuln\u00e9rable. \u00abIls sont extr\u00eamement s\u00e9dentaires et ne s\u2019\u00e9loignent pas de plus de quinze m\u00e8tres de leur lieu de naissance. Notamment les Cuivr\u00e9s, oranges, et les Azur\u00e9s, bleus. Ces derniers surtout, restent fort sensibles. Au moindre nuage qui passe devant le soleil, ils se posent.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Riches ruines romaines<\/strong><\/p>\n<p>\u00abLes ruines romaines \u00e0 Vidy sont le deuxi\u00e8me site le plus riche que j\u2019ai recens\u00e9, avec seize esp\u00e8ces rencontr\u00e9es, ajoute la sp\u00e9cialiste. Mais l\u00e0, je ne m\u2019y suis rendu qu\u2019une seule ann\u00e9e, ce qui fait que j\u2019ai peut-\u00eatre manqu\u00e9 certaines esp\u00e8ces printani\u00e8res indig\u00e8nes qui n\u2019\u00e9mergent pas, ou peu, si les conditions sont mauvaises. Un hiver tr\u00e8s rude et long atteint les larves. De plus, la pluie cause une grande mortalit\u00e9 chez les chenilles.\u00bb Et les adultes (imagos) ne survivent que dans des conditions \u00abid\u00e9ales, tr\u00e8s exigeantes\u00bb: pour voler, et donc aller chercher du nectar de fleurs, ils ont besoin de soleil sans nuages, sans vent et que la temp\u00e9rature d\u00e9passe les 15 degr\u00e9s Celsius.<\/p>\n<p>Dans le monde, il y aurait 220 000 esp\u00e8ces de l\u00e9pidopt\u00e8res. Diurnes et nocturnes se diff\u00e9rencient par l\u2019apparence de leurs antennes, \u00e0 savoir leur nez: en forme de massue chez les Rhopaloc\u00e8res, actifs en journ\u00e9e, tandis que les H\u00e9t\u00e9roc\u00e8res ont des organes olfactifs aux allures diverses. En Suisse, on compte environ 230 esp\u00e8ces diurnes et plus de 3200 nocturnes (H\u00e9t\u00e9roc\u00e8res) d\u2019apr\u00e8s Val\u00e9ry Uldry, qui a effectu\u00e9 son master \u00e0 l\u2019UNIL sur la richesse sp\u00e9cifique des papillons dans le nord-ouest des Alpes et est aujourd\u2019hui biologiste au bureau d\u2019\u00e9cologie Natura dans le Jura bernois. \u00abUne nouvelle liste rouge des Rhopaloc\u00e8res sortira en 2014. La derni\u00e8re date de 1994. Depuis, il semblerait que trois esp\u00e8ces aient disparu, comme le Mercure (<em>Arethusana arethusa<\/em>). Quatre autres sont consid\u00e9r\u00e9es comme \u00e9teintes \u00e0 l\u2019exemple du M\u00e9lib\u00e9e (<em>Coenonympha hero<\/em>), un Fadet. Mais cela reste difficile \u00e0 quantifier. On a peu de donn\u00e9es sur les cent derni\u00e8res ann\u00e9es. On ne peut donc pas certifier que telle esp\u00e8ce \u00e9tait tr\u00e8s r\u00e9pandue ou pas. De plus, de nombreux papillons demeurent difficiles \u00e0 atteindre.\u00bb Sp\u00e9cialement dans les Alpes.<\/p>\n<p>Etonnamment, des populations stables de papillons ont \u00e9lu domicile \u00e0 plus de 2500 m\u00e8tres d\u2019altitude. Telles des esp\u00e8ces du genre Erebia, diurnes, par exemple le Moir\u00e9 velout\u00e9, ou Moir\u00e9 des glaciers (<em>Erebia pluto<\/em>), qui r\u00e9side sur des pentes rocheuses, ou le Moir\u00e9 cendr\u00e9 (<em>Erebia pandrose<\/em>, nomm\u00e9 aussi au XVIIIe si\u00e8cle Grand n\u00e8gre bernois) qui s\u2019installe sur les pelouses alpines. Les Zyg\u00e8nes aussi, qui comptent une trentaine d\u2019esp\u00e8ces en Suisse. Ceux-l\u00e0 ont des antennes de l\u00e9pidopt\u00e8re nocturne alors qu\u2019ils vivent le jour. La Zyg\u00e8ne de la spir\u00e9e, ou de la filipendule, qui vit jusqu\u2019\u00e0 2000 m\u00e8tres, a la particularit\u00e9 de montrer sa toxicit\u00e9 par ses couleurs, des points rouges, aux \u00e9ventuels pr\u00e9dateurs. Et si cela ne suffit pas, les plus hardis gourmands recevront pour r\u00e9compense un peu de cyanure, exhal\u00e9 par le papillon agressif en cas d\u2019attaque. \u00abS\u2019ils r\u00e9sistent en altitude, c\u2019est parce que leurs larves hibernent, se d\u00e9veloppent sur plusieurs ann\u00e9es et que leur cycle de vie est de la sorte prolong\u00e9\u00bb, affirme le biologiste. D\u2019ailleurs, la plus grande concentration de papillons en Suisse se trouve dans les Alpes, des Grisons au Valais. \u00abEn 2010, pour mon master, j\u2019ai compt\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 110 esp\u00e8ces diff\u00e9rentes dans les Pr\u00e9alpes vaudoises. La qualit\u00e9 des prairies y est pour beaucoup.\u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_5520\" aria-describedby=\"caption-attachment-5520\" style=\"width: 386px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-5520\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2014\/05\/ValeryUldry.jpg\" alt=\"Val\u00e9ry Uldry. Biologiste au bureau d\u2019\u00e9cologie Natura (Les Reussilles). Nicole Chuard \u00a9 UNIL\" width=\"386\" height=\"262\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2014\/05\/ValeryUldry.jpg 386w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2014\/05\/ValeryUldry-383x260.jpg 383w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2014\/05\/ValeryUldry-135x93.jpg 135w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2014\/05\/ValeryUldry-160x110.jpg 160w\" sizes=\"auto, (max-width: 386px) 100vw, 386px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5520\" class=\"wp-caption-text\">Val\u00e9ry Uldry. Biologiste au bureau d\u2019\u00e9cologie Natura (Les Reussilles). Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p>Plus \u00e9patant encore, on a d\u00e9couvert l\u2019an pass\u00e9 une nouvelle esp\u00e8ce dans le Haut-Valais, au-dessus de Jeizinen, l\u2019<em>Agonopterix flurii sp. nov.<\/em> (nom d\u00e9riv\u00e9 de l\u2019entomologiste qui l\u2019a d\u00e9nich\u00e9, Markus Fluri). \u00abUn coup de chance, car il est tr\u00e8s rare de voir de nouveaux papillons en Suisse, r\u00e9v\u00e8le Val\u00e9ry Uldry. D\u2019apr\u00e8s les derni\u00e8res donn\u00e9es, pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des Rhopaloc\u00e8res sont sur la liste rouge.\u00bb En font partie l\u2019Apollon (<em>Parnassius apollo<\/em>, qui tire son nom du dieu grec de la lumi\u00e8re et des arts, \u00e9galement protecteur des troupeaux) et le Flamb\u00e9 (<em>Iphiclides podalirius<\/em>, aux ailes anim\u00e9es de bandes noires). Les Machaons, encore largement r\u00e9pandus en Helv\u00e9tie, voient cependant leur population diminuer aussi.<\/p>\n<p>\u00abLes plus touch\u00e9s sont ceux qui vivent dans les prairies s\u00e8ches et fleuries ainsi que les milieux humides, de plus en plus rares en Suisse, \u00e0 cause des zones urbaines qui s\u2019\u00e9talent, de l\u2019intensification agricole ou \u00e0 l\u2019inverse de sa d\u00e9prise en montagne, et des pesticides, pr\u00e9cise le biologiste. Non seulement ils ont du mal \u00e0 se nourrir, mais ils ne trouvent plus de plante h\u00f4te pour les chenilles.\u00bb<\/p>\n<p>Au printemps, Monsieur et Madame Rhopaloc\u00e8re virevoltent au-dessus des prairies, se rencontrent et se mettent dos \u00e0 dos pour copuler. Chez les H\u00e9t\u00e9roc\u00e8res, on utilise plut\u00f4t les ph\u00e9romones pour trouver l\u2019aile s\u0153ur. Ensuite, Madame Diurne et Madame Nocturne vont pondre leurs \u0153ufs sur un v\u00e9g\u00e9tal pr\u00e9cis \u2013 arbre, arbuste, l\u00e9gume ou herbe. La chenille va se nourrir de la plante h\u00f4te, puis devenir chrysalide et enfin \u00e9clore en imago (adulte).<\/p>\n<p>\u00abPlus on va avoir de plantes dans un milieu diversifi\u00e9, plus on va trouver d\u2019esp\u00e8ces de papillons, signale Val\u00e9ry Uldry. On utilise les indices de pr\u00e9sence ou d\u2019absence, de quantit\u00e9 de papillons pour savoir si un milieu se porte bien ou mal.\u00bb<\/p>\n<p>Du plus petit, l\u2019Argus fr\u00eale (<em>Cupido minimus<\/em>), insecte bleu de deux \u00e0 trois centim\u00e8tres, au plus \u00e9norme, le Sil\u00e8ne (<em>Brintesia circe<\/em>), \u00abqui peut faire la taille d\u2019une main lorsqu\u2019il d\u00e9ploie ses ailes\u00bb, les papillons m\u00e9ritent donc le respect. Dans le canton de Vaud, il reste interdit de les attraper pour en faire des collections. Et si la chasse pacifique (attraper l\u2019insecte avec un filet et le laisser repartir) est tol\u00e9r\u00e9e, elle est \u00e0 pratiquer avec mod\u00e9ration. \u00abLes l\u00e9pidopt\u00e8res y perdent des \u00e9cailles et voleront moins ais\u00e9ment, assure le biologiste. Et si l\u2019on ne s\u2019y conna\u00eet pas, on peut d\u00e9truire leur milieu, comme les tourbi\u00e8res, d\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9es.\u00bb Attention aux papillons, y compris dans les cimeti\u00e8res, si l\u2019on ne veut pas creuser leur tombe.<\/p>\n<p>Suite de l&rsquo;article: <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/un-papillon-aux-moeurs-gothiques\/\">Un papillon aux moeurs gothiques<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une \u00e9tude mandat\u00e9e par la Ville de Lausanne d\u00e9montre que l\u2019endroit o\u00f9 reposent nos morts attire plus d\u2019esp\u00e8ces de papillons que les parcs et les jardins. 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