{"id":5622,"date":"2014-05-14T08:22:44","date_gmt":"2014-05-14T06:22:44","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=5622"},"modified":"2014-05-13T15:06:26","modified_gmt":"2014-05-13T13:06:26","slug":"les-metamorphoses-du-couple-lecteur-auteur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/les-metamorphoses-du-couple-lecteur-auteur\/","title":{"rendered":"Les m\u00e9tamorphoses du couple lecteur-auteur"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_5550\" aria-describedby=\"caption-attachment-5550\" style=\"width: 200px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-5550\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2014\/05\/baroni.jpg\" alt=\"Rapha\u00ebl Baroni. Professeur associ\u00e9 \u00e0 la Facult\u00e9 des lettres. \u00a9 Eric Pitteloud UNICOM\" width=\"200\" height=\"247\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5550\" class=\"wp-caption-text\">Rapha\u00ebl Baroni. Professeur associ\u00e9 \u00e0 la Facult\u00e9 des lettres. \u00a9 Eric Pitteloud UNICOM<\/figcaption><\/figure>\n<p>Traditionnellement, dans le champ litt\u00e9raire, les activit\u00e9s de lecture et d\u2019\u00e9criture appartiennent \u00e0 des espaces clairement diff\u00e9renci\u00e9s, tant d\u2019un point de vue social ou culturel que d\u2019un point de vue cognitif. Un auteur produit un texte \u00e0 vis\u00e9e esth\u00e9tique, qui acquiert son statut litt\u00e9raire \u00e0 travers un processus \u00e9ditorial qui le transforme en marchandise culturelle. Le lecteur, quant \u00e0 lui, transforme cette marchandise en une exp\u00e9rience esth\u00e9tique plus ou moins enrichissante et contribue, par son achat et ses \u00e9ventuels commentaires, \u00e0 l\u00e9gitimer la litt\u00e9rarit\u00e9 du texte. Dans cet \u00e9change, on remarque que l\u2019\u00e9diteur joue un r\u00f4le essentiel?: il pr\u00e9serve la valeur des textes en les soumettant \u00e0 un processus de s\u00e9lection, ce qui permet aux auteurs de se <em>distinguer<\/em>.<\/p>\n<p>Le monde de l\u2019\u00e9dition produit ainsi une fronti\u00e8re pratiquement infranchissable pour les lecteurs qui se r\u00eaveraient auteurs. Par ailleurs, sur un plan cognitif, on peut souligner une asym\u00e9trie?: ainsi que l\u2019affirmait Sartre, pour l\u2019\u00e9crivain, \u00ab?le futur est une page blanche, au lieu que le futur du lecteur ce sont ces deux cents pages surcharg\u00e9es de mots qui le s\u00e9parent de la fin?\u00bb. Les th\u00e9ories formalistes aussi bien que l\u2019histoire litt\u00e9raire ont contribu\u00e9 \u00e0 renforcer cet \u00e9cart en fondant le discours critique sur une description objective du texte et de son contexte, disqualifiant les projections des lecteurs, c\u2019est-\u00e0-dire la part subjective, passionnelle et imaginative de l\u2019interpr\u00e9tation.<\/p>\n<p>Ainsi que le soulignent les travaux men\u00e9s dans le domaine en expansion des humanit\u00e9s digitales <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/humanites-digitales\/\">(lire \u00e9galement l&rsquo;article)<\/a>, des mutations affectent cet \u00e9quilibre pr\u00e9caire?: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, Internet et les livres \u00e9lectroniques rendent la fronti\u00e8re \u00e9ditoriale de plus en plus poreuse. La diffusion (certes restreinte) d\u2019un texte \u00e0 vis\u00e9e esth\u00e9tique devient alors \u00e0 la port\u00e9e de chacun, que ce soit via Facebook, sur des blogs, ou des sites de \u00ab?fanfiction?\u00bb. Aujourd\u2019hui, de plus en plus d\u2019auteurs-lecteurs partagent gratuitement leurs productions avec d\u2019autres auteurs-lecteurs, sans passer par le processus de s\u00e9lection \u00e9ditorial, de l\u00e9gitimation et de marchandisation des objets culturels. C\u2019est donc le verrou \u00e9ditorial qui est en train de sauter dans le monde num\u00e9rique.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 du monde acad\u00e9mique, on peut aussi remarquer une redistribution des cartes entre auteurs et lecteurs. Les cours d\u2019\u00e9criture cr\u00e9ative florissent \u00e0 la Facult\u00e9 des lettres?: par exemple ceux de J\u00e9r\u00f4me Meizoz ou d\u2019Anne-Lise Delacr\u00e9taz. Marc Escola a, quant \u00e0 lui, pos\u00e9 les fondements d\u2019une <em>Th\u00e9orie des textes possibles<\/em> en retenant de Pierre Bayard \u00ab?l\u2019id\u00e9e qu\u2019un lecteur n\u2019est nullement tenu d\u2019adopter les conclusions auxquelles l\u2019auteur pr\u00e9tend s\u2019arr\u00eater, que la critique litt\u00e9raire peut donc \u00eatre la continuation de la cr\u00e9ation par d\u2019autres moyens, et qu\u2019en d\u00e9finitive il n\u2019y a jamais bien loin de la lecture d\u2019une \u0153uvre \u00e0 sa r\u00e9invention ou r\u00e9fection?\u00bb.<\/p>\n<p>Pour ma part, j\u2019ai essay\u00e9 de montrer qu\u2019une approche interactive des r\u00e9cits transforme en profondeur notre fa\u00e7on d\u2019appr\u00e9hender l\u2019intrigue, qui ne se contente pas de raconter une histoire, mais projette aussi, gr\u00e2ce au lecteur, un vaste r\u00e9seau d\u2019histoires virtuelles. Avec Antonio Rodriguez, nous avons r\u00e9cemment dirig\u00e9 un num\u00e9ro de la revue <em>Etudes de Lettres<\/em> consacr\u00e9 au retour des passions dans la th\u00e9orie et l\u2019enseignement de la litt\u00e9rature (*). Cet ouvrage souligne l\u2019importance croissante de la subjectivit\u00e9 de l\u2019interpr\u00e8te, et la m\u00e9diation essentielle que constituent les biographies de lecteurs, usagers ordinaires de la litt\u00e9rature ou auteurs c\u00e9l\u00e8bres. En effet, l\u2019exp\u00e9rience concr\u00e8te, passionnelle, personnelle que le lecteur noue avec le texte ne peut \u00eatre approch\u00e9e, discut\u00e9e ou m\u00eame didactis\u00e9e qu\u2019\u00e0 travers les r\u00e9cits de lectures. Ecriture et lecture apparaissent ainsi comme des activit\u00e9s diff\u00e9renci\u00e9es, mais de plus en plus intriqu\u00e9es.<\/p>\n<p>*Les passions en litt\u00e9rature. De la th\u00e9orie \u00e0 l\u2019enseignement?\u00bb, Etudes de Lettres, n\u00b0 295, 2014.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Traditionnellement, dans le champ litt\u00e9raire, les activit\u00e9s de lecture et d\u2019\u00e9criture appartiennent \u00e0 des espaces clairement diff\u00e9renci\u00e9s, tant d\u2019un point de vue social ou culturel que d\u2019un point de vue &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":825,"featured_media":5625,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[13144,39524,42139],"tags":[42140],"class_list":{"0":"post-5622","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-art-et-litterature","8":"category-chronique","9":"category-no-57","10":"tag-raphael-baroni"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5622","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/825"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5622"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5622\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5625"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5622"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5622"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5622"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}