{"id":531,"date":"2006-02-28T11:31:25","date_gmt":"2006-02-28T09:31:25","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=531"},"modified":"2010-10-26T12:08:02","modified_gmt":"2010-10-26T10:08:02","slug":"avec-un-oeil-daigle-vous-pouvez-voir-des-rapaces-en-ville","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/avec-un-oeil-daigle-vous-pouvez-voir-des-rapaces-en-ville\/","title":{"rendered":"Avec un \u0153il d\u2019aigle, vous pouvez voir des rapaces en ville"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2010\/07\/rapace.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-532\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2010\/07\/rapace.jpg\" alt=\"Avec un \u0153il d'aigle, vous pouvez voir des rapaces en ville\" width=\"530\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2010\/07\/rapace.jpg 530w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2010\/07\/rapace-300x141.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>Les milans noirs reviennent planer sur nos cit\u00e9s ces jours-ci. Ils ne  sont pas les seuls. Trois sortes de faucons, des autours des palombes,  des \u00e9perviers et des chouettes hulottes sont r\u00e9guli\u00e8rement observ\u00e9s, y  compris \u00e0 Lausanne.<\/em><\/p>\n<p>La grande majorit\u00e9 des rapaces connus en Suisse peut \u00eatre observ\u00e9e en  ville. Certains y font des passages exceptionnels, mais d\u2019autres, comme  le milan noir, y nichent.\u00bb Lionel Maumary est bien plac\u00e9 pour le  savoir. Apr\u00e8s avoir d\u00e9croch\u00e9 sa licence en biologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de  Lausanne (UNIL), il a choisi de consacrer sa vie \u00e0 l\u2019\u00e9tude des oiseaux.<\/p>\n<p>Il les observe, il les photographie, il initie  les d\u00e9butants \u00e0 l\u2019ornithologie lors de tours organis\u00e9s et dans des cours  \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 populaire de Lausanne. On lui doit encore la Birdline,  ce premier syst\u00e8me suisse \u00abopen source\u00bb de partage des observations  d\u2019oiseaux qu\u2019il a fond\u00e9 en 1989. Enfin, Lionel Maumary travaille  actuellement \u00e0 la r\u00e9daction d\u2019un ouvrage qui sortira \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e  et qui montrera tous les oiseaux que l\u2019on peut voir sur le territoire  suisse.<\/p>\n<h2><strong>Le plus facile \u00e0 observer<\/strong><\/h2>\n<p>A l\u2019entendre raconter le r\u00e9sultat de nombreuses  nuits de veille, on d\u00e9couvre que les oiseaux de proie sont moins  confin\u00e9s dans les montagnes ou les bois qu\u2019on le croit volontiers. Le  plus facilement observable de ces rapaces urbains, le milan noir,  revient justement de son traditionnel p\u00e8lerinage hivernal en Afrique  subsaharienne.<\/p>\n<p>Ce sont ainsi 1200 \u00e0 1500 couples de ces  magnifiques planeurs qui vont reprendre, d\u2019ici \u00e0 la mi-mars, leurs  quartiers suisses. \u00abCette esp\u00e8ce se porte bien depuis l\u2019interdiction du  DDT. Tellement bien qu\u2019elle semble avoir atteint son seuil de saturation  en Suisse\u00bb, estime Lionel Maumary.<\/p>\n<h2><strong>Des milans noirs \u00e0 la rue <\/strong><strong>de Bourg<\/strong><\/h2>\n<p>Tr\u00e8s r\u00e9pandus dans nos contr\u00e9es, les milans  noirs survolent fr\u00e9quemment Lausanne en groupes de trois \u00e0 cinq oiseaux.  Il arrive \u00e9galement que cet oiseau de proie longe les voies CFF en  rase-mottes, non loin de la gare de la capitale vaudoise. Ce rapace se  permet m\u00eame de remonter la tr\u00e8s marchande rue de Bourg. \u00abIl peut se  montrer extr\u00eamement t\u00e9m\u00e9raire en pleine ville, assure Lionel Maumary. Il  plane au ras des toits, et plonge soudain pour cueillir sa proie dans  les jardins ou dans les rues de Lausanne et Gen\u00e8ve.\u00bb<\/p>\n<p>Mais c\u2019est au bord du lac que l\u2019on observe le  plus souvent ce charognard en activit\u00e9. \u00abCar le milan noir se nourrit  fr\u00e9quemment de poissons morts flottant \u00e0 la surface de l\u2019eau qu\u2019il  survole avec insistance, avant de s\u2019offrir des piqu\u00e9s rapides, explique  Lionel Maumary. A la campagne, il ajoute \u00e9galement d\u2019autres cadavres  d\u2019animaux \u00e0 son menu, pendant les fenaisons et les moissons, note le  biologiste de l\u2019UNIL. Il est \u00e9galement amateur de lombrics qu\u2019il ramasse  dans les champs labour\u00e9s, et il n\u2019est pas rare d\u2019en observer plusieurs  dizaines qui se sont rassembl\u00e9s derri\u00e8re une charrue pour un festin.  Enfin, les jours de canicule, le milan est capable de monter \u00e0 2500  m\u00e8tres pour chasser les criquets en montagne.\u00bb<\/p>\n<h2><strong>L\u2019autour des palombes<\/strong><\/h2>\n<p>Outre le milan noir, l\u2019autour des palom-bes et  l\u2019\u00e9pervier comptent au nombre des esp\u00e8ces de rapaces qui se sont bien  adapt\u00e9es aux univers urbanis\u00e9s. \u00abL\u2019autour des palombes a une petite  sp\u00e9cialit\u00e9: il lui arrive de voler des poules et cette habitude peut lui  co\u00fbter cher\u00bb, remarque Lionel Maumary. C\u2019est en effet le seul rapace  qui peut faire l\u2019objet d\u2019une autorisation de tir lorsque l\u2019un de ces  pr\u00e9dateurs se sp\u00e9cialise dans la volaille d\u2019\u00e9levage.<\/p>\n<p>Quand il ne traque pas le poulet, l\u2019autour des  palombes est un gros chasseur de pigeons et d\u2019\u00e9tourneaux. \u00abOn en voit  actuellement un \u00e0 deux individus dans la r\u00e9gion de la cath\u00e9drale. Leur  pr\u00e9sence est d\u2019ailleurs un tr\u00e8s bon indicateur de la bonne sant\u00e9 globale  des rapaces, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une esp\u00e8ce foresti\u00e8re qui tente ici une  adaptation en ville\u00bb, estime l\u2019ornithologue lausannois.<\/p>\n<h2><strong>L\u2019\u00e9pervier si furtif<\/strong><\/h2>\n<p>\u00abOutre l\u2019autour, je vois tr\u00e8s fr\u00e9quemment des  \u00e9perviers \u00e0 Lausanne o\u00f9 ils vont vraiment jusqu\u2019au centre-ville. Malgr\u00e9  sa pr\u00e9sence r\u00e9guli\u00e8re, ce rapace reste mal connu du grand public parce  qu\u2019il est tr\u00e8s petit et tr\u00e8s rapide, rapporte Lionel Maumary. Il y a une  chanson qui dit \u00abl\u2019\u00e9pervier est un voleur\u00bb. Cette r\u00e9putation s\u2019explique  par ses attaques foudroyantes qui interviennent soit tr\u00e8s t\u00f4t le matin  soit au cr\u00e9puscule, ce qui lui permet g\u00e9n\u00e9ralement de passer inaper\u00e7u.\u00bb<\/p>\n<p>La pr\u00e9sence de ces \u00e9perviers citadins a encore  \u00e9t\u00e9 involontairement confirm\u00e9e par la police de Lausanne qui a ramass\u00e9  l\u2019un de ces sp\u00e9cimens bless\u00e9, en pleine ville, en janvier 2002. Les  agents l\u2019ont d\u00e9pos\u00e9 au refuge de la Vaux-Lierre o\u00f9 le rapace est  malheureusement mort de ses graves blessures, \u00e0 la suite d\u2019un probable  choc avec une voiture.<\/p>\n<h2><strong>Le faucon de la cath\u00e9drale<\/strong><\/h2>\n<p>\u00abUn faucon p\u00e8lerin r\u00e9side de juillet \u00e0 f\u00e9vrier  sur le beffroi, du c\u00f4t\u00e9 ouest de la cath\u00e9drale de Lausanne, rapporte  Lionel Maumary. C\u2019est une femelle adulte qui y reste pendant des heures,  \u00e0 guetter les pigeons. Elle ne niche pas l\u00e0, mais la cath\u00e9drale  constitue son territoire hivernal.\u00bb Sa pr\u00e9sence constitue, elle aussi,  un signal encourageant \u00e0 propos de la sant\u00e9 des rapaces. Car les faucons  p\u00e8lerins \u00e9taient tr\u00e8s s\u00e9rieusement menac\u00e9s d\u2019extinction dans les ann\u00e9es  1970.<\/p>\n<p>\u00abNous avons fr\u00f4l\u00e9 l\u2019extinction de cette esp\u00e8ce  dans nos contr\u00e9es, puisqu\u2019il n\u2019en restait qu\u2019un couple en 1972 dans le  canton de Vaud, alors que cette esp\u00e8ce est d\u00e9sormais repr\u00e9sent\u00e9e par  pr\u00e8s de 250 couples dans l\u2019ensemble du pays\u00bb, se r\u00e9jouit Lionel Maumary.  Et le biologiste d\u2019attribuer cette embellie \u00e0 l\u2019interdiction du DDT,  qui avait pour effet collat\u00e9ral de briser les coquilles des \u0153ufs, par  manque de calcium.<\/p>\n<h2><strong>Attirez-les en ville!<\/strong><\/h2>\n<p>Ajoutons \u00e0 cela que le faucon p\u00e8lerin ne se  pla\u00eet pas seulement dans la ville de Lausanne. Il recolonise les r\u00e9gions  de plaines et l\u2019on trouve certains couples qui nichent \u00e0 Prague et \u00e0  New York. \u00abLe couple de faucons p\u00e8lerins qui nichait \u00e0 B\u00e2le a disparu et  il n\u2019y a plus de p\u00e8lerin nicheur dans un autre b\u00e2timent urbain de  Suisse. Par contre, un couple niche \u00e0 Fribourg dans les falaises de  molasse dominant la Sarine\u00bb, nuance Rapha\u00ebl Arlettaz, qui a travaill\u00e9  durant six ans comme chercheur \u00e0 l\u2019UNIL avant de devenir professeur \u00e0  l\u2019Universit\u00e9 de Berne.<\/p>\n<p>En France voisine, une association nomm\u00e9e LPO  mission rapaces s\u2019est encore donn\u00e9 pour mission d\u2019aider ces rapaces \u00e0  revenir en ville. \u00abDans beaucoup de r\u00e9gions, leurs sites naturels de  nidification, les falaises, deviennent trop fr\u00e9quent\u00e9s par les activit\u00e9s  de loisirs (escalade, parapente, randonn\u00e9e) pour permettre  l\u2019installation durable des couples de faucons, explique l\u2019association.  Depuis quelques ann\u00e9es, des faucons pionniers ont donc colonis\u00e9 les  grands b\u00e2timents de plusieurs villes et ont m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 y \u00e9lever leur  nich\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>Forte de ce constat, l\u2019association pr\u00e9pare un  cahier technique d\u00e9crivant les moyens (notamment la construction de  nichoirs) pour faciliter ce retour susceptible de devenir une \u00abr\u00e9ponse  naturelle au probl\u00e8me de la pullulation de certains oiseaux en ville  comme les \u00e9tourneaux et les pigeons\u00bb.<\/p>\n<h2><strong>Les autres faucons<\/strong><\/h2>\n<p>Le p\u00e8lerin n\u2019est pas le seul faucon susceptible  de s\u2019urbaniser. Le faucon hobereau est capable de l\u2019imiter, puisqu\u2019un  couple de ces chasseurs d\u2019hirondelles et de libellules s\u2019est acclimat\u00e9 \u2013  c\u2019est encore une raret\u00e9 \u2013 au point de nicher dans les hauts de Lausanne  et de s\u2019y reproduire, comme cela a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment observ\u00e9 dans le  quartier de Chailly, note Lionel Maumary.<\/p>\n<p>\u00abJ\u2019ai \u00e9galement vu un couple de faucons  cr\u00e9cerelles nicher \u00e0 la cath\u00e9drale de Lausanne il y a une quinzaine  d\u2019ann\u00e9es, ajoute l\u2019ornithologue lausannois. Mais l\u00e0, c\u2019\u00e9tait  exceptionnel, contrairement \u00e0 ce qui se passe \u00e0 Paris o\u00f9 ces rapaces ont  colonis\u00e9 la ville en changeant de r\u00e9gime et en commen\u00e7ant \u00e0 chasser les  moineaux. En revanche, il n\u2019est pas rare de le voir chasser \u00e0 Crissier,  dans les friches industrielles qui disparaissent malheureusement avec  la construction des centres commerciaux.\u00bb<\/p>\n<p>Une observation corrobor\u00e9e par Philippe  Christe, du D\u00e9partement d\u2019Ecologie et d\u2019Evolution de l\u2019UNIL, qui a \u00abvu  des cr\u00e9cerelles chassant dans le contrebas de la Dolce Vita, \u00e0 Lausanne,  l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier\u00bb.<\/p>\n<p>Cette pr\u00e9sence en ville des oiseaux de proie ne  se limite pas aux oiseaux diurnes. Les rapaces nocturnes hululent eux  aussi dans nos cit\u00e9s. \u00abLa chouette hulotte est l\u2019esp\u00e8ce la plus pr\u00e9sente  en ville comme sur l\u2019ensemble de notre territoire, avec 5000 couples  recens\u00e9s, estime Lionel Maumary, mais c\u2019est aussi la plus discr\u00e8te.  Strictement nocturne, elle mange des campagnols et des mulots. Elle est  notamment install\u00e9e dans les vieux arbres du parc de Mon-Repos et dans  les bois de Sauvabelin.\u00bb<\/p>\n<h2><strong>Il suffit de tendre l&rsquo;oreille<\/strong><\/h2>\n<p>A d\u00e9faut de la voir, on peut l\u2019entendre,  notamment durant les mois d\u2019octobre-novembre comme en f\u00e9vrier. Ce  rapace, \u00e9galement connu sous le nom de chat-huant, lance son fameux  \u00abhouououou-ououuuh&#8230; hou\u2019\u2013 hou\u2019hou hou\u2019 hououou-ououh\u00bb au d\u00e9but de la  nuit, puis vers minuit et en fin de nuit, soit entre les p\u00e9riodes de  chasse.<\/p>\n<p>Pourtant int\u00e9ress\u00e9e par les clochers et les  galetas, la chouette effraie reste en revanche \u00e0 une distance prudente  de nos cit\u00e9s. \u00abCet hiver, parce qu\u2019il a fait tr\u00e8s froid, on en a vu une  dans un hangar \u00e0 bateaux \u00e0 Pully, mais cela reste exceptionnel, assure  Lionel Maumary. La r\u00e8gle, c\u2019est qu\u2019on l\u2019observe en p\u00e9riph\u00e9rie des  villages.\u00bb Voire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne! \u00abUne chouette effraie dort  souvent, pendant la journ\u00e9e,\u00a0 sur les poutres m\u00e9talliques de l\u2019ancien  Coll\u00e8ge prop\u00e9deutique (actuel Amphip\u00f4le, ndlr.). J\u2019ai m\u00eame d\u00fb une fois  aller la capturer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, elle dormait derri\u00e8re un radiateur!\u00bb,  rapporte Philippe Christe.<\/p>\n<p>Pour \u00eatre complet, signalons enfin qu\u2019un  dortoir avec cinq hiboux moyens-ducs a \u00e9t\u00e9 signal\u00e9 \u00e0 Cheseaux. \u00abIls  s\u2019\u00e9taient install\u00e9s dans le fond d\u2019un jardin tr\u00e8s tranquille, avec des  conif\u00e8res o\u00f9 ils pouvaient se cacher\u00bb, rapporte le biologiste lausannois  qui consid\u00e8re cependant ce cas comme une raret\u00e9.<\/p>\n<h2><strong>Les buses des autoroutes<\/strong><\/h2>\n<p>Autre rapace \u00e0 s\u2019\u00eatre (trop) bien adapt\u00e9 \u00e0 la  modernit\u00e9, la buse variable est elle aussi facile \u00e0 observer,  puisqu\u2019elle fait d\u00e9sormais partie du d\u00e9cor typique de nos autoroutes.  C\u2019est cette silhouette dot\u00e9e d\u2019un bec crochu qui s\u2019est install\u00e9e sur un  piquet ou sur une cl\u00f4ture, au bord de l\u2019asphalte, et qui guette sa  proie. Une habitude funeste, puisque \u00ables trois quarts d\u2019entre elles se  font tuer, regrette Lionel Maumary. A chaque fois que je prends  l\u2019autoroute entre Lausanne et Gen\u00e8ve, je compte une dizaine de  cadavres.\u00bb<\/p>\n<p>Ce qui les attire dans une zone aussi risqu\u00e9e?  \u00abLes campagnols qui logent sous la bande centrale de l\u2019autoroute. C\u2019est  l\u2019une des toutes derni\u00e8res zones peu entretenues du pays et les  micromammif\u00e8res s\u2019y concentrent, explique le biologiste lausannois. Ils  attirent ainsi toutes sortes de pr\u00e9dateurs. Les rapaces, bien s\u00fbr, mais  aussi des h\u00e9rons qui en sont friands.\u00bb<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que l\u2019on pourrait imaginer  en les croisant sur la route, les buses n\u2019attendent pas que l\u2019autoroute  leur apporte leur lot quotidien de cadavres pour se nourrir. \u00abCe rapace  capture des proies vivantes, pr\u00e9cise Lionel Maumary. D\u00e8s qu\u2019il a rep\u00e9r\u00e9  sa proie, il se fixe dessus et se lance, sans prendre conscience du  danger.\u00bb<\/p>\n<p>Un massacre qui pourrait \u00eatre \u00e9vit\u00e9 si,  paradoxe de l\u2019\u00e9cologie, l\u2019homme d\u00e9cidait d\u00e9sormais de b\u00e9tonner la bande  centrale des autoroutes, scellant ainsi le garde-manger qui attire ces  oiseaux de proie vers une mort tr\u00e8s probable.<\/p>\n<h2><strong>Et maintenant, l\u2019aigle?<\/strong><\/h2>\n<p>Cette pr\u00e9sence des rapaces en ville, bien plus  importante que l\u2019on pourrait le croire, pose enfin la question de  l\u2019arriv\u00e9e possible de l\u2019aigle royal. Un incident, \u00e9voqu\u00e9 l\u2019automne  dernier dans le quotidien \u00ab24 heures\u00bb, laissait pr\u00e9sager un tel  sc\u00e9nario. A fin octobre 2005, un aigle royal a ainsi \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 sur les  hauts de Montreux, au vallon de Villars, occup\u00e9 \u00e0 d\u00e9vorer une chatte de  six \u00e0 huit kilos qu\u2019il venait de prendre dans ses serres.<\/p>\n<p>Interrog\u00e9 \u00e0 propos de la pr\u00e9sence du prince des  airs dans une zone relativement habit\u00e9e, un sp\u00e9cialiste du parc  d\u2019attraction les Aigles du L\u00e9man annon\u00e7ait que l\u2019aigle, dont les  populations sont prot\u00e9g\u00e9es, serait en train de conqu\u00e9rir les plaines. Il  ajoutait que ce rapace, d\u00e9sormais en confiance, irait jusqu\u2019\u00e0  s\u2019autoriser des chasses aux chats sur les toits d\u2019une ville comme  Brian\u00e7on (Hautes-Alpes fran\u00e7aises).<\/p>\n<h2><strong>Pas de tourn\u00e9e des grands-ducs<\/strong><\/h2>\n<p>Cette proph\u00e9tie laisse Lionel Maumary songeur.  \u00abIl est vrai que l\u2019aigle est capable de manger des animaux domestiques,  dont des chats. Mais cela reste marginal. Cela dit, il y a une tendance.  Les populations d\u2019aigles progressent et elles prospectent de nouveaux  territoires. Ces oiseaux de proie ont ainsi reconquis le Jura fran\u00e7ais  dans les ann\u00e9es 1990, et on les observe d\u00e9sormais \u00e0 la Dent de Vaulion,  sur les hauteurs de la vall\u00e9e de Joux. J\u2019en ai \u00e9galement vu un traverser  le lac L\u00e9man entre Evian et le Mont-P\u00e8lerin. Mais je ne les vois pas  encore chasser le chat sur les toits de Montreux. M\u00eame s\u2019il leur arrive  de survoler les plaines \u00e0 3000 m\u00e8tres d\u2019altitude, il y a tr\u00e8s peu  d\u2019observation d\u2019aigles sur le plateau vaudois.\u00bb<\/p>\n<p>Voil\u00e0 qui devrait rassurer les propri\u00e9taires de  chats qui laissent leur animal de compagnie sortir librement. A  condition qu\u2019ils n\u2019habitent pas dans des r\u00e9gions (pour l\u2019instant  exclusivement campagnardes) o\u00f9 plane un autre mangeur de chats patent\u00e9.  \u00abDes \u00e9tudes ont montr\u00e9 que ces petits f\u00e9lins constituaient une bonne  partie du r\u00e9gime alimentaire du hibou grand-duc, et ce rapace est  r\u00e9guli\u00e8rement signal\u00e9 dans la plaine du Rh\u00f4ne\u00bb, rel\u00e8ve Lionel Maumary.<\/p>\n<h2><strong>Un ph\u00e9nom\u00e8ne en augmentation?<\/strong><\/h2>\n<p>Le nombre des rapaces observables en ville  laisse imaginer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne en croissance. Faute d\u2019\u00e9tude  scientifique sur le sujet, il faut se fier aux impressions des  sp\u00e9cialistes. Philippe Christe reste dubitatif: \u00abJe ne suis pas s\u00fbr que  leur nombre soit en augmentation. La visibilit\u00e9 des milans noirs \u00e0  Lausanne a ainsi diminu\u00e9 suite \u00e0 la fermeture des abattoirs. Avant leur  disparition, je me rappelle de plusieurs dizaines de milans qui  tournoyaient au-dessus, \u00e0 la recherche de quelques abats \u00e9gar\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p>Pour Rapha\u00ebl Arlettaz \u00e9galement, la pr\u00e9sence  des rapaces dans les villes suisses \u00abreste marginale. Elle est faible et  reste vraisemblablement stable. Il y a toujours eu des rapaces dans les  villes, notamment dans les grands \u00e9difices. Je pense que leur pr\u00e9sence  est moins importante aujourd\u2019hui que dans le pass\u00e9. En effet, la ville  et ses environs doivent fournir non seulement des sites de nidification,  mais aussi des terrains de chasse. Ces derniers font de plus en plus  d\u00e9faut en raison de l\u2019appauvrissement \u00e9cologi-que des campagnes,  toujours plus colonis\u00e9es par les agglom\u00e9rations humaines&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>Si Rapha\u00ebl Arlettaz signale plusieurs \u00e9tudes  montrant que les agglom\u00e9rations suisses abritent actuellement une plus  grande vari\u00e9t\u00e9 d\u2019oiseaux que la campagne, il estime que \u00abce n\u2019est pas  valable pour les rapaces qui pr\u00e9f\u00e8rent les milieux naturels malgr\u00e9  quelques adaptations urbaines locales\u00bb.<\/p>\n<h2><strong>L\u2019attitude favorable de l\u2019homme<\/strong><\/h2>\n<p>Pour Lionel Maumary, qui continue \u00e0 voir de  nombreux milans dans la r\u00e9gion des abattoirs, la pr\u00e9sence des rapaces en  ville serait plut\u00f4t en augmentation. \u00abIl y a souvent plus de  biodiversit\u00e9 dans un jardin en ville que dans des champs cultiv\u00e9s  intensivement. A la campagne, la plupart des refuges traditionnels des  rapaces ont \u00e9t\u00e9 \u00e9radiqu\u00e9s. Enfin, la petite taille de nos villes  pourrait jouer un r\u00f4le favorable. Elle permet aux rapaces de penduler:  certains s\u2019y installent et y font leur nid sans que cela les emp\u00eache de  repartir \u00e0 la campagne pour chasser.\u00bb<\/p>\n<p>Dernier \u00e9l\u00e9ment \u00e0 prendre en compte, l\u2019attitude  favorable de l\u2019homme: \u00abLes rapaces sont prot\u00e9g\u00e9s depuis le milieu du  XXe si\u00e8cle et ils se sentent en confiance. Leurs populations se portent  bien actuellement, suite \u00e0 l\u2019interdiction du DDT, et elles cherchent  donc des territoires o\u00f9 s\u2019installer. La ville en est un, du moins pour  certains rapaces pionniers.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Jocelyn Rochat<\/p>\n<p><strong>Pratique<\/strong>:<br \/>\nOn trouvera toutes les infos concernant les  observations d\u2019oiseaux, les tours organis\u00e9s \u00e0 la d\u00e9couverte des rapaces,  le calendrier des migrateurs ou le livre \u00e0 para\u00eetre sur les oiseaux de  Suisse aux adresses:<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.oiseaux.ch\">www.oiseaux.ch<\/a><br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.birdline.ch\">www.birdline.ch<\/a><br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.oiseaux.ch\/tours\/10.php\">www.oiseaux.ch\/tours\/10.php<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les milans noirs reviennent planer sur nos cit\u00e9s ces jours-ci. Ils ne sont pas les seuls. Trois sortes de faucons, des autours des palombes, des \u00e9perviers et des chouettes hulottes &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":158,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[718,735],"tags":[43],"class_list":{"0":"post-531","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"category-nature","7":"category-no-34","8":"tag-jocelyn-rochat"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/531","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/158"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=531"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/531\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=531"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=531"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=531"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}