{"id":5306,"date":"2014-01-23T08:24:11","date_gmt":"2014-01-23T06:24:11","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=5306"},"modified":"2014-01-17T11:29:13","modified_gmt":"2014-01-17T09:29:13","slug":"dans-la-nuit-et-la-tempete-frankenstein-hante-geneve","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/dans-la-nuit-et-la-tempete-frankenstein-hante-geneve\/","title":{"rendered":"Dans la nuit et la temp\u00eate, \u00abFrankenstein\u00bb hante Gen\u00e8ve"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_5190\" aria-describedby=\"caption-attachment-5190\" style=\"width: 370px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2014\/01\/frankenstein_suite_gd.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-5190\" alt=\"Frontispice de l\u2019\u00e9dition parue chez Colburn et Bentley \u00e0 Londres. Gravure en taille-douce de Theodor M. von Holst). \u00a9 coll. Maison d'Ailleurs\/Agence Martienne\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2014\/01\/frankenstein_suite_gd.jpg\" width=\"370\" height=\"590\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2014\/01\/frankenstein_suite_gd.jpg 370w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2014\/01\/frankenstein_suite_gd-163x260.jpg 163w\" sizes=\"auto, (max-width: 370px) 100vw, 370px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5190\" class=\"wp-caption-text\">Frontispice de l\u2019\u00e9dition parue chez Colburn et Bentley \u00e0 Londres. Gravure en taille-douce de Theodor M. von Holst). \u00a9 coll. Maison d&rsquo;Ailleurs\/Agence Martienne<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Alert\u00e9 par ses parents du meurtre de son jeune fr\u00e8re William, Victor Frankenstein, alors en Angleterre, revient en Suisse sous les supplications de son p\u00e8re.<\/em><\/p>\n<p>\u00abIl faisait nuit noire quand j\u2019arrivai dans les faubourgs de Gen\u00e8ve; les portes de la ville \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 ferm\u00e9es et je fus oblig\u00e9 de passer la nuit \u00e0 S\u00e9cheron, un village situ\u00e9 \u00e0 une demi-lieue de l\u00e0. Le ciel \u00e9tait serein. Je ne parvins pas \u00e0 trouver le repos, aussi d\u00e9cidai-je de me rendre sur les lieux o\u00f9 avait \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 mon pauvre William. Ne pouvant traverser la ville, je dus me rendre \u00e0 Plainpalais en bateau. Durant ce bref passage je vis les \u00e9clairs dessiner au sommet du mont Blanc, les figures les plus magnifiques. L\u2019orage paraissait gagner rapidement. D\u00e8s que j\u2019eus mis les pieds \u00e0 terre, je gravis une petite colline afin d\u2019observer sa progression. Il avan\u00e7ait: le ciel \u00e9tait lourd et je sentis bient\u00f4t la pluie tomber \u00e0 grosses gouttes; sa violence augmenta rapidement.<\/p>\n<p>Je quittais mon poste d\u2019observation, et poursuivis ma route sans me soucier ni des t\u00e9n\u00e8bres ni de l\u2019orage qui grondait avec une violence accrue ni de la foudre qui \u00e9clatait avec une force terrible au-dessus de ma t\u00eate. Le vacarme \u00e9tait r\u00e9percut\u00e9 par le Sal\u00e8ve, les monts du Jura et des Alpes savoyardes. Des \u00e9clairs brillants m\u2019aveuglaient, illuminant le lac et lui conf\u00e9rant l\u2019apparence d\u2019une immense nappe de feu. L\u2019instant d\u2019apr\u00e8s, j\u2019eus le sentiment d\u2019\u00eatre plong\u00e9 dans une obscurit\u00e9 compl\u00e8te. L\u2019orage \u00e9clatait simultan\u00e9ment en divers points du ciel, comme c\u2019est souvent le cas en Suisse. Il \u00e9tait le plus violent au nord de la ville, au-dessus de la partie du lac situ\u00e9e entre le promontoire de Bellerive et le village de Cop\u00eat. Un autre orage \u00e9clairait le Jura de faibles lueurs: un autre encore obscurcissait et parfois d\u00e9voilait le M\u00f4le, sommet montagneux \u00e0 l\u2019est du lac.<\/p>\n<p>J\u2019allais toujours d\u2019un pas rapide tout en observant la temp\u00eate, si belle et pourtant si terrible. Le noble tournoi qui se d\u00e9roulait dans le ciel \u00e9levait mon \u00e2me; je joignis les mains et m\u2019\u00e9criai: \u00abWilliam, cher ange! Ce sont tes fun\u00e9railles que c\u00e9l\u00e8brent les \u00e9l\u00e9ments, ton hymne fun\u00e8bre qu\u2019ils chantent!\u00bb J\u2019avais \u00e0 peine prononc\u00e9 ces mots, que j\u2019aper\u00e7us, \u00e9mergeant de l\u2019obscurit\u00e9, une silhouette dissimul\u00e9e jusqu\u2019alors derri\u00e8re un bouquet d\u2019arbres. Je m\u2019immobilisai et la scrutai intens\u00e9ment. Nul doute n\u2019\u00e9tait permis. Un \u00e9clair illumina l\u2019\u00eatre, me r\u00e9v\u00e9lant sa forme pr\u00e9cise. Sa taille gigantesque et la difformit\u00e9 de son aspect, hideux au point d\u2019en \u00eatre inhumain, m\u2019apprirent qu\u2019il s\u2019agissait de la cr\u00e9ature mis\u00e9rable, du d\u00e9mon immonde que j\u2019avais cr\u00e9\u00e9. Que faisait-il ici? Se pouvait-il qu\u2019il f\u00fbt l\u2019assassin de mon fr\u00e8re? Cette id\u00e9e me fit fr\u00e9mir, mais \u00e0 peine l\u2019euss\u00e9-je con\u00e7ue que j\u2019acquis la conviction qu\u2019elle correspondait \u00e0 une triste r\u00e9alit\u00e9. Mes dents s\u2019entrechoquaient et je dus m\u2019appuyer contre un arbre de peur de d\u00e9faillir. La cr\u00e9ature me d\u00e9passa rapidement et se fondit dans les t\u00e9n\u00e8bres. Nul \u00eatre humain n\u2019aurait pu d\u00e9truire le bel enfant. Je venais de contempler son meurtrier, j\u2019en \u00e9tais s\u00fbr. (\u2026)?Je songeai \u00e0 poursuivre le monstre, c\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 en vain, car un autre \u00e9clair me le montra accroch\u00e9 aux roches de la face presque perpendiculaire du mont Sal\u00e8ve, une colline qui d\u00e9limitait Plainpalais au sud. Il ne tarda pas \u00e0 atteindre le sommet et \u00e0 dispara\u00eetre.\u00bb*<\/p>\n<p>*?Extrait de Frankenstein, de Mary Shelley, paru en 1818. Ici dans une traduction de Paul Couturiau, Editions du Rocher, \u00e9dit\u00e9e en 1988.<\/p>\n<p>Lire l&rsquo;article principal: Frankenstein n&rsquo;aurait pas vu le jour sans la Suisse et ses \u00e9t\u00e9s pourris<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alert\u00e9 par ses parents du meurtre de son jeune fr\u00e8re William, Victor Frankenstein, alors en Angleterre, revient en Suisse sous les supplications de son p\u00e8re. \u00abIl faisait nuit noire quand &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":825,"featured_media":5191,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[13144,42135],"tags":[16433],"class_list":{"0":"post-5306","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-art-et-litterature","8":"category-no-56","9":"tag-anne-sylvie-sprenger"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5306","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/825"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5306"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5306\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5191"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5306"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5306"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5306"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}