{"id":489,"date":"2006-02-28T18:51:03","date_gmt":"2006-02-28T16:51:03","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=489"},"modified":"2010-10-26T12:12:00","modified_gmt":"2010-10-26T10:12:00","slug":"apres-le-succes-de-ses-romans-decouvrez-les-inedits-de-ramuz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/apres-le-succes-de-ses-romans-decouvrez-les-inedits-de-ramuz\/","title":{"rendered":"Apr\u00e8s le succ\u00e8s de ses romans, d\u00e9couvrez les in\u00e9dits de Ramuz"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_494\" aria-describedby=\"caption-attachment-494\" style=\"width: 530px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2006\/02\/ramuz1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-494 \" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2006\/02\/ramuz1.jpg\" alt=\"Apr\u00e8s le succ\u00e8s de ses romans, d\u00e9couvrez les in\u00e9dits de Ramuz\" width=\"530\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2006\/02\/ramuz1.jpg 530w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2006\/02\/ramuz1-300x147.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-494\" class=\"wp-caption-text\">En 1900, le jeune Ramuz obtient sa licence \u00e0 l&#039;UNIL. Puis il part \u00e0 Paris o\u00f9 il \u00e9crira un premier roman, rest\u00e9 in\u00e9dit jusqu&#039;\u00e0 ce jour - photo \u00a9 N. Chuard<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>La publication de ses romans dans la Pl\u00e9iade a re\u00e7u un accueil triomphal  en 2005. Les surprises continuent en 2006, avec la publication  prochaine de son premier roman in\u00e9dit ainsi que d\u2019autres textes qui  n\u2019avaient jamais \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s de son vivant. Avant-go\u00fbt exclusif!<\/em><\/p>\n<p>Titr\u00e9 \u00abPremiers \u00e9crits\u00bb, le quatri\u00e8me volume des \u0152uvres compl\u00e8tes de  Ramuz para\u00eet en avril prochain chez Slatkine. Tous les textes qu\u2019il  contient sont des in\u00e9dits, appartenant \u00e0 des genres diff\u00e9rents. Parmi  eux, un roman, que Roger Francillon nous fait d\u00e9couvrir  ici. Codirecteur des \u0152uvres compl\u00e8tes, Roger Francillon est aussi  laur\u00e9at du Prix de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne pour son \u00abHistoire de la  litt\u00e9rature en Suisse romande\u00bb.<\/p>\n<h2><strong>Des po\u00e8mes, des nouvelles, une conf\u00e9rence et un roman<\/strong><\/h2>\n<p>Un choix comment\u00e9 de po\u00e8mes, vingt nouvelles \u00e9crites \u00e0  partir de 1896, des conf\u00e9rences et un roman, le tout in\u00e9dit: la moisson  ramuzienne 2006 est belle. Tous ces textes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits de 1894 \u00e0  1903. Ramuz a alors entre 16 et 25 ans.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sent volume des \u0152uvres compl\u00e8tes publie la deuxi\u00e8me  version de son premier roman: \u00abLa vie et la mort de Jean-Daniel  Crausaz\u00bb. En octobre 1900, Ramuz a 22 ans. Il a termin\u00e9 sa licence \u00e0  l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne au mois de mars et, avec le soutien financier  de ses parents, il part faire une th\u00e8se \u00e0 Paris. Mais il n\u2019en r\u00e9digera  pas une ligne: nulle trace en effet de ce travail, or Ramuz conserve  tout.<\/p>\n<h2><strong>Pas de th\u00e8se, mais un roman<\/strong><\/h2>\n<p>En revanche, c\u2019est un roman vaudois que Ramuz \u00e9crit \u00e0  Paris, en ce d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. A l\u2019H\u00f4tel de l\u2019Od\u00e9on o\u00f9 il s\u00e9journe,\u00a0  l\u2019\u00e9crivain r\u00e9dige les 225 pages, tr\u00e8s denses, d\u2019une premi\u00e8re version. De  retour \u00e0 Lausanne en avril 1901 (il vit alors chez ses parents), il  retravaille son roman.<\/p>\n<p>R\u00e9sultat: un texte de 134 pages construit sous la forme  d\u2019un r\u00e9cit essentiellement introspectif, sorte de journal non dat\u00e9,  encadr\u00e9 par une introduction et un \u00e9pilogue \u2013 dans lesquels Pierre,  l\u2019ami du protagoniste, pr\u00e9sente les \u00e9crits de Jean-Daniel recueillis  apr\u00e8s sa mort. Mort dont on ne d\u00e9couvrira les circonstances que dans  l\u2019\u00e9pilogue. Entre la premi\u00e8re et la seconde version, interviennent des  suppressions et quelques transformations de structure interne mais pas  de changement profond.<\/p>\n<h2><strong>O\u00f9 l\u2019\u00e9rotisme est autocensur\u00e9<\/strong><\/h2>\n<p>\u00abOn voit pourtant s\u2019op\u00e9rer une forme d\u2019autocensure et ce  qui pouvait \u00eatre l\u2019expression d\u2019un certain \u00e9rotisme dispara\u00eet, constate  Roger Francillon. Dans la deuxi\u00e8me version, nulle trace des prostitu\u00e9es,  sans doute crois\u00e9es dans les rues parisiennes, qui figurent dans la  premi\u00e8re.\u00bb<\/p>\n<p>Mais il y a plus important dans ce roman de jeunesse: la  pr\u00e9sence, d\u00e9j\u00e0, du colporteur. \u00abMarginal puisque personnage de passage  par excellence, il est celui qui vient, vend, parle avec tous, boit un  verre ici et l\u00e0, puis repart, ajoute Roger Francillon. Symboliquement,  il est une image du po\u00e8te et introduit cette id\u00e9e r\u00e9volutionnaire que la  po\u00e9sie est faite par et pour tout le monde. Cette all\u00e9gorie de  l\u2019\u00e9crivain, on la retrouvera plus tard dans \u00abPassage du po\u00e8te\u00bb avec  Besson, le vannier. Besson, marginal lui aussi, qui r\u00e9veille le village  et le rend sensible \u00e0 la po\u00e9sie avant de reprendre sa route.\u00bb<\/p>\n<h2><strong>Un jeune \u00e9crivain s\u2019interroge <\/strong><strong>sur lui-m\u00eame<\/strong><\/h2>\n<p>Mais que se passe-t-il au juste dans ce roman? A vrai  dire pas grand-chose. Jean-Daniel, jeune \u00e9crivain sans probl\u00e8mes  financiers, s\u2019interroge sur lui-m\u00eame, \u00absans pour autant que la  probl\u00e9matique de l\u2019\u00e9criture soit th\u00e9matis\u00e9e\u00bb, pr\u00e9cise Roger Francillon.  Il vit dans le cadre l\u00e9nifiant d\u2019une bourgade de la province vaudoise,  chez une vieille fille, Mademoiselle S\u00e9ch\u00e9e&#8230; Occasion d\u2019une satire de  la bourgeoisie protestante locale \u00abqui pr\u00e9figure celle que l\u2019on retrouve  avec le notaire Magnenat dans le deuxi\u00e8me roman, \u00abLes circonstances de  la vie\u00bb.<\/p>\n<p>Ce Jean-Daniel est une sorte d\u2019autoportrait de Ramuz.  Pr\u00e9sent\u00e9 comme le type m\u00eame du Vaudois tendu, r\u00eaveur et orgueilleux,  c\u2019est \u00abun inquiet qui se cherche sans jamais se trouver\u00bb, un \u00eatre qui a  des choses \u00e0 dire mais ne trouve pas ses mots (lire un extrait exclusif  en pages 14-15). Solitaire, il est tout de m\u00eame en relation avec  quelques autres personnages, dont l\u2019ami Pierre, celui de l\u2019introduction,  avec qui il \u00e9change des \u00abLettres d\u2019Allemagne\u00bb.<\/p>\n<h2><strong>Des gens du peuple<\/strong><\/h2>\n<p>\u00abDans cette correspondance fictive, Ramuz reprend des  \u00e9l\u00e9ments autobiographiques (il a s\u00e9journ\u00e9 \u00e0 Karlsruhe en 1896-97), qu\u2019il  m\u00eale \u00e0 son exp\u00e9rience parisienne\u00bb, note Roger Francillon. Une mani\u00e8re  de prendre de la distance avec le Pays de Vaud et de faire souffler sur  ce \u00abpays du lac\u00bb un vent venu d\u2019ailleurs.<\/p>\n<p>Mais ce jeune homme sauvage a surtout pour amis des gens  du peuple: Jeanjean, le cantonnier, Lisette, la vieille paysanne, Marc,  un p\u00eacheur. \u00abLe personnel romanesque ramuzien est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent. On  retrouvera ensuite des figures semblables, comme celle du p\u00e8re Pinget,  p\u00eacheur de son \u00e9tat, dans \u00abLa vie de Samuel Belet\u00bb. Et avec elles, un  fatalisme \u2013 \u00abOn est men\u00e9\u00bb, dit le taupier Lambelet \u2013 qui s\u2019entend aussi  dans la bouche du p\u00e8re Jeanjean.<\/p>\n<p>Au milieu du roman, \u00abLa soir\u00e9e du po\u00eale\u00bb est une longue  introspection o\u00f9 Jean-Daniel \u00e9voque son enfance. Autre satire, autre  prise de distance mais avec l\u2019enseignement cette fois. Ramuz dit tout le  mal qu\u2019il pense de celui dispens\u00e9 au Coll\u00e8ge classique cantonal o\u00f9,  soit dit en passant, il a \u00e9t\u00e9 un excellent \u00e9l\u00e8ve.<\/p>\n<h2><strong>Pour \u00e9chapper \u00e0 la d\u00e9pression, \u00abmarie-toi\u00bb<\/strong><strong>!<\/strong><\/h2>\n<p>\u00abL\u00e0 encore, certains de ces \u00e9l\u00e9ments sont repris, dans  \u00abD\u00e9couverte du monde\u00bb, textes autobiographiques de la fin des ann\u00e9es  30.\u00bb Mais l\u2019introspection et le retour sur le pass\u00e9 n\u2019ont qu\u2019un temps:  dans la derni\u00e8re partie du roman, Jean-Daniel r\u00e9alise qu\u2019il doit agir.  Pour sortir de sa solitude, il accompagnera le p\u00e8re Jeanjean, dans un  alpage du Jura appartenant \u00e0 un certain Jean-Pierre. Ce dernier va lui  donner un conseil simple: se marier. Rien de tel pour \u00e9chapper \u00e0 ce  qu\u2019on appellerait aujourd\u2019hui un \u00e9tat d\u00e9pressif.<\/p>\n<h2><strong>Demande en mariage<\/strong><\/h2>\n<p>Justement, au chalet d\u2019en bas, vit la jeune Fanchette,  qui va chaque jour porter leur repas aux paysans. Jean-Daniel n\u2019aura  aucun mal \u00e0 provoquer une rencontre et \u00e0 faire sa demande en mariage.  H\u00e9las, Fanchette a les pieds sur terre: elle comprend qu\u2019il n\u2019est pas de  son monde et le rejette.<\/p>\n<p>Le journal de Jean-Daniel s\u2019ach\u00e8ve sur cet \u00e9chec. L\u2019ami  Pierre reprend alors la parole dans le court \u00e9pilogue o\u00f9 l\u2019on apprend  que le protagoniste est mort \u00e0 l\u2019h\u00f4pital d\u2019une phtisie foudroyante.<\/p>\n<p>\u00abLes ramuziens inconditionnels estimeront que la  publication de textes dont la valeur esth\u00e9tique n\u2019est pas comparable \u00e0  celle des textes de maturit\u00e9 est contestable. De fait, entre ce premier  roman et \u00abAline\u00bb (1905), la diff\u00e9rence est \u00e9norme. Mais l\u2019int\u00e9r\u00eat des  \u0152uvres compl\u00e8tes est de rendre compte de la naissance d\u2019un \u00e9crivain\u00bb,  fait remarquer Roger Francillon.<\/p>\n<p>Or, \u00abLa vie et la mort de Jean-Daniel Crausaz\u00bb est tr\u00e8s  int\u00e9ressant du point de vue de la cr\u00e9ation ramuzienne puisque les  \u00e9l\u00e9ments importants sont d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents: le recours \u00e0 l\u2019oralit\u00e9, le  personnage du colporteur, l\u2019\u00e9vocation de la nature et des travaux des  champs, l\u2019ambivalence.<\/p>\n<p>\u00abCette derni\u00e8re, une constante dans la vie de l\u2019\u00e9crivain,  traduit le rapport existant entre l\u2019amour que Ramuz porte au pays et au  paysage surtout, et son rejet de la bourgeoisie vaudoise.\u00bb Un monde  auquel non seulement il appartient mais dont il est tributaire, puisque  ses textes sont publi\u00e9s dans le \u00abJournal de Gen\u00e8ve\u00bb, la \u00abGazette de  Lausanne\u00bb et dans des revues romandes, essentiellement. Pourtant, il  reste marginal, d\u2019o\u00f9 son attrait pour les marginaux.<\/p>\n<h2><strong>La soci\u00e9t\u00e9 rejette l&rsquo;\u00e9crivain<\/strong><\/h2>\n<p>\u00abDans un plan pr\u00e9liminaire \u00e0 la premi\u00e8re version de  \u00abJean-Daniel\u00bb, Ramuz voulait conf\u00e9rer \u00e0 l\u2019idylle avec Fanchette une  dimension symbolique, la chargeant de repr\u00e9senter l\u2019amour du pays:  Fanchette est le pays et ce pays le rejette. Tr\u00e8s vaste probl\u00e9matique,  reprise dans \u00abAim\u00e9 Pache\u00bb et \u00abPassage du po\u00e8te\u00bb, que celle de  l\u2019isolement de l\u2019artiste dans une soci\u00e9t\u00e9 qui ne le comprend pas. La  sc\u00e8ne avec Fanchette est donc un \u00e9l\u00e9ment fondamental de la sensibilit\u00e9  de Ramuz, de son \u00ab\u00eatre au monde\u00bb, pour parler comme les  existentialistes. Et m\u00eame s\u2019il est dat\u00e9 du point de vue de sa facture,  le roman laisse entrevoir, \u00e0 la fin, une certaine auto-ironie o\u00f9 la  fiction elle-m\u00eame est mise en cause.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Elisabeth Gilles<\/p>\n<p><strong>Consultez les nouvelles in\u00e9dites de Ramuz:<\/strong><br \/>\n<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2010\/07\/ramuz_nouvelles_inedites.pdf\"><strong>\u00abLa recontre\u00bb<\/strong> et <strong>\u00abLa Vie et la Mort de Jean-Daniel Crasaz\u00bb<\/strong><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La publication de ses romans dans la Pl\u00e9iade a re\u00e7u un accueil triomphal en 2005. 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