{"id":452,"date":"2006-06-27T19:50:30","date_gmt":"2006-06-27T17:50:30","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=452"},"modified":"2010-10-26T15:37:41","modified_gmt":"2010-10-26T13:37:41","slug":"jai-caresse-un-grand-requin-blanc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/jai-caresse-un-grand-requin-blanc\/","title":{"rendered":"\u00abJ\u2019ai caress\u00e9 un grand requin blanc\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2006\/05\/requin.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-456\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2006\/05\/requin.jpg\" alt=\"J'ai caress\u00e9 un grand requin blanc\" width=\"530\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2006\/05\/requin.jpg 530w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2006\/05\/requin-300x147.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>Un biologiste form\u00e9 \u00e0 l\u2019UNIL, Michael Scholl, est devenu l\u2019un des rares sp\u00e9cialistes du plus impressionnant des requins. Durant ses recherches, il lui arrive de poser sa main entre le nez et les dents d\u2019un squale. Preuve que le grand blanc est moins monstrueux que sa l\u00e9gende ne le pr\u00e9tend.<\/em><\/p>\n<p>Depuis 1975, les vacances \u00e0 la plage n\u2019ont plus tout \u00e0 fait le m\u00eame go\u00fbt de soleil, de sable et de sel. Apr\u00e8s avoir vu le film \u00abLes dents de la mer\u00bb de Steven Spielberg, bon nombre de baigneurs sont d\u00e9sormais incapables de s\u2019aventurer au large sans une vague arri\u00e8re-pens\u00e9e en forme de nageoire triangulaire. Bien s\u00fbr, cette peur du requin ne repose sur aucune statistique s\u00e9rieuse. Reste qu\u2019elle est l\u00e0, et qu\u2019elle est raviv\u00e9e \u00e0 chaque rediffusion de ce classique du cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s loin de Hollywood et de son influence, un biologiste form\u00e9 \u00e0 l\u2019UNIL, le Vaudois Michael Scholl, travaille \u00e0 redonner une image plus positive de ces grands squales. Il est bas\u00e9 \u00e0 Gansbaai, en Afrique du Sud. Cette petite ville, encore inconnue il y a une d\u00e9cennie, est devenue la Mecque du grand blanc. Parce que l\u2019on peut y observer l\u2019une des plus importantes concentrations de squales de cette esp\u00e8ce. Et parce que ces pr\u00e9dateurs nagent \u00e0 quelques kilom\u00e8tres du rivage, ce qui les rend faciles \u00e0 observer.<\/p>\n<p>Avides de frissons, des hordes de touristes y viennent pour plonger devant la bouche la plus c\u00e9l\u00e8bre du monde animal. Le grand requin blanc lui doit d\u2019ailleurs son nom scientifique, car \u00abCarcharodon carcharias\u00bb signifie \u00ab\u00e0 la m\u00e2choire d\u00e9chiquet\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p>Michael Scholl, qui a accompagn\u00e9 nombre de ces visiteurs venus plonger dans une cage et regarder la b\u00eate dans les yeux, veut croire que les touristes repartent de cette exp\u00e9rience rassur\u00e9s: car le grand blanc est moins dangereux que sa r\u00e9putation. D\u00e9monstration en cinq points.<\/p>\n<h2>Id\u00e9e re\u00e7ue 1: les requins sont des monstres sanguinaires<\/h2>\n<p>Ce clich\u00e9, nous le devons aux \u00abDents de la mer\u00bb. Car, si les requins mangent des hommes depuis la nuit des temps, ils ne sont devenus des monstres que le 20 juin 1975, jour de la sortie am\u00e9ricaine du film de Steven Spielberg.<\/p>\n<p>\u00abC\u2019est un film tr\u00e8s bien fait, mais assez \u00e9loign\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9\u00bb, nuance aussit\u00f4t Michael Scholl. Pourtant, cet avis de sp\u00e9cialiste, m\u00eame partag\u00e9 par tous ses coll\u00e8gues, ne suffira pas \u00e0 effacer les images traumatisantes d\u2019un grand blanc approchant les plages, \u00e0 la recherche de nourriture humaine.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, on pourra rappeler que le risque d\u2019\u00eatre aval\u00e9 par un carcharodon est infinit\u00e9simal, que les requins tuent bien moins d\u2019humains que les abeilles ou les serpents, et ajouter que la plupart des victimes se sont mises toutes seules en danger, cela ne suffira pas \u00e0 zapper les images des \u00abDents de la mer\u00bb.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9, il faudra sans doute trouver et publier des images plus percutantes que celles de Steven Spielberg. Heureusement, elles existent. Elles nous viennent d\u2019Afrique du Sud. Elles ont notamment \u00e9t\u00e9 prises par Michael Scholl, et elles sont diffus\u00e9es sur le site Internet du chercheur vaudois.<\/p>\n<p>Ces photos nous montrent un contact surr\u00e9aliste entre un humain nomm\u00e9 Michael Rutzen et un grand requin blanc de quatre m\u00e8tres. On y voit une main se tendre au-dessus des flots au moment o\u00f9 arrive le plus hollywoodien des squales. Quand l\u2019animal d\u00e9voile une rang\u00e9e de dents impressionnante, le bras ne s\u2019\u00e9loigne pas. Au contraire, il vient caresser le grand blanc entre le bout de son nez pointu et sa m\u00e2choire coupante. Tout cela sous la surveillance d\u00e9sormais l\u00e9gendaire de cet oeil rond et g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9crit comme noir, \u00abalors qu\u2019il est en r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un bleu azur\u00e9 profond\u00bb, corrige Michael Scholl, qui les a effectivement vus de pr\u00e8s!<\/p>\n<p>Tout aussi \u00e9tonnant: les squales semblent appr\u00e9cier ces caresses. Ils reviennent m\u00eame en chercher d\u2019autres. Et ils y semblent sensibles, eux qui se laissent ensuite flotter dans l\u2019eau, comme s\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 drogu\u00e9s.<\/p>\n<p>Sait-on ce qui produit cet effet? \u00abPlusieurs th\u00e9ories ont \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9es pour expliquer ce ph\u00e9nom\u00e8ne dans lequel le contact, exerc\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralement sans aucune pression ou force, cr\u00e9e une r\u00e9action tr\u00e8s impressionnante. Le requin arque sa t\u00eate en arri\u00e8re, ouvre sa gueule dans toute sa grandeur et projette sa m\u00e2choire vers l\u2019ext\u00e9rieur, raconte Michael Scholl. Avec ses deux yeux localis\u00e9s sur le c\u00f4t\u00e9 de sa t\u00eate, le museau du requin blanc repr\u00e9sente son principal angle mort. Pour le squale, un contact dans cette r\u00e9gion peut potentiellement repr\u00e9senter un danger, et pour cette raison, je pense que ce comportement spectaculaire est un r\u00e9flexe visant \u00e0 prot\u00e9ger cet endroit sensible.\u00bb<\/p>\n<p>Michael Scholl a bien s\u00fbr tent\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience lui-m\u00eame. \u00abPeu apr\u00e8s mon arriv\u00e9e en Afrique du Sud, j\u2019ai aussi jou\u00e9 avec ces requins, se souvient le scientifique. Mais cela fait plusieurs ann\u00e9es que je ne les touche que pour essayer de les repousser des moteurs, pas pour jouer avec eux. Cette pratique est d\u2019ailleurs interdite depuis 2004, pour \u00e9viter un accident \u00e9ventuel chez les op\u00e9rateurs touristiques. \u00bb<\/p>\n<p>Au fait, comment cette pratique a-telle d\u00e9but\u00e9? \u00abLorsque des hommes ont essay\u00e9 de repousser certains requins trop curieux des moteurs hors-bord de leur bateau. Certains requins sont en effet attir\u00e9s par les champs \u00e9lectromagn\u00e9tiques cr\u00e9\u00e9s par tout objet m\u00e9tallique ou vivant, explique Michael Scholl. Ce r\u00e9flexe spectaculaire a \u00e9volu\u00e9 pour devenir une attraction touristique, ou, du moins, photographique. Et le requin est devenu un animal de cirque.\u00bb<\/p>\n<p>S\u2019il ne pratique plus le toucher de grand blanc sans n\u00e9cessit\u00e9, le chercheur form\u00e9 \u00e0 l\u2019UNIL comprend cependant la fascination provoqu\u00e9e par ce geste. \u00abLa proximit\u00e9 avec ce sourire, rendu \u00e9galement c\u00e9l\u00e8bre par le film d\u2019animation \u00abNemo\u00bb, repr\u00e9sente bien s\u00fbr des moments inoubliables. C\u2019est \u00e9galement le cas lorsque l\u2019on interagit avec des requins que nous nommons \u00abjoueurs\u00bb, du fait de leur personnalit\u00e9 qui permet un contact bien plus profond. C\u2019est enfin le cas lorsque l\u2019on plonge dans les yeux de ces immenses animaux quand ils vous observent hors de leur monde aquatique. Ce sont des moments merveilleux!\u00bb<\/p>\n<p>Les photos de ces instants sont d\u00e9sormais diffus\u00e9es sur Internet, et notamment sur le site de Michael Scholl. \u00abCes images nous montrent que certaines interactions sont possibles entre humains et requins, conclut le chercheur form\u00e9 \u00e0 l\u2019UNIL. Michael Rutzen, Andr\u00e9 Hartman et Mark Marks sont les trois personnes au monde qui ont pouss\u00e9 ces limites encore plus loin, en plongeant sans cage en apn\u00e9e avec le grand requin blanc. Ces rencontres ont donn\u00e9 des images uniques, qui montrent une certaine symbiose entre deux animaux g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9s comme archi-ennemis.\u00bb<\/p>\n<h2>Id\u00e9e re\u00e7ue 2: les requins mangent tout ce qui passe \u00e0 leur port\u00e9e<\/h2>\n<p>Il suffit de visiter un aquarium o\u00f9 nagent des requins pour se persuader du contraire. Au Sea World Aquarium de Miami, par exemple, le repas des squales figure au programme des attractions. Mais le spectacle est bien d\u00e9cevant pour qui r\u00eave d\u2019assister \u00e0 un \u00e9pisode des \u00abDents de la mer\u00bb.<\/p>\n<p>Les requins (citrons) nagent nonchalamment dans un bassin o\u00f9 le personnel lance des poissons coup\u00e9s en morceaux. Pour faire bonne mesure, l\u2019employ\u00e9 vide consciencieusement le seau qui a recueilli le sang des victimes, sans r\u00e9ussir \u00e0 d\u00e9tourner les squales de leur course nonchalante.<\/p>\n<p>Les Sud-Africains qui emm\u00e8nent r\u00e9guli\u00e8rement des cargaisons de touristes dans les eaux th\u00e9oriquement infest\u00e9es de requins, racontent la m\u00eame histoire. \u00abQuand on est sur ces bateaux, on peut passer dix jours \u00e0 lancer de la nourriture dans l\u2019eau sans voir de grand blanc\u00bb, se souvient Michael Scholl, qui a travaill\u00e9 pour l\u2019un de ces tour-op\u00e9rateurs avant de lancer son projet scientifique (lire cicontre). \u00abMalgr\u00e9 le chum (m\u00e9lange de thon \u00e9minc\u00e9 et d\u2019huile de sardine) et l\u2019app\u00e2t de thon frais, il faut certaines fois beaucoup de temps pour attirer ces requins qui h\u00e9siteront longtemps avant de se lancer. En effet, si le grand requin blanc est un animal tr\u00e8s curieux, il est encore s\u00e9lectif et excessivement prudent, une strat\u00e9gie et un comportement qui lui ont permis de survivre 400 millions d\u2019ann\u00e9es.\u00bb<\/p>\n<p>En fait, les requins n\u2019ont pas faim en permanence. \u00abIls ont un m\u00e9tabolisme g\u00e9n\u00e9ralement assez bas et un syst\u00e8me digestif efficace. Une proie comme une femelle otarie \u00e0 fourrure du Cap, pesant environ 80 kg, peut probablement nourrir un requin blanc pour plusieurs semaines, pr\u00e9cise le biologiste. Mais cet animal est aussi un opportuniste. Si une autre proie facile se pr\u00e9sente peu apr\u00e8s son repas, le requin en profitera pour faire des r\u00e9serves.\u00bb<\/p>\n<h2>Id\u00e9e re\u00e7ue 3: le requin vit \u00e0 la surface, puisqu\u2019on voit son aileron<\/h2>\n<p>\u00abCe n\u2019est pas si courant de voir un aileron \u00e0 la surface, contrairement au mythe que le film \u00abLes dents de la mer\u00bb a cr\u00e9\u00e9, corrige aussit\u00f4t Michael Scholl. Les grands blancs ne sont pas en permanence en surface.\u00bb<\/p>\n<p>Le requin Nicole, dont il a mesur\u00e9 le p\u00e9riple (lire ci-contre), a ainsi nag\u00e9 dans des eaux qui allaient de la surface \u00e0 une profondeur de 950 m\u00e8tres. Mais lors de sa grande travers\u00e9e, dans les eaux profondes de l\u2019oc\u00e9an Indien, \u00abNicole a pass\u00e9 60 % du temps tr\u00e8s proche de la surface, \u00e0 moins d\u2019un m\u00e8tre de profondeur. L\u00e0, sa nageoire ne perce probablement pas la surface, pour \u00e9viter des frictions inutiles et garder un aquadynamisme optimal.\u00bb<\/p>\n<p>Le chercheur vaudois observe encore r\u00e9guli\u00e8rement en Afrique du Sud la tactique de chasse tr\u00e8s inhabituelle des squales qui nagent dans son p\u00e9rim\u00e8tre. Dans un premier temps, les grands blancs ne donnent aucun signe de leur pr\u00e9sence, mais ils jaillissent soudain des profondeurs \u00e0 pleine vitesse, harponnant au passage un phoque ou une otarie qui nageait en surface. Sur leur \u00e9lan, les requins effectuent un grand saut hors de l\u2019eau, sans que le moindre aileron n\u2019ait troubl\u00e9 l\u2019eau de la surface avant l\u2019attaque foudroyante.<\/p>\n<p>Cette discr\u00e9tion des squales en surface ne va pas sans compliquer le travail de Michael Scholl, car le biologiste suisse a d\u00e9velopp\u00e9 un syst\u00e8me d\u2019identification des requins qui repose justement sur des photographies d\u2019ailerons. \u00abCes ailerons pr\u00e9sentent des marques qui changeront avec la vie du requin, comparables \u00e0 un drapeau volant dans le vent\u00bb, explique-t-il.<\/p>\n<p>\u00abCette technique part de l\u2019id\u00e9e que chaque requin a un aileron diff\u00e9rent des autres, exactement comme les empreintes digitales chez les hommes. Avant, on utilisait ce moyen d\u2019identification pour les dauphins et les baleines. Je l\u2019ai adapt\u00e9 pour les grands blancs. Comme cette technique est non invasive, elle est id\u00e9ale pour observer des esp\u00e8ces prot\u00e9g\u00e9es et discr\u00e8tes telles que le grand blanc.\u00bb<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 ce syst\u00e8me, Michael Scholl a d\u00e9j\u00e0 identifi\u00e9 plus de 1000 requins diff\u00e9rents dans les eaux de Gansbaai. Mais, pour arriver \u00e0 ce r\u00e9sultat, il a d\u00fb passer plus 1100 journ\u00e9es en mer, durant lesquelles il a effectu\u00e9 plus de 200\u2019000 photos, dont 40\u2019000 ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9es pour le catalogue d\u2019identification. Plus de 6000 observations ont \u00e9t\u00e9 catalogu\u00e9es par le chercheur depuis 1997, dont 75% avec des photos de l\u2019aileron dorsal. Des statistiques qui montrent bien que le grand blanc ne se pr\u00e9lasse g\u00e9n\u00e9ralement pas en surface. Toutefois, avec un app\u00e2t, il est possible de convaincre la plupart de ces requins de venir montrer leur nageoire.<\/p>\n<h2>Id\u00e9e re\u00e7ue 4: le requin mange volontiers de la chair humaine<\/h2>\n<p>C\u2019est faux. Dans la plupart des cas, on le sait d\u00e9sormais, le requin blanc mord un \u00eatre humain par erreur. S\u2019il attaque un plongeur, un surfeur ou un baigneur, c\u2019est notamment parce qu\u2019il l\u2019a confondu avec l\u2019une de ses proies habituelles. C\u2019est le cas des surfeurs qui se couchent sur leur planche et qui, vus du dessous, peuvent ressembler \u00e0 une grosse otarie ou \u00e0 un lion de mer dont les requins raffolent.<\/p>\n<p>L\u2019analyse approfondie des attaques de requins nous montre \u00e9galement qu\u2019ils ne sont pas friands de chair humaine. Ainsi, la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des attaques de grands blancs sur des humains n\u2019est pas mortelle. Sur 88 cas recens\u00e9s et analys\u00e9s par l\u2019International Shark Attack File, 66 des victimes ont surv\u00e9cu \u00e0 la morsure. Ce qui n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le cas si le grand requin blanc avait plac\u00e9 ces proies \u00e0 son menu.<\/p>\n<p>\u00abIl faut aussi r\u00e9aliser que nous, les humains, n\u2019avons vraiment commenc\u00e9 \u00e0 utiliser les plages pour nous y baigner que depuis une centaine d\u2019ann\u00e9es, que les surfeurs ne sont apparus que depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es, observe Michael Scholl. Le grand requin blanc, lui, chasse depuis des millions d\u2019ann\u00e9es. Comme il pr\u00e9sente une esp\u00e9rance de vie de 30 \u00e0 70 ans, il n\u2019a pas pu adapter sa strat\u00e9gie de chasse et d\u00e9couvrir que ces objets flottants en surface, qui ressemblent vaguement \u00e0 une otarie, pourraient \u00eatre autre chose, par exemple un humain qui n\u2019est, semble-t-il, pas app\u00e9tissant, parce qu\u2019il ne pr\u00e9sente pas les 20 \u00e0 40% de mati\u00e8re grasse recherch\u00e9e par le squale sur ses proies habituelles&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>Par ailleurs, il est possible que le requin go\u00fbte. \u00abComme ils ne disposent pas d\u2019un membre proactile qui leur permettrait de tester un objet inconnu, ils utilisent leurs m\u00e2choires pour v\u00e9rifier si un objet qui a attir\u00e9 leur attention est bien une proie potentielle.\u00bb Et comme le requin est curieux, cela peut expliquer certaines attaques.<\/p>\n<h2>Id\u00e9e re\u00e7ue 5: les requins vivent surtout en Australie, en Afrique du Sud et en Floride<\/h2>\n<p>C\u2019est en effet dans ces trois r\u00e9gions que l\u2019on recense le plus grand nombre d\u2019attaques de requins, mais on en a \u00e9galement enregistr\u00e9 aux quatre coins de la plan\u00e8te. La preuve qu\u2019ils nagent \u00e0 peu pr\u00e8s partout, y compris en M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette omnipr\u00e9sence des squales pose d\u2019ailleurs des probl\u00e8mes d\u00e8s que l\u2019on tente de prot\u00e9ger ces poissons. Victimes de la p\u00eache industrielle, des amateurs asiatiques de soupe aux ailerons de requin, des \u00absportifs\u00bb qui recherchent des troph\u00e9es, et m\u00eame des filets qui ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9s pour prot\u00e9ger les baigneurs dans des pays comme l\u2019Afrique du Sud, les populations de requins diminuent.<\/p>\n<p>D\u00e9sormais menac\u00e9s de disparition, les grands requins blancs sont prot\u00e9g\u00e9s en Afrique du Sud, en Namibie, aux Etats- Unis, dans le sud de l\u2019Australie, et \u00e0 Malte. Mais cela ne suffira peut-\u00eatre pas. \u00abNicole a montr\u00e9 que les grands requins blancs voyagent largement au-del\u00e0 des zones o\u00f9 ils sont prot\u00e9g\u00e9s, ce qui les rend vuln\u00e9rables \u00bb, observe le chercheur vaudois.<\/p>\n<p>En octobre 2004, une victoire au niveau international a \u00e9t\u00e9 obtenue, lorsque le grand requin blanc a rejoint le requin-p\u00e8lerin et le requin-baleine sur l\u2019appendice II de la Cites. Cette perc\u00e9e repr\u00e9sente en ce moment la meilleure protection internationale pour ces requins, m\u00eame si la Cites ne prot\u00e8ge pas cet animal, mais se borne \u00e0 limiter le trafic des produits qui en sont tir\u00e9s.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 qui devrait achever de nous convaincre que, \u00e0 chaque fois qu\u2019un grand requin blanc rencontre un \u00eatre humain, c\u2019est le squale qui devrait \u00eatre le plus inquiet.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Jocelyn Rochat<\/p>\n<p>Le site Internet de Michael Scholl: <a href=\"https:\/\/www.whitesharktrust.org\">www.whitesharktrust.org<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un biologiste form\u00e9 \u00e0 l\u2019UNIL, Michael Scholl, est devenu l\u2019un des rares sp\u00e9cialistes du plus impressionnant des requins. Durant ses recherches, il lui arrive de poser sa main entre le &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":158,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[718,717],"tags":[43],"class_list":{"0":"post-452","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"category-nature","7":"category-no-35","8":"tag-jocelyn-rochat"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/452","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/158"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=452"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/452\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=452"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=452"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=452"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}