{"id":440,"date":"2006-06-27T20:26:06","date_gmt":"2006-06-27T18:26:06","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=440"},"modified":"2010-10-26T12:14:38","modified_gmt":"2010-10-26T10:14:38","slug":"voici-comment-on-interrogeait-les-suspects-au-moyen-age","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/voici-comment-on-interrogeait-les-suspects-au-moyen-age\/","title":{"rendered":"Voici comment on interrogeait les suspects au Moyen Age"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2006\/06\/sorcieres2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-450\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2006\/06\/sorcieres2.jpg\" alt=\"Voici comment on interrogeait les suspects au Moyen Age\" width=\"530\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2006\/06\/sorcieres2.jpg 530w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2006\/06\/sorcieres2-300x147.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>Les 10 et 11 juin, l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne organise \u00abLes experts au Moyen Age\u00bb, une manifestation qui pr\u00e9sente les diff\u00e9rentes facult\u00e9s de mani\u00e8re ludique. Son fil rouge? Une \u00e9nigme \u00e0 r\u00e9soudre qui met en sc\u00e8ne un chevalier amoureux et sa belle accus\u00e9e de sorcellerie. Cette accusation, justement, valait au suspect de passer des moments tr\u00e8s p\u00e9nibles. Explications\u2026<\/em><\/p>\n<p>Etre accus\u00e9 de sorcellerie, c\u2019est tomber dans les mains de la terrible Inquisition. Comment une institution aussi monstrueuse qu\u2019efficace que l\u2019inquisition proc\u00e9dait-elle? Rencontre avec Kathrin Utz Tremp et Martine Ostorero, \u00e9galement conseill\u00e8re scientifique de la manifestation des 10 et 11 juin, \u00abLes experts au Moyen Age\u00bb.<\/p>\n<p>Tout commence en 1233, quand la papaut\u00e9 instaure le tribunal de l\u2019Inquisition et confie la charge d\u2019inquisiteur \u00e0 des dominicains ou des franciscains. Le but? Lutter contre les h\u00e9r\u00e9sies. Et pour ce faire, examiner d\u2019abord et de pr\u00e8s les moeurs et les croyances de tout un chacun par l\u2019investigation et l\u2019enqu\u00eate (inquisitor d\u00e9signe en latin celui qui enqu\u00eate et inquisitio, la facult\u00e9 d\u2019investigation). Ensuite, inculper, juger, torturer et ex\u00e9cuter ceux qui sont convaincus de d\u00e9viance.<\/p>\n<h2>L\u2019Inquisition en Suisse romande<\/h2>\n<p>En Suisse romande, le premier inquisiteur mentionn\u00e9 (c\u2019\u00e9tait en 1375) est Fran\u00e7ois de Moudon, mais son activit\u00e9 reste mal connue. Ulric de Torrent\u00e9, mort en 1445, est en revanche c\u00e9l\u00e8bre pour avoir men\u00e9 les premi\u00e8res chasses contre ceux que l\u2019on appellera des sorciers.<\/p>\n<p>A partir des ann\u00e9es 1440, l\u2019Inquisition se sp\u00e9cialise dans la lutte contre la sorcellerie \u2013 en mati\u00e8re d\u2019h\u00e9r\u00e9sie c\u2019est alors tout ce que les inquisiteurs ont \u00e0 se mettre sous la dent dans la r\u00e9gion. Raymond de Rue, \u00abextirpateur tr\u00e8s efficace de l\u2019h\u00e9r\u00e9sie\u00bb, en est une figure exemplaire.<\/p>\n<p>C\u2019est dans le \u00abcontre monde\u00bb que les inquisiteurs m\u00e8nent l\u2019enqu\u00eate. Un \u00abcontre monde\u00bb calqu\u00e9 sur l\u2019orthodoxie catholique o\u00f9 le diable occupe la place de Dieu. Il oeuvre pour pr\u00e9cipiter la fin de la soci\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne, tuant les enfants, d\u00e9truisant les r\u00e9coltes et les mariages, provoquant impuissance masculine, st\u00e9rilit\u00e9 f\u00e9minine, d\u00e9ployant ses mal\u00e9fices contre les ressources qui permettent la survie de la soci\u00e9t\u00e9: reproduction humaine et fertilit\u00e9 des champs.<\/p>\n<h2>Des fantasmes abominables<\/h2>\n<p>Ce \u00abcontre monde\u00bb a son rituel, le sabbat \u2013 n\u00e9 du fantasme des clercs et des inquisiteurs et auquel tout le monde finira par croire \u2013, au cours duquel on c\u00e9l\u00e8bre tout ce qui est contraire \u00e0 l\u2019Eglise et la soci\u00e9t\u00e9. On accuse les sorciers de pi\u00e9tiner l\u2019eucharistie, de manger des enfants, de se livrer \u00e0 des orgies sexuelles avec leurs semblables, le diable, les animaux.<\/p>\n<p>\u00abLes fantasmes les plus abominables sont projet\u00e9s sur un groupe qui n\u2019existe pas, cens\u00e9 enfreindre tous les interdits sociaux et religieux. Dans nos r\u00e9gions, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Raymond de Rue, 70% des accus\u00e9s de sorcellerie sont des hommes\u00bb, explique Martine Ostorero, qui pr\u00e9pare un doctorat sur les trait\u00e9s de d\u00e9monologie du XVe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9poque, on croit certes au Malin mais jamais on ne l\u2019aurait imagin\u00e9 si omnipotent. \u00abL\u2019Inquisition a largement contribu\u00e9 \u00e0 amplifier la croyance, poursuit-elle. C\u2019est un moyen de maintenir, par la terreur, un contr\u00f4le social. Sorcellerie traditionnelle et gu\u00e9risons \u00e0 base de potions et d\u2019incantations: les inquisiteurs lient toutes ces pratiques et y m\u00ealent le diable. A la fin du si\u00e8cle, on finit par penser qu\u2019il est au pouvoir, \u00e0 travers la magie.\u00bb<\/p>\n<h2>L\u2019Inquisition \u00e0 l\u2019oeuvre<\/h2>\n<p>Dans ce \u00abcontre monde\u00bb, on m\u00e8ne l\u2019enqu\u00eate sur la base de d\u00e9nonciations ou de proc\u00e8s pr\u00e9alables. On recueille des d\u00e9positions: soup\u00e7on, doute, rumeur, d\u00e9lation, tout est bon. \u00abIl y a d\u2019abord enqu\u00eate sur la foi, les paroles, les croyances, puis sur les actes, les conduites, la participation au sabbat. Enfin, il y a la torture, qui se double peu \u00e0 peu d\u2019une enqu\u00eate sur le corps. Car le d\u00e9mon s\u2019y dissimule pour emp\u00eacher l\u2019accus\u00e9 de dire la v\u00e9rit\u00e9 ou le prot\u00e9ger de la douleur. On en traquera les signes, rasant les tortur\u00e9s pour d\u00e9couvrir la marque de l\u2019alliance diabolique. On les piquera avec des aiguilles, \u00e0 la recherche des zones d\u2019insensibilit\u00e9, signes elles aussi de la pr\u00e9sence du d\u00e9mon.\u00bb<\/p>\n<p>Mais au fait, que faut-il avouer? Au d\u00e9but, nombreux sont ceux qui ignorent ce qu\u2019on leur reproche, m\u00eame si certains connaissent des rumeurs les concernant ou l\u2019existence de d\u00e9positions faites \u00e0 leur sujet dans d\u2019autres proc\u00e8s. Car dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIVe si\u00e8cle, la population ne sait rien des horreurs du sabbat.<\/p>\n<h2>Tortures syst\u00e9matiques<\/h2>\n<p>Peu \u00e0 peu, pr\u00eaches et proc\u00e8s les renseignent. \u00abOn sait que dans un premier temps, l\u2019aveu est obtenu syst\u00e9matiquement sous la torture, affirme Kathrin Utz Tremp. Plus tard, dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du si\u00e8cle, les accus\u00e9s ont l\u2019espoir que l\u2019aveu de participation \u00e0 un sabbat leur permettra d\u2019\u00e9chapper au b\u00fbcher.\u00bb<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me est diabolique, si l\u2019on peut dire: apr\u00e8s avoir imagin\u00e9 une r\u00e9alit\u00e9 et en avoir diffus\u00e9 la croyance, les inquisiteurs extirpent sous la torture la confirmation de son existence. \u00abL\u2019imaginaire d\u00e9ploy\u00e9 a des effets bien r\u00e9els. Dans les proc\u00e8s de sorcellerie, on peut \u00eatre condamn\u00e9 pour une croyance qui appartient \u00e0 celui qui vous juge mais qu\u2019on finit par partager, constate Martine Ostorero. En mati\u00e8re de droit, l\u2019Inquisition innove: dans la proc\u00e9dure accusatoire appliqu\u00e9e auparavant, le plaignant doit prouver la culpabilit\u00e9 de celui qu\u2019il accuse, faute de quoi il encourt la peine que celui-ci aurait subie. Mais prouver le crime de sorcellerie, c\u2019est se d\u00e9signer soi-m\u00eame comme appartenant \u00e0 la secte. Il faut donc trouver une autre proc\u00e9dure. Ce sera l\u2019enqu\u00eate et la confession.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abDans la proc\u00e9dure inquisitoire, reprend Kathrin Utz Tremp, l\u2019aveu constitue la preuve. Raison pour laquelle il faut \u00e0 tout prix l\u2019obtenir et, pour cela, torturer. Obtenir l\u2019aveu, c\u2019est avoir la preuve que le monde du sabbat est r\u00e9el.\u00bb La boucle est boucl\u00e9e.<\/p>\n<h2>Des complicit\u00e9s multiples<\/h2>\n<p>Martine Ostorero fait remarquer que l\u2019\u00e9poque est au d\u00e9veloppement, dans l\u2019Eglise, de la pratique de la confession: \u00abLa proc\u00e9dure inquisitoire l\u2019adopte car non seulement l\u2019aveu est la v\u00e9rit\u00e9 mais comme la confession, il ouvre la porte du Paradis. Hors du cadre de l\u2019Inquisition, il n\u2019existe aucune preuve de l\u2019existence du sabbat.\u00bb<\/p>\n<p>Il faut toutefois pr\u00e9ciser que si tout le syst\u00e8me fonctionne, c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 la collaboration entre les justices locales, le pouvoir politique, l\u2019Eglise et finalement, avec le temps, la population. \u00abEn effet, ce sont les autorit\u00e9s la\u00efques qui font appel \u00e0 l\u2019inquisiteur. Et ce sont elles qui terminent l\u2019affaire, pr\u00e9cise Kathrin Utz Tremp. L\u2019inquisiteur ne pouvant pas condamner \u00e0 mort, cette t\u00e2che est confi\u00e9e au bras s\u00e9culier. Et c\u2019est lui qui allume le b\u00fbcher.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Elisabeth Gilles<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><strong>A lire<\/strong><br \/>\nTout le savoir actuel sur l\u2019Inquisition en Suisse romande est rassembl\u00e9 dans <strong>\u00abInquisition et chasses aux sorci\u00e8res en Suisse romande. Le registre Ac 29 des Archives cantonales vaudoises (1438-1528)\u00bb<\/strong> aux Cahiers lausannois d\u2019histoire m\u00e9di\u00e9vale sous la direction de Martine Ostorero, charg\u00e9e de cours et chercheuse au FNRS et de Kathrin Utz Tremp, privat-docent \u00e0 l\u2019UNIL, en collaboration avec Georg Modestin, ancien \u00e9tudiant de l\u2019UNIL.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les 10 et 11 juin, l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne organise \u00abLes experts au Moyen Age\u00bb, une manifestation qui pr\u00e9sente les diff\u00e9rentes facult\u00e9s de mani\u00e8re ludique. Son fil rouge? 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