{"id":406,"date":"2010-05-20T11:56:41","date_gmt":"2010-05-20T09:56:41","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=406"},"modified":"2012-05-11T12:18:18","modified_gmt":"2012-05-11T10:18:18","slug":"les-suisses-champions-du-monde-de-la-decouverte-de-nouvelles-especes-minerales","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/les-suisses-champions-du-monde-de-la-decouverte-de-nouvelles-especes-minerales\/","title":{"rendered":"Les Suisses, champions du monde de la d\u00e9couverte de nouvelles esp\u00e8ces min\u00e9rales"},"content":{"rendered":"<p><img alt=\"Les Suisses, champions du monde de la d\u00e9couverte de nouvelles esp\u00e8ces min\u00e9rales\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-409 alignnone\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2010\/05\/mineal.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2010\/05\/mineal.jpg 530w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2010\/05\/mineal-300x147.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><\/p>\n<p><strong><em>Chaque ann\u00e9e, une quarantaine de nouvelles esp\u00e8ces min\u00e9rales sont d\u00e9crites dans le monde. Tout particuli\u00e8rement dans notre pays, o\u00f9, rapport\u00e9es \u00e0 la surface du territoire, les d\u00e9couvertes sont les plus nombreuses. Plong\u00e9e dans le r\u00e8gne min\u00e9ral avec deux chercheurs du Mus\u00e9e cantonal de g\u00e9ologie de Lausanne.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Pr\u00e9cieux, les min\u00e9raux le sont tous \u00e0 un titre ou \u00e0 un autre. Des gemmes aux quartz, ils offrent une vari\u00e9t\u00e9 de formes g\u00e9om\u00e9triquement parfaites et de couleurs chatoyantes qui impressionnent. M\u00eame ceux qui sont plus ternes et moins esth\u00e9tiques ont de la valeur. Tous permettent aux min\u00e9ralogistes et g\u00e9ologues de reconstituer l\u2019histoire de la Terre. Ils fournissent aussi une source d\u2019inspiration aux chercheurs qui \u00e9laborent de nouveaux mat\u00e9riaux.<\/p>\n<h2>Des cristaux nobles dans les Alpes<\/h2>\n<p>Dans ce domaine, chaque ann\u00e9e apporte son lot de d\u00e9couvertes. Certaines brillent par leur c\u00f4t\u00e9 spectaculaire. Nicolas Meisser, conservateur de min\u00e9ralogie et de p\u00e9trographie au Mus\u00e9e cantonal de g\u00e9ologie \u00e0 Lausanne et docteur \u00e8s sciences \u00e0 l\u2019UNIL, en cite pour exemple ces \u00abcristaux g\u00e9ants de gypse, qui font jusqu\u2019\u00e0 sept m\u00e8tres de long\u00bb et qui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment mis au jour dans des cavit\u00e9s au Mexique. \u00abIls sont incroyables; ils \u00e9voquent le \u00abVoyage au centre de la Terre\u00bb de Jules Verne, dit le min\u00e9ralogiste qui ne cache pas son admiration.<\/p>\n<p>Plus pr\u00e8s de chez nous, dans le canton d\u2019Uri, le cristal le plus long des Alpes a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert fin 2008, \u00e0 2\u2019500 m\u00e8tres d\u2019altitude, au Planggenstock, dans le G\u00f6scheneralp. Il ne mesure qu\u2019un peu plus d\u2019un m\u00e8tre, mais il est constitu\u00e9 de cristal de roche (quartz transparent), \u00abun mat\u00e9riau plus noble que le gypse mexicain \u00bb, pr\u00e9cise le chercheur lausannois. Ce sont des cristalliers professionnels qui, apr\u00e8s avoir suivi un filon pendant une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, ont finalement trouv\u00e9 ce min\u00e9ral \u00absplendide\u00bb.<\/p>\n<h2>Il y a beaucoup moins d\u2019esp\u00e8ces min\u00e9rales que d\u2019esp\u00e8ces de fourmis<\/h2>\n<p>Pour les scientifiques, le \u00abnec plus ultra\u00bb reste toutefois la d\u00e9couverte de nouvelles esp\u00e8ces min\u00e9rales. Comme leurs coll\u00e8gues zoologistes ou botanistes, ils classent en effet les min\u00e9raux en diff\u00e9rentes esp\u00e8ces. Celles-ci se distinguent par leur composition chimique ainsi que par leur structure cristalline. Dans les cristaux \u2013 et contrairement \u00e0 ce qui se passe dans les mat\u00e9riaux amorphes comme le verre o\u00f9 r\u00e8gne le d\u00e9sordre \u2013 les atomes sont agenc\u00e9s sous forme de motifs qui se r\u00e9p\u00e8tent dans tout le volume de la pierre, comme les dessins d\u2019un papier peint.<\/p>\n<p>A ce jour, les scientifiques ont r\u00e9pertori\u00e9 environ 4\u2019400 esp\u00e8ces min\u00e9rales, d\u2019origine terrestre ou provenant de m\u00e9t\u00e9orites et de la Lune. \u00abPar rapport au monde vivant, c\u2019est extr\u00eamement peu\u00bb, constate Nicolas Meisser. C\u2019est infime lorsque l\u2019on songe que, rien que chez les fourmis, on d\u00e9nombre plus de 12\u2019000 esp\u00e8ces! Cela tient \u00abau nombre limit\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments chimiques existants\u00bb, d\u2019apr\u00e8s le conservateur. Mais aussi au fait qu\u2019il est \u00abtr\u00e8s difficile de d\u00e9terminer la structure d\u2019un min\u00e9ral, car cela demande des analyses pouss\u00e9es et bien des d\u00e9couvertes n\u2019aboutissent pas\u00bb, ajoute Stefan Ansermet, photographe et chercheur associ\u00e9 au Mus\u00e9e cantonal de g\u00e9ologie.<\/p>\n<h2>Une vingtaine de nouvelles esp\u00e8ces ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvertes \u00e0 Lausanne<\/h2>\n<p>Malgr\u00e9 tout, une quarantaine de nouvelles esp\u00e8ces min\u00e9rales sont d\u00e9couvertes chaque ann\u00e9e dans les diff\u00e9rentes r\u00e9gions du globe. Dans ce domaine, la Suisse fait d\u2019ailleurs figure de championne. \u00abRapport\u00e9 \u00e0 la surface du territoire, le nombre de nouvelles esp\u00e8ces d\u00e9crites est plus grand dans notre pays que partout ailleurs \u00bb, souligne Stefan Ansermet. Cela tient selon lui \u00abau tissu universitaire tr\u00e8s dense, \u00e0 une longue tradition d\u2019\u00e9tudes g\u00e9ologiques, \u00e0 une grande vari\u00e9t\u00e9 de roches et \u00e0 la pr\u00e9sence de montagnes qui, d\u00e9pli\u00e9es, couvrent une grande surface\u00bb. Sans compter que ces reliefs, sur lesquels les roches affleurent, sont un excellent terrain pour les chercheurs et collectionneurs de min\u00e9raux.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9quipe lausannoise a d\u2019ailleurs \u00e0 son actif une vingtaine de nouvelles esp\u00e8ces, et dans son laboratoire \u00e0 l\u2019UNIL, elle en a encore quelques autres en cours de caract\u00e9risation. \u00abC\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 une collaboration v\u00e9ritablement symbiotique entre les Instituts de min\u00e9ralogie et de g\u00e9ologie de l\u2019UNIL que ces travaux peuvent \u00eatre men\u00e9s \u00e0 bien\u00bb, pr\u00e9cise Nicolas Meisser.<\/p>\n<h2>Certains terrains g\u00e9ologiques sont plus propices \u00e0 la d\u00e9couverte<\/h2>\n<p>Il peut en effet se passer plusieurs ann\u00e9es entre la mise au jour d\u2019un nouveau cristal et sa description d\u00e9taill\u00e9e qui permet de l\u2019inscrire au patrimoine de la min\u00e9ralogie.<\/p>\n<p>Tout commence par une exp\u00e9dition. Qu\u2019elle soit pr\u00e9vue en Suisse ou au bout du monde, elle doit \u00eatre tr\u00e8s soigneusement pr\u00e9par\u00e9e. \u00abOn ne part jamais dans le brouillard, explique Nicolas Meisser. On consulte la litt\u00e9rature scientifique, les cartes g\u00e9ologiques et parfois les donn\u00e9es satellites, ou m\u00eame Google Earth. On cherche \u00e0 savoir si un lieu donn\u00e9 renferme des \u00e9l\u00e9ments chimiques rares, si les roches ont subi au cours du temps des pressions et des temp\u00e9ratures importantes. En recoupant toutes ces informations, on peut savoir si l\u2019on a de bonnes chances d\u2019y trouver des choses nouvelles.\u00bb<\/p>\n<p>A priori, on peut faire des trouvailles \u00e0 peu pr\u00e8s partout, mais certains terrains g\u00e9ologiques sont plus propices \u00e0 la r\u00e9colte. \u00abDe m\u00eame que le monde vivant poss\u00e8de des biotopes qui, comme la for\u00eat amazonienne, abritent une grande vari\u00e9t\u00e9 d\u2019animaux et de plantes, le r\u00e8gne min\u00e9ral a ses g\u00e9otopes qui sont de v\u00e9ritables r\u00e9servoirs de la diversit\u00e9 g\u00e9ologique\u00bb, pr\u00e9cise Nicolas Meisser.<\/p>\n<h2>Une nouvelle esp\u00e8ce doit son nom au chocolat<\/h2>\n<p>Le d\u00e9sert du Sonora au Mexique en est un. C\u2019est de l\u00e0 que Stefan Ansermet a rapport\u00e9 une nouvelle esp\u00e8ce, la xocolatlite. Elle est \u00abconstitu\u00e9e de minces cro\u00fbtes brunes et de petits cristaux qui ont la couleur du cacao auquel elle doit son nom, qui signifie chocolat en langue azt\u00e8que\u00bb. Ce qui est encore une mani\u00e8re d\u2019honorer autant le Mexique, qui a donn\u00e9 naissance \u00e0 cette friandise, que la Suisse.<\/p>\n<p>Stefan Ansermet, le photographechercheur lausannois, est parti en exp\u00e9dition aux quatre coins du monde, mais c\u2019est dans les Grisons, dans le Val Ferrera, qu\u2019il a rep\u00e9r\u00e9 une pierre faite \u00abde plaquages cristallins, rouge sombre et transparents\u00bb, qui porte d\u00e9sormais son nom: l\u2019ansermetite. \u00abNous l\u2019avons trouv\u00e9e dans une mine de mangan\u00e8se abandonn\u00e9e depuis la Seconde Guerre mondiale, \u00e0 2\u2019000 m\u00e8tres d\u2019altitude. Et, r\u00e9cemment, elle a aussi \u00e9t\u00e9 mise au jour en Californie et en Ligurie. Pour l\u2019instant, ce sont les seuls deux endroits au monde o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 rep\u00e9r\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<h2>Le Valais abrite une carri\u00e8re unique<\/h2>\n<p>Outre les Grisons, la Suisse abrite plusieurs g\u00e9otopes de choix, notamment dans le Haut-Valais. La r\u00e9gion de Zermatt- Saas Fee, par exemple, \u00e9tait, dans le lointain pass\u00e9, \u00abun fond oc\u00e9anique avec une chimie particuli\u00e8re. Lors de la formation des Alpes, les roches ont \u00e9t\u00e9 soumises \u00e0 de fortes pressions. Les conditions de formation des min\u00e9raux ont donc \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s sp\u00e9ciales\u00bb, explique Nicolas Meisser.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la vall\u00e9e de Binn (VS), elle offre la plus grande vari\u00e9t\u00e9 de min\u00e9raux de Suisse, avec 215 esp\u00e8ces, dont 35 y ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvertes pour la premi\u00e8re fois. Elle abrite, il est vrai, la carri\u00e8re de Lengenbach, \u00abun gisement exceptionnel, connu des min\u00e9ralogistes du monde entier, qui a fourni presque la moiti\u00e9 des nouvelles esp\u00e8ces d\u00e9crites en Suisse\u00bb, selon Stefan Ansermet.<\/p>\n<h2>A Bex, l\u2019homme a involontairement \u00abcr\u00e9\u00e9\u00bb de nouvelles esp\u00e8ces min\u00e9rales<\/h2>\n<p>Les galeries abandonn\u00e9es des mines de Bex (VD) comptent aussi parmi les lieux de pr\u00e9dilection des min\u00e9ralogistes lausannois. \u00abIl y a 200 \u00e0 300 millions d\u2019ann\u00e9es, la zone \u00e9tait recouverte d\u2019une lagune sal\u00e9e et, lors de la formation de la cha\u00eene montagneuse, tous ces composants ont \u00e9t\u00e9 cuits et model\u00e9s, ce qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 des r\u00e9actions min\u00e9ralogiques particuli\u00e8res\u00bb, explique Nicolas Meisser. Puis est venue l\u2019exploitation mini\u00e8re: \u00abEn creusant des galeries, les hommes ont introduit de l\u2019oxyg\u00e8ne, augment\u00e9 le taux d\u2019humidit\u00e9, ce qui a conduit \u00e0 la formation de nouvelles esp\u00e8ces. Notre groupe en a trouv\u00e9 l\u00e0 cinq ou six qui sont en cours de description.\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019autres lieux, moins r\u00e9put\u00e9s pour leur richesse g\u00e9ologique, peuvent aussi conduire \u00e0 d\u2019int\u00e9ressantes trouvailles. Dans le massif des Aiguilles rouge, entre les villages de Morcles (VD) et du Ch\u00e2telard (VS), Nicolas Meisser, lors de son travail de doctorat pour l\u2019UNIL, a ainsi explor\u00e9 un \u00abpetit gisement retir\u00e9 recelant une forte concentration d\u2019uranium accompagn\u00e9 d\u2019une ribambelle d\u2019autres toxiques comme l\u2019arsenic, le plomb et le s\u00e9l\u00e9nium\u00bb.<\/p>\n<h2>Les d\u00e9couvertes du conservateur aux Mar\u00e9cottes et dans les Grisons<\/h2>\n<p>Non loin du village des Mar\u00e9cottes, il a d\u00e9couvert une nouvelle esp\u00e8ce qu\u2019il a baptis\u00e9e mar\u00e9cottite. \u00abCe min\u00e9ral est tr\u00e8s joli. Il ressemble \u00e0 de la peau d\u2019orange d\u00e9pos\u00e9e sur des pierres. Lorsqu\u2019on l\u2019observe au microscope, on voit de petites pointes cristallines.\u00bb<\/p>\n<p>Au nombre des d\u00e9couvertes du conservateur figure aussi une pi\u00e8ce de choix, la pizgrischite, ce qui signifie \u00abla montagne grise\u00bb en romanche. C\u2019est en effet dans \u00abun endroit perdu des Grisons que l\u2019on ne peut atteindre qu\u2019apr\u00e8s une longue marche et de l\u2019escalade\u00bb, que les deux chercheurs lausannois ont trouv\u00e9 ce min\u00e9ral en 1988.<\/p>\n<p>S\u2019ils avaient fait tout ce chemin, c\u2019est qu\u2019auparavant, pr\u00e9cise Nicolas Meisser, \u00abun g\u00e9ologue avait rep\u00e9r\u00e9 des veines blanches de quartz renfermant des aiguilles m\u00e9talliques. A la premi\u00e8re analyse, on s\u2019est aper\u00e7u que cela ne correspondait \u00e0 rien de connu.\u00bb Depuis, il a confirm\u00e9 que la pizgrischite appartenait non seulement \u00e0 une esp\u00e8ce nouvelle, mais aussi \u00e0 \u00abune sorte de nouveau genre. C\u2019est la t\u00eate de file d\u2019un nouveau groupe structural qui n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9, m\u00eame dans des compos\u00e9s synth\u00e9tiques \u00bb.<\/p>\n<h2>La trouvaille est d\u2019une complexit\u00e9 cristallographique extr\u00eame<\/h2>\n<p>Le chercheur avoue toutefois en riant qu\u2019il \u00aba connu l\u2019enfer des sciences dures\u00bb avant d\u2019arriver \u00e0 cette conclusion. Car la nouvelle esp\u00e8ce est un sulfosel \u2013 un compos\u00e9 de soufre et d\u2019autres m\u00e9taux lourds \u2013 un min\u00e9ral d\u2019une \u00abcomplexit\u00e9 cristallographique extr\u00eame\u00bb. Il lui a fallu aller \u00e9tudier cet \u00e9chantillon au synchrotron de Grenoble, une installation europ\u00e9enne qui produit des faisceaux de rayons X d\u2019une tr\u00e8s grande \u00e9nergie et d\u2019une tr\u00e8s forte intensit\u00e9, pour parvenir \u00e0 ses fins.<\/p>\n<p>Car, si trouver sur le terrain un min\u00e9ral qui ne ressemble \u00e0 rien de connu est une chose, encore faut-il confirmer cette intuition en laboratoire. Et pour cela, il faut soumettre le nouveau venu \u00ab\u00e0 toute la moulinette des v\u00e9rifications de base\u00bb, comme le dit avec humour Nicolas Meisser. En d\u2019autres termes, \u00e9tudier la composition chimique de la roche, puis sa structure cristalline. Et lorsque cette derni\u00e8re est complexe, il est n\u00e9cessaire de la soumettre \u00e0 la loupe d\u2019un synchrotron, \u00e0 Grenoble ou ailleurs.<\/p>\n<h2>On ne peut pas donner n\u2019importe quel nom \u00e0 sa d\u00e9couverte<\/h2>\n<p>Ce laborieux travail permet d\u2019\u00e9tablir une \u00absorte de check-list\u00bb d\u00e9crivant les diverses caract\u00e9ristiques du min\u00e9ral, que les chercheurs envoient \u00e0 la Commission des nouveaux min\u00e9raux, de la nomenclature et de la classification. Cette instance, qui d\u00e9pend de l\u2019Association internationale de min\u00e9ralogie, \u00abest un outil fabuleux, que nos coll\u00e8gues des autres sciences naturelles nous envient\u00bb, note le docteur \u00e8s sciences de l\u2019UNIL.<\/p>\n<p>Elle compte en effet une vingtaine d\u2019experts qui analysent les informations, mais \u00abpeuvent aussi jeter des ponts entre diff\u00e9rentes \u00e9quipes qui, \u00e0 travers le monde, travaillent parfois sur les m\u00eames min\u00e9raux sans le savoir\u00bb. C\u2019est \u00e0 cette commission qu\u2019il revient de v\u00e9rifier que l\u2019esp\u00e8ce min\u00e9rale est r\u00e9ellement nouvelle.<\/p>\n<p>C\u2019est elle aussi qui est charg\u00e9e d\u2019accepter ou de refuser le nom que les auteurs proposent de donner \u00e0 leur trouvaille. \u00abC\u2019est important, car l\u2019affaire peut prendre un tour politique\u00bb, souligne Nicolas Meisser<\/p>\n<p>Et la politique, \u00abc\u2019est un motif de refus\u00bb, ajoute Stefan Ansermet, citant le cas de scientifiques serbes qui avaient voulu donner \u00e0 leur d\u00e9couverte le nom de leur pays, et qui se sont heurt\u00e9s \u00e0 une fin de non-recevoir. \u00abIl y a des r\u00e8gles tr\u00e8s strictes: les noms doivent avoir un rapport avec la min\u00e9ralogie.\u00bb Ils sont souvent inspir\u00e9s de l\u2019endroit o\u00f9 les cristaux ont \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9s ou du patronyme de min\u00e9ralogistes connus. C\u2019est ainsi que Stefan Ansermet a choisi, pour une nouvelle esp\u00e8ce qu\u2019il a mise au jour dans les Grisons, le nom de scheuchzerite, en hommage \u00e0 Johann Jakob Scheuchzer, \u00abun important naturaliste et m\u00e9decin suisse du XVIIIe si\u00e8cle\u00bb.<\/p>\n<h2>Inscrire les nouveaut\u00e9s dans l\u2019histoire de la Terre<\/h2>\n<p>Une fois obtenu le feu vert de la commission, \u00abqui correspond \u00e0 un d\u00e9p\u00f4t de brevet, nous avons un faire-valoir de deux ans sur la d\u00e9couverte, laps de temps qui nous permet de pr\u00e9parer sa publication dans des revues scientifiques\u00bb, pr\u00e9cise Nicolas Meisser. Dans la r\u00e9alit\u00e9, son groupe met souvent plus de temps \u00e0 publier, car \u00abil est dommage de se borner \u00e0 d\u00e9crire la morphologie et les caract\u00e9ristiques du min\u00e9ral\u00bb. L\u2019important, pour lui, est d\u2019en savoir plus, afin de \u00abpouvoir inscrire cette nouvelle esp\u00e8ce dans l\u2019histoire de l\u2019\u00e9volution de la Terre\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est en effet l\u2019un des int\u00e9r\u00eats de la min\u00e9ralogie. Que les cristaux soient spectaculaires ou qu\u2019ils signalent l\u2019existence d\u2019une nouvelle esp\u00e8ce min\u00e9rale, leur analyse \u00abpermet de reconstruire l\u2019histoire de notre plan\u00e8te. Certains min\u00e9raux, explique Nicolas Meisser, ne peuvent exister que dans des terrains volcaniques ou s\u00e9dimentaires.\u00bb D\u2019autres n\u2019ont pu se former que sous l\u2019influence de hautes pressions ou de temp\u00e9ratures \u00e9lev\u00e9es. Tous sont donc d\u2019excellents t\u00e9moins des bouleversements g\u00e9ologiques que la Terre a subis, mais aussi de l\u2019\u00e9volution de son atmosph\u00e8re.<\/p>\n<h2>La nature inspire l\u2019homme pour fabriquer de nouveaux mat\u00e9riaux<\/h2>\n<p>Les apports de la min\u00e9ralogie ne font pas qu\u2019accro\u00eetre les connaissances; ils peuvent aussi avoir des applications pratiques. \u00abLa nature arrive \u00e0 fabriquer des substances que l\u2019homme ne conna\u00eet pas, et elle peut servir de source d\u2019inspiration, par exemple dans l\u2019\u00e9laboration de nouveaux mat\u00e9riaux\u00bb, constate Stefan Ansermet.<\/p>\n<p>Certains cristaux peuvent en effet se r\u00e9v\u00e9ler int\u00e9ressants pour l\u2019industrie. C\u2019est ainsi qu\u2019en \u00e9tudiant les propri\u00e9t\u00e9s optiques d\u2019un sulfure d\u2019argent et d\u2019indium qu\u2019il a d\u00e9crit il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, Nicolas Meisser a constat\u00e9 que \u00abce min\u00e9ral pouvait transformer la lumi\u00e8re en \u00e9nergie \u00e9lectrique. Depuis, il a servi de mod\u00e8le pour la fabrication d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de cellules photovolta\u00efques.\u00bb<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la mar\u00e9cottite, elle pourrait avoir des implications dans le domaine de la pr\u00e9servation de l\u2019environnement. \u00abLorsque l\u2019on exploite le minerai d\u2019uranium dans certaines conditions, il se forme de la mar\u00e9cottite qui est soluble dans l\u2019eau, explique Nicolas Meisser. C\u2019est important pour les exploitants de la mine: ils doivent emp\u00eacher la gestation de ce compos\u00e9 d\u2019uranium qui est susceptible, \u00e0 la premi\u00e8re pluie, d\u2019\u00eatre entra\u00een\u00e9 dans les aquif\u00e8res et qui repr\u00e9sente alors un danger pour la biosph\u00e8re.\u00bb<\/p>\n<p>A l\u2019inverse, un autre min\u00e9ral renfermant de l\u2019uranium \u2013 la fran\u00e7oisite \u00e0 c\u00e9rium, elle aussi d\u00e9couverte par le chercheur lausannois dans le massif des Aiguilles Rouges \u2013 ne se dissout pas dans l\u2019eau. \u00abL\u2019exploitant minier aurait donc tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 promouvoir sa formation qui stabilise l\u2019uranium sous une forme insoluble.\u00bb<\/p>\n<p>Impressionnant par sa p\u00e9rennit\u00e9 et par la diversit\u00e9 des formes qu\u2019il offre, le monde min\u00e9ral peut aussi apporter des solutions \u00e0 certains probl\u00e8mes pratiques<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Elisabeth Gordon<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaque ann\u00e9e, une quarantaine de nouvelles esp\u00e8ces min\u00e9rales sont d\u00e9crites dans le monde. 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