{"id":341,"date":"2010-05-20T18:55:06","date_gmt":"2010-05-20T16:55:06","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=341"},"modified":"2012-05-15T17:12:36","modified_gmt":"2012-05-15T15:12:36","slug":"qui-sont-vraiment-les-elites-suisses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/qui-sont-vraiment-les-elites-suisses\/","title":{"rendered":"Qui sont vraiment les \u00e9lites suisses?"},"content":{"rendered":"<p><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1851\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2010\/05\/forum100.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2010\/05\/forum100.jpg 530w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2010\/05\/forum100-300x147.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><\/p>\n<p><strong><em>Alors que l\u2019UNIL accueille, le 20 mai prochain, le traditionnel Forum des 100 organis\u00e9 par le magazine \u00abL\u2019Hebdo\u00bb, un groupe de chercheurs lausannois travaille \u00e0 une monumentale biographie collective des \u00e9lites en Suisse au XX e si\u00e8cle. Regards crois\u00e9s sur \u00abces personnalit\u00e9s qui comptent\u00bb.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, elles s\u2019appellent Doris Leuthard, Ernesto Bertarelli ou Nicolas Hayek. Voici un si\u00e8cle, on parlait des Sulzer, des Schmidheiny et de Georg Fischer. Tout au long des XIXe et XXe si\u00e8cles, les \u00e9lites suisses ont jou\u00e9 un r\u00f4le central dans la construction du pays en se distinguant par la concentration de leurs pouvoirs, \u00e9conomiques, politiques et militaires.<\/p>\n<p>De ces \u00e9lites, on a pu dire qu\u2019elles formaient une \u00absoci\u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e\u00bb, le fameux \u00abFilz helv\u00e9tique\u00bb, tr\u00e8s critiqu\u00e9 depuis la faillite de Swissair, mais aussi apr\u00e8s les exc\u00e8s des grandes banques et la gestion maladroite des crises \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition que traverse le pays (crise \u00e9conomique, attaques sur le secret bancaire, affaire Kadhafi, etc\u2026).<\/p>\n<p><strong>Les \u00e9lites suisses n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9es de mani\u00e8re syst\u00e9matique<\/strong><\/p>\n<p>De ces \u00e9lites, curieusement, aucune \u00e9tude syst\u00e9matique n\u2019avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e jusque-l\u00e0. Pour combler cette lacune, un groupe de la Facult\u00e9 des SSP de l\u2019UNIL en a entrepris la prosopographie \u2013 c\u2019est\u00e0- dire la biographie collective \u2013 pour le XXe si\u00e8cle. Ce travail colossal, d\u00e9but\u00e9 au printemps 2007 et financ\u00e9 par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS), s\u2019ach\u00e8ve cet automne. Il a permis de dresser une base de donn\u00e9es de plus de 14\u2019000 noms.<\/p>\n<p>\u00abL\u2019objectif, expliquent Thomas David et Andr\u00e9 Mach, est d\u2019une part de mieux comprendre la mani\u00e8re dont les \u00e9lites des diff\u00e9rentes sph\u00e8res de la soci\u00e9t\u00e9 \u2013 \u00e9conomie, politique et administration \u2013 interagissent entre elles, et, d\u2019autre part, de dresser un portrait collectif de ces personnalit\u00e9s. \u00bb Ceci en pointant cinq dates rep\u00e8res qui couvrent les grandes \u00e9tapes du si\u00e8cle: 1910, 1937, 1957, 1980 et 2000.<\/p>\n<p><strong>Les \u00e9lites culturelles, m\u00e9diatiques et acad\u00e9miques attendront<\/strong><\/p>\n<p>\u00abA l\u2019origine, nous voulions aussi prendre en compte les \u00e9lites culturelles, notamment m\u00e9diatiques et acad\u00e9miques. Mais vu l\u2019ampleur de ce travail, nous avons report\u00e9 cette \u00e9tude \u00e0 moyen terme.\u00bb<\/p>\n<p>Cette recherche trouve un \u00e9cho singulier dans une mode bien actuelle: les \u00abrankings\u00bb et autres \u00ablistings\u00bb de \u00ableaders\u00bb, \u00e9tablis r\u00e9guli\u00e8rement par de grands m\u00e9dias am\u00e9ricains comme \u00abFortune\u00bb et \u00abForbes\u00bb. Un ph\u00e9nom\u00e8ne qui touche \u00e9galement la Suisse, avec des titres comme \u00abBilanz\u00bb, \u00abBilan\u00bb et \u00abL\u2019Hebdo\u00bb.<\/p>\n<p>Ce dernier a ainsi cr\u00e9\u00e9 un Forum des 100 qui d\u00e9signe et rassemble depuis cinq ans les \u00ab100 personnalit\u00e9s qui font la Suisse romande\u00bb, et dont l\u2019\u00e9dition 2010 se tiendra dans les murs de l\u2019UNIL, le jeudi 20 mai.<\/p>\n<h2>1 &#8211; Qui sont nos leaders: des \u00ab\u00e9lites\u00bb ou des \u00abpersonnalit\u00e9s\u00bb qui comptent?<\/h2>\n<p>Les 100 d\u00e9sign\u00e9s par \u00abL\u2019Hebdo\u00bb sontils diff\u00e9rents des 14\u2019000 recens\u00e9s par le groupe de recherche de l\u2019UNIL? Quelles distinctions peut-on faire entre les \u00e9lites d\u2019hier et les \u00abpersonnalit\u00e9s\u00bb qui comptent au XXIe si\u00e8cle? \u00abAllez Savoir!\u00bb a pos\u00e9 la question aux chercheurs.<\/p>\n<p>\u00abLe mot \u00ab\u00e9lite\u00bb est une notion difficile \u00e0 saisir, car tr\u00e8s normative, pr\u00e9vient Andr\u00e9 Mach. Il renvoie \u00e0 l\u2019id\u00e9e de personnalit\u00e9s dot\u00e9es de qualit\u00e9s sup\u00e9rieures \u00e0 la moyenne, ce qui leur conf\u00e9rerait \u00abde facto\u00bb une sorte de droit de d\u00e9cision sur l\u2019\u00e9conomie, la politique ou la vie sociale.\u00bb<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9lite, c\u2019est devenu n\u00e9gatif<\/strong><\/p>\n<p>\u00abCependant, \u00abL\u2019Hebdo\u00bb n\u2019utilise jamais le terme d\u2019\u00e9lite, souligne Thomas David, ni dans ses textes ni dans les conf\u00e9rences du Forum des 100, dont nous avons parcouru les archives sur le site du magazine. \u00abL\u2019Hebdo\u00bb et ses invit\u00e9s parlent toujours de \u00abpersonnalit\u00e9s\u00bb. Il y a vingt ans, le mot \u00ab\u00e9lite\u00bb aurait \u00e9t\u00e9 employ\u00e9, mais le terme a pris une connotation n\u00e9gative.\u00bb<\/p>\n<p>Pour \u00e9chapper \u00e0 cette connotation, le groupe de recherche de l\u2019UNIL a d\u00e9fini des crit\u00e8res de s\u00e9lection plus objectifs: les positions de pouvoir occup\u00e9es par des \u00e9lites dans les diff\u00e9rentes sph\u00e8res: la politique, l\u2019\u00e9conomie et l\u2019administration.<\/p>\n<p>En politique, l\u2019\u00e9quipe a retenu les membres du Conseil f\u00e9d\u00e9ral, du Parlement f\u00e9d\u00e9ral, ainsi que les membres des comit\u00e9s directeurs des partis nationaux et des ex\u00e9cutifs cantonaux.<\/p>\n<p><strong>Les \u00e9lites \u00e9conomiques<\/strong><\/p>\n<p>Pour les \u00e9lites \u00e9conomiques, cette recherche se concentre sur les membres des comit\u00e9s directeurs des sept principales organisations \u00e9conomiques fa\u00eeti\u00e8res: Economie Suisse, l\u2019Union patronale suisse, l\u2019Union suisse des arts et m\u00e9tiers (USAM), l\u2019Union suisse des paysans (USP), l\u2019Association suisse des banquiers (ASB), l\u2019Union syndicale suisse (USS) et la Conf\u00e9d\u00e9ration des syndicats chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, l\u2019\u00e9quipe de l\u2019UNIL a retenu les noms des dirigeants des 110 plus grandes entreprises suisses, \u00e0 savoir les membres du conseil d\u2019administration et les directeurs ex\u00e9cutifs.<\/p>\n<p>Dernier groupe \u00e9tudi\u00e9, les \u00e9lites administratives: les hauts fonctionnaires f\u00e9d\u00e9raux, les trois directeurs g\u00e9n\u00e9raux de la Banque nationale suisse, les directeurs d\u2019office et secr\u00e9taires de d\u00e9partement ainsi que les membres du Tribunal f\u00e9d\u00e9ral.<\/p>\n<p><strong>Des \u00e9lites de milice qui se cooptent<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat du cas suisse, soulignent les chercheurs de l\u2019UNIL, r\u00e9side dans l\u2019importance du principe de milice (en particulier pour la politique et l\u2019arm\u00e9e) qui favorise les cumuls de fonctions dans plusieurs sph\u00e8res sociales. M\u00eame si cette forme de concentration de pouvoir a perdu de son importance au cours du XXe si\u00e8cle, il est encore fr\u00e9quent aujourd\u2019hui de trouver des conseillers nationaux qui occupent des fonctions dirigeantes dans l\u2019\u00e9conomie et sont aussi officiers sup\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019arm\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00abLa d\u00e9marche de \u00abL\u2019Hebdo\u00bb est tr\u00e8s diff\u00e9rente de la n\u00f4tre, souligne Andr\u00e9 Mach, car elle n\u2019a pas de but scientifique. Ses crit\u00e8res de choix ne sont mentionn\u00e9s nulle part, et semblent assez subjectifs. Les diff\u00e9rentes cat\u00e9gories choisies en 2009 illustrent cet arbitraire: \u00ableaders \u00bb, \u00abespoirs et \u00e9minences grises\u00bb, \u00abic\u00f4nes et aventuriers\u00bb, \u00abartistes et provocateurs \u00bb, etc.<\/p>\n<p>Les chercheurs de l\u2019UNIL observent cependant que l\u2019objectif de \u00abL\u2019Hebdo\u00bb est surtout de valoriser une r\u00e9gion et les personnalit\u00e9s qui l\u2019incarnent. Pourtant, malgr\u00e9 tout ce qui s\u00e9pare les deux d\u00e9marches \u2013 acad\u00e9mique et m\u00e9diatique \u2013 la premi\u00e8re a beaucoup \u00e0 dire sur la seconde.<\/p>\n<h2>2 &#8211; O\u00f9 se retrouvent les \u00e9lites? Du Rotary Club au Forum des 100<\/h2>\n<p>\u00abCe qui nous a frapp\u00e9s dans notre recherche, c\u2019est l\u2019analyse des lieux de sociabilit\u00e9 des \u00e9lites, note Andr\u00e9 Mach. Autrement dit, les cadres dans lesquels les \u00e9lites se rencontrent.\u00bb Pour le XXe si\u00e8cle, l\u2019\u00e9quipe en identifie trois principaux: les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019\u00e9tudiants, l\u2019arm\u00e9e, et, plus r\u00e9cemment, le Rotary Club. Aujourd\u2019hui, poursuit Thomas David, \u00abces lieux de rep\u00e8res traditionnels sont en perte de vitesse. Et peut-\u00eatre \u00abL\u2019Hebdo\u00bb prendil le relais en cr\u00e9ant un lieu de rencontre\u00bb, de \u00abr\u00e9seautage\u00bb, comme le dit volontiers le r\u00e9dacteur en chef du magazine.<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9poque des officiers membres du Rotary Club<\/strong><\/p>\n<p>\u00abJusque dans les ann\u00e9es 1980, beaucoup de gens de notre \u00e9chantillon sont encore officiers \u00e0 l\u2019arm\u00e9e et membres du Rotary Club, note Andr\u00e9 Mach. Le point commun entre le Rotary et l\u2019\u00e9tat-major de l\u2019arm\u00e9e est qu\u2019on y entre par cooptation. L\u2019autre similitude est que ces deux organisations ont longtemps exclu les femmes. Ceci explique en partie pourquoi cette cat\u00e9gorie est si minoritaire dans nos statistiques.\u00bb Le d\u00e9clin de ces lieux de sociabilit\u00e9 traditionnels expliquerait aussi le succ\u00e8s actuel des \u00abrankings \u00bb et autres forums m\u00e9diatiques.<\/p>\n<p>\u00abL\u2019id\u00e9e de dresser de telles listes n\u2019est toutefois pas une invention r\u00e9cente, rappelle Thomas David. Dans les ann\u00e9es 1930-1940, des syndicalistes et des intellectuels de gauche le faisaient pour mieux d\u00e9noncer le milieu. Un certain Pollux, alias Georges B\u00e4hler (1895-1982), a r\u00e9dig\u00e9 des \u00e9tudes sur l\u2019interd\u00e9pendance de l\u2019\u00e9conomie, de la finance et de la politique en Suisse. Dans un ouvrage publi\u00e9 en 1945, il soulignait que la Suisse \u00e9tait gouvern\u00e9e par 200 familles, principalement des vieilles familles aristocratiques et patriciennes. Aujourd\u2019hui, cette intention critique se renverse. Il s\u2019agit bien plus de promouvoir les \u00e9lites.\u00bb<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9poque des listes des 100 plus riches<\/strong><\/p>\n<p>Dans la presse suisse, le magazine \u00abBilanz\u00bb est le premier \u00e0 s\u2019\u00eatre lanc\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 avec sa liste des 100 plus riches. \u00abMais la liste de \u00abBilanz\u00bb, on l\u2019a oubli\u00e9, avait cr\u00e9\u00e9 la pol\u00e9mique, rappelle Andr\u00e9 Mach, car, dans cette d\u00e9marche, il y avait une volont\u00e9 de transparence sur un crit\u00e8re objectif: la fortune. La d\u00e9marche de \u00abL\u2019Hebdo\u00bb, elle, ne se concentre pas sur l\u2019argent, mais sur la r\u00e9ussite dans tous les secteurs (politique, \u00e9conomique, culturel, sportif, etc.). Elle vise aussi un autre objectif: promouvoir le titre et le positionner comme le d\u00e9fenseur de la Suisse romande.\u00bb<\/p>\n<h2>3 &#8211; Devenues people, les \u00e9lites sont plus visibles. Sont-elles plus transparentes?<\/h2>\n<p>La recherche sur les \u00e9lites en Suisse r\u00e9v\u00e8le leur go\u00fbt traditionnel pour une certaine discr\u00e9tion. \u00abDans les ann\u00e9es 1930-1960, la presse et les revues publiaient certes des portraits de personnalit\u00e9s, mais l\u2019objectif \u00e9tait diff\u00e9rent, rappelle Thomas David. On le faisait \u00e0 l\u2019occasion de jubil\u00e9s, d\u2019anniversaires, ou pour c\u00e9l\u00e9brer une r\u00e9alisation particuli\u00e8re. Les n\u00e9crologies, fr\u00e9quentes \u00e0 l\u2019\u00e9poque, \u00e9taient aussi d\u2019excellente qualit\u00e9 et bien document\u00e9es sur les origines, la formation, les parcours et r\u00e9alisations des \u00e9lites.\u00bb Pour les historiens, ces textes demeurent un outil de travail tr\u00e8s pr\u00e9cieux.<\/p>\n<p><strong>Aujourd\u2019hui, la presse \u00e9lit les \u00e9lites<\/strong><\/p>\n<p>\u00abAutrefois, la presse rendait hommage aux \u00e9lites, r\u00e9sume Thomas David, aujourd\u2019hui, elle les \u00e9lit.\u00bb \u00abL\u2019Hebdo\u00bb parle d\u2019ailleurs explicitement de \u00ablaur\u00e9ats\u00bb. \u00abCette mise en valeur, cette autopromotion sans actualit\u00e9 particuli\u00e8re et sur un ton hagiographique, est un ph\u00e9nom\u00e8ne nouveau\u00bb, observe Andr\u00e9 Mach.<\/p>\n<p>Du point de vue du contenu, les portraits du Forum des 100 \u00abnous apprennent peu de chose pour notre objet d\u2019\u00e9tude\u00bb, note Thomas David. \u00abRien ou si peu sur les conditions et les circonstances de leur r\u00e9ussite. On a l\u2019impression que ces \u00e9lites ne doivent leur succ\u00e8s qu\u2019\u00e0 leurs qualit\u00e9s personnelles. On perd ainsi de vue que beaucoup sont partis avec certains avantages dans la vie. Je ne doute pas de leurs m\u00e9rites, loin s\u2019en faut, mais les m\u00e9canismes de reproduction que sont la formation scolaire et professionnelle, la fortune familiale, les r\u00e9seaux et les institutions, ont jou\u00e9 un r\u00f4le important dans la carri\u00e8re de ces personnes.\u00bb<\/p>\n<p>Les chercheurs restent donc perplexes sur le sens de cette ellipse: s\u2019agit-il l\u00e0 d\u2019une volont\u00e9 \u00e9ditoriale ou d\u2019un contr\u00f4le que les \u00e9lites imposent sur leur image? \u00abD\u2019un certain c\u00f4t\u00e9, il y a un d\u00e9voilement de ces personnalit\u00e9s. Mais d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, l\u2019essentiel n\u2019appara\u00eet pas\u00bb, estime Thomas David. Ceci renouerait avec le go\u00fbt pour la discr\u00e9tion des \u00e9lites qui, \u00ab\u00e0 l\u2019\u00e8re des \u00abpeople\u00bb, exhibent pour mieux cacher\u00bb.pas de leurs m\u00e9rites, loin s\u2019en faut, mais les m\u00e9canismes de reproduction que sont la formation scolaire et professionnelle, la fortune familiale, les r\u00e9seaux et les institutions, ont jou\u00e9 un r\u00f4le important dans la carri\u00e8re de ces personnes.\u00bb<\/p>\n<h2>4 &#8211; Quelle place pour les femmes dans les \u00e9lites?<\/h2>\n<p>La liste dress\u00e9e par \u00abL\u2019Hebdo\u00bb estelle repr\u00e9sentative des \u00e9lites actuelles? \u00abC\u2019est difficile \u00e0 dire, car les crit\u00e8res de s\u00e9lection sont tr\u00e8s diff\u00e9rents des n\u00f4tres\u00bb, r\u00e9pond Thomas David. Quelques points de comparaison, tout de m\u00eame: commen\u00e7ons par la proportion de femmes. \u00abDans la liste de \u00abL\u2019Hebdo\u00bb, nous en avons recens\u00e9 32 %. C\u2019est une proportion bien sup\u00e9rieure \u00e0 celle que nous avons calcul\u00e9e selon nos crit\u00e8res.\u00bb<\/p>\n<p><strong>22 % en politique, 7% en \u00e9conomie<\/strong><\/p>\n<p>Pour l\u2019an 2000, l\u2019\u00e9quipe de recherche de l\u2019UNIL recense environ 10 % d\u2019\u00e9lites f\u00e9minines en moyenne dans ses listes: 22 % en politique, 7% en \u00e9conomie et 8% dans l\u2019administration. Conclusion des chercheurs: \u00abLes crit\u00e8res m\u00e9diatiques tendent \u00e0 minimiser les in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9elles entre hommes et femmes, m\u00eame si, en particulier dans la sph\u00e8re politique, la proportion de femmes a connu une progression certaine depuis 1971, date de l\u2019introduction du droit d\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 des femmes sur le plan f\u00e9d\u00e9ral.\u00bb<\/p>\n<p>La part globale de femmes parmi les \u00e9lites serait certainement plus \u00e9lev\u00e9e si l\u2019\u00e9tude prenait en compte \u2013 comme \u00abL\u2019Hebdo\u00bb aujourd\u2019hui \u2013 les \u00e9lites culturelles, sportives et m\u00e9diatiques. Mais la recherche dans ces sph\u00e8res-l\u00e0 reste \u00e0 faire.<\/p>\n<p>Notons tout de m\u00eame que cette progression des femmes en politique se traduit, en 2010, par la pr\u00e9sence spectaculaire de trois femmes au sommet du pouvoir politique helv\u00e9tique: une pr\u00e9sidente de la Conf\u00e9d\u00e9ration, Doris Leuthard (PDC, Argovie), une autre femme \u00e0 la t\u00eate du Conseil des Etats, Erika Forster (radicale, Saint-Gall), et une troisi\u00e8me \u00e9lue au perchoir du Conseil national, Pascale Bruderer (socialiste, Argovie).<\/p>\n<p>Ainsi, \u00e0 ce jour, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral compte trois femmes sur sept membres (43 %), le Conseil national en compte 29 %, et le Conseil des Etats, 21,7 %.<\/p>\n<h2>5 &#8211; Quelle place pour les militaires et les sportifs dans les \u00e9lites suisses?<\/h2>\n<p>Les chercheurs de l\u2019UNIL ont encore \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s par l\u2019absence de grad\u00e9s parmi les 100 choisis par \u00abL\u2019Hebdo\u00bb. \u00abLe nom de Christophe Keckeis y figure, mais c\u2019est l\u2019exception, note Andr\u00e9 Mach. Il y a encore 20 ou 30 ans, le grade militaire \u00e9tait un \u00e9l\u00e9ment tr\u00e8s valoris\u00e9 par les \u00e9lites elles-m\u00eames. Par exemple, Philippe De Weck, ancien directeur de l\u2019UBS et membre de l\u2019\u00e9tat-major, a pu d\u00e9clarer dans les ann\u00e9es 1980 que l\u2019arm\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 son \u00e9cole de management. La diminution de grad\u00e9s traduit \u00e0 l\u2019\u00e9vidence une rupture de la place de l\u2019arm\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Il y a 40 % de grad\u00e9s dans les \u00e9lites de l\u2019an 2000<\/strong><\/p>\n<p>\u00abMais ceci ne veut pas dire que l\u2019influence de l\u2019arm\u00e9e a disparu, temp\u00e8re Thomas David. Pour l\u2019ann\u00e9e 2000, notre \u00e9tude montre qu\u2019elle joue encore un r\u00f4le important, avec 40 % de grad\u00e9s dans notre liste. Seulement voil\u00e0, cet attribut n\u2019est plus mis en avant.\u00bb<\/p>\n<p>A l\u2019inverse, le sport est une sph\u00e8re de pouvoir autant que de sociabilit\u00e9 qui prend de l\u2019ampleur en Suisse. Et qui a pris un v\u00e9ritable essor \u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle. Vu la p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e pour cette recherche, les historiens ne s\u2019y sont pas ou peu int\u00e9ress\u00e9s.<\/p>\n<p>La liste de \u00abL\u2019Hebdo\u00bb traduit, en revanche, la mont\u00e9e en puissance de ces nouvelles \u00e9lites, en tenant compte de la pr\u00e9sence \u00e0 Lausanne du Comit\u00e9 international olympique (CIO) et d\u2019innombrables f\u00e9d\u00e9rations sportive internationales bas\u00e9es dans la capitale vaudoise, sans oublier l\u2019Union des associations europ\u00e9ennes de football (UEFA) install\u00e9e \u00e0 Nyon. Un monde toujours plus \u00e9troitement li\u00e9 aux sph\u00e8res politiques et \u00e9conomiques, et toujours plus influent, semble-t-il.<\/p>\n<h2>6 &#8211; Quelle place pour les \u00e9trangers dans les \u00e9lites suisses?<\/h2>\n<p>Les diff\u00e9rentes listes des 100 de \u00abL\u2019Hebdo \u00bb donnent l\u2019impression d\u2019un grand cosmopolitisme au sein des \u00e9lites en Suisse, au XXIe si\u00e8cle. Sur ce point, la recherche de l\u2019UNIL donne raison au magazine \u00abbon pour la t\u00eate\u00bb. \u00abDepuis les ann\u00e9es 1990, on observe une internationalisation des conseils d\u2019administration dans les grandes entreprises, o\u00f9 le taux d\u2019\u00e9trangers a fortement augment\u00e9\u00bb, confirme Thomas David.<\/p>\n<p><strong>En business class, la Suisse conna\u00eet une ouverture record<\/strong><\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1980, ce taux \u00e9tait inf\u00e9rieur \u00e0 4 %. En l\u2019an 2000, il avoisine 25 %. Une \u00e9tude montre m\u00eame que les \u00e9trangers repr\u00e9sentaient, en 2005, quelque 40 % des membres de directions g\u00e9n\u00e9rales. \u00abDe tous les pays europ\u00e9ens, la Suisse est celui o\u00f9 l\u2019internationalisation des \u00e9lites est la plus forte parmi les grandes soci\u00e9t\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p>Pour autant, \u00abce ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019est pas nouveau, rappelle Thomas David. Avant 1914, les \u00e9lites en Suisse \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 fortement internationalis\u00e9es. Le nombre d\u2019\u00e9trangers dans les conseils d\u2019administration y \u00e9tait sup\u00e9rieur \u00e0 celui de 1980. On oublie trop souvent le caract\u00e8re exceptionnel de la mondialisation de l\u2019\u00e9conomie, \u00e0 la veille de la Premi\u00e8re Guerre mondiale.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Le grand d\u00e9part des \u00e9lites allemandes<\/strong><\/p>\n<p>A cet \u00e9gard, l\u2019internationalisation actuelle n\u2019est qu\u2019un retour \u00e0 la situation qui pr\u00e9valait \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. Les deux guerres mondiales et la crise des ann\u00e9es trente marquent en quelque sorte une p\u00e9riode de \u00abd\u00e9globalisation\u00bb. En effet, durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale et les ann\u00e9es 1920, la place financi\u00e8re helv\u00e9tique s\u2019est autonomis\u00e9e par rapport \u00e0 la France, et surtout par rapport \u00e0 l\u2019Allemagne, la stabilit\u00e9 politique et \u00e9conomique de la Suisse contrastant alors avec les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par ses voisins.<\/p>\n<p>\u00abLe retrait des entreprises et soci\u00e9t\u00e9s financi\u00e8res allemandes, tr\u00e8s pr\u00e9sentes en Suisse avant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, et l\u2019essor des grandes banques suisses se sont traduits par le d\u00e9part des administrateurs \u00e9trangers et leur remplacement par des repr\u00e9sentants de l\u2019\u00e9lite suisse.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Le grand retour des \u00e9lites \u00e9trang\u00e8res<\/strong><\/p>\n<p>\u00abCette \u00abnationalisation\u00bb ne signifie pas que les \u00e9lites helv\u00e9tiques se sont repli\u00e9es sur elles-m\u00eames, pr\u00e9cise Thomas David. Bien au contraire, elles ont continu\u00e9 \u00e0 entretenir des relations \u00e9conomiques \u00e9troites avec les pays voisins. Toutefois, les \u00e9trangers \u00e9taient alors moins nombreux \u00e0 si\u00e9ger dans les entreprises helv\u00e9tiques. Il a fallu attendre les ann\u00e9es 1980, et surtout 1990, pour que cette internationalisation redevienne significative, et pour que le nombre d\u2019administrateurs \u00e9trangers soit comparable \u00e0 la situation d\u2019avant 1914.\u00bb<\/p>\n<h2>7 &#8211; Appartient-on encore aux \u00e9lites de p\u00e8re en fils?<\/h2>\n<p>La Suisse des \u00e9lites industrielles a donn\u00e9 naissance \u00e0 des lign\u00e9es d\u2019entrepreneurs. Comprendre l\u2019\u00e9volution des grandes familles sur le si\u00e8cle, et leur d\u00e9passement \u00e0 l\u2019\u00e8re du capitalisme financier, c\u2019est le th\u00e8me du doctorat de St\u00e9phanie Ginalski, membre de l\u2019\u00e9quipe de recherche de l\u2019UNIL.<\/p>\n<p><strong>Les grandes familles al\u00e9maniques<\/strong><\/p>\n<p>La chercheuse a analys\u00e9 une trentaine d\u2019entreprises de l\u2019industrie des machines au XXe si\u00e8cle, en scrutant pour chaque p\u00e9riode le degr\u00e9 de contr\u00f4le familial de l\u2019entreprise (fonctions dirigeantes, part des actions). \u00abLa plupart de ces familles sont al\u00e9maniques, rel\u00e8ve St\u00e9phanie Ginalski, car, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, le coeur de l\u2019industrie suisse se situait \u00e0 Saint-Gall pour le textile, \u00e0 Zurich pour l\u2019industrie m\u00e9canique, et \u00e0 B\u00e2le pour la chimie.\u00bb<\/p>\n<p>La composition des organes dirigeants des organisations patronales r\u00e9v\u00e8le aussi l\u2019\u00e9volution des diff\u00e9rentes branches \u00e9conomiques. \u00abVers 1900, l\u2019industrie textile est encore tr\u00e8s pr\u00e9sente, mais, assez vite, elle est remplac\u00e9e par les repr\u00e9sentants de l\u2019industrie des machines, puis des industries \u00e9lectrotechniques, chimique et pharmaceutique. C\u2019est alors l\u2019\u00e9poque triomphante des Sulzer, Georg Fischer et Schmidheiny.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Bobst, Suchard, Pictet, Lombard, Hentsch\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Il y a peu de familles romandes dans l\u2019industrie des machines, \u00e0 l\u2019exception notable de Bobst, pr\u00e9sente dans le canton de Vaud. En Suisse romande, on retrouve aussi l\u2019industrie chocolati\u00e8re \u2013 avec Suchard par exemple \u2013 et bien s\u00fbr les lign\u00e9es de banquiers priv\u00e9s, Pictet, Lombard, Hentsch, \u00abmais nous les avons moins \u00e9tudi\u00e9s\u00bb. La Suisse romande se distingue surtout par l\u2019industrie horlog\u00e8re. On voit donc, logiquement, que \u00ables horlogers sont tr\u00e8s pr\u00e9sents dans le classement de \u00abL\u2019Hebdo\u00bb, note St\u00e9phanie Ginalski.<\/p>\n<p>Si, au fil des d\u00e9cennies, le contr\u00f4le des familles s\u2019est affaibli dans l\u2019horlogerie, il reste un ph\u00e9nom\u00e8ne tr\u00e8s marqu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du pays. St\u00e9phanie Ginalski cite ainsi une \u00e9tude de KPMG, parue en 2005, qui confirme la forte pr\u00e9sence des entreprises familiales en Suisse.<\/p>\n<p><strong>Hayek, Bertarelli, Kudelski\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Car, comme le rel\u00e8ve l\u2019\u00e9quipe de recherche de l\u2019UNIL, de nouvelles dynasties sont apparues. On pense aux Hayek (Swatch Group), aux Bertarelli (Serono) et aux Kudelski (Kudelski SA). Les listes de \u00abL\u2019Hebdo\u00bb mentionnent, par exemple, Nayla Hayek, directrice des montres Tiffany, fille de Nicolas Hayek, le fondateur qui a confi\u00e9 la direction ex\u00e9cutive de son Swatch Group \u00e0 son fils Nick Hayek. Alors que Marc, fils de Nayla Hayek, a h\u00e9rit\u00e9 de la direction de Blancpain. \u00abLe p\u00e8re, le fils, la fille et le petitfils, cela ressemble bien \u00e0 une dynastie\u00bb, observe Thomas David.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9quipe de recherche de l\u2019UNIL rel\u00e8ve enfin l\u2019origine \u00e9trang\u00e8re de plusieurs de ces dynasties naissantes. Voici un si\u00e8cle, il y avait Henri Nestl\u00e9, un pharmacien d\u2019origine allemande venu s\u2019\u00e9tablir \u00e0 Vevey pour y cr\u00e9er une multinationale. Aujourd\u2019hui, ils s\u2019appellent Hayek (originaire du Liban), Bertarelli (Italie) et Kudelski (Pologne). En ce d\u00e9but de XXIe si\u00e8cle, bon nombre de ces nouvelles \u00e9lites qui jouent un r\u00f4le important dans la construction du pays ne sont pas issues du fameux \u00abFilz helv\u00e9tique\u00bb, si critiqu\u00e9 durant les r\u00e9centes crises.<\/p>\n<p>Le signe que les d\u00e9cideurs helv\u00e9tiques ne constituent plus un cercle aussi ferm\u00e9, et donc qu\u2019il y a vraiment quelque chose de chang\u00e9 au coeur de nos \u00e9lites? R\u00e9ponse dans les d\u00e9cennies qui viennent.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Michel Beuret<\/p>\n<p><em>\u00abLes \u00e9lites suisses au XXe si\u00e8cle: un processus de diff\u00e9renciation inachev\u00e9?\u00bb, un projet financ\u00e9 par le Fond national suisse de la recherche scientifique. Trois doctorants y travaillent: St\u00e9phanie Ginalski, Andrea Pilotti et Fr\u00e9d\u00e9ric Rebmann.<br \/>\nPour plus d\u2019informations: <a href=\"https:\/\/www.unil.ch\/elitessuisses\">www.unil.ch\/iepi\/page54315.html<\/a> (site web du projet)<br \/>\net <a href=\"https:\/\/www.unil.ch\/elitessuisses\">www.unil.ch\/elitessuisses<\/a> (site web base de donn\u00e9es)<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que l\u2019UNIL accueille, le 20 mai prochain, le traditionnel Forum des 100 organis\u00e9 par le magazine \u00abL\u2019Hebdo\u00bb, un groupe de chercheurs lausannois travaille \u00e0 une monumentale biographie collective des &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":158,"featured_media":1851,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[458,35],"tags":[57],"class_list":{"0":"post-341","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-no-47","8":"category-societe","9":"tag-michel-beuret"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/341","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/158"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=341"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/341\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1851"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=341"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=341"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=341"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}