{"id":2803,"date":"2012-05-18T08:04:04","date_gmt":"2012-05-18T06:04:04","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=2803"},"modified":"2020-07-29T14:19:17","modified_gmt":"2020-07-29T12:19:17","slug":"contre-la-dereglementation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/contre-la-dereglementation\/","title":{"rendered":"Contre la d\u00e9r\u00e9glementation"},"content":{"rendered":"<p><em><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-3498\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2012\/05\/vignette_as19.jpg\" alt=\"\" width=\"174\" height=\"250\" \/>En 2001, alors qu\u2019il \u00e9tait doyen de l\u2019Ecole des HEC de l\u2019UNIL, le professeur Alexander Bergmann critiquait l\u2019id\u00e9e de laisser le march\u00e9 imposer sa loi. Son essai \u00e9claire \u00e0 posteriori l\u2019actualit\u00e9 de la crise financi\u00e8re. Extraits choisis.<\/em><\/p>\n<p>La Sainte Alliance entre les multinationales et les organisations internationales [Fonds mon\u00e9taire international (FMI), Banque mondiale et Organisation mondiale du commerce (OMC), ndlr] s&rsquo;est forg\u00e9e \u00e0 travers de multiples rencontres qui conf\u00e8rent aux unes et aux autres une l\u00e9gitimit\u00e9 de sorte \u00e0 fa\u00e7onner le monde de demain \u00e0 leur guise. Mais toutes ces rencontres ne sont en r\u00e9alit\u00e9 que les man\u0153uvres de lobbying et de propagande: Forum \u00e9conomique de Davos et de Crans-Montana, Transatlantic Business Dialogue et Geneva Business Dialogue, etc.<\/p>\n<p>[\u2026] Le discours dominant tenu \u00e0 ces rencontres soutient qu&rsquo;il faut d\u00e9r\u00e9glementer partout et le plus possible, afin de laisser le march\u00e9 imposer sa discipline pour la plus grande efficacit\u00e9 de toutes les entreprises, et, par cons\u00e9quent, pour le plus grand bien de tous.<\/p>\n<p>Pourtant, le march\u00e9 n&rsquo;est pas le seul et le meilleur moyen de r\u00e9gulation pour tout. Et, si trop de r\u00e9glementation entrave la libre entreprise, il n&rsquo;en r\u00e9sulte pas n\u00e9cessairement que leur efficacit\u00e9 croit en proportion de la d\u00e9r\u00e9glementation. Au contraire, il se peut que trop peu de r\u00e9glementation soit tout aussi n\u00e9faste.<\/p>\n<p>[\u2026] Une soci\u00e9t\u00e9 bas\u00e9e uniquement sur la concurrence n&rsquo;est pas une soci\u00e9t\u00e9. Pour qu&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 fonctionne, il faut une volont\u00e9 de respecter les int\u00e9r\u00eats des autres d&rsquo;autant plus qu&rsquo;ils sont faibles et incapables de les d\u00e9fendre eux-m\u00eames. Si cette volont\u00e9 n&rsquo;est pas g\u00e9n\u00e9ralement et naturellement partag\u00e9e par tous, il faut bel et bien des normes, formelles ou informelles, qui d\u00e9finissent des limites \u00e0 la poursuite d&rsquo;int\u00e9r\u00eats particuliers.<\/p>\n<p>Il est vrai que toute r\u00e9glementation peut d\u00e9responsabiliser, mais est-on bien certain que la d\u00e9r\u00e9glementation responsabilise? Nous avons mis deux cents ans \u00e0 dompter le capitalisme sauvage. Faut-il tout \u00e0 coup l\u00e2cher \u00e0 nouveau la b\u00eate sauvage, sous pr\u00e9texte que, domestiqu\u00e9e, elle est devenue molle et court moins vite? Faut-il vraiment d\u00e9manteler les garde-fous que nous avons progressivement \u00e9lev\u00e9s pour contenir la concurrence dans des limites d\u00e9centes et socialement supportables, pour les remplacer par d&rsquo;autres qui prot\u00e8gent les (grandes) entreprises de tout regard de la soci\u00e9t\u00e9 sur leurs agissements?<\/p>\n<p>[\u2026] Le processus de la d\u00e9r\u00e9glementation a eu comme cons\u00e9quence que les pouvoirs publics ont perdu de leur pouvoir et se sont d\u00e9mantel\u00e9s, alors que les entreprises ont gagn\u00e9 du pouvoir, notamment en augmentant leur taille par des (m\u00e9ga)fusions. C&rsquo;est le contraire de ce qui devrait se faire. En effet, la th\u00e9orie \u00e9conomique stipule que la concurrence fonctionne au mieux entre un tr\u00e8s grand nombre de petits concurrents; et la th\u00e9orie politique nous enseigne que la s\u00e9curit\u00e9 ainsi que des services publics ne peuvent \u00eatre assur\u00e9s que par un gouvernement fort. Ainsi, le monopole est un mal en \u00e9conomie, mais un bien en politique. Actuellement, l&rsquo;Etat perd de plus en plus de ses pr\u00e9rogatives, le contr\u00f4le d\u00e9mocratique sur des services pourtant jug\u00e9s essentiels, tels que l&rsquo;information, l&rsquo;instruction et la sant\u00e9 c\u00e9dant en m\u00eame temps.<\/p>\n<p>[\u2026] L&rsquo;espoir que l&rsquo;on met dans la d\u00e9r\u00e9glementation est l&rsquo;espoir qu&rsquo;on a dans la libert\u00e9. Mais peut-on imaginer une libert\u00e9 sans borne aucune?<br \/>\nSi l&rsquo;on veut en abattre quelques-unes, il ne faut surtout pas se tromper de cible en gardant celles qui procurent une protection n\u00e9cessaire et en \u00e9liminant celles qui sont la source de tracasseries inutiles.<\/p>\n<p>[\u2026] Plus fondamentalement: vouloir supprimer toute limite, c&rsquo;est courir vers la perte et la mort. C&rsquo;est comme si on \u00e9liminait le syst\u00e8me immunitaire dont la fonction est de reconna\u00eetre et de d\u00e9fendre les limites du syst\u00e8me. Un syst\u00e8me se d\u00e9finit par ses limites, condition de son existence. Priv\u00e9 de toute limite, sans opposition ni polarisation, on peut craindre qu&rsquo;il ne s&rsquo;enfonce dans une entropie et un chaos destructeur, ou dans une implosion g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e.<\/p>\n<p>Contre-pens\u00e9es, Au-del\u00e0 du management. Editions ESKA (2001).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 2001, alors qu\u2019il \u00e9tait doyen de l\u2019Ecole des HEC de l\u2019UNIL, le professeur Alexander Bergmann critiquait l\u2019id\u00e9e de laisser le march\u00e9 imposer sa loi. 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