{"id":2097,"date":"2011-05-09T16:01:49","date_gmt":"2011-05-09T14:01:49","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=2097"},"modified":"2012-05-11T09:23:30","modified_gmt":"2012-05-11T07:23:30","slug":"la-couleur-de-largent-au-temps-de-farinet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/la-couleur-de-largent-au-temps-de-farinet\/","title":{"rendered":"La couleur de l&rsquo;argent au temps de Farinet"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_2174\" aria-describedby=\"caption-attachment-2174\" style=\"width: 530px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-2174\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2011\/05\/farinet.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"260\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2174\" class=\"wp-caption-text\">Les coins de Farinet (photo MMC, pr\u00eat du Mus\u00e9e de Pully)<\/figcaption><\/figure>\n<p><em><strong>Pourquoi les m\u00e9taux nobles contenus jadis dans les pi\u00e8ces de monnaie ont-ils peu \u00e0 peu disparu? C&rsquo;est le th\u00e8me d&rsquo;une animation pr\u00e9par\u00e9e pour <a href=\"https:\/\/www.unil.ch\/mysteres\">les Myst\u00e8res de l&rsquo;UNIL 2011<\/a>.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Les faux-monnayeurs s\u00e9vissent en g\u00e9n\u00e9ral en temps de crise ou de grandes r\u00e9formes mon\u00e9taires. Joseph-Samuel Farinet (1845-1880), le plus c\u00e9l\u00e8bre faussaire de Suisse, n&rsquo;\u00e9chappe pas \u00e0 la r\u00e8gle. Ses copies ont inond\u00e9 le march\u00e9 \u00e0 la faveur du lancement de la premi\u00e8re monnaie nationale en Suisse en 1850.<\/p>\n<p>Car jusque-l\u00e0, de nombreuses monnaies d&rsquo;origines diverses circulaient en Suisse. Chaque canton \u00e9mettait la sienne, et \u00abs&rsquo;y ajoutaient les monnaies \u00e9trang\u00e8res qui repr\u00e9sentaient plus de 80% du monnayage en circulation\u00bb, rappelle Carine Raemy Tournelle.<\/p>\n<h2>De fausses pi\u00e8ces de 20 centimes<\/h2>\n<p>A l&rsquo;\u00e9poque de Farinet, la monnaie avait une valeur intrins\u00e8que, \u00e9tablie par le pourcentage de m\u00e9tal noble (or ou argent) qui la composait. La valeur fiduciaire, qui pr\u00e9vaut aujourd&rsquo;hui, repose sur la confiance de l&rsquo;usager dans un moyen de paiement dont la valeur est fix\u00e9e par l&rsquo;Etat (billets de banque et pi\u00e8ces dont la valeur nominale est sup\u00e9rieure \u00e0 la valeur intrins\u00e8que). En 1850, la Conf\u00e9d\u00e9ration frappe encore des pi\u00e8ces en argent (5, 2, 1 et un demi-franc) ainsi que des centimes en billon (moiti\u00e9 argent moiti\u00e9 cuivre) ou en bronze.<\/p>\n<p>Environ 11 millions de pi\u00e8ces de 20 centimes seront frapp\u00e9es pour r\u00e9pondre \u00e0 la forte demande de la population, \u00abune soci\u00e9t\u00e9 paysanne qui vit encore de troc et favorise la petite monnaie pour ses \u00e9changes quotidiens si n\u00e9cessaire\u00bb, rappelle Carine Raemy Tournelle. C&rsquo;est logiquement ces pi\u00e8ces-l\u00e0, les plus courantes, que Farinet va copier, comme de nombreux faussaires \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque qui n&rsquo;ont pas connu la gloire romantique du Robin des Bois valaisan.<\/p>\n<h2>Une vieille d\u00e9fiance envers le pouvoir et sa monnaie<\/h2>\n<p>\u00ab\u00a0Farinet, comme beaucoup de ses contemporains, nourrit une vieille d\u00e9fiance envers le pouvoir et sa monnaie, explique la conservatrice du Mus\u00e9e mon\u00e9taire. Le peuple a longtemps \u00e9t\u00e9 l\u00e9s\u00e9 par les d\u00e9valuations insidieuses de la monnaie pour les besoins des puissants qui d\u00e9tiennent l&rsquo;autorit\u00e9 \u00e9mettrice\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour financer leurs d\u00e9penses de guerre, par exemple, les seigneurs diminuaient sensiblement la quantit\u00e9 de m\u00e9taux nobles dans les monnaies et conservaient la valeur lib\u00e9ratoire de celles-ci, tandis que les prix, eux, ne variaient gu\u00e8re.<\/p>\n<h2>Farinet ne frappe pas, il presse<\/h2>\n<p>La nouvelle monnaie f\u00e9d\u00e9rale conna\u00eet t\u00f4t, elle aussi, une d\u00e9valuation due \u00e0 une p\u00e9nurie de l&rsquo;argent sur le march\u00e9 mon\u00e9taire. Les pi\u00e8ces de 20 centimes, alliant argent et cuivre, en subissent les cons\u00e9quences. Ainsi, les nouveaux exemplaires frapp\u00e9s en 1859 contiennent une plus grande quantit\u00e9 de cuivre, visible \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu, en comparaison d&rsquo;une pi\u00e8ce frapp\u00e9e en 1850. \u00abCette baisse de qualit\u00e9 profite aux faussaires\u00bb, estime la conservatrice.<\/p>\n<p>Farinet utilise des plaques d&rsquo;un alliage \u00e9tain-cuivre dans lesquelles il d\u00e9coupe ses flans (rondelles de m\u00e9tal au diam\u00e8tre des futures pi\u00e8ces). Mais Farinet ne les frappe pas, il les presse. \u00abCe qui conf\u00e8re \u00e0 ses copies un relief moins pr\u00e9cis en m\u00eame temps qu&rsquo;une impression d&rsquo;usure qui peut faire illusion.\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;oxydation de l&rsquo;alliage, en revanche, peut le trahir. Pour donner une apparence argent\u00e9e \u00e0 ses pi\u00e8ces, \u00ab\u00a0Farinet les passe \u00e0 l&rsquo;acide nitrique puis les frotte au linge pour les blanchir. A l&rsquo;\u00e9tat neuf, on pouvait s&rsquo;y m\u00e9prendre, assure Carine Raemy Tournelle, mais avec la corrosion naturelle, elles se d\u00e9non\u00e7aient elles-m\u00eames\u00a0\u00bb. La logique du faussaire est donc d&rsquo;\u00e9couler sa marchandise au plus vite.<\/p>\n<h2>Seule la mauvaise monnaie circule<\/h2>\n<p>Au fil du temps, le syst\u00e8me de valeur intrins\u00e8que de la monnaie a produit un cercle vicieux. Plus les Etats avaient besoin d&rsquo;argent, plus la qualit\u00e9 intrins\u00e8que de leur monnaie baissait, plus les faussaires se multipliaient. \u00ab\u00a0Dans ce contexte, l&rsquo;usager avait tendance, en tombant sur une belle pi\u00e8ce, \u00e0 la th\u00e9sauriser dans son bas de laine, \u00e0 la retirer du march\u00e9, rappelle Carine Raemy Tournelle. En sorte qu&rsquo;il ne restait bient\u00f4t que de la mauvaise monnaie en circulation. C&rsquo;est la loi de Gresham\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le commer\u00e7ant anglais Thomas Gresham (1519-1579) avait observ\u00e9 ce ph\u00e9nom\u00e8ne: \u00ab\u00a0La mauvaise monnaie chasse la bonne\u00a0\u00bb. Crises \u00e9conomiques et faux-monnayeurs s&rsquo;alimentent ainsi mutuellement.<\/p>\n<h2>De vieilles et fausses pi\u00e8ces circulent encore<\/h2>\n<p>Au XXe si\u00e8cle, la Suisse a conserv\u00e9 des pi\u00e8ces contenant de l&rsquo;argent (entre 0,5 et 5 francs) \u00ab\u00a0mais elle y a renonc\u00e9 en 1967 car la forte hausse du prix de l&rsquo;argent rendait la valeur mat\u00e9rielle des pi\u00e8ces plus \u00e9lev\u00e9e que leur valeur nominale. De plus, beaucoup d&rsquo;exemplaires sortaient du pays pour \u00eatre fondus afin d&rsquo;en retirer l&rsquo;argent\u00a0\u00bb, rappelle la conservatrice. Depuis lors, toutes les pi\u00e8ces helv\u00e9tiques sont faites de cupronickel, un alliage tr\u00e8s solide et de faible valeur permettant la production de monnaies fiduciaires.<\/p>\n<p>Quant aux copies de certains faussaires, certaines pi\u00e8ces circulent encore\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Michel Beuret<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pourquoi les m\u00e9taux nobles contenus jadis dans les pi\u00e8ces de monnaie ont-ils peu \u00e0 peu disparu? C&rsquo;est le th\u00e8me d&rsquo;une animation pr\u00e9par\u00e9e pour les Myst\u00e8res de l&rsquo;UNIL 2011. Les faux-monnayeurs &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":47,"featured_media":2174,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[31,16432],"tags":[57],"class_list":{"0":"post-2097","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-histoire","8":"category-no-50","9":"tag-michel-beuret"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2097","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/47"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2097"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2097\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2174"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2097"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2097"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2097"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}