{"id":2016,"date":"2010-11-03T07:20:14","date_gmt":"2010-11-03T05:20:14","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=2016"},"modified":"2012-05-15T17:17:23","modified_gmt":"2012-05-15T15:17:23","slug":"le-vaudois-il-ny-en-a-vraiment-point-comme-lui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/le-vaudois-il-ny-en-a-vraiment-point-comme-lui\/","title":{"rendered":"Le Vaudois, il n\u2019y en a vraiment point comme lui"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_2027\" aria-describedby=\"caption-attachment-2027\" style=\"width: 530px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-2027 \" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2010\/11\/divico.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"260\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2027\" class=\"wp-caption-text\">&quot;Les Romains passant sous le joug&quot; par Conrad Ferdinand Meyer (1858)<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong><em>2010 aura \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par le p\u00e9rilleux &#8211; et furieux &#8211; d\u00e9bat men\u00e9 par les Fran\u00e7ais \u00e0 propos de leur identit\u00e9 nationale. Une r\u00e9flexion que le Conseil f\u00e9d\u00e9ral suisse a d\u00fb mener lui aussi, cet \u00e9t\u00e9. Pour que les Vaudois n\u2019y \u00e9chappent pas, \u00abAllez savoir!\u00bb a rencontr\u00e9 des historiens de l\u2019UNIL qui se sont &#8211; modestement &#8211; int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 la question.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\u00abL\u2019identit\u00e9 nationale\u00bb restera comme le sujet de d\u00e9bat \u00e9lectrique de 2010. Les Fran\u00e7ais se sont \u00e9charp\u00e9s toute l\u2019ann\u00e9e \u00e0 ce propos, et les Suisses n\u2019ont pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la question. Gr\u00e2ce \u00e0 une interpellation du conseiller national Antonio Hodgers (Verts \/ GE), le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a d\u00fb d\u00e9finir, l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier, ce qu\u2019\u00e9tait \u00able mode de vie suisse\u00bb. La r\u00e9ponse &#8211; en bref, poss\u00e9der un compte en banque, avoir une mobilit\u00e9 autonome, appartenir \u00e0 une association locale et bien conna\u00eetre sa r\u00e9gion &#8211; a, au mieux, suscit\u00e9 quelques commentaires ironiques.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 se termine cette ann\u00e9e \u00abidentitaire\u00bb \u00e0 tous niveaux, il \u00e9tait difficile d\u2019\u00e9viter le cas vaudois. D\u2019autant que de nombreux historiens de l\u2019UNIL se sont pench\u00e9s sur la question dans le cadre d\u2019un num\u00e9ro sp\u00e9cial de la \u00abRevue historique vaudoise\u00bb (RHV), qui avait \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion du Bicentenaire du canton, et qui s\u2019\u00e9tait donn\u00e9 pour modeste t\u00e2che d\u2019\u00e9voquer \u00abnos anc\u00eatres les Vaudois\u00bb\u2026 de 13\u2019000 av. J.-C. \u00e0 nos jours.<\/p>\n<h2>Quand le L\u00e9man s\u2019appelait le lac de Lausanne<\/h2>\n<p>On y d\u00e9couvre par exemple les noms des premiers habitants de ce pays (Divico, Org\u00e9torix, Namm\u00e9ios, V\u00e9ruclo\u00e9tios, Vatico, Ninno, Camilos\u2026). Et l\u2019on y d\u00e9couvre surtout que le lac, n\u2019en d\u00e9plaise aux Genevois, s\u2019est toujours appel\u00e9 \u00abLacus Lemanus\u00bb. Il s\u2019appelait m\u00eame, avant, \u00abLacus Losanensis\u00bb (lac de Lausanne), le nom figurant sur la premi\u00e8re carte connue, la Table de Peutinger\u00a0(IVe si\u00e8cle).<\/p>\n<p>Coordinateur de ce num\u00e9ro sp\u00e9cial de la RHV, Justin Favrod, Dr \u00e8s Lettres de l\u2019UNIL, historien et journaliste, se souvient de l\u2019avertissement de Chessex: les \u00abvrais Vaudois\u00bb sont en train de dispara\u00eetre. \u00abC\u2019\u00e9tait dans les ann\u00e9es 1960, mais r\u00e9cemment encore, un confr\u00e8re journaliste sugg\u00e9rait qu\u2019il fallait se d\u00e9p\u00eacher de faire le portrait d\u2019un \u00abvrai Vaudois\u00bb pour les m\u00eames raisons. Le Vaudois est une sorte d\u2019esp\u00e8ce en voie de disparition mais qui r\u00e9appara\u00eet tout le temps.\u00bb<\/p>\n<h2>Vaud, c\u2019est un \u00abpays\u00bb<\/h2>\n<p>Les Vaudois se distinguent en vivant dans le seul canton romand qui s\u2019appelle encore \u00abpays\u00bb &#8211; le Pays de Vaud &#8211; une survivance du VIIIe si\u00e8cle, o\u00f9 cette terre s\u2019appelait \u00abPagus Valdensis\u00bb. \u00abPagus vient du latin et signifie pays. C\u2019\u00e9tait son nom \u00e0 la p\u00e9riode des Francs\u00bb, pr\u00e9cise Justin Favrod.<\/p>\n<p>Ce pays est fier de son patrimoine, et, aujourd\u2019hui encore, ne manque jamais de le rappeler. A l\u2019instar de feu le conseiller f\u00e9d\u00e9ral, le Vaudois Jean-Pascal Delamuraz,qui affirmait que son canton est bien un pays complet dans la mesure o\u00f9 il produit tout (le sel, le pain, le vin) et offre tous les paysages de Suisse (Alpes, Pr\u00e9alpes, Jura, Plateau et bien s\u00fbr son lac). Cette suffisance expliquerait en apparence l\u2019expression bien vaudoise \u00abY en a point comme nous\u00bb.<\/p>\n<h2>Le fameux \u00abY en a point comme nous\u00bb date du XIXe si\u00e8cle<\/h2>\n<p>C\u2019est pourtant tout le contraire. \u00abLa premi\u00e8re occurrence de cette formule remonte au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, assure Justin Favrod, et j\u2019ai d\u00e9couvert que son usage est avant tout celui de l\u2019autod\u00e9rision, d\u2019une ironie envers soi-m\u00eame.\u00bb Si le Vaudois a conscience que son pays est beau et riche, il a toujours un peu honte d\u2019\u00eatre fier autant qu\u2019il est fier d\u2019\u00eatre modeste.<\/p>\n<p>\u00abLes Vaudois ont un humour et une faconde que je n\u2019ai jamais retrouv\u00e9s ailleurs\u00bb, ajoute le Dr \u00e8s Lettres de l\u2019UNIL. Cet humour joue sur le non-dit et la litote. On ne dit pas \u00abj\u2019aimerais boire un verre\u00bb, mais \u00abje ne suis pas contre\u00bb. On ne dit pas \u00abj\u2019aime le blanc\u00bb mais \u00abje ne d\u00e9teste pas \u00e7a\u00bb. Le r\u00e9pertoire humoristique vaudois compte aussi une vari\u00e9t\u00e9 infinie de qualificatifs pour d\u00e9signer l\u2019idiot: topio, niolu, taborniau, toyet, niobet, nianiou, bofiot, alapiat, agnoti, etc\u2026<\/p>\n<h2>Pourquoi les Vaudois se m\u00e9fient du pouvoir central<\/h2>\n<p>Justin Favrod y voit un signe. On s\u2019en sert volontiers pour rabaisser tout ce qui d\u00e9passe, se distingue et appara\u00eet vite ici comme arrogant. \u00abDans ce canton, la grandeur est un sujet de pr\u00e9occupation permanente. La raison en est selon moi &#8211; mais ce n\u2019est qu\u2019une explication personnelle &#8211; que les Vaudois ont longtemps \u00e9t\u00e9 les sujets des Bernois.\u00bb<\/p>\n<p>Cet humour, la politesse du d\u00e9sespoir, r\u00e9v\u00e9lerait ainsi deux cent soixante-deux ann\u00e9es d\u2019occupation (1536-1798) et expliquerait\u00a0un autre trait typique du canton: la d\u00e9fiance l\u00e9gendaire des Vaudois envers le pouvoir central, Berne hier, Lausanne aujourd\u2019hui. \u00abEn 2010, il ne viendrait pas \u00e0 l\u2019id\u00e9e des Neuch\u00e2telois d\u2019\u00e9voquer l\u2019occupation prussienne. Les Vaudois eux, sont libres depuis deux si\u00e8cles, mais parlent encore des Bernois. C\u2019est fascinant!\u00bb<\/p>\n<h2>Quand le canton \u00e9crit la l\u00e9gende de sa lib\u00e9ration<\/h2>\n<p>A lire l\u2019histoire officielle, l\u2019occupation bernoise a \u00e9t\u00e9 terrible. Pourtant, c\u2019est tout le contraire, affirme l\u2019historienne et professeure associ\u00e9e de l\u2019UNIL Dani\u00e8le Tosato-Rigo qui s\u2019est int\u00e9ress\u00e9e, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 l\u2019identit\u00e9 vaudoise, forc\u00e9ment \u00abplurielle et insaisissable\u00bb, \u00e0 \u00abla construction du discours identitaire vaudois\u00bb. C\u2019est ainsi qu\u2019elle a pu d\u00e9monter un mythe tenace et montrer comment la lib\u00e9ration du Pays de Vaud en 1798 a \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9e\u2026 un si\u00e8cle plus tard, \u00e0 l\u2019occasion du premier Centenaire de l\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019appara\u00eet la figure du major Davel. \u00abA la fin du XIXe si\u00e8cle, dans toute l\u2019Europe, la tendance est \u00e0 la l\u00e9gendification de l\u2019histoire dans une perspective de construction nationale, rappelle Dani\u00e8le Tosato-Rigo. La Suisse, Etat f\u00e9d\u00e9ral depuis 1848, n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 cette tendance. Elle s\u2019invente une f\u00eate nationale (le 1er ao\u00fbt) et d\u00e9couvre la figure lib\u00e9ratrice de Guillaume Tell.\u00bb<\/p>\n<p>D\u00e9couvre, oui, car \u00able mythe de ce h\u00e9ros nous vient des r\u00e9volutionnaires fran\u00e7ais, note encore l\u2019historienne de l\u2019UNIL. Apr\u00e8s 1789, ils c\u00e9l\u00e8brent en lui la figure de la libert\u00e9 avant de l\u2019importer en Suisse en envahissant le canton de Vaud.\u00bb<\/p>\n<h2>Les Vaudois n\u2019ont pas compris Davel, mais ils le c\u00e9l\u00e8brent<\/h2>\n<p>A la fin du XIXe si\u00e8cle, \u00abla figure h\u00e9ro\u00efque du major Davel est un peu une r\u00e9plique cantonale du h\u00e9ros national. Le jeune canton qui int\u00e8gre la Suisse moderne ressent un d\u00e9ficit d\u2019histoire et le besoin de s\u2019inventer des l\u00e9gendes.\u00bb<\/p>\n<p>Celle, par exemple, du pionnier de l\u2019ind\u00e9pendance, tortur\u00e9 et mort sur l\u2019\u00e9chafaud, offre le motif d\u2019une figure exemplaire.\u00a0La v\u00e9rit\u00e9, plus prosa\u00efque, est que ses contemporains n\u2019ont rien fait pour le sauver et qu\u2019ils n\u2019ont gu\u00e8re compris le message politique de son manifeste.<\/p>\n<p>Mais, pour comm\u00e9morer, c\u2019est le martyre que l\u2019on retient. Aujourd\u2019hui encore, on sait peu de chose sur Davel, pour l\u2019essentiel, ce qu\u2019il a dit \u00e0 son proc\u00e8s. Il a vu en songe une dame blanche qui lui a parl\u00e9. C\u2019est un personnage solitaire, habit\u00e9 de visions, qui font presque de lui un mystique. La m\u00e9connaissance de sa vie favorise la construction du mythe.\u00bb<\/p>\n<p>Davel mis \u00e0 part, les historiens peinent \u00e0 trouver des Vaudois malheureux \u00e0 l\u2019\u00e9poque bernoise. Justin Favrod rappelle, non sans sourire, la figure du pasteur Martin (1779-1792) de M\u00e9zi\u00e8res, emprisonn\u00e9 pour avoir d\u00e9clar\u00e9 que, les patates n\u2019\u00e9tant pas des c\u00e9r\u00e9ales, elles devaient en cons\u00e9quence \u00eatre soustraites \u00e0 l\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<h2>A l\u2019\u00e9poque bernoise, les Vaudois payaient peu de taxes<\/h2>\n<p>Emprisonn\u00e9 par les Bernois, cet esprit subversif fut lib\u00e9r\u00e9 quatre mois plus tard et accueilli au pays en h\u00e9ros. Mais ce h\u00e9ros si vaudois est pour ainsi dire le seul connu avec Davel. Et pour cause. \u00abSous le r\u00e9gime bernois, que l\u2019on conna\u00eet mieux aujourd\u2019hui, les Vaudois ont joui de libert\u00e9s que d\u2019autres sujets ne connaissaient pas, rappelle Dani\u00e8le Tosato-Rigo. L\u2019administration locale, par exemple, \u00e9tait en mains vaudoises, ce qui n\u2019est pas le cas des sujets d\u2019Argovie, o\u00f9 les Bernois occupaient tous les postes cl\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p>De m\u00eame, Berne aide les Vaudois qui subissent la famine en achetant du bl\u00e9 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. En comparaison du reste de l\u2019Europe, les Vaudois paient peu d\u2019imp\u00f4ts. Pour pr\u00e9venir les conflits, Berne instaure aussi des m\u00e9canismes d\u2019arbitrage et traite bien les paysans de montagne.<\/p>\n<h2>Les Vaudois craignaient la r\u00e9volution venue de France<\/h2>\n<p>\u00abTout ceci explique sans doute pourquoi un bon tiers du Pays de Vaud a r\u00e9sist\u00e9 aux Fran\u00e7ais (qui venaient les \u00ablib\u00e9rer\u00bb, ndlr.) et ne les a pas accueillis \u00e0 bras ouverts, comme la l\u00e9gende du XIXe si\u00e8cle a voulu le faire croire. La majorit\u00e9 des Vaudois craignait cette r\u00e9volution qui a conduit \u00e0 la Terreur en France et n\u2019en voulait pas.<\/p>\n<p>Une poign\u00e9e de patriotes vaudois plaident \u00e0 Paris pour la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative, mais les membres de l\u2019\u00e9lite du canton sont plus r\u00e9formistes que r\u00e9volutionnaires, et ils souhaitent avant tout voir s\u2019\u00e9largir le cercle des privil\u00e9gi\u00e9s, afin de si\u00e9ger \u00e0 Berne eux aussi. \u00abQuoi qu\u2019il en soit, \u00e0 la naissance du canton en 1798, la figure de Davel est oubli\u00e9e. Le premier \u00e0 \u00e9voquer sa m\u00e9moire sera Fr\u00e9d\u00e9ric-C\u00e9sar de La Harpe, apr\u00e8s la r\u00e9volution\u00bb, note Dani\u00e8le Tosato-Rigo.<\/p>\n<h2>Pourquoi le Vaudois est-il taiseux?<\/h2>\n<p>L\u2019identit\u00e9 vaudoise appara\u00eet comme un but politique tr\u00e8s volontariste apr\u00e8s la Constitution f\u00e9d\u00e9rale de 1874. La Suisse moderne se centralise, et, comme pour compenser, le canton cherche \u00e0 s\u2019affirmer. Mais \u00e0 vaincre sans p\u00e9ril, on triomphe sans gloire, c\u2019est bien connu. Et pour se fabriquer des lauriers, il a fallu qu\u2019on s\u2019invente un ennemi f\u00e9roce. C\u2019est comme cela que Berne acquit sa r\u00e9putation. Vu ainsi, la figure du Vaudois prudent, taiseux mais plein de son humour ne saurait \u00eatre attribu\u00e9e au r\u00e9gime bernois, conclut Dani\u00e8le Tosato-Rigo.<\/p>\n<p>Reste que le Vaudois se distingue par ce temp\u00e9rament. D\u00e8s lors, pourquoi ne pas \u00e9mettre une autre hypoth\u00e8se \u2013 m\u00eame inv\u00e9rifiable: ce temp\u00e9rament de domin\u00e9 a pu pr\u00e9exister \u00e0 l\u2019invasion bernoise. Et c\u2019est justement cette docilit\u00e9 qui a valu aux Vaudois un traitement de faveur. Avant d\u2019\u00eatre annex\u00e9s par Berne, n\u2019avaient ils pas v\u00e9cu sous le joug des ducs de Savoie depuis 1207? Et auparavant encore, au sein du Royaume de Bourgogne qui s\u2019\u00e9tait empar\u00e9 de ce territoire franc en 888.<\/p>\n<h2>Quand Divico faisait passer les l\u00e9gions de Rome sous le joug<\/h2>\n<p>Aussi loin que l\u2019on remonte, l\u2019identit\u00e9 du \u00abPagus Valdensis\u00bb se confectionne sous l\u2019occupation et par le m\u00e9tissage. Les premiers agriculteurs s\u00e9dentaires s\u2019installent au bord du L\u00e9man vers le Ve mill\u00e9naire av. J-C, tous issus d\u2019anc\u00eatres \u00abhomo sapiens\u00bb venus du Proche-Orient, pr\u00e9cise Gilbert Kaenel.<\/p>\n<p>Comme souvent, c\u2019est l\u2019irruption de Rome qui a fait entrer les peuples dans l\u2019histoire. Si l\u2019on en croit la \u00abGuerre des Gaules\u00bb de Jules C\u00e9sar (100-44 av. J.-C.), le futur canton de Vaud \u00e9tait alors occup\u00e9 par les Helv\u00e8tes, peuple celte.<\/p>\n<p>Le premier Helv\u00e8te connu \u00e9tait le chef Divico, vraisemblablement originaire d\u2019Avenches. Divico s\u2019est distingu\u00e9 en battant les Romains en 107 av. J-C, puis en faisant passer les l\u00e9gionnaires sous le joug &#8211; une sc\u00e8ne sublim\u00e9e par le c\u00e9l\u00e8bre tableau de Charles Gleyre, en 1858 &#8211; avant d\u2019\u00eatre vaincu \u00e0 son tour par C\u00e9sar en 58 av. J.-C.<\/p>\n<h2>C\u2019est gr\u00e2ce aux Romains que le Vaudois boit des verres<\/h2>\n<p>En occupant l\u2019Helv\u00e9tie, les Romains s\u2019installent surtout dans l\u2019actuel territoire vaudois. Ceci explique que, de toute la Suisse, Vaud compte aujourd\u2019hui le plus de vestiges arch\u00e9ologiques romains, observe Laurent Flutsch, directeur du Mus\u00e9e romain de Lausanne-Vidy.<\/p>\n<p>La capitale de l\u2019Helv\u00e9tie romaine fut alors \u00abAventicum\u00bb (Avenches). Mais \u00abce glorieux constat n\u2019autorise en aucun cas une quelconque approche de l\u2019identit\u00e9 vaudoise dans l\u2019antiquit\u00e9\u00bb, pr\u00e9cise avec malice Laurent Flutsch, car si \u00ab\u00e9conomiquement et strat\u00e9giquement, le pays vaudois occupe une position cl\u00e9 sur la carte, cette carte est tout sauf une carte d\u2019identit\u00e9\u00bb. Le territoire est alors compl\u00e8tement int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 l\u2019empire o\u00f9 les gens et les id\u00e9es voyagent.<\/p>\n<p>\u00abLe premier banquier suisse connu n\u2019est autre que le p\u00e8re de Vespasien, un Italien qui fit carri\u00e8re en Asie avant de s\u2019installer \u00e0 Avenches. A la m\u00eame \u00e9poque, les Romains introduisent la viticulture et d\u00e9veloppent la technique du verre souffl\u00e9. C\u2019est depuis lors, \u00e9crit l\u2019arch\u00e9ologue humoriste, que \u00abl\u2019on peut litt\u00e9ralement boire un verre\u00bb.<\/p>\n<h2>Ce que le Vaudois doit aux langues \u00e9trang\u00e8res<\/h2>\n<p>Il semble aussi av\u00e9r\u00e9 que \u00abnos anc\u00eatres les Vaudois\u00bb ont assimil\u00e9 tr\u00e8s rapidement la culture gr\u00e9co-latine, ses habitudes culinaires (l\u2019huile d\u2019olive par exemple), l\u2019\u00e9criture latine, bref, tout ce que Laurent Flutsch appelle une \u00abroman way of life\u00bb.<\/p>\n<p>Avec le recul, l\u2019essentiel de \u00abl\u2019identit\u00e9\u00bb moderne des Vaudois repose sur des apports \u00e9trangers: la langue germanique, puis latine, et enfin le fran\u00e7ais, un apport des Savoie. Le protestantisme est un h\u00e9ritage des Bernois, et le nom de \u00abVaudois\u00bb d\u00e9rive du germain, \u00abWald\u00bb. Quant \u00e0 celui de Romand, il d\u00e9coule naturellement de Rome.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, le m\u00e9tissage se poursuit. Le canton de Vaud compte 29,6% de population \u00e9trang\u00e8re (2008) sans parler des tr\u00e8s nombreux r\u00e9sidents issus d\u2019autres cantons. Le nombre de catholiques a d\u00e9pass\u00e9 celui des protestants et les Vaudois, qui se sont si longtemps pris pour des campagnards, commencent \u00e0 prendre conscience d\u2019un fait tr\u00e8s ancien: ils vivent dans un canton\u00a0urbain.<\/p>\n<p>Au risque d\u2019\u00eatre un jour \u00abd\u00e9\u00e7u en bien\u00bb, c\u2019est peut-\u00eatre cela, l\u2019identit\u00e9 vaudoise. Un brassage extraordinairement riche d\u2019origines et de m\u00e9tamorphoses qui font que le Vaudois, loin d\u2019\u00eatre immuable, ne ressemble \u00e0 nul autre. Alors pourquoi ne pas le lui conc\u00e9der: y en a point comme\u00a0lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Michel Beuret<\/p>\n<p><strong>A lire: <\/strong>\u00abIdentit\u00e9s vaudoises\u00bb, <em>Revue historique vaudoise<\/em> 111 (2003) avec des articles de Justin Favrod, Gilbert Kaenel, Dani\u00e8le Tosato-Rigo, Laurent Flutsch. La revue est <a href=\"https:\/\/svha-vd.ch\/html\/revue\/sommaire2003.php\">consultable gratuitement sur Internet<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>2010 aura \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par le p\u00e9rilleux &#8211; et furieux &#8211; d\u00e9bat men\u00e9 par les Fran\u00e7ais \u00e0 propos de leur identit\u00e9 nationale. 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