{"id":15799,"date":"2026-10-05T08:18:00","date_gmt":"2026-10-05T06:18:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=15799"},"modified":"2026-09-23T08:54:06","modified_gmt":"2026-09-23T06:54:06","slug":"les-maths-a-lepreuve-des-mythes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/les-maths-a-lepreuve-des-mythes\/","title":{"rendered":"Les maths\u00a0\u00e0 l\u2019\u00e9preuve\u00a0des mythes"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"757\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/09\/maths_93_1.webp\" alt=\"maths 93 1\" class=\"wp-image-15935\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/09\/maths_93_1.webp 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/09\/maths_93_1-275x260.webp 275w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/09\/maths_93_1-768x727.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">L\u2019\u00e9ducation des parents influence le rapport des filles et des gar\u00e7ons au comptage, \u00e0 la compr\u00e9hension des nombres, aux formes g\u00e9om\u00e9triques, en faveur des gar\u00e7ons le plus souvent. \u00a9 Illustration originale de Louiza<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Vous n\u2019avez pas la bosse des maths et vous transpirez d\u2019angoisse d\u00e8s que vous voyez deux chiffres, alors que votre coll\u00e8gue a la chance d\u2019\u00eatre n\u00e9 avec une calculette greff\u00e9e dans le cerveau. Et vous n\u2019y pouvez rien : dans ce domaine, tout est inn\u00e9, il y a les g\u00e9nies et les nuls. Et puis pour exceller dans cette mati\u00e8re, mieux vaut \u00eatre un gar\u00e7on. Voici quelques exemples des fables qui entourent les math\u00e9matiques. Catherine Thevenot, professeure \u00e0 l\u2019Unil, a publi\u00e9 un livre dans lequel elle d\u00e9construit ces mythes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a chez les parents d\u2019\u00e9coliers \u2013 comme chez beaucoup d\u2019anciens \u00e9l\u00e8ves d\u2019ailleurs \u2013 cette id\u00e9e que les maths, c\u2019est quand m\u00eame une discipline \u00e0 part. Pour une sp\u00e9cialiste de l\u2019apprentissage, est-ce vraiment le cas? Oui et non, r\u00e9pond Catherine Thevenot. Dans l\u2019absolu, pas du tout: les capacit\u00e9s cognitives et les processus c\u00e9r\u00e9braux requis pour faire une addition ou r\u00e9soudre une \u00e9quation ne sont pas sp\u00e9cifiques aux maths. Quelqu\u2019un qui manipule des concepts, en philosophie par exemple, est capable du m\u00eame degr\u00e9 d\u2019abstraction qu\u2019un math\u00e9maticien. Mais la perception qu\u2019on a des math\u00e9matiques, leur statut dans le cursus scolaire, en fait effectivement quelque chose de diff\u00e9rent: \u00abOn a fait des math\u00e9matiques la pierre angulaire de la r\u00e9ussite scolaire, et aussi une mesure de l\u2019intelligence, commente la chercheuse. Celui qui obtient de bons r\u00e9sultats serait intelligent, celui qui coince devant une \u00e9quation serait b\u00eate. Ce statut cr\u00e9e une pression terrible sur les \u00e9l\u00e8ves, susceptibles de les bloquer, et c\u2019est cette pression exerc\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 qui en fait quelque chose de particulier.\u00bb Pour comprendre d\u2019o\u00f9 vient cette charge, et si possible l\u2019all\u00e9ger un peu, la chercheuse s\u2019emploie dans son ouvrage \u00e0 tuer quelques mythes qui ont la peau dure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les maths, c\u2019est pour les gar\u00e7ons<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les gar\u00e7ons sont meilleurs en maths que les filles, c\u2019est le pr\u00e9jug\u00e9 num\u00e9ro 1, le plus tenace aussi. Il faut dire que la lecture (sans mise en contexte) des chiffres est troublante: ils ont de meilleures notes d\u00e8s la primaire, les filles sont tr\u00e8s peu nombreuses en fili\u00e8re math-physique au gymnase. Dans les sections de math\u00e9matiques des universit\u00e9s ou des \u00e9coles polytechniques, on les compte sur les doigts d\u2019une main. Alors? \u00abTout ceci est vrai, mais c\u2019est justement le fruit des pr\u00e9jug\u00e9s qui p\u00e8sent sur elles, r\u00e9pond Catherine Thevenot. Dans les tout premiers mois de vie, les comp\u00e9tences entre gar\u00e7ons et filles sont les m\u00eames. Il n\u2019y a pas non plus \u00e0 ce jour de preuve qu\u2019il y aurait une diff\u00e9rence dans la structure du cerveau \u00e0 la naissance entre les deux genres. Ces diff\u00e9rences dans les comp\u00e9tences d\u00e8s la fin de la premi\u00e8re ann\u00e9e de primaire sont r\u00e9elles, mais il n\u2019existe aucune preuve qu\u2019elles soient inn\u00e9es.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qu\u2019est-ce qui se passe alors apr\u00e8s ces d\u00e9buts identiques entre les deux genres? L\u2019\u00e9ducation des parents influence le rapport des filles et des gar\u00e7ons au comptage, \u00e0 la compr\u00e9hension des nombres, aux formes g\u00e9om\u00e9triques, en faveur des gar\u00e7ons le plus souvent. \u00abOn leur proposera davantage de jeux et d\u2019activit\u00e9s qui entra\u00eenent ces comp\u00e9tences, parce qu\u2019on a cette id\u00e9e re\u00e7ue que \u00e7a les int\u00e9resse plus que les filles, qu\u2019on voit plus dou\u00e9es pour les relations sociales, les langues, les histoires.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es, l\u2019\u00e9cart se creuse donc, puisque c\u2019est par le jeu que les premiers apprentissages se font; il se renforce \u00e0 l\u2019\u00e9cole, d\u00e8s 4-5 ans, les ma\u00eetresses ayant elles aussi le sentiment que les gar\u00e7ons sont plus aptes \u00e0 r\u00e9ussir dans les calculs. On entre alors dans une spirale de renforcement positif pour eux: plus entra\u00een\u00e9s, ils s\u2019en sortent mieux, sont valoris\u00e9s, leur confiance en eux cro\u00eet, ils ont du succ\u00e8s, et c\u2019est reparti pour un tour. Pour les filles, c\u2019est au contraire bien souvent le cercle vicieux: elles sont moins sollicit\u00e9es, donc ont rapidement moins de facilit\u00e9, commencent \u00e0 craindre les exercices avec des chiffres. Cette appr\u00e9hension les rend moins performantes, elles essaient d\u2019\u00e9viter ces activit\u00e9s, s\u2019entra\u00eenent moins, ont moins de facilit\u00e9, de moins bons r\u00e9sultats, etc.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"391\" height=\"600\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/09\/catherinethevenot_93.webp\" alt=\"catherinethevenot 93\" class=\"wp-image-15883\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/09\/catherinethevenot_93.webp 391w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/09\/catherinethevenot_93-169x260.webp 169w\" sizes=\"auto, (max-width: 391px) 100vw, 391px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Catherine Thevenot. Professeure \u00e0 l\u2019Institut de psychologie (Facult\u00e9 des sciences sociales et politiques).<br>Nicole Chuard \u00a9 Unil<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les maths, c\u2019est de naissance: tu es dou\u00e9 \u2013 ou pas<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La bosse des maths, c\u2019est le deuxi\u00e8me mythe le plus r\u00e9pandu sur la discipline. \u00c0 l\u2019origine, on y croit au sens premier: avec la phr\u00e9nologie lanc\u00e9e par le m\u00e9decin allemand Franz Joseph Gall au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, on est persuad\u00e9 que les comp\u00e9tences intellectuelles sont localis\u00e9es de mani\u00e8re pr\u00e9cise dans le cerveau, et qu\u2019en t\u00e2tant le cr\u00e2ne au bon endroit, on peut distinguer ceux qui ont la bosse des maths de ceux \u00e0 qui elle fait d\u00e9faut. Cette forme de na\u00efvet\u00e9 pr\u00eate aujourd\u2019hui \u00e0&nbsp; sourire \u2013 m\u00eame si tout n\u2019est pas faux dans cette id\u00e9e: \u00abC\u2019est vrai qu\u2019il y a certaines zones c\u00e9r\u00e9brales sp\u00e9cifiques qui sont activ\u00e9es dans le cerveau quand on accomplit certaines t\u00e2ches \u2013 mais \u00e9videmment \u00e7a ne se voit pas \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur\u00bb, pr\u00e9cise Catherine Thevenot.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qu\u2019on a appris depuis Gall, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019imagerie c\u00e9r\u00e9brale, c\u2019est aussi que les personnes qui pratiquent beaucoup une activit\u00e9 et y excellent pr\u00e9sentent des activit\u00e9s c\u00e9r\u00e9brales plus intenses dans les zones impliqu\u00e9es que les autres. \u00abRoger Federer par exemple, lorsqu\u2019il joue au tennis, a des zones tr\u00e8s actives dans des endroits tr\u00e8s sp\u00e9cifiques du cerveau, particuli\u00e8rement d\u00e9velopp\u00e9es chez lui, illustre la sp\u00e9cialiste. Ce ne sera pas le cas d\u2019un joueur amateur, qui ne pr\u00e9sentera pas les m\u00eames activations c\u00e9r\u00e9brales.\u00bb La question, c\u2019est celle de la poule et de l\u2019\u0153uf: est-ce que Federer est devenu excellent au tennis \u2013 et Euler en maths &#8211; parce que ces zones \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 particuli\u00e8rement d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 leur naissance, ou est-ce l\u2019entra\u00eenement et le travail qui les ont fait cro\u00eetre? \u00abDans l\u2019\u00e9tat actuel de nos connaissances, on pense que c\u2019est l\u2019activit\u00e9 qui fa\u00e7onne le cerveau, r\u00e9pond Catherine Thevenot. Personne ne na\u00eetrait donc avec une comp\u00e9tence inn\u00e9e pour les maths. Mais c\u2019est difficile \u00e0 tester scientifiquement: on ne peut pas prendre une cohorte de b\u00e9b\u00e9s, faire des scanners de leur cerveau, enseigner les maths \u00e0 la moiti\u00e9 d\u2019entre eux et pas du tout \u00e0 l\u2019autre moiti\u00e9 pour comparer leurs images respectives dix ans plus tard\u2026\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La bosse des maths, autrement dit un talent inn\u00e9 pour cette mati\u00e8re, avec d\u2019un c\u00f4t\u00e9 des purs g\u00e9nies n\u00e9s pour \u00e7a et de l\u2019autre le commun des mortels qui rame, voire fait une crise d\u2019angoisse devant une d\u00e9riv\u00e9e, c\u2019est donc un mythe de plus. Mais d\u00e8s 4-5 ans, on voit d\u00e9j\u00e0 des diff\u00e9rences de niveau entre \u00e9coliers, par exemple sur leurs capacit\u00e9s de d\u00e9nombrement \u2013 comment est-ce possible? \u00abC\u2019est vrai, mais c\u2019est vrai aussi pour le niveau de langage, nuance la scientifique. Les disparit\u00e9s existent d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole, qui est tardive par rapport \u00e0 ces premiers apprentissages: les familles qui ont un niveau social \u00e9lev\u00e9 ont des enfants qui ma\u00eetrisent mieux la langue, ont de meilleures comp\u00e9tences en maths. Cela se voit d\u00e8s qu\u2019ils sont scolaris\u00e9s.\u00bb Il n\u2019y aurait donc de diff\u00e9rences que culturelles dans le \u00abtalent\u00bb pour les math\u00e9matiques? Difficile d\u2019\u00eatre aussi cat\u00e9gorique: \u00abIl y a certainement des variations. Je pense par exemple \u00e0 la vitesse de traitement de l\u2019information, qui peut jouer un r\u00f4le important dans les r\u00e9sultats du type de maths que l\u2019on fait quand on est tout petit \u2013 mais ce qui est certain, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas de g\u00e9nie des maths \u00e0 la naissance. Le doctorat et la recherche dans ce domaine, c\u2019est surtout beaucoup de travail, pas de la science infuse.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec une approche non genr\u00e9e, des exercices adapt\u00e9s et moins de pression sur les r\u00e9sultats imm\u00e9diats, les \u00e9l\u00e8ves peuvent am\u00e9liorer leurs comp\u00e9tences, avoir du plaisir et atteindre le niveau requis pour leur \u00e2ge dans le cursus scolaire \u2013 et surtout aborder les maths sans \u00eatre fig\u00e9s par l\u2019angoisse. C\u2019est vrai pour presque tous: les enfants dyscalculiques ont eux un v\u00e9ritable trouble. Ce n\u2019est pas la peur d\u2019\u00e9chouer qui les fait \u00e9chouer, comme c\u2019est le cas pour certaines filles par exemple, mais une authentique difficult\u00e9 devant les chiffres et les nombres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00abOn conna\u00eet bien la dyslexie, qui se pr\u00e9sente de mani\u00e8re assez uniforme, m\u00eame si les recherches r\u00e9centes tendent \u00e0 montrer qu\u2019il en existe sans doute plusieurs formes, d\u00e9taille Catherine Thevenot. La dyscalculie est plus difficile \u00e0 diagnostiquer, parce qu\u2019elle est prot\u00e9iforme et souvent associ\u00e9e \u00e0 d\u2019autres troubles, le TDAH (trouble de l\u2019attention avec ou sans hyperactivit\u00e9) ou la dyslexie par exemple.\u00bb Ainsi, alors qu\u2019un diagnostic de dyscalculie pourrait \u00eatre pos\u00e9 \u00e0 partir de l\u2019\u00e2ge de 8 ans, il est dans les faits \u00e9tabli en g\u00e9n\u00e9ral beaucoup plus tard, parfois jamais \u2013 certaines personnes pensant toute leur vie qu\u2019elles sont simplement nulles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais les \u00e9tudes sur le sujet montrent que lorsque l\u2019on se penche sur le d\u00e9veloppement de ces enfants, des signes pr\u00e9curseurs \u00e9taient visibles beaucoup plus jeunes. \u00abIl y a par exemple une comp\u00e9tence que nous avons tous, et que nous partageons avec les autres mammif\u00e8res: quand nous voyons deux objets, ou trois, nous arrivons imm\u00e9diatement \u00e0 identifier combien il y en a, sans devoir les compter, explique Catherine Thevenot. \u00c7a d\u00e9pend des esp\u00e8ces, mais en g\u00e9n\u00e9ral \u00e7a marche jusqu\u2019\u00e0 quatre \u2013 au-del\u00e0, il faut compter. Cette absence de comp\u00e9tence chez les enfants jeunes pourrait \u00eatre un signe d\u2019alerte.\u00bb Ce n\u2019est l\u00e0 qu\u2019un exemple; on l\u2019a vu, il existe plusieurs formes et manifestations de la dyscalculie. En cas de suspicion, le mieux est d\u2019aller voir un sp\u00e9cialiste, qui saura diagnostiquer l\u2019enfant. Comme pour la dyslexie, ce sont les logop\u00e9distes qui sont form\u00e9s aussi bien au diagnostic qu\u2019au traitement du trouble.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Une approche d\u00e9complex\u00e9e des maths<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les repr\u00e9sentations erron\u00e9es v\u00e9hicul\u00e9es par notre culture nuisent \u00e0 l\u2019apprentissage des filles, mais aussi des \u00e9l\u00e8ves les moins favoris\u00e9s sur le plan socio-\u00e9conomique, on l\u2019a vu. Comment changer cette image et faire des maths une mati\u00e8re moins stressante? \u00abIl y a toutes sortes de leviers \u00e0 activer, r\u00e9pond la sp\u00e9cialiste. Cela va de la sensibilisation des familles \u00e0 l\u2019importance des jeux de comptage, qui impliquent des chiffres, \u00e0 la formation des enseignantes des premi\u00e8res ann\u00e9es, qu\u2019il faut sensibiliser aux biais dont sont victimes les filles et qui souvent ont souffert de l\u2019angoisse des maths, en passant par des expositions, des \u00e9v\u00e9nements qui mettent en avant le c\u00f4t\u00e9 \u00e0 la fois accessible et ludique des maths. Il y en a de plus en plus, c\u2019est vraiment une \u00e9volution tr\u00e8s positive.\u00bb Arme ultime enfin propos\u00e9e par la sp\u00e9cialiste: YouTube. \u00abIl y a des gens qui font des vid\u00e9os g\u00e9niales et ont des cha\u00eenes incroyables. Comme de toute fa\u00e7on nos enfants vont passer des heures devant les \u00e9crans, qu\u2019ils regardent \u00e7a!\u00bb<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"207\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/09\/livre_maths_93.webp\" alt=\"livre maths 93\" class=\"wp-image-15915\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Des mythes en maths. Brisons nos pr\u00e9jug\u00e9s sur les math\u00e9matiques. Par Catherine Thevenot. \u00c9ditions Tom Pouce (2025), 115 p.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-background\" style=\"background-color:#7bdbb457\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00c0 voir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>MicMaths<\/em> de Micka\u00ebl Launey: <a href=\"https:\/\/youtube.com\/@Micmaths\" data-type=\"link\" data-id=\"youtube.com\/@Micmaths\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">youtube.com\/@Micmaths<\/a>. Ainsi que <em>Science \u00c9tonnante<\/em> de David Louapre: <a href=\"https:\/\/youtube.com\/@ScienceEtonnante\" data-type=\"link\" data-id=\"youtube.com\/@ScienceEtonnante\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">youtube.com\/@ScienceEtonnante<\/a><\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Compter sur ses doigts&nbsp;est une excellente strat\u00e9gie<\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Catherine Thevenot s\u2019est \u00e9galement pench\u00e9e sur l\u2019art de compter sur ses doigts. Elle est ici aussi partie d\u2019une id\u00e9e re\u00e7ue: pour le corps enseignant, les bons \u00e9l\u00e8ves comptent dans leur t\u00eate, les autres sont en retard. Conclusion de l\u2019une des \u00e9tudes men\u00e9es \u00e0 l\u2019Unil? Pas du tout, les jeunes enfants qui utilisent leurs doigts obtiennent souvent de meilleurs r\u00e9sultats en arithm\u00e9tique que ceux qui ne s\u2019en servent pas. Les premiers utilisent en effet une strat\u00e9gie efficace pour arriver au bout d\u2019une t\u00e2che plus compliqu\u00e9e qu\u2019on ne le pense.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour un enfant de 4 \u00e0 7 ans, les nombres sont des concepts abstraits. Les doigts, qu\u2019on a en plus toujours avec soi, permettent d\u2019incarner ces concepts: 2, c\u2019est deux doigts lev\u00e9s, 5, c\u2019est une main enti\u00e8re. Les doigts servent donc de passerelle entre le monde physique, concret, et le monde symbolique des nombres. En outre, lorsqu&rsquo;un enfant calcule 4+3, il doit retenir le 4, ajouter mentalement 3 unit\u00e9s, plus suivre o\u00f9 il en est dans le comptage. Tout cela sollicite beaucoup sa m\u00e9moire dite \u00abde travail\u00bb. Les doigts permettent de la d\u00e9charger en \u00abstockant\u00bb une partie de l&rsquo;information \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du cerveau. Ceci dit, les enfants ne restent g\u00e9n\u00e9ralement pas bloqu\u00e9s au stade des doigts. Ils passent ensuite au calcul mental, puis \u00e0 ce qu\u2019on appelle la r\u00e9cup\u00e9ration automatique des faits num\u00e9riques (\u00e0 force d\u2019avoir additionn\u00e9 5+2, on sait tous que \u00e7a fait 7, on n\u2019a plus besoin de recompter, contrairement aux jeunes enfants qui n\u2019ont pas encore ce r\u00e9sultat \u00e0 disposition sur leur \u00abdisque dur\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Compter sur ses doigts est donc une bonne id\u00e9e en attendant d\u2019avoir d\u00e9velopp\u00e9 des automatismes. Faut-il alors au contraire s\u2019inqui\u00e9ter pour les enfants qui n\u2019utilisent pas leurs doigts? \u00c7a d\u00e9pend\u2026 Il existe deux profils tr\u00e8s diff\u00e9rents dans cette cat\u00e9gorie. D\u2019abord, ceux qui sont en avance et qui ont internalis\u00e9 le processus avant les autres. Pour eux, pas de souci. D\u2019autres au contraire sont en retard et n\u2019ont pas pens\u00e9 \u00e0 s\u2019aider de ce moyen auxiliaire. Pour eux, c\u2019est plus inqui\u00e9tant. Mais une autre \u00e9tude men\u00e9e \u00e0 Lausanne montre qu\u2019en apprenant aux \u00e9l\u00e8ves en difficult\u00e9 \u00e0 utiliser ce support concret que sont les doigts, leurs r\u00e9sultats en arithm\u00e9tique s\u2019am\u00e9liorent. Mais attention\u2026 Il ne faudrait pas que \u00e7a dure! En effet, l\u2019utilisation des doigts au-del\u00e0 de 8-9 ans pour des calculs simples pourrait indiquer que l\u2019\u00e9l\u00e8ve rencontre des difficult\u00e9s \u00e0 passer au niveau conceptuel \u2013 sans pour autant que cette difficult\u00e9 ne soit caus\u00e9e par les doigts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si on r\u00e9sume, les \u00e9l\u00e8ves qui utilisent leurs doigts vers 4-5 ans sont malins et savent trouver des strat\u00e9gies pour se simplifier la vie. Ils sont plut\u00f4t bons en arithm\u00e9tique et en maths dans la suite de leur cursus. Ceux qui n\u2019y pensent pas peuvent s\u2019am\u00e9liorer en arithm\u00e9tique si on leur enseigne la technique, une id\u00e9e contre-intuitive mais v\u00e9rifi\u00e9e. Compter sur ses doigts appara\u00eet donc comme une \u00e9tape utile dans l\u2019apprentissage des maths, et pas un frein ou un barrage vers l\u2019int\u00e9riorisation du calcul, comme on l\u2019a longtemps cru en interdisant parfois aux 4-7 ans de s\u2019en servir \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-background\" style=\"background-color:#7bdbb457\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00c0 lire<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Finger counting training enhances addition performance in kindergarteners.<\/em> Par C\u00e9line Poletti, Marie Krenger, Marie L\u00e9tang, Brune Hennequin, Catherine Thevenot. <em>Child Development<\/em> (2025).&nbsp;<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/cdev.14146\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/cdev.14146<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>The role of children&rsquo;s finger counting history on their addition skills<\/em>. Par Marie Krenger, Catherine Thevenot. <em>Developmental Psychology<\/em> (2026). <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/dev0002099\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/dev0002099<\/a><\/p>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vous n\u2019avez pas la bosse des maths et vous transpirez d\u2019angoisse d\u00e8s que vous voyez deux chiffres, alors que votre coll\u00e8gue a la chance d\u2019\u00eatre n\u00e9 avec une calculette greff\u00e9e &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":825,"featured_media":15936,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_robots_follow":"","_seopress_robots_imageindex":"","_seopress_robots_snippet":"","_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_robots_breadcrumbs":"","_seopress_robots_freeze_modified_date":"","_seopress_robots_custom_modified_date":"","_seopress_robots_canonical":"","_seopress_social_fb_title":"","_seopress_social_fb_desc":"","_seopress_social_fb_img":"","_seopress_social_fb_img_attachment_id":0,"_seopress_social_fb_img_width":0,"_seopress_social_fb_img_height":0,"_seopress_social_twitter_title":"","_seopress_social_twitter_desc":"","_seopress_social_twitter_img":"","_seopress_social_twitter_img_attachment_id":0,"_seopress_social_twitter_img_width":0,"_seopress_social_twitter_img_height":0,"_seopress_redirections_value":"","_seopress_redirections_enabled":"","_seopress_redirections_enabled_regex":"","_seopress_redirections_logged_status":"","_seopress_redirections_param":"","_seopress_redirections_type":0,"_seopress_analysis_target_kw":"","_seopress_news_disabled":"","_seopress_video_disabled":"","_seopress_video":[],"_seopress_pro_schemas_manual":[],"_seopress_pro_rich_snippets_disable_all":"","_seopress_pro_rich_snippets_disable":[],"_seopress_pro_schemas":[],"footnotes":""},"categories":[42230,35],"tags":[41],"class_list":["post-15799","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-no-93","category-societe","tag-sonia-arnal"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15799","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/825"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15799"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15799\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15987,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15799\/revisions\/15987"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15936"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15799"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15799"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15799"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}