{"id":15382,"date":"2026-02-16T08:19:00","date_gmt":"2026-02-16T06:19:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=15382"},"modified":"2026-02-04T15:35:48","modified_gmt":"2026-02-04T13:35:48","slug":"le-renouveau-des-electrochocs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/le-renouveau-des-electrochocs\/","title":{"rendered":"Le renouveau des \u00e9lectrochocs"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"570\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/01\/electro_91_1.webp\" alt=\"electro 91 1\" class=\"wp-image-15256\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/01\/electro_91_1.webp 570w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/01\/electro_91_1-185x260.webp 185w\" sizes=\"auto, (max-width: 570px) 100vw, 570px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">L\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie a fait la preuve de son efficacit\u00e9 pour traiter des troubles psychiatriques, comme certaines d\u00e9pressions s\u00e9v\u00e8res.<br>Collage original \u00a9 delphineblanchard.art<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>Les tristement c\u00e9l\u00e8bres \u00e9lectrochocs ont \u00e9t\u00e9 remis \u00e0 l\u2019ordre du jour psychiatrique et connaissent un retour en gr\u00e2ce. La th\u00e9rapie, d\u00e9sormais nomm\u00e9e l\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie (ECT), est pratiqu\u00e9e de mani\u00e8re contr\u00f4l\u00e9e et \u00e9thique. Elle se montre tr\u00e8s efficace pour lutter contre certaines d\u00e9pressions s\u00e9v\u00e8res ou contre la schizophr\u00e9nie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Traiter des troubles psychiatriques en faisant passer du courant \u00e9lectrique dans le cerveau: l\u2019id\u00e9e, <em>a priori<\/em>, a de quoi faire fr\u00e9mir. D\u2019autant qu\u2019elle a donn\u00e9 naissance aux \u00e9lectrochocs qui \u00e9voquent les traitements cruels inflig\u00e9s par les m\u00e9decins d\u2019un h\u00f4pital psychiatrique dans le c\u00e9l\u00e8bre film de Milos Forman, <em>Vol au-dessus d\u2019un nid de coucou<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui rien de tel, car la technique a consid\u00e9rablement \u00e9volu\u00e9. Pratiqu\u00e9e sous anesth\u00e9sie, de mani\u00e8re contr\u00f4l\u00e9e et avec le consentement des patientes et patients, elle a fait la preuve de son efficacit\u00e9 pour traiter plusieurs troubles psychiatriques, \u00e0 commencer par certaines d\u00e9pressions s\u00e9v\u00e8res r\u00e9sistant aux antid\u00e9presseurs.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire de cette th\u00e9rapie commence en 1938. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Rome, les psychiatres italiens Ugo Cerletti et Lucio Bini ont appliqu\u00e9 pour la premi\u00e8re fois ce que l\u2019on a nomm\u00e9 des \u00ab\u00e9lectrochocs\u00bb \u00e0 Enrico X, un homme souffrant de schizophr\u00e9nie accompagn\u00e9e d\u2019hallucinations et de confusion. Le patient, trait\u00e9 sans son accord, n\u2019a visiblement pas appr\u00e9ci\u00e9 puisqu\u2019il a suppli\u00e9 les m\u00e9decins de ne pas recommencer. La premi\u00e8re s\u00e9ance a en effet n\u00e9cessit\u00e9 plusieurs tentatives avec des tensions \u00e9lectriques croissantes mais, apr\u00e8s une s\u00e9rie d\u2019\u00e9lectrochocs, les sympt\u00f4mes d\u2019Enrico X ont disparu. La th\u00e9rapie s\u2019est ensuite r\u00e9v\u00e9l\u00e9e concluante dans le traitement de d\u00e9pressions s\u00e9v\u00e8res. \u00abElle a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s vite export\u00e9e en Suisse qui a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des premiers pays \u00e0 l\u2019utiliser\u00bb, constate le D<sup>r<\/sup> Jean-Fr\u00e9d\u00e9ric Mall, psychiatre dans une structure priv\u00e9e, le <a href=\"http:\/\/lcip.ch\" data-type=\"link\" data-id=\"lcip.ch\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Centre de psychiatrie interventionnelle de Lausanne<\/a>, et ancien m\u00e9decin associ\u00e9 au CHUV.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"600\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/01\/jeanfredericmall_91.webp\" alt=\"jeanfredericmall 91\" class=\"wp-image-15258\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/01\/jeanfredericmall_91.webp 400w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/01\/jeanfredericmall_91-173x260.webp 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Jean-Fr\u00e9d\u00e9ric Mall. Psychiatre au Centre de Psychiatrie Interventionnelle de Lausanne et ancien m\u00e9decin associ\u00e9 au CHUV.<br>Photo Nicole Chuard \u00a9 Unil<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>Avant les antid\u00e9presseurs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9thode a souvent \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9e de barbare. Toutefois, \u00e0 la d\u00e9charge des psychiatres, le sp\u00e9cialiste rappelle que \u00abjusque dans les ann\u00e9es cinquante, on ne disposait ni d\u2019antid\u00e9presseurs, ni de neuroleptiques. Pour traiter les d\u00e9pressions s\u00e9v\u00e8res, on avait recours \u00e0 des m\u00e9thodes rustiques comme les barbituriques, l\u2019hydrate de chloral (aux effets s\u00e9datifs et hypnotiques) ou les douches froides qui \u00e9taient la plupart du temps beaucoup moins efficaces que les \u00e9lectrochocs. Ceux-ci constituaient le traitement de la derni\u00e8re chance, une alternative aux soins palliatifs\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Au CHUV, cette th\u00e9rapie n\u2019a donc pas cess\u00e9 d\u2019\u00eatre utilis\u00e9e, mais longtemps, \u00abson acc\u00e8s \u00e9tait tr\u00e8s limit\u00e9 et ne concernait qu\u2019un petit nombre de personnes\u00bb, constate le D<sup>r<\/sup> Mall. Lui-m\u00eame l\u2019a pratiqu\u00e9e, alors qu\u2019il \u00e9tait chef de clinique au sein de l\u2019h\u00f4pital vaudois. Mais, remarque-t-il, \u00abj\u2019avais l\u2019impression de ne pas bien ma\u00eetriser ce traitement dont de nombreuses \u00e9tudes montraient l\u2019efficacit\u00e9\u00bb. Cette technique \u00e9tant couramment utilis\u00e9e aux \u00c9tats-Unis, il est donc all\u00e9 se former \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Columbia \u00e0 New York.<\/p>\n\n\n\n<p>Fort de cette exp\u00e9rience, le psychiatre a rendu plus accessible cette th\u00e9rapie au CHUV. En 2012-2013, \u00abavec l\u2019appui du professeur Von Gunten, chef du service universitaire de psychiatrie de l\u2019\u00e2ge avanc\u00e9 (SUPAA), mes coll\u00e8gues et moi avons mis en place, sur le site de Cery, une structure pratiquant cette technique que l\u2019on nomme maintenant l\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie (ECT), terme correspondant mieux aux m\u00e9canismes sous-jacents\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019objectif \u00e9tait d\u2019offrir des traitements similaires \u00e0 ceux en cours aux \u00c9tats-Unis \u00aben termes de qualit\u00e9 de proc\u00e9dure, d\u2019\u00e9thique, de consentement \u00e9clair\u00e9, etc. Nous avons d\u2019abord trait\u00e9 des personnes \u00e2g\u00e9es hospitalis\u00e9es dans notre service, puis des adultes plus jeunes et, peu \u00e0 peu, nous avons pris en charge un nombre toujours plus grand de patientes et patients.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, le CHUV, qui est \u00able plus grand centre d\u2019ECT en Suisse romande et l\u2019un des plus importants de Suisse, r\u00e9alise plus de deux mille s\u00e9ances par an\u00bb, pr\u00e9cise le D<sup>r<\/sup> Kevin Swierkosz-Lenart, m\u00e9decin associ\u00e9 au SUPAA et responsable de <a href=\"http:\/\/chuv.ch\/fr\/fiches-psy\/unite-de-psychiatrie-interventionnelle\" data-type=\"link\" data-id=\"chuv.ch\/fr\/fiches-psy\/unite-de-psychiatrie-interventionnelle\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">l\u2019Unit\u00e9 de Psychiatrie Interventionnelle<\/a>.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"600\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/01\/kevinswierkoszlenart_91.webp\" alt=\"kevinswierkoszlenart 91\" class=\"wp-image-15261\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/01\/kevinswierkoszlenart_91.webp 400w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/01\/kevinswierkoszlenart_91-173x260.webp 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Kevin Swierkosz-Lenart. M\u00e9decin associ\u00e9 au Service universitaire de psychiatrie de l\u2019\u00e2ge avanc\u00e9 et responsable de l\u2019Unit\u00e9 de Psychiatrie Interventionnelle (CHUV).<br>Photo Nicole Chuard \u00a9 Unil<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>Des impulsions \u00e9lectriques contr\u00f4l\u00e9es<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le principe de base de l\u2019ECT est le m\u00eame que celui des \u00e9lectrochocs, mais les modalit\u00e9s du traitement ne sont plus du tout les m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit toujours de placer \u00e0 la surface du cr\u00e2ne des patientes et des patients deux \u00e9lectrodes qui envoient dans leur cerveau des impulsions \u00e9lectriques. Mais d\u00e9sormais, les psychiatres \u00abpeuvent r\u00e9gler diff\u00e9rents param\u00e8tres de la stimulation dont la dur\u00e9e totale n\u2019exc\u00e8de pas huit secondes\u00bb, explique le D<sup>r<\/sup> Mall. Ils peuvent ainsi personnaliser la th\u00e9rapie pour accro\u00eetre son efficacit\u00e9 et diminuer ses effets secondaires. Cette stimulation \u00e9lectrique, explique le D<sup>r<\/sup> Swierkosz-Lenart, engendre une \u00abcrise convulsive tonico-clonique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e \u2013 autrement dit, similaire \u00e0 celle qui peut survenir spontan\u00e9ment chez un patient \u00e9pileptique, mais induite de mani\u00e8re contr\u00f4l\u00e9e et dans des conditions de s\u00e9curit\u00e9 optimales\u00bb. Afin d\u2019\u00e9viter les convulsions, les m\u00e9decins administrent \u00e0 leurs patientes et patients un relaxant musculaire, du curare. Par ailleurs, comme cette substance induit une paralysie des muscles respiratoires, l\u2019intervention se fait sous anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale de courte dur\u00e9e \u2013 5 \u00e0 7minutes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Nombreuses craintes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9lectricit\u00e9, \u00e9pilepsie: ces deux termes suscitent encore de l\u2019appr\u00e9hension chez nombre de personnes. Chez certaines d\u2019entre elles, \u00abl\u2019id\u00e9e que l\u2019on introduit de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 dans leur t\u00eate ne passe pas, constate le D<sup>r<\/sup> Mall. Elles craignent qu\u2019on leur \u201cgrille le cerveau\u201d. Je leur rappelle alors que les neurones communiquent entre eux par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019impulsions \u00e9lectriques qui ne sont pas tr\u00e8s diff\u00e9rentes de celles employ\u00e9es dans l\u2019ECT.\u00bb Par ailleurs, ajoute le D<sup>r <\/sup>Swierkosz-Lenart, \u00abla th\u00e9rapie ne provoque aucune l\u00e9sion dans le cerveau. Au contraire. Une \u00e9tude que nous avons men\u00e9e au CHUV montre qu\u2019elle s\u2019accompagne de la formation de nouveaux neurones dans certaines zones c\u00e9r\u00e9brales, en particulier dans l\u2019hippocampe, et d\u2019une am\u00e9lioration de la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale\u00bb, cette facult\u00e9 qu\u2019a le cerveau d\u2019\u00e9voluer et de cr\u00e9er de nouvelles connexions neuronales.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les autres inqui\u00e9tudes couramment exprim\u00e9es figure la peur de devenir \u00e9pileptique. L\u00e0 aussi, \u00abil s\u2019agit d\u2019un mythe, r\u00e9torque le D<sup>r<\/sup> Mall. Les individus trait\u00e9s avec l\u2019ECT ont moins de risque que les autres d\u2019avoir des crises spontan\u00e9es.\u00bb Autre remarque r\u00e9currente: \u00abOn ne sait pas comment fonctionne l\u2019ECT\u00bb. Ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait faux, car les effets de la th\u00e9rapie sur le cerveau sont loin d\u2019\u00eatre compl\u00e8tement \u00e9lucid\u00e9s. Toutefois, le D<sup>r<\/sup> Mall estime que \u00abla crise convulsive est un \u00e9l\u00e9ment n\u00e9cessaire. Toutes les m\u00e9thodes qui tentent de l\u2019\u00e9viter sont g\u00e9n\u00e9ralement moins efficaces\u00bb (<em>lire ci-dessous<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont en fait les m\u00e9canismes mis en place dans le cerveau pour arr\u00eater les crises qui produisent l\u2019effet attendu. \u00abLe cerveau lib\u00e8re alors massivement des neurotransmetteurs (des messagers chimiques qui assurent la communication entre les neurones, <em>ndlr<\/em>) auxquels, dans ce contexte, les neurones sont plus r\u00e9ceptifs que lorsqu\u2019on essaie de les stimuler avec des m\u00e9dicaments antid\u00e9presseurs par exemple\u00bb, explique le D<sup>r<\/sup> Swierkosz-Lenart. Et son coll\u00e8gue du Centre de Psychiatrie Interventionnelle de Lausanne de r\u00e9sumer: \u00abSch\u00e9matiquement, l\u2019ECT a tendance \u00e0 normaliser l\u2019activit\u00e9 des circuits c\u00e9r\u00e9braux qui sont dysfonctionnels dans la d\u00e9pression\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u00e9pressions, schizophr\u00e9nie, autisme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ECT suscite encore des controverses. Elle est notamment la cible des mouvements anti-psychiatriques et scientologiques. Toutefois, hormis dans les cantons de Gen\u00e8ve et du Jura, elle est maintenant couramment pratiqu\u00e9e en Suisse.<\/p>\n\n\n\n<p>Les psychiatres y ont recours pour traiter certaines d\u00e9pressions s\u00e9v\u00e8res, car toutes ne sont pas sensibles \u00e0 la stimulation. Le terme \u00abd\u00e9pression\u00bb recouvre en fait diff\u00e9rents types de troubles. Ceux qui r\u00e9pondent le mieux \u00e0 l\u2019ECT sont ceux qui ont une forte composante biologique \u2013 ils sont par exemple dus \u00e0 un dysfonctionnement de neurotransmetteurs ou \u00e0 des modifications vasculaires c\u00e9r\u00e9brales li\u00e9es au vieillissement et parfois, ils surviennent souvent sans raison apparente. En revanche, les d\u00e9pressions qui apparaissent \u00e0 la suite d\u2019un \u00e9v\u00e8nement tragique de la vie, comme un deuil, peuvent moins bien r\u00e9pondre au traitement.<\/p>\n\n\n\n<p>G\u00e9n\u00e9ralement, les psychiatres ont recours \u00e0 la th\u00e9rapie lorsque les d\u00e9pressions ont r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 au moins deux antid\u00e9presseurs. Ils peuvent toutefois l\u2019utiliser en premi\u00e8re intention, pr\u00e9cise le D<sup>r<\/sup> Swierkosz-Lenart, \u00abdans des cas o\u00f9 les d\u00e9pressions s\u00e9v\u00e8res sont accompagn\u00e9es de sympt\u00f4mes psychotiques ou lorsqu\u2019elles sont assorties de catatonie. Ce syndrome, qui se traduit le plus souvent par une attitude fig\u00e9e, une passivit\u00e9 face aux stimuli, peut conduire au d\u00e9c\u00e8s s\u2019il n\u2019est pas trait\u00e9, alors qu\u2019avec l\u2019ECT, la garantie de succ\u00e8s est proche de 100%.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, souligne le D<sup>r<\/sup> Mall, l\u2019ECT peut \u00eatre mise \u00e0 profit \u00abpour traitertous les troubles s\u00e9v\u00e8res de l\u2019humeur\u00bb, ce qui inclut les d\u00e9pressions uni ou bipolaires, ainsi que les troubles bipolaires comme la manie ou l\u2019hypomanie. Elle donne aussi de tr\u00e8s bons r\u00e9sultats face \u00e0 la schizophr\u00e9nie qui, selon le psychiatre, \u00abest une meilleure indication encore que la d\u00e9pression\u00bb. Elle ne gu\u00e9rit pas la maladie, mais elle am\u00e9liore la qualit\u00e9 de vie des patientes et patients. La m\u00e9thode est en effet efficace \u00abpour traiter des sympt\u00f4mes tels que les hallucinations et les d\u00e9lires, pr\u00e9cise le D<sup>r<\/sup> Swierkosz-Lenart, mais elle l\u2019est moins pour en soulager d\u2019autres comme l\u2019isolement\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ECT permet par ailleurs de lutter contre l\u2019agressivit\u00e9 ou les troubles s\u00e9v\u00e8res du comportement qui accompagnent parfois l\u2019autisme, mais aussi, \u00abce qui semble contre-intuitif, contre les crises d\u2019\u00e9pilepsie r\u00e9fractaires aux autres traitements\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une grande efficacit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La prise en charge d\u2019un \u00e9pisode d\u00e9pressif n\u00e9cessite en moyenne une douzaine de s\u00e9ances d\u2019ECT, au rythme de deux par semaine. Suit une phase de consolidation destin\u00e9e \u00e0 \u00e9viter les rechutes, \u00abqui surviennent au bout de six mois dans 80% des cas lorsque l\u2019on arr\u00eate brusquement la th\u00e9rapie\u00bb, constate le D<sup>r<\/sup> Mall. Elle dure g\u00e9n\u00e9ralement six mois, les traitements \u00e9tant de plus en plus espac\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>La cure peut sembler contraignante. Mais elle en vaut la peine, car le succ\u00e8s est souvent au rendez-vous. \u00ab30% des d\u00e9pressions s\u00e9v\u00e8res ne r\u00e9pondent pas aux approches classiques (m\u00e9dicaments et psychoth\u00e9rapie), constate le D<sup>r<\/sup> Swierkosz-Lenart. Avec l\u2019ECT, le taux de r\u00e9ussite est en moyenne de 80 \u00e0 90%.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, comme la plupart des th\u00e9rapies, l\u2019ECT peut entra\u00eener des effets ind\u00e9sirables. Certains se manifestent imm\u00e9diatement apr\u00e8s la stimulation, comme des maux de t\u00eate, li\u00e9s \u00e0 l\u2019anesth\u00e9sie, ou des douleurs musculaires, dues au curare. \u00abIls ne posent pas de r\u00e9els probl\u00e8mes, car on pr\u00e9vient leur apparition lors des s\u00e9ances suivantes\u00bb, constate le D<sup>r<\/sup> Mall.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres inqui\u00e8tent plus les patientes et patients: les troubles de la m\u00e9moire. La m\u00e9moire imm\u00e9diate (celle qui nous permet d\u2019enregistrer de nouvelles informations) est la premi\u00e8re affect\u00e9e. Les pertes \u00abapparaissent progressivement dans la premi\u00e8re phase de la th\u00e9rapie, car le rythme des stimulations ne laisse pas au cerveau le temps de r\u00e9cup\u00e9rer. Mais ensuite, quand on espace les s\u00e9ances, tout revient \u00e0 la normale.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9moire autobiographique (qui concerne nos souvenirs personnels) peut elle aussi \u00eatre touch\u00e9e, mais la plupart du temps, elle revient \u00abau bout de quelques semaines ou quelques mois\u00bb, selon le D<sup>r<\/sup> Mall.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, loin de faire perdre la m\u00e9moire, \u00abla th\u00e9rapie la prot\u00e8ge, souligne le D<sup>r<\/sup> Swierkosz-Lenart. De mani\u00e8re indirecte, puisqu\u2019elle traite la d\u00e9pression qui a un impact sur la m\u00e9moire et de mani\u00e8re directe, car la stimulation renforce la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ECT n\u2019a donc plus grand-chose \u00e0 voir avec les \u00e9lectrochocs brutalement inflig\u00e9s \u00e0 Randle P. McMurphy, le personnage principal du film de Milos Forman brillamment interpr\u00e9t\u00e9 par Jack Nicholson.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-group has-background\" style=\"background-color:#e7597d42\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Quelles autres th\u00e9rapies alternatives?<\/h5>\n\n\n\n<p>Outre l\u2019ECT, la psychiatrie interventionnelle dispose de plusieurs techniques pour traiter les d\u00e9pressions s\u00e9v\u00e8res. Elle envisage m\u00eame d\u2019avoir recours aux substances psych\u00e9d\u00e9liques.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne (rTMS)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette th\u00e9rapie, les impulsions \u00e9lectriques sont remplac\u00e9es par des impulsions \u00e9lectromagn\u00e9tiques cibl\u00e9es. Comme l\u2019ECT, la rTMS est utilis\u00e9e pour traiter des d\u00e9pressions s\u00e9v\u00e8res \u2013 mais aussi les troubles obsessionnels convulsifs (TOC). Elle ne provoque pas de crise d\u2019\u00e9pilepsie, se pratique sans anesth\u00e9sie et \u00abn\u2019affecte quasiment pas la m\u00e9moire\u00bb, pr\u00e9cise le D<sup>r<\/sup> Jean-Fr\u00e9d\u00e9ric Mall. Elle est toutefois moins efficace que l\u2019ECT et n\u2019est pas rembours\u00e9e par l\u2019assurance maladie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Stimulation transcr\u00e2nienne \u00e0 courant continu (tDCS)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette technique, les \u00e9lectrodes induisent un courant continu de faible intensit\u00e9 qui a pour effet de moduler l\u2019activit\u00e9 neuronale dans certaines r\u00e9gions c\u00e9r\u00e9brales. \u00abLa tDCS a l\u2019avantage de faire appel \u00e0 des appareils peu on\u00e9reux, qui peuvent m\u00eame \u00eatre install\u00e9s \u00e0 domicile\u00bb, commente le D<sup>r<\/sup> Swierkosz-Lenart. Elle est surtout employ\u00e9e \u00e0 des fins de recherche, car \u00abon manque de preuves solides concernant son efficacit\u00e9\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La k\u00e9tamine<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019origine employ\u00e9e comme anesth\u00e9siant, cette substance est actuellement administr\u00e9e, \u00e0 faible dose et en perfusion lente, \u00aben <em>off-label<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire sous la responsabilit\u00e9 directe du m\u00e9decin prescripteur, sans autorisation officielle en Suisse\u00bb, souligne le D<sup>r<\/sup> Swierkosz-Lenart. Elle n\u2019endort pas, mais \u00abengendre un \u00e9tat dissociatif plut\u00f4t agr\u00e9able, selon une importante \u00e9tude randomis\u00e9e r\u00e9cemment publi\u00e9e\u00bb. Quant \u00e0 son efficacit\u00e9, elle est \u00absimilaire \u00e0 celle de l\u2019ECT pour les d\u00e9pressions non psychotiques\u00bb. Une partie de cette mol\u00e9cule, l\u2019esk\u00e9tamine (Spravato), qui est administr\u00e9e sous forme de spray nasal, \u00abest la seule formulation actuellement autoris\u00e9e en Suisse pour les d\u00e9pressions r\u00e9sistantes\u00bb, pr\u00e9cise le psychiatre du CHUV.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les psych\u00e9d\u00e9liques<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Qui l\u2019e\u00fbt cru? Les psychiatres s\u2019int\u00e9ressent de pr\u00e8s \u00e0 des substances qui font planer comme le LSD ou \u00e0 la psilocybine (issue de champignons hallucinog\u00e8nes). \u00abLeur emploi est autoris\u00e9 dans un cadre tr\u00e8s limit\u00e9, sous surveillance de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la sant\u00e9 publique (OFSP), pour la recherche et pour des soins pratiqu\u00e9s \u00e0 des fins compassionnelles.\u00bb Ces substances psych\u00e9d\u00e9liques \u00aboffrent beaucoup d\u2019espoir aux patientes et patients\u00bb, estime le Dr Swierkosz-Lenart qui leur pr\u00e9voit \u00abun int\u00e9ressant avenir en psychiatrie\u00bb.<\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les tristement c\u00e9l\u00e8bres \u00e9lectrochocs ont \u00e9t\u00e9 remis \u00e0 l\u2019ordre du jour psychiatrique et connaissent un retour en gr\u00e2ce. La th\u00e9rapie, d\u00e9sormais nomm\u00e9e l\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie (ECT), est pratiqu\u00e9e de mani\u00e8re contr\u00f4l\u00e9e et &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":825,"featured_media":15257,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[42226,8732,32],"tags":[44],"class_list":{"0":"post-15382","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-no-91","8":"category-sante","9":"category-technologie","10":"tag-elisabeth-gordon"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15382","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/825"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15382"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15382\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15413,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15382\/revisions\/15413"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15257"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15382"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15382"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15382"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}