{"id":15364,"date":"2026-02-16T08:23:00","date_gmt":"2026-02-16T06:23:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=15364"},"modified":"2026-02-04T15:33:05","modified_gmt":"2026-02-04T13:33:05","slug":"espionne-femme-daffaires-madame-de-warens-etait-bien-plus-que-la-maman-de-rousseau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/espionne-femme-daffaires-madame-de-warens-etait-bien-plus-que-la-maman-de-rousseau\/","title":{"rendered":"Espionne, femme d\u2019affaires, Madame de Warens \u00e9tait bien plus que la \u00abmaman\u00bb de Rousseau"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"548\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/01\/warens_91_1.webp\" alt=\"warens 91 1\" class=\"wp-image-15322\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/01\/warens_91_1.webp 548w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/01\/warens_91_1-178x260.webp 178w\" sizes=\"auto, (max-width: 548px) 100vw, 548px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Madame de Warens. Un beau portrait de cette femme hors du commun orne cette bague du XVIIIe si\u00e8cle. Mus\u00e9e historique de Vevey.<br>Photo \u00a9 Studio \u00c9douard Curchod<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>L\u2019histoire a retenu son nom \u00e0 cause de l\u2019\u00e9crivain, mais une biographie met en lumi\u00e8re toutes les facettes de l\u2019incroyable destin de la Veveysanne.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Elle s\u2019est faite toute belle. Visage poudr\u00e9, joues rosies, corset serr\u00e9 en dessous de la robe et canne \u00e0 pommeau d\u2019or. Sans oublier le d\u00e9tail ultime, la mouche dessin\u00e9e sur le sein. Ce 6 ao\u00fbt 1726, Madame de Warens a conscience de jouer gros. Elle attend la fin de la messe dans l\u2019\u00e9glise d\u2019\u00c9vian, intercepte le roi de Sardaigne juste avant sa sortie, et se jette \u00e0 ses pieds en lui demandant protection et pain. Gracieux, Victor-Am\u00e9d\u00e9e II promet: \u00abJe vous accorde l\u2019un et j\u2019aurais soin que vous ne manquiez pas de l\u2019autre.\u00bb Le voil\u00e0 charm\u00e9, la voil\u00e0 c\u00e9l\u00e8bre\u2026 La conversion au catholicisme de la protestante de Vevey est vite connue dans toute l\u2019Europe. La \u00abprise\u00bb est belle, l\u2019\u00e9cho est \u00e9norme.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019histoire nous a, jusqu\u2019ici, d\u00e9crit M<sup>me<\/sup> de Warens comme l\u2019\u00e9g\u00e9rie de Jean-Jacques Rousseau, la biographie d\u2019Anne Noschis, approfondie, raconte bien plus sur le personnage. On savait d\u00e9j\u00e0 que le c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 celui qu\u2019il est devenu sans celle qu\u2019il appelait \u00abmaman\u00bb, mais on d\u00e9couvre que, elle, elle serait probablement rest\u00e9e tout aussi flamboyante sans cette rencontre. La grosse affaire de sa vie est davantage sa conversion que son lien avec celui qu\u2019elle appelait \u00abpetit.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Paru aux \u00c9ditions de l\u2019Aire en 2012, le livre <em>Madame de Warens, \u00e9ducatrice de Rousseau, espionne, femme d\u2019affaires, libertine<\/em> pose la diversit\u00e9 du personnage, mais campe aussi de mani\u00e8re extr\u00eamement vivante une \u00e9poque et une r\u00e9gion. Un arc l\u00e9manique, notamment, v\u00e9ritable march\u00e9 des conversions, o\u00f9 le changement de religion \u00e9tait si courant qu\u2019il \u00e9tait r\u00e9glement\u00e9 au point de permettre les allers et retours. Ainsi, en choisissant le catholicisme, M<sup>me<\/sup> de Warens perdait ses biens, sachant qu\u2019elle pourrait les retrouver le jour o\u00f9 elle reviendrait au protestantisme, ce qu\u2019elle ne fit jamais. C\u2019est dire que la pratique \u00e9tait courante.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9vasion sur le lac<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9tail de la conversion de notre h\u00e9ro\u00efne permet d\u2019appr\u00e9hender son caract\u00e8re: vive, r\u00e9solue, organis\u00e9e, elle ne laisse rien au hasard. Elle prend sa d\u00e9cision apr\u00e8s de nombreux \u00e9changes avec son amie savoyarde, M<sup>me<\/sup> de Bonnevaux. En 1726, son choix est fait et, comme un signe du ciel, quelque chose va lui permettre de le concr\u00e9tiser: en juin, la Veveyse d\u00e9borde. Et r\u00e9quisitionne toute l\u2019attention du mari avec lequel on l\u2019a unie \u00e0 ses 14 ans, S\u00e9bastien Isaac de Loys, seigneur de Warens, puisqu\u2019il est vice-commandeur du Petit Conseil de la ville de Vevey. Elle peut ainsi rejoindre \u00c9vian avec plus de bagages que d\u2019habitude sans attirer les regards. Elle sait qu\u2019elle court un danger financier, donc elle prend ce qu\u2019elle trouve de monnaie, et s\u2019organise pour emmener discr\u00e8tement des objets de valeur, \u00abargenterie, montre \u00e0 cha\u00eene en or, \u00e9tuis de nacre garnis d\u2019argent\u00bb et autres \u00abbas de soie\u00bb. Quelques ann\u00e9es plus tard, toujours ulc\u00e9r\u00e9, son mari fait le r\u00e9cit de la \u00abfuite en brigantin\u00bb de sa \u00abd\u00e9serteuse\u00bb: \u00abIl resta donc justement pour mon usage quelques vieilles cuillers et fourchettes, et une sali\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9pique.\u00bb Qu\u2019elle parte de nuit n\u2019a pas alert\u00e9 l\u2019\u00e9poux. Qu\u2019elle lui dise qu\u2019il n\u2019a pas besoin de l\u2019accompagner sur le quai non plus: \u00abElle ne voulait absolument pas que je me levasse (\u2026) Je la sentais trembloter, en la conduisant au bateau, tant elle craignait apparemment d\u2019\u00eatre d\u00e9couverte.\u00bb Le lendemain, il ne r\u00e9alisera l\u2019affaire qu\u2019\u00e0 la phrase de son intendant: \u00abMonsieur, vous n\u2019avez plus de femme!\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019argent, c\u2019est l\u2019un des nerfs de cette \u00e9poque de conversions. Devenir catholique, pour M<sup>me<\/sup> de Warens, c\u2019est escompter, comme d\u2019autres, une protection financi\u00e8re. Elle se battra tout le reste de sa vie pour la conserver. Faut-il en d\u00e9duire que sa conversion n\u2019a aucun fondement de conscience? En historienne scrupuleuse, la professeure de gymnase Anne Noschis refuse de trancher puisque aucune source n\u2019est d\u00e9finitive: \u00abJe pense que ses motifs financiers \u00e9taient r\u00e9els. Mais, \u00e0 certains moments de sa vie, elle se dira quand m\u00eame tracass\u00e9e, \u201cbourreaud\u00e9e\u201d selon son expression.\u00bb Un ami rappellera une confession qu\u2019elle aurait faite: \u00abCroyez-vous que, apr\u00e8s mon abjuration, je ne me suis jamais mise au lit, durant deux ans environ, sans y prendre, comme on dit, la peau de poule sur tout mon corps par la perplexit\u00e9 dans laquelle mes r\u00e9flexions me plongeaient?\u00bb Jean-Jacques Rousseau, lui, choisit de croire \u00e0 une vraie conviction: \u00abQuel qu\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 le motif de son changement de religion, elle fut sinc\u00e8re dans celle qu\u2019elle avait embrass\u00e9e (\u2026) Elle n\u2019est pas seulement morte bonne catholique, elle a v\u00e9cu telle de bonne foi.\u00bb<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"626\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/01\/warens_91_2.webp\" alt=\"warens 91 2\" class=\"wp-image-15323\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/01\/warens_91_2.webp 626w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/01\/warens_91_2-203x260.webp 203w\" sizes=\"auto, (max-width: 626px) 100vw, 626px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Quand Mme de Warens rencontre Jean-Jacques Rousseau en 1728 \u00e0 Annecy, elle a 29 ans et lui 16. Lithographie du XIXe si\u00e8cle, par Paul Gavarni.<br>\u00a9 akg-images\/Liszt Collection<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>Le petit de maman<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Rousseau, le voil\u00e0 donc dans la vie de M<sup>me<\/sup> de Warens. Elle le rencontre \u00e0 Annecy en 1728, elle a 29 ans, il en a 16. Il a march\u00e9 depuis Gen\u00e8ve, il est fatigu\u00e9. Elle est touch\u00e9e par ce jeune homme crott\u00e9, lui est carr\u00e9ment \u00e9bloui: \u00abIl \u00e9tait impossible de voir une plus belle t\u00eate, un plus beau sein, des plus belles mains, de plus beaux bras.\u00bb Elle l\u2019envoie se faire convertir \u00e0 Turin, il reviendra souvent et passera de longues p\u00e9riodes aupr\u00e8s d\u2019elle: \u00abJe ne l\u2019aimais ni par devoir ni par int\u00e9r\u00eat, ni par convenance, je l\u2019aimais parce que j\u2019\u00e9tais n\u00e9 pour l\u2019aimer.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Piqu\u00e9e par la curiosit\u00e9 du jeune homme, M<sup>me<\/sup> de Warens fera tout pour qu\u2019il compl\u00e8te son \u00e9ducation, de l\u2019\u00e9tude des Lettres \u00e0 celle de la musique, de la danse. Se plonger dans les p\u00e9riodes qu\u2019ils ont partag\u00e9es, c\u2019est s\u2019immerger tout entier dans l\u2019\u0153uvre de l\u2019\u00e9crivain. Sa passion pour la nature, il la puise notamment dans leurs s\u00e9jours communs au domaine des Charmettes, pr\u00e8s de Chamb\u00e9ry. Un vallon, un jardin, de la vigne, des pr\u00e9s, des ch\u00e2taigniers, un v\u00e9ritable enchantement. Certains passages de ses livres, comme la <em>Nouvelle H\u00e9lo\u00efse,<\/em> semblent carr\u00e9ment ancr\u00e9s dans les r\u00e9cits qu\u2019ils ont pu \u00e9changer. Lorsque, par exemple, le personnage de Julie raconte: \u00abArriv\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9glise, je ressentis une sorte d\u2019\u00e9motion que je n\u2019avais jamais \u00e9prouv\u00e9e. Je ne sais quelle terreur vint saisir mon \u00e2me dans ce lieu simple et auguste, tout rempli de la majest\u00e9 de celui qu\u2019on y sert.\u00bb Amie, confidente, \u00e9g\u00e9rie, m\u00e9c\u00e8ne, Mme de Warens a-t-elle \u00e9t\u00e9 plus pour Rousseau? Initiatrice sexuelle, notamment, puisqu\u2019elle menait une vie libertine et ne boudait pas les hommes plus jeunes? Le passage \u00e0 l\u2019acte a eu lieu, mais avec un succ\u00e8s mitig\u00e9 et, visiblement, non renouvel\u00e9. \u00abJ\u2019\u00e9tais comme si j\u2019avais commis un inceste\u00bb, t\u00e9moignera Jean-Jacques: \u00abJamais je ne l\u2019aimai plus tendrement que quand je d\u00e9sirais si peu la poss\u00e9der.\u00bb Depuis le d\u00e9but, il l\u2019appelait \u00abmaman\u00bb, elle l\u2019appelait \u00abpetit\u00bb, et c\u2019\u00e9tait bien comme \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>Fouill\u00e9, document\u00e9, construit comme une enqu\u00eate de biblioth\u00e8que mais aussi de terrain, l\u2019ouvrage d\u2019Anne Noschis permet, au-del\u00e0 des personnages, de camper l\u2019\u00e9poque sous toutes ses formes, aussi bien politiques, \u00e9conomiques que religieuses et sociales. On y d\u00e9couvre le prix de chaque objet, leur description, et, surtout, le paradoxe de la condition des femmes de la noblesse. Elles sont mal \u00e9duqu\u00e9es sur certains points \u2013 M<sup>me<\/sup> de Warens multipliait les fautes d\u2019orthographe \u2013 et sangl\u00e9es par les lois, mais elles peuvent se d\u00e9ployer si, comme notre h\u00e9ro\u00efne, elles ont de l\u2019\u00e9nergie et de la cervelle. Anne Noschis souligne: \u00abOn se fait souvent une fausse image des femmes de cette \u00e9poque. Si elles \u00e9taient nobles, avec une fortune, elles avaient une vie plus libre que beaucoup de g\u00e9n\u00e9rations qui ont suivi.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Au niveau l\u00e9gal, les contrats de mariage de l\u2019\u00e9poque remettent tous les biens de l\u2019\u00e9pouse en gestion \u00e0 son mari. Pire, si elle devient veuve, elle est soumise aux d\u00e9cisions financi\u00e8res d\u2019un parent. Lorsque M<sup>me<\/sup> de Warens, qui a mille id\u00e9es entrepreneuriales \u00e0 la minute, les concr\u00e9tise, elle doit, \u00e0 chaque \u00e9tape, avoir l\u2019aval de son \u00e9poux. Ainsi, quand elle lance une manufacture de bas de soie et passe contrat avec un associ\u00e9, la derni\u00e8re ligne du document est celle-ci: \u00abJ\u2019autorise mon \u00e9pouse pour ce que dessus dans la meilleure forme que faire se peut.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Femme d&rsquo;affaires<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette premi\u00e8re entreprise t\u00e9moigne d\u00e9j\u00e0 de l\u2019intelligence en affaire de M<sup>me<\/sup> de Warens. La culture du ver \u00e0 soie est bien cibl\u00e9e pour Vevey puisqu\u2019elle permet de trouver de la main-d\u2019\u0153uvre qui compl\u00e8te le rythme saisonnier des employ\u00e9s de la viticulture. Plus tard, quand elle se lancera dans l\u2019extraction mini\u00e8re vers Chamonix, elle tentera de ma\u00eetriser toute la cha\u00eene de production, du minerai brut \u00e0 son exportation et aux patentes pour la transformation en cloches d\u2019\u00e9glises ou cuirasses pour soldats, sans compter les ineffables \u00abmarmites \u00e0 r\u00e9cup\u00e9ration de chaleur\u00bb \u2013 anc\u00eatres de la cocotte-minute \u2013 sur lesquelles elle est intarissable. \u00abElle est en prise sur le monde, elle a l\u2019esprit d\u2019entreprise\u00bb, s\u2019enthousiasme Anne Noschis: \u00abC\u2019est une femme de projets.\u00bb Rousseau n\u2019avait pas dit autre chose: \u00abCe n\u2019\u00e9tait pas des intrigues de femmes qu\u2019il lui fallait, c\u2019\u00e9taient des entreprises \u00e0 faire et \u00e0 diriger. Elle \u00e9tait n\u00e9e pour les grandes affaires.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Une chose \u00e0 pr\u00e9ciser: il est probable que l\u2019absence d\u2019enfant ait jou\u00e9 un r\u00f4le dans cette cr\u00e9ativit\u00e9. L\u2019historienne en convient: \u00abC\u2019est l\u2019\u00e9ternelle le\u00e7on: avec cinq ou six enfants, elle aurait \u00e9t\u00e9 une tr\u00e8s bonne m\u00e8re, affectueuse, une bonne \u00e9ducatrice, mais elle aurait pass\u00e9 sous les radars de l\u2019Histoire.\u00bb<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"534\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/01\/warens_91_3.webp\" alt=\"warens 91 3\" class=\"wp-image-15324\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/01\/warens_91_3.webp 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/01\/warens_91_3-390x260.webp 390w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/01\/warens_91_3-768x513.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Proche de la Place du March\u00e9, la maison de Mme de Warens, n\u00e9e Fran\u00e7oise Louise de la Tour (1699-1762), abrite aujourd\u2019hui le Conservatoire de Musique.<br>Photo Nicole Chuard \u00a9 Unil<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Si l\u2019enjeu de la conversion \u00e9tait en grande partie financier pour M<sup>me<\/sup> de Warens, il \u00e9tait plus politique pour ceux qui l\u2019ont encourag\u00e9e, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les pays voisins \u00e9taient r\u00e9guli\u00e8rement tent\u00e9s de reprendre le territoire vaudois. Anne Noschis explique: \u00abLe roi de Sardaigne faisait une bonne affaire avec cette femme dont le mari \u00e9tait officier et qui connaissait tous les m\u00e9canismes, toute l\u2019organisation militaire locale. Elle peut lui expliquer comment fonctionne le syst\u00e8me de milice, comment sont organis\u00e9es les garnisons.\u00bb Elle reviendra d\u2019ailleurs faire des rep\u00e9rages en mission secr\u00e8te, avec un faux passeport.<\/p>\n\n\n\n<p>Rien ne prouve que son parcours d\u2019espionne ait eu un impact sur le cours de l\u2019Histoire mais il collectionne des \u00e9pisodes rocambolesques. Des voyages secrets, des fausses cures de sant\u00e9, des poursuites, des chass\u00e9s crois\u00e9s, et toute une s\u00e9rie de sc\u00e8nes comiques. \u00abElle avait un vrai go\u00fbt de l\u2019aventure, analyse Anne Noschis. Elle aurait pu rester \u00e0 Turin, elle aurait s\u00fbrement eu une pension. Mais elle ne voulait pas de l\u2019embrigadement d\u2019une cour royale. Pour elle, traverser le lac, c\u2019\u00e9tait le d\u00e9but du voyage, elle r\u00eavait de grands espaces.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis la parution du livre, l\u2019int\u00e9r\u00eat pour M<sup>me<\/sup> de Warens est rest\u00e9 vivace. Anne Noschis donne des conf\u00e9rences en Suisse et en Savoie, participe \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements sur Rousseau, et dispense des cours \u00e0 Connaissance 3: \u00abC\u2019est par mon long compagnonnage avec Rousseau que je suis tomb\u00e9e sur elle. J\u2019ai grandi \u00e0 Gen\u00e8ve, comme lui. Je l\u2019ai lu, beaucoup. \u00c0 16 ans, je me suis identifi\u00e9e: quand il a quitt\u00e9 les murailles, c\u2019est comme si je partais avec lui. Lui, c\u2019est moi !\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9couter l\u2019historienne passionn\u00e9e, c\u2019est voir M<sup>me<\/sup> de Warens sortir du livre en 3D. Elle la mime, elle la d\u00e9ploie, elle la fait parler, puis elle devient toute timide lorsqu\u2019on lui demande ce qu\u2019elle ferait, l\u00e0, si son h\u00e9ro\u00efne s\u2019asseyait \u00e0 notre table: \u00abJe crois que je serais tellement \u00e9mue que je tenterais juste de savoir si elle est bien assise, confortable. Je lui dirais: \u201cMaman, est-ce que vous voulez un th\u00e9?\u201d\u00bb<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"228\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2026\/01\/livre_warens_91.webp\" alt=\"livre warens 91\" class=\"wp-image-15301\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Madame de Warens, \u00e9ducatrice de Rousseau, espionne, femme d&rsquo;affaires, libertine. Par Anne Noschis. \u00c9ditions de l\u2019Aire (2012), 486 p. En biblioth\u00e8que. Une r\u00e9\u00e9dition est envisag\u00e9e.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019histoire a retenu son nom \u00e0 cause de l\u2019\u00e9crivain, mais une biographie met en lumi\u00e8re toutes les facettes de l\u2019incroyable destin de la Veveysanne. Elle s\u2019est faite toute belle. Visage &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":825,"featured_media":15325,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_analysis_target_kw":"","footnotes":""},"categories":[42189,31,42226],"tags":[42220],"class_list":{"0":"post-15364","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-diaporama","8":"category-histoire","9":"category-no-91","10":"tag-ariane-dayer"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15364","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/825"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15364"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15364\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15411,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15364\/revisions\/15411"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15325"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15364"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15364"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15364"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}