{"id":15199,"date":"2025-10-06T08:12:00","date_gmt":"2025-10-06T06:12:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=15199"},"modified":"2025-09-17T14:54:27","modified_gmt":"2025-09-17T12:54:27","slug":"quand-lhistoire-du-vandalisme-traverse-lausanne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/quand-lhistoire-du-vandalisme-traverse-lausanne\/","title":{"rendered":"Quand l\u2019histoire du vandalisme traverse Lausanne"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"534\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/09\/lausanne_1_90.webp\" alt=\"lausanne 1 90\" class=\"wp-image-15031\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/09\/lausanne_1_90.webp 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/09\/lausanne_1_90-390x260.webp 390w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/09\/lausanne_1_90-768x513.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">D\u00e9molition de la halle aux locomotives de la gare, en f\u00e9vrier 2016. Des d\u00e9fenseurs du patrimoine s\u2019en sont indign\u00e9s. Ce b\u00e2timent a c\u00e9d\u00e9 sa place au MCBA. \u00a9 Patrick Martin \/ 24 heures<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>La d\u00e9molition de chefs-d\u2019\u0153uvre architecturaux ou artistiques a toujours exist\u00e9, provoquant souvent l\u2019indignation d\u2019auteurs tr\u00e8s en verve. C\u2019est l\u2019objet du dernier livre de Philippe Junod, qui ancre une partie de l\u2019ouvrage \u00e0 Lausanne.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des phrases qui font d\u00e9coller vers le beau, qui emm\u00e8nent directement au ciel. Celle-ci commence ainsi: \u00abIl y avait, dans un coin du monde, une merveille du monde; cette merveille s\u2019appelait le Palais d\u2019\u00e9t\u00e9.\u00bb Et Victor Hugo de poursuivre l\u2019\u00e9loge de l\u2019\u00e9difice chinois: \u00abSi on ne le voyait pas, on le r\u00eavait. C\u2019\u00e9tait une sorte d\u2019effrayant chef-d\u2019\u0153uvre inconnu entrevu au loin dans on ne sait quel cr\u00e9puscule comme une silhouette de la civilisation d\u2019Asie sur l\u2019horizon de la civilisation d\u2019Europe.\u00bb Puis la rupture: \u00abCette merveille a disparu.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Si un exemple r\u00e9sumait le dernier livre de Philippe Junod, professeur honoraire d\u2019histoire de l\u2019art de l\u2019Unil, ce serait celui-ci, qui symbolise \u00e0 lui seul le propos: \u00abQuelles que soient ses origines et ses proc\u00e9dures, le vandalisme n\u2019entra\u00eene que ruine et d\u00e9solation. Mais il arrive aussi qu\u2019il soit l\u2019occasion de chefs-d\u2019\u0153uvre litt\u00e9raires.\u00bb Et, les chefs-d\u2019\u0153uvre, dieu sait qu\u2019ils sont nombreux dans les textes que regroupe l\u2019ouvrage: <em>Vandalisme. Litt\u00e9rature et barbarie: une anthologie<\/em>. La vraie d\u00e9monstration que, de tout temps, lorsqu\u2019une beaut\u00e9 \u00e9tait physiquement d\u00e9truite quelque part, ceux qui s\u2019en \u00e9mouvaient \u00e9taient capables de b\u00e2tir des monuments litt\u00e9raires \u00e9blouissants.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"600\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/09\/philippejunod_90.webp\" alt=\"philippejunod 90\" class=\"wp-image-15063\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/09\/philippejunod_90.webp 400w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/09\/philippejunod_90-173x260.webp 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Philippe Junod. Professeur honoraire d\u2019histoire de l\u2019art.\nPhoto Nicole Chuard \u00a9 Unil<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>D\u00e9finition extensible<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si cet article vise \u00e0 mettre en lumi\u00e8re les sagas patrimoniales lausannoises \u2013 deux chapitres du livre \u2013 il faut pr\u00e9ciser que l\u2019ouvrage de Philippe Junod est exhaustif. D\u00e9finition du vandalisme, histoire, tentatives de r\u00e9cup\u00e9rations du concept, causes, formes, tout y est abord\u00e9 par le biais de multiples exemples qui galopent joyeusement d\u2019un si\u00e8cle \u00e0 l\u2019autre. Ce qui permet de bien appr\u00e9hender le c\u00f4t\u00e9 relatif de l\u2019affaire, comme le souligne l\u2019auteur, puisque la \u00abl\u00e9gitimit\u00e9\u00bb d\u2019une destruction ou d\u00e9t\u00e9rioration varie selon l\u2019\u00e9poque: \u00abAu sens ancien et originel, on est toujours le barbare ou l\u2019\u00e9tranger de quelqu\u2019un d\u2019autre.\u00bb Et de rappeler que l\u2019urinoir de Marcel Duchamp, objet de tant de pol\u00e9miques, a lui-m\u00eame \u00e9t\u00e9 vandalis\u00e9 en 1993.<\/p>\n\n\n\n<p>Un passage de Victor Hugo pr\u00e9cise si bien l\u2019importance du contexte historique qu\u2019il trouve une vraie r\u00e9sonance \u00e0 notre \u00e9poque de <em>cancel culture<\/em>. Lorsque des menaces planent sur la colonne Vend\u00f4me, l\u2019\u00e9crivain lance: \u00abS\u2019il faut d\u00e9truire un monument \u00e0 cause des souvenirs qu\u2019il rappelle, jetons bas le Parth\u00e9non qui rappelle la superstition pa\u00efenne,\u2026 jetons bas le Colis\u00e9e qui rappelle les f\u00eates atroces o\u00f9 les b\u00eates mangeaient les hommes, jetons bas les pyramides qui rappellent et \u00e9ternisent d\u2019affreux rois, les Pharaons, dont elles sont les tombeaux.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Rapha\u00ebl, Chateaubriand, Zola, Flaubert, Loti, Burnat-Provins, Camus, Montalembert, l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire, le livre de Philippe Junod permet de mesurer \u00e0 quel point artistes et \u00e9crivains se sont mobilis\u00e9s pour prot\u00e9ger le patrimoine. On ne r\u00e9siste pas \u00e0 citer quelques passages somptueux. \u00abPauvre, pauvre Nil\u00bb, s\u2019\u00e9meut Pierre Loti en 1908: \u00abLui qui refl\u00e9ta jadis sur ces chauds miroirs le summum des magnificences terrestres, qui porta tant de barques de dieux et de d\u00e9esses en cort\u00e8ge derri\u00e8re la grande nef d\u2019or d\u2019Amon\u2026 Pour lui, quelle d\u00e9ch\u00e9ance! Apr\u00e8s son d\u00e9daigneux sommeil de vingt si\u00e8cles, promener aujourd\u2019hui les casernes flottantes de l\u2019agence Cook.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En 1833, Montalembert recense, navr\u00e9, les \u00e9difices d\u00e9truits ou d\u00e9tourn\u00e9s de leur grandeur: \u00abJ\u2019ignore quelle peine la post\u00e9rit\u00e9 infligera \u00e0 ce m\u00e9pris stupide que nous tirons de notre nullit\u00e9 moderne, pour le lancer \u00e0 la figure des chefs-d\u2019\u0153uvre de nos p\u00e8res; mais cette peine sera grave et dure.\u00bb Flaubert, lui, d\u00e9crit avec effroi \u00abl\u2019orgie\u00bb de la foule prenant d\u2019assaut les Tuileries en 1848. Un tableau superbe, que Philippe Junod compare \u00e0 l\u2019assaut contre le Capitole de Washington, de 2021: \u00ab\u00c9blouie \u00e0 l\u2019aspect de ces splendeurs, curieuse, \u00e9tonn\u00e9e, \u00e9tourdie de son propre bruit, excit\u00e9e par sa propre licence, ivre de joie d\u2019abord, de vin ensuite, elle s\u2019y livre \u00e0 tous les exc\u00e8s, \u00e0 tous les caprices d\u2019une imagination en d\u00e9lire.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"534\" data-id=\"15032\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/09\/lausanne_2_90.webp\" alt=\"lausanne 2 90\" class=\"wp-image-15032\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/09\/lausanne_2_90.webp 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/09\/lausanne_2_90-390x260.webp 390w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/09\/lausanne_2_90-768x513.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Tour Bel-Air. Construite par l\u2019architecte Alphonse Laverri\u00e8re, ce b\u00e2timent de 1931 a suscit\u00e9 un d\u00e9bat anim\u00e9. C. F. Ramuz la trouvait<br>\u00abvieillotte\u00bb, entre autres \u00e9pith\u00e8tes.<br>Photo Nicole Chuard \u00a9 Unil<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"534\" data-id=\"15033\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/09\/lausanne_3_90.webp\" alt=\"lausanne 3 90\" class=\"wp-image-15033\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/09\/lausanne_3_90.webp 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/09\/lausanne_3_90-390x260.webp 390w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/09\/lausanne_3_90-768x513.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">MUDAC. Pour Philippe Junod, cet \u00e9difice inaugur\u00e9 en 2022 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la gare de Lausanne est \u00aboriginal et \u00e9l\u00e9gant.\u00bb<br>Photo Nicole Chuard \u00a9 Unil<\/figcaption><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Lausanne assassin\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Intitul\u00e9es \u00abLamento sur Lausanne\u00bb, les pages consacr\u00e9es \u00e0 cette ville offrent un pr\u00e9cipit\u00e9 des tensions d\u00e9crites par l\u2019ouvrage. D\u2019abord, par la foison et la virulence des critiques \u00e0 toutes les \u00e9poques. Une ville \u00abenlaidie par les embellisseurs\u00bb selon Victor Hugo, \u00ablaide parce qu\u2019incoh\u00e9rente\u00bb selon un citoyen de 1910, \u00abqui n\u2019a \u201cpas su garder de noyau\u201d d\u2019apr\u00e8s \u00c9ric de Montmollin en 1948, o\u00f9 \u00abl\u2019esth\u00e9tique am\u00e9ricaine se propage au loin comme une maladie infectieuse\u00bb selon l\u2019analyse de Paul Seippel en 1897.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u2019ailleurs l\u2019\u00e9volution de Lausanne qui a pouss\u00e9 Philippe Junod \u00e0 entamer la r\u00e9daction de son livre. Un processus qui a m\u00fbri au cours de ses balades dans la ville que l\u2019historien, jamais fatigu\u00e9, contemple, analyse, photographie: \u00abApr\u00e8s un long s\u00e9jour en Italie et \u00e0 Paris, je suis rentr\u00e9 \u00e0 Lausanne il y a pr\u00e8s de trente ans et je ne fais que me d\u00e9soler de voir ce qu\u2019on en a fait. Je me souviens encore du vallon du Flon avant qu\u2019il soit b\u00e9tonn\u00e9. Il y avait des romanichels, des moulins qui tournaient. C\u2019\u00e9tait un lieu charmant. Tout \u00e7a a disparu. M\u00eame chose pour le quartier de mon enfance, vers l\u2019avenue Victor-Ruffy. Il y avait des jardins, des arbres fruitiers. Tout a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par des immeubles d\u2019une banalit\u00e9 consternante, fruit de l\u2019\u00e9ternelle sp\u00e9culation immobili\u00e8re.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Rien de conservateur dans la vision de l\u2019historien: \u00abJe sais qu\u2019on peut me qualifier de pass\u00e9iste. Mais ce n\u2019est pas parce que je d\u00e9nonce les cages \u00e0 lapins ou les bo\u00eetes \u00e0 chaussures que l\u2019on construit aujourd\u2019hui que je refuse la modernit\u00e9. Je demande simplement que l\u2019architecture moderne respecte le milieu dans lequel elle construit.\u00bb Des cr\u00e9ations r\u00e9centes cr\u00e9ent m\u00eame l\u2019admiration de Phillipe Junod, comme le Mus\u00e9e cantonal de design et d\u2019arts appliqu\u00e9s contemporains, le Mudac: \u00abIl est original et \u00e9l\u00e9gant. Il parvient \u00e0 r\u00e9unir deux b\u00e2timents en tenant compte de la fonction de chacun. L\u2019utilisation de l\u2019espace, les escaliers, la lumi\u00e8re, c\u2019est vraiment tr\u00e8s r\u00e9ussi, je suis enthousiaste.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ramuz, toujours<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019actualit\u00e9 fait souvent oublier l\u2019histoire. Les pol\u00e9miques architecturales de ces derni\u00e8res ann\u00e9es n\u2019ont, en fait, rien invent\u00e9. Future place de la Gare, refonte de la Riponne, dispute de 2014 sur la tour Taoua: ces d\u00e9bats vous ont sembl\u00e9 hom\u00e9riques? Ils ne sont rien par rapport \u00e0 ceux d\u2019antan! D\u2019abord, la plong\u00e9e dans les textes r\u00e9unis par Philippe Junod montre que les lieux qui posent probl\u00e8me aujourd\u2019hui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 contest\u00e9s autrefois. La zone du pont Chauderon? \u00abUne des plus laides de Lausanne\u00bb selon Pierre Dentan en 1947. Malley? \u00abLa supr\u00eame horreur!\u00bb s\u2019exclame le m\u00eame homme, qui n\u2019est pas plus tendre pour la Riponne: \u00abUn des lieux les plus massacr\u00e9s par les architectes d\u2019hier, offert en holocauste \u00e0 la pioche et \u00e0 la pelle des entrepreneurs.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il faut laisser \u00e0 C\u00e9sar la place qui lui revient: Ramuz, l\u2019incontournable, \u00e9crit des pages mordantes et sublimes sur cette ville qui le navre. La Tour Bel-Air, b\u00e2tie en 1931, va lui donner le souffle du dragon, non pas parce qu\u2019elle est trop haute, comme le pensent de nombreux contemporains, mais justement parce que, selon lui, elle manque d\u2019ambition, qu\u2019elle est \u00abvieillotte\u00bb: \u00abElle semble devenir de plus en plus poreuse \u00e0 mesure qu\u2019elle s\u2019\u00e9loigne du sol et comme s\u2019att\u00e9nuer au lieu de s\u2019affirmer, de sorte qu\u2019elle est sans sommet, sans terminaison, sans accent final. D\u2019ailleurs proprette, je n\u2019en disconviens pas, comme tout ce qui se fait chez nous\u2026\u00bb Bref, il la voit \u00abessentiellement moyenne\u00bb. En 1930, il sait d\u00e9j\u00e0 que la tour passera la rampe, malgr\u00e9 les critiques, parce que la r\u00e9gion ne sort de sa \u00abtorpeur\u00bb que pour mieux y replonger vu son \u00abcaract\u00e8re de pays neutre, sans acc\u00e8s \u00e0 la mer et sans colonies\u00bb. La satire est formidablement puissante puisqu\u2019elle d\u00e9passe l\u2019architecture et va chatouiller l\u2019\u00e2me vaudoise: \u00abLe d\u00e9bat grossit, s\u2019anime, semble devoir un instant aboutir, puis meurt tout \u00e0 coup de sa belle mort et il n\u2019en est plus question. La solution n\u2019est m\u00eame pas intervenue. Elle n\u2019intervient que plus tard; et g\u00e9n\u00e9ralement il n\u2019y a pas de solution, parce qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une demi-solution.\u00bb<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"222\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/09\/livre_vandalisme_90.webp\" alt=\"livre vandalisme 90\" class=\"wp-image-15058\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Vandalisme. Litt\u00e9rature et barbarie : Une anthologie. Par Philippe Junod. Infolio (2024), 496 p.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>L\u2019homme qui manque<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ramuz s\u2019est mis en voix, il ne s\u2019arr\u00eate plus. Il passe aux responsables, ou plut\u00f4t \u00e0 leur p\u00e2leur: \u00abIl y aurait fallu un homme et nous n\u2019en avons pas eu.\u00bb Impitoyable, il poursuit: \u00abIl aurait fallu que surv\u00eent \u00e0 ce moment-l\u00e0 dans nos administrations quelque chose de plus qu\u2019un simple administrateur ou teneur de comptes, un simple g\u00e9rant plus ou moins bien dou\u00e9 de la prosp\u00e9rit\u00e9 publique, ce que j\u2019appelle un homme, c\u2019est-\u00e0-dire un individu dou\u00e9 de toutes les qualit\u00e9s d\u2019homme, qui ne sont pas seulement la possibilit\u00e9 de calculer, ni m\u00eame celles de combiner plus ou moins bien ce qui existe, mais d\u2019imaginer ce qui devrait \u00eatre et de faire en sorte que ce qui devrait \u00eatre soit.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il y a un trait qui r\u00e9unit la plupart des d\u00e9fenseurs du patrimoine, c\u2019est d\u2019ailleurs celui-l\u00e0: la critique des politiques. Hugo r\u00e9sumait, en 1832: \u00abDans beaucoup d\u2019endroits, le pouvoir local, l\u2019influence municipale, la curatelle communale a pass\u00e9 des gentilshommes qui ne savaient pas \u00e9crire aux paysans qui ne savent pas lire. On est tomb\u00e9 d\u2019un cran.\u00bb Et de fustiger ces d\u00e9cisions qui font \u00abdispara\u00eetre un monument f\u00e9odal\u00bb pour \u00abagrandir le carr\u00e9 aux choux\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u00e9bats anciens<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comment le responsable actuel de la ville, le syndic de Lausanne Gr\u00e9goire Junod, lit-il ces critiques? \u00abInt\u00e9ressant de voir \u00e0 quel point ces d\u00e9bats sont anciens\u00bb, commente-t-il, pour ironiser, \u00e0 son tour, sur certains passages de Ramuz, notamment ses pr\u00e9dictions sur la Tour Bel-Air qui affirmaient: \u00abN\u00e9e du d\u00e9sordre, elle ajoutera au d\u00e9sordre, sans y apporter aucun embellissement, ni d\u2019ailleurs aucun enlaidissement sans doute, ce qui serait difficile. Le plus probable est qu\u2019on ne la remarquera m\u00eame pas.\u00bb \u00abL\u00e0-dessus en tout cas, Ramuz s\u2019est tromp\u00e9\u00bb, lance le syndic: \u00abAujourd\u2019hui, la tour est class\u00e9e.\u00bb Aurait-il, lui-m\u00eame, permis certains travaux s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 aux affaires \u00e0 l\u2019\u00e9poque: la construction d\u2019un parking de la Riponne ou la destruction de la maison de Viollet-le-Duc? \u00abJ\u2019esp\u00e8re que non\u00bb, lance-t-il, en relativisant le r\u00e9el pouvoir d\u2019un syndic en la mati\u00e8re: \u00abJe peux donner un pr\u00e9avis mais toutes les d\u00e9cisions se prennent \u00e0 sept, \u00e0 la Municipalit\u00e9. Quand les projets touchent une zone sensible, on consulte la Commission consultative d\u2019urbanisme et d\u2019architecture. Si nous sommes oppos\u00e9s, nous avons un levier, une disposition du r\u00e8glement qui nous permet de contester au motif de l\u2019esth\u00e9tique ou de l\u2019int\u00e9gration dans l\u2019environnement.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e9goire Junod admet que les arbitrages ne sont pas toujours faciles: \u00abIl existera toujours, dans un ex\u00e9cutif, la tentation de se laisser attirer par celui qui veut investir, qui va cr\u00e9er des logements, des emplois, des revenus, un accroissement fiscal. D\u2019autant que la loi sur l\u2019am\u00e9nagement incite \u00e0 exploiter le terrain existant.\u00bb La politique de Lausanne en la mati\u00e8re est pos\u00e9e: pour faire face \u00e0 l\u2019accroissement de la population, la ville a d\u00e9gag\u00e9 des secteurs, comme les Plaines-du-Loup ou les Pr\u00e9s-de-Vidy, o\u00f9 des logements peuvent se construire sans avoir \u00e0 remettre en question les secteurs \u00e0 prot\u00e9ger.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019un d\u00e9bat architectural se l\u00e8ve, le syndic est souvent fascin\u00e9 par les alliances contre-nature qui se cr\u00e9ent: \u00abIl y a les gens qui ont une approche patrimoniale historique. Les mouvements nationalistes qui prennent appui sur le patrimoine. Les milieux lib\u00e9raux qui ne veulent pas que les prol\u00e9taires viennent dans leur quartier. Les \u00e9cologistes qui pr\u00f4nent le maintien d\u2019un environnement existant.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Historien et politicien, les deux Junod \u2013 qui n\u2019ont aucun lien de famille \u2013 se rejoignent sur un constat optimiste: la protection du patrimoine a avanc\u00e9, des r\u00e9flexes et des instances de contr\u00f4le se sont cr\u00e9\u00e9s. \u00abLe vent est en train de tourner\u00bb, se r\u00e9jouit Philippe Junod. Gr\u00e9goire Junod s\u2019en f\u00e9licite: \u00abC\u2019est fondamental d\u2019avoir un patrimoine, c\u2019est ce qui vous rend fiers de l\u2019endroit o\u00f9 vous vivez. Je suis convaincu qu\u2019une ville se d\u00e9veloppe mieux si elle attache de l\u2019importance \u00e0 son histoire.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>On d\u00e9molit moins aveugl\u00e9ment, reste \u00e0 savoir si on b\u00e2tit de belles choses. L\u00e0 encore, laissons le dernier mot \u00e0 Victor Hugo: \u00abIl en est des monuments de Louis XIV comme de ses enfants. Il y a beaucoup de b\u00e2tards.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-group has-background\" style=\"background-color:#ed803f42\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Des \u00e9difices port\u00e9s disparus<\/h5>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"635\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/09\/lausanne_4_90.webp\" alt=\"lausanne 4 90\" class=\"wp-image-15034\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/09\/lausanne_4_90.webp 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/09\/lausanne_4_90-328x260.webp 328w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/09\/lausanne_4_90-768x610.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">1975. D\u00e9molition de la maison de Viollet-le-Duc. \u00a9 Minist\u00e8re de la Culture &#8211; M\u00e9diath\u00e8que du patrimoine et de la photographie, Dist. GrandPalaisRmn \/ image GrandPalaisRmn<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans son ouvrage, Philippe Junod a \u00e9tabli une \u00abChronologie s\u00e9lective des abattis\u00bb, soit des \u00e9difices d\u00e9molis \u00e0 Lausanne, de la R\u00e9forme \u00e0 nos jours, mais \u00e9galement de quelques sauvetages. Exemples.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>XVII<\/strong><strong><sup>e<\/sup><\/strong><strong>si\u00e8cle<\/strong> D\u00e9molition du clo\u00eetre de la Cath\u00e9drale de Lausanne<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1782<\/strong> D\u00e9molition de la Porte de l\u2019Ale<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1783<\/strong> D\u00e9molition de la Porte de P\u00e9pinet<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vers 1839<\/strong> D\u00e9molition du Clo\u00eetre de Saint-Fran\u00e7ois<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1899<\/strong> D\u00e9molition finale du Clo\u00eetre de Saint-Fran\u00e7ois (pour faire passer le tram)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1920<\/strong> D\u00e9molition de l\u2019H\u00f4tel Gibbon<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1927<\/strong> Balafre du parc Mon Repos par le nouveau Tribunal f\u00e9d\u00e9ral<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1958<\/strong> Inauguration de l\u2019usine d\u2019incin\u00e9ration du Vallon en pleine ville<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1975 <\/strong>D\u00e9molition de la maison de Viollet-le-Duc (<em>photo<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2006<\/strong> Inauguration de l\u2019usine d\u2019incin\u00e9ration Tridel en pleine ville<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2021<\/strong> D\u00e9molition de l\u2019\u00c9glise de la Science chr\u00e9tienne \u00e0 Sainte-Luce<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2022<\/strong> Nouvelle amputation du parc de L\u2019Hermitage par le Tribunal cantonal<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il y a aussi des sauvetages<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1896<\/strong> La Tour de l\u2019Ale, gr\u00e2ce au peintre Charles Vuillermet<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1978<\/strong> Les Galeries du commerce sont transform\u00e9es en Conservatoire de musique<\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La d\u00e9molition de chefs-d\u2019\u0153uvre architecturaux ou artistiques a toujours exist\u00e9, provoquant souvent l\u2019indignation d\u2019auteurs tr\u00e8s en verve. C\u2019est l\u2019objet du dernier livre de Philippe Junod, qui ancre une partie de &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":825,"featured_media":15031,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[42189,31,4176,42225],"tags":[42220],"class_list":{"0":"post-15199","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-diaporama","8":"category-histoire","9":"category-livres","10":"category-no-90","11":"tag-ariane-dayer"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15199","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/825"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15199"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15199\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15204,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15199\/revisions\/15204"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15031"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15199"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15199"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15199"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}