{"id":15,"date":"2008-05-10T20:05:49","date_gmt":"2008-05-10T18:05:49","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=15"},"modified":"2010-10-26T17:01:03","modified_gmt":"2010-10-26T15:01:03","slug":"euro-2008-le-plaisir-trouble-de-voir-perdre-les-autres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/euro-2008-le-plaisir-trouble-de-voir-perdre-les-autres\/","title":{"rendered":"Euro 2008: le plaisir trouble de voir perdre les autres\u2026 Mais pas n\u2019importe lesquels"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2008\/05\/foot.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-966\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2008\/05\/foot.jpg\" alt=\"Euro 2008: le plaisir trouble de voir perdre les autres... Mais pas n'importe lesquels\" width=\"530\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2008\/05\/foot.jpg 530w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2008\/05\/foot-300x147.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>En juin prochain, la Suisse organisera le championnat d\u2019Europe de football. Elle y participera avec l\u2019Allemagne, la France et l\u2019Italie, ses grands voisins couverts de titres, et \u00abmeilleurs adversaires\u00bb. Entre ces \u00e9quipes, la rivalit\u00e9 va bien au-del\u00e0 du sport. Voici pourquoi.<\/em><\/p>\n<p>Stade de France, mars 2005. \u00abMais ils sont o\u00f9&#8230;, mais ils sont o\u00f9 les p\u2019tits Fran\u00e7ais&#8230;\u00bb Denis M\u00fcller se souvient comme si c\u2019\u00e9tait hier de ce match entre la France et la Suisse. Le professeur d\u2019\u00e9thique \u00e0 la Facult\u00e9 de th\u00e9ologie et de sciences des religions de l\u2019UNIL est l\u2019un des quelques milliers de supporters helv\u00e9tiques un peu perdus dans la splendide enceinte parisienne, comble pour l\u2019occasion. Et pendant une heure et demie au moins, ils chantent. Et lui aussi, bien s\u00fbr. Pour se donner du courage et surtout pour narguer l\u2019adversaire traditionnel et n\u00e9anmoins puissant voisin fran\u00e7ais. Jusqu\u2019\u00e0 se casser la voix.<\/p>\n<h3>\u00abLe football, ses dieux et ses d\u00e9mons\u00bb<\/h3>\n<p>Le r\u00e9sultat final, 0 \u00e0 0, les r\u00e9compensera de leur pers\u00e9v\u00e9rance. Contre les h\u00e9ritiers des champions du monde de 1998, ce score nul et vierge vaut presque une victoire. Surtout acquis en terre \u00e9trang\u00e8re. Et m\u00eame si la star absolue Zin\u00e9dine Zidane et le gardien embl\u00e9matique Fabien Barthez n\u2019ont pas jou\u00e9 ce soir-l\u00e0.<\/p>\n<p>Denis M\u00fcller se rappelle cette rencontre dans les moindres d\u00e9tails. Le jeu, l\u2019ambiance, les enjeux, tout est inscrit dans sa m\u00e9moire. Et comme chez tous les amateurs de ballon rond qui se respectent, d\u2019autres souvenirs d\u2019une pr\u00e9cision redoutable rebondissent \u00e0 partir de l\u00e0, d\u2019une d\u00e9cennie \u00e0 l\u2019autre, entre les continents, les joueurs, les entra\u00eeneurs ou les \u00e9quipes.<\/p>\n<p>Il en a consign\u00e9 une partie dans un livre qui vient de para\u00eetre aux \u00e9ditions Labor et Fides, \u00abLe football, ses dieux et ses d\u00e9mons \u2013 Menaces et atouts d\u2019un jeu d\u00e9r\u00e9gl\u00e9\u00bb (Collection: le champ \u00e9thique), comme de juste pour ce th\u00e9ologien passionn\u00e9 de terrain, de tous les terrains, et donc aussi des terrains verts.<\/p>\n<h3>Retrouver la Turquie apr\u00e8s les incidents de 2005<\/h3>\n<p>Du reste, pour l\u2019\u00e9thicien, le football est aussi un \u00e9ternel recommencement, une cha\u00eene ininterrompue de questions et de r\u00e9ponses, si possible. Ainsi le match des retrouvailles du prochain Euro, entre la Suisse et la Turquie, le 11 juin prochain \u00e0 B\u00e2le. Denis M\u00fcller a not\u00e9 la mission de bons offices express du pr\u00e9sident de l\u2019ASF, l\u2019Association suisse de football, Ralph Zloczower, sur les rives du Bosphore, d\u00e9but mars. Avec l\u2019objectif de tourner la page du \u00abmatch de la honte\u00bb d\u2019Istanbul, le 16 novembre 2005, et ses images de brutalit\u00e9s qui ont fait le tour de la plan\u00e8te. Il esp\u00e8re que \u00able public suisse sera \u00e0 la hauteur de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, puisque son comportement sera d\u00e9terminant pour apaiser les esprits. Concr\u00e8tement, l\u2019espoir, c\u2019est qu\u2019il ne siffle pas l\u2019hymne turc, donnant ainsi la preuve d\u2019un sursaut de fiert\u00e9, la seule fa\u00e7on de d\u00e9passer ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 au Stade de Suisse en 2005 (quand une partie du public avait siffl\u00e9, ndlr).\u00bb<\/p>\n<h3>Une tendresse pour l\u2019Italie, des regrets pour l\u2019Angleterre<\/h3>\n<p>C\u00f4t\u00e9 coeur, les ascendances italo-tessinoises de Denis M\u00fcller lui compliquent parfois sa vie de supporter. Lorsque le cas de la Suisse est r\u00e9gl\u00e9, c\u2019est l\u2019\u00e9quipe italienne, forc\u00e9ment, qui a ses faveurs. Mais face au Br\u00e9sil, pas d\u2019h\u00e9sitation, l\u2019Italie ne fait plus le poids. Il y a des pr\u00e9f\u00e9rences footballistiques qui se respectent co\u00fbte que co\u00fbte, quels que soient les \u00e9tats de forme et les sp\u00e9culations des sp\u00e9cialistes.<\/p>\n<p>Pour dessiner plus pr\u00e9cis\u00e9ment la carte des cotes m\u00fcll\u00e9riennes au moment des coups d\u2019envoi, il faudrait encore tenir compte de ses compagnonnages au long cours avec les clubs de sa bonne ville de Neuch\u00e2tel, au gr\u00e9 des fusions, de l\u2019antique Cantonal au Neuch\u00e2tel Xamax actuel.<\/p>\n<p>Il faudrait aussi appr\u00e9cier le poids des d\u00e9tours de la vie. Quand on conna\u00eet dans le d\u00e9tail la carri\u00e8re du grand Bobby Moore, l\u2019inoubliable capitaine de l\u2019\u00e9quipe d\u2019Angleterre, championne du monde contre l\u2019Allemagne en finale en 1966, on comprend que, cet \u00e9t\u00e9, le professeur de l\u2019UNIL va regretter l\u2019absence des Anglais \u00e0 l\u2019Euro suisse. Avoir \u00e9t\u00e9 pasteur pendant deux ans \u00e0 Londres, \u00e7a laisse forc\u00e9ment des traces.<\/p>\n<h3>Ces \u00e9quipes qu\u2019il fait bon voir perdre<\/h3>\n<p>Le supporter et th\u00e9ologien Denis M\u00fcller au Stade de France, ce mois de mars-l\u00e0, qui voit en fin de compte l\u2019\u00e9quipe suisse tirer son \u00e9pingle du jeu, ce sont des circonstances qui font la \u00abcomplexit\u00e9 \u00bb d\u2019une existence. Mais ce sont aussi des indices sportifs qui valent leur pesant de \u00absimplicit\u00e9\u00bb. Au moins en apparence.<\/p>\n<p>Une victoire helv\u00e9tique ou un bon r\u00e9sultat contre la France n\u2019est jamais anodin. Inutile de se le cacher. C\u2019est un mauvais point pour l\u2019un des adversaires pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s de la Suisse&#8230; et c\u2019est toujours bon \u00e0 prendre! La Suisse n\u2019est pas seulement au coeur de l\u2019Europe. Question football, elle est enserr\u00e9e entre trois poids lourds \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, la France, l\u2019Allemagne et l\u2019Italie, qui sont devenus, au fil du jeu, ses r\u00e9f\u00e9rences. Contre ces trois l\u00e0, gagner ou perdre a un parfum tout particulier. A cause de ce voisinage g\u00e9ographique \u00e9troit et de la hi\u00e9rarchie plan\u00e9taire.<\/p>\n<p>A force, vu de Suisse, ce trio a gagn\u00e9 une place de choix et pratiquement exclusive dans le palmar\u00e8s des \u00e9quipes qu\u2019il fait bon voir perdre. Des perdants pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s en quelque sorte, les favoris d\u2019un concours de pronostics \u00e0 l\u2019envers o\u00f9 on parie sur ceux qui ne devraient pas gagner l\u2019Euro 2008, au lieu de ces sempiternelles mises sur les meilleurs! C\u2019est la fameuse profession de foi arbor\u00e9e sur tant de T-shirts pendant la derni\u00e8re Coupe du monde: \u00abJe supporte deux \u00e9quipes, la Suisse et n\u2019importe quelle autre qui battra la France\u00bb. Un ricanement pour mieux masquer la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<h3>Eliminer l\u2019Allemagne, quel pied!<\/h3>\n<p>Les travaux tout r\u00e9cents de deux doctorants de l\u2019Institut des sciences du sport et de l\u2019\u00e9ducation physique de l\u2019UNIL ont clairement cern\u00e9 ce voisinage d\u00e9tonant. Quand bien m\u00eame ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019unique accent de leurs contributions pr\u00e9sent\u00e9es en primeur \u00e0 un colloque scientifique en mai dernier \u00e0 Lausanne et qui devraient \u00eatre publi\u00e9es prochainement (actes de la manifestation). Deux jours de r\u00e9flexion sur le th\u00e8me: \u00abLe football en Suisse, enjeux sociaux et symboliques d\u2019un spectacle universel\u00bb.<\/p>\n<p>Gr\u00e9gory Quin est remont\u00e9 dans l\u2019histoire, juste avant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale: \u00abFootball et construction nationalitaire en Suisse, les matchs Suisse- Allemagne lors de la Coupe du monde de 1938\u00bb. A l\u2019\u00e9poque, on jouait en France pour les huiti\u00e8mes de finale de ladite Coupe du monde et l\u2019\u00e9quipe suisse s\u2019\u00e9tait impos\u00e9e \u00e0 la deuxi\u00e8me rencontre (4 \u00e0 2) contre l\u2019Allemagne, apr\u00e8s un premier r\u00e9sultat nul. Elle allait \u00eatre n\u00e9anmoins \u00e9limin\u00e9e au stade suivant de la comp\u00e9tition, en perdant contre la Hongrie. Mais de l\u2019avis g\u00e9n\u00e9ral, ce match contre les Hongrois n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019une p\u00e9rip\u00e9tie&#8230; La \u00abguerre\u00bb v\u00e9ritable, la Suisse l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 gagn\u00e9e en \u00e9liminant l\u2019Allemagne nazie.<\/p>\n<h3>Suisse-France, ou la revanche du cadet contre le grand fr\u00e8re arrogant<\/h3>\n<p>Lucie Schoch a d\u00e9crypt\u00e9 une confrontation plus r\u00e9cente: \u00abLes joueurs de football, ces h\u00e9ros. Le match France- Suisse de la Coupe du monde 2006, vu par la presse quotidienne et la t\u00e9l\u00e9vision en France et en Suisse romande\u00bb. Une rencontre dont Denis M\u00fcller avait suivi la r\u00e9p\u00e9tition g\u00e9n\u00e9rale, en quelque sorte, au Stade de France, quelques mois plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>Par rapport \u00e0 1938, les temps ont consid\u00e9rablement chang\u00e9, mais l\u2019analyse m\u00e9diatique laisse appara\u00eetre, plus d\u2019un demi-si\u00e8cle plus tard, en gros les m\u00eames constantes dans les discours, avant et apr\u00e8s les chocs. Avec, en prime, \u00abla reconstruction d\u2019une identit\u00e9 nationale, face \u00e0 une mondialisation qui fait peur\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est toujours le r\u00e9cit, d\u00e9clin\u00e9 sur tous les tons, de la r\u00e9sistance du cadet face \u00e0 son grand fr\u00e8re l\u00e9g\u00e8rement arrogant et s\u00fbr de lui, les faits d\u2019armes de Morgarten convoqu\u00e9s \u00e0 la rescousse, David face \u00e0 Goliath, l\u2019h\u00e9ro\u00efsme du plus faible qui tente de faire \u00e9chec au plus fort et qui y parvient&#8230; parfois.<br \/>\nDans les commentaires apr\u00e8s la cuisante d\u00e9faite suisse (4 \u00e0 0) face \u00e0 l\u2019Allemagne \u00e0 la fin du mois de mars dernier, on a retrouv\u00e9 les m\u00eames antiennes, presque mot pour mot (\u00abEt \u00e0 la fin, c\u2019est l\u2019Allemagne qui gagne\u00bb, a notamment titr\u00e9 \u00abLe Temps\u00bb, reprenant une boutade c\u00e9l\u00e8bre de Michel Platini). Facilit\u00e9s journalistiques, peut-\u00eatre, mais surtout, permanence des m\u00eames images nationales et des vieux sch\u00e9mas politico-sportifs.<\/p>\n<h3>Comme on se retrouve<\/h3>\n<p>Si les analyses des sp\u00e9cialistes de la gestion de fortune de l\u2019UBS, qui avaient pr\u00e9dit, \u00e0 juste titre, la victoire italienne lors du dernier Mondial allemand, tombent juste, il y a des chances pour que l\u2019Euro 2008 soit l\u2019occasion d\u2019une nouvelle v\u00e9rification de ces r\u00e9flexes conditionn\u00e9s.<\/p>\n<p>Ces statisticiens voient en effet une finale entre l\u2019Italie et la R\u00e9publique tch\u00e8que \u00e0 Vienne le 29 juin prochain: un des perdants favoris des Suisses en lice pour le titre supr\u00eame! Auparavant, la Suisse aurait \u00e9limin\u00e9, en quarts de finale, rien moins que la grande Allemagne ellem\u00eame, et qui plus est jouant tr\u00e8s pr\u00e8s de ses propres terres&#8230; Ce match ne s\u2019annonce pas comme les autres (s\u2019il a bien lieu!), mais il est vrai que les fins calculateurs de l\u2019UBS Wealth Management Research n\u2019ont pas pu tenir compte de la d\u00e9culott\u00e9e enregistr\u00e9e fin mars par les joueurs suisses! Et enfin, cerise sur le g\u00e2teau pour les nombreux amateurs helv\u00e9tiques de ce genre de spectacles, la France devrait dispara\u00eetre d\u00e8s le premier tour&#8230;<\/p>\n<p>Le pr\u00e9texte tout trouv\u00e9 pour ressortir les fameux T-shirts antifran\u00e7ais de 2006? Avec un b\u00e9mol, les sp\u00e9cialistes de l\u2019UBS s\u2019\u00e9taient cass\u00e9 les dents sur l\u2019\u00e9quipe tricolore dans leurs pr\u00e9c\u00e9dentes pr\u00e9visions, puisqu\u2019ils ne les avaient pas vus arriver en finale contre l\u2019Italie pour l\u2019attribution du dernier titre mondial.<\/p>\n<h2>Que restera-t-il des nations dans la mondialisation?<\/h2>\n<p>Reste \u00e0 v\u00e9rifier si les m\u00eames causes produiront encore longtemps les m\u00eames effets sur le front footballistique. Comme le souligne Jean-Loup Chappelet, professeur et directeur de l\u2019IDHEAP, l\u2019Institut de hautes \u00e9tudes en administration publique, il faut se rappeler que le syst\u00e8me sportif plan\u00e9taire s\u2019est bien mondialis\u00e9, mais que ses fondements restent encore nationaux, marqu\u00e9s par la fin du XIXe si\u00e8cle. Le football ne fait pas exception \u00e0 cette r\u00e8gle, m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas aussi universel qu\u2019on le pr\u00e9tend, ou qu\u2019on l\u2019imagine, puisqu\u2019il n\u2019est encore qu\u2019un sport tr\u00e8s mineur dans des zones importantes, comme l\u2019Australie, l\u2019Oc\u00e9anie, l\u2019Am\u00e9rique du Nord ou le Japon.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, une question s\u2019impose: combien de temps cette tension entre la mondialisation progressive du sport le plus populaire de la plan\u00e8te et ses structures nationales pourra-t-elle subsister et se d\u00e9velopper sans changer son paysage psychologique et identitaire en profondeur?<\/p>\n<h3>Fiert\u00e9 nationale ou chauvinisme born\u00e9<\/h3>\n<p>Combien de temps, dans ces conditions, le football pourra-t-il rester cette curieuse arche de No\u00e9 des valeurs nationales perdues ou en voie de mues radicales, voire de disparition? O\u00f9 il est permis de manifester au grand jour un nationalisme (une fiert\u00e9, ne pas confondre! souligne Denis M\u00fcller) exacerb\u00e9, avant, pendant et juste apr\u00e8s un match, sans s\u2019attirer des accusations de chauvinisme born\u00e9? Avec certaines limites, non \u00e9crites mais qui semblent n\u00e9anmoins suffisamment claires&#8230; Voir la r\u00e9probation consid\u00e9rable qu\u2019avaient provoqu\u00e9e, en France, les propos du leader du Front National, Jean-Marie Le Pen, visant la couleur et l\u2019origine des joueurs de la fameuse \u00e9quipe blackblanc- beur championne du monde, ou, en Suisse, l\u2019apostrophe du patron tessinois de la Lega, Giuliano Bignasca, \u00e0 l\u2019endroit de l\u2019\u00e9quipe helv\u00e9tique : \u00abTrop de Noirs dans le onze de Suisse\u00bb, s\u2019\u00e9tait-il permis d\u2019\u00e9crire en ao\u00fbt dernier&#8230;<\/p>\n<h3>La Suisse d\u00e9couvre l\u2019effet black-blanc-beur<\/h3>\n<p>A cela s\u2019ajoute la mont\u00e9e irr\u00e9sistible de forces internes au football qui contribuent \u00e0 gommer les diff\u00e9rences et \u00e0 d\u00e9caler les discours et les commentaires trop sensibles aux nostalgies marqu\u00e9es par les pr\u00e9\u00e9minences nationales (ou \u00e9tatiques, les sp\u00e9cialistes de la question en discutent, parlant dans ce cas de \u00abd\u00e9nationalisation \u00bb). Contrairement aux apparences, le ballon rond ne serait donc pas seulement l\u2019occasion d\u2019un repli sur des fronti\u00e8res de plus en plus d\u00e9pass\u00e9es par les \u00e9volutions politico-commerciales, mais aussi un puissant vecteur d\u2019ouverture. Une ambivalence \u00e0 souligner. C\u2019est, par exemple, en Suisse, l\u2019assimilation venue des clubs, puis \u00e9vidente dans l\u2019\u00e9quipe nationale, de joueurs issus directement ou indirectement des vagues successives de l\u2019immigration. Denis M\u00fcller: \u00abUn v\u00e9ritable changement de paradigme est en cours. En Suisse par exemple, toutes proportions gard\u00e9es, c\u2019est un effet black-blanc-beur \u00e0 retardement qui se r\u00e9pand, envers et contre tout.\u00bb<\/p>\n<p>Face \u00e0 ce m\u00e9tissage progressif, les chauvinismes nationaux perdent leurs plumes. Avec des joueurs d\u2019origine italienne, espagnole, turque, colombienne et d\u2019ex-Yougoslavie, la Suisse r\u00eave de battre l\u2019Allemagne, la France et l\u2019Italie, des \u00e9quipes aussi mondialis\u00e9es que la s\u00e9lection de K\u00f6bi Kuhn.<\/p>\n<p>Reste \u00e0 savoir si, dans ces conditions, l\u2019envie de voir l\u2019\u00e9limination de nos \u00abperdants pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s\u00bb gardera longtemps la m\u00eame saveur.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Laurent Bonnard<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En juin prochain, la Suisse organisera le championnat d\u2019Europe de football. Elle y participera avec l\u2019Allemagne, la France et l\u2019Italie, ses grands voisins couverts de titres, et \u00abmeilleurs adversaires\u00bb. 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