{"id":14666,"date":"2025-02-19T08:24:00","date_gmt":"2025-02-19T06:24:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=14666"},"modified":"2025-02-12T11:13:02","modified_gmt":"2025-02-12T09:13:02","slug":"la-montee-en-puissance-des-psychiatres-dans-les-proces","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/la-montee-en-puissance-des-psychiatres-dans-les-proces\/","title":{"rendered":"La mont\u00e9e en puissance des\u00a0psychiatres dans les proc\u00e8s"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"565\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/psychiatres_88_1.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-14633\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/psychiatres_88_1.webp 565w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/psychiatres_88_1-184x260.webp 184w\" sizes=\"auto, (max-width: 565px) 100vw, 565px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Jehan Khodl<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019expertise psychiatrique occupe une place toujours plus importante sur la sc\u00e8ne p\u00e9nale suisse. Si l\u2019id\u00e9e initiale consistait \u00e0 d\u00e9terminer si une pr\u00e9venue ou un pr\u00e9venu souffrait d\u2019une maladie psychique, et avait donc une responsabilit\u00e9 diminu\u00e9e, le vent a tourn\u00e9. Aujourd\u2019hui, la ou le psychiatre est surtout amen\u00e9 \u00e0 \u00e9valuer le risque de r\u00e9cidive.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lucie, Marie et Adeline: trois pr\u00e9noms tristement li\u00e9s \u00e0 des crimes violents qui ont \u00e9mu toute la Suisse. Ils ont \u00e9t\u00e9 perp\u00e9tr\u00e9s par des r\u00e9cidivistes au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Ces trois drames, au-del\u00e0 d\u2019avoir suscit\u00e9 des d\u00e9bats intenses sur la s\u00e9curit\u00e9 et la r\u00e9insertion des d\u00e9tenus, ont \u00e9galement marqu\u00e9 un tournant, comme le souligne St\u00e9phanie Loup. <a href=\"https:\/\/unil.ch\/esc\" data-type=\"link\" data-id=\"unil.ch\/esc\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Criminologue<\/a>, cofondatrice d\u2019<a href=\"https:\/\/outsiders.swiss\" data-type=\"link\" data-id=\"outsiders.swiss\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">OutSiders <\/a>(<em>lire ci-dessous<\/em>), elle a consacr\u00e9 sa th\u00e8se<sup>(1)<\/sup> \u00e0 la question des expertises psychiatriques dans la d\u00e9cision judiciaire p\u00e9nale. Elle constate: \u00abEn Suisse romande, ces trois affaires ont probablement favoris\u00e9 la demande plus syst\u00e9matique d\u2019expertises psychiatriques entra\u00eenant l\u2019av\u00e8nement de l\u2019expertise psychiatrique comme pi\u00e8ce centrale, voire incontournable du dossier p\u00e9nal\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi cette \u00e9volution? Que dit-elle de notre soci\u00e9t\u00e9? Qu\u2019en pensent les principaux int\u00e9ress\u00e9s, les magistrats et les experts psychiatres? A-t-on trop souvent recours aux experts psychiatres? Voici quelques-unes des nombreuses questions que St\u00e9phanie Loup a abord\u00e9es dans sa th\u00e8se. Ses recherches ont repos\u00e9 sur cinq observations au sein de tribunaux, l\u2019analyse de vingt-huit dossiers judiciaires et cinquante-six entretiens de magistrats, experts psychiatres et avocats. Cela fait des si\u00e8cles que les tribunaux europ\u00e9ens sollicitent des experts pour des questions de toute nature, rappelle St\u00e9phanie Loup. \u00abPour les magistrats, c\u2019est une pratique courante de solliciter des sp\u00e9cialistes pour les \u00e9clairer sur des \u00e9l\u00e9ments de preuve ou indices jug\u00e9s trop techniques pour qu\u2019ils puissent les interpr\u00e9ter et les appr\u00e9cier seuls.\u00bb Aujourd\u2019hui, les tribunaux sollicitent r\u00e9guli\u00e8rement des experts dans des domaines tels que la finance, la comptabilit\u00e9, les sciences forensiques pour analyser des traces, des lieux d\u2019accident, des explosions ou d\u2019autres \u00e9v\u00e9nements complexes. \u00abMais il est vrai que la figure de l\u2019expert psychiatre occupe une place singuli\u00e8re: il est devenu l\u2019incarnation m\u00eame de l\u2019expertise dans nos tribunaux, et il est omnipr\u00e9sent dans les m\u00e9dias.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"600\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/StephanieLoup_88_1.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-14639\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/StephanieLoup_88_1.webp 400w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/StephanieLoup_88_1-173x260.webp 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">St\u00e9phanie Loup. Docteure en criminologie et science forensique \u00e0 l\u2019UNIL. Cofondatrice de la soci\u00e9t\u00e9 OutSiders, avec Lionel Grossrieder.\nPhoto Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Pourquoi cette mise en lumi\u00e8re? \u00abC\u2019est rassurant de se dire que si une personne a commis un acte terrible, c\u2019est parce qu\u2019elle souffre d\u2019une pathologie. Cela permet de la percevoir comme fondamentalement diff\u00e9rente de nous. Cette personne est capable de l\u2019indicible parce qu\u2019elle est malade, alors que nous qui ne le sommes pas, nous ne pourrions jamais agir de la sorte.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Au niveau l\u00e9gal, St\u00e9phanie Loup souligne que l\u2019entr\u00e9e en vigueur du nouveau Code p\u00e9nal en 2007 et l\u2019uniformisation des r\u00e8gles de proc\u00e9dure p\u00e9nale \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale en 2011, ont renforc\u00e9 le r\u00f4le central de l\u2019expertise psychiatrique.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce une \u00e9volution positive? Pour St\u00e9phanie Loup, plus les informations sont nombreuses, diversifi\u00e9es et crois\u00e9es avec diff\u00e9rents points de vue, meilleure est la qualit\u00e9 des d\u00e9cisions, que ce soit en mati\u00e8re de sanctions ou de r\u00e9insertion de la personne. \u00abToute expertise, qu\u2019elle soit psychiatrique, criminologique ou autre, est utile si elle reste un \u00e9l\u00e9ment parmi d\u2019autres dans le dossier. Mais en faire la pi\u00e8ce ma\u00eetresse serait dangereux, car cela limiterait la diversit\u00e9 des perspectives et conduirait \u00e0 une vision m\u00e9dicale de la situation, par d\u00e9finition partielle.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9valuer le risque de r\u00e9cidive<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Initialement, l\u2019expertise psychiatrique avait pour but de poser un diagnostic m\u00e9dical. Et de d\u00e9finir, sur foi de celui-ci, si l\u2019accus\u00e9 \u00e9tait responsable de ses actes, ou non, ceci en fonction du trouble dont il souffrait. Si on partait du principe qu\u2019il avait une diminution importante de sa responsabilit\u00e9, on estimait que \u00e7a ne servait \u00e0 rien de le punir puisqu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas directement responsable des actes commis, mais qu\u2019en revanche, il fallait le soigner pour diminuer le risque qu\u2019il perp\u00e8tre un nouveau crime.<\/p>\n\n\n\n<p>St\u00e9phanie Loup explique que, progressivement, une nouvelle mission s\u2019est ajout\u00e9e \u00e0 la fonction initiale de l\u2019expertise psychiatrique: l\u2019\u00e9valuation du risque de r\u00e9cidive. \u00abCette \u00e9volution s\u2019inscrit notamment dans le contexte de crimes commis par des r\u00e9cidivistes qui ont d\u00e9fray\u00e9 la chronique. On a vraiment connu une sorte de d\u00e9rive: on est pass\u00e9 d\u2019une notion de soins ou de prise en charge individualis\u00e9e, \u00e0 une logique qui s\u2019est orient\u00e9e vers des pr\u00e9occupations principalement s\u00e9curitaires.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce propos, dans sa th\u00e8se, la criminologue rel\u00e8ve que les dix-sept experts psychiatres rencontr\u00e9s se questionnent sur le sens \u00e0 donner \u00e0 leur pratique, dans ce contexte s\u00e9curitaire. L\u2019un d\u2019eux, qui compte vingt-cinq ans d\u2019exp\u00e9rience, lui a confi\u00e9: \u00abAvec le nouveau Code p\u00e9nal, \u00e7a s\u2019est cristallis\u00e9. Au point que la question de la responsabilit\u00e9, elle, ne pr\u00e9occupe pratiquement plus personne. Tout le monde s\u2019en fiche. La seule chose qui compte, c\u2019est \u201cqu\u2019est-ce qu\u2019on va faire pour pas que \u00e7a recommence?\u201d\u00bb Pourquoi les psychiatres sont-ils entr\u00e9s dans ces \u00abhistoires\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9poque, se demande-t-il? Il donne la r\u00e9ponse: \u00abC\u2019\u00e9tait quand m\u00eame une perspective un peu humanitaire ou humaniste. Il n\u2019est pas juste qu\u2019une personne qui commet un acte illicite \u00e0 cause de sa maladie, soit condamn\u00e9e de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019un individu qui le fait intentionnellement. Plut\u00f4t que punie, cette personne doit \u00eatre soign\u00e9e. Ce n\u2019est plus tellement la perspective du soin qui l\u2019emporte, que strictement la perspective de la s\u00e9curit\u00e9 publique.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" data-id=\"14634\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/psychiatres_88_2.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-14634\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/psychiatres_88_2.webp 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/psychiatres_88_2-390x260.webp 390w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/psychiatres_88_2-768x512.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Des bougies, des fleurs et des lettres en m\u00e9moire de Lucie, assassin\u00e9e par un r\u00e9cidiviste le 4 mars 2009 en Argovie. <br>\u00a9 Patrick B. Kraemer \/ Keystone<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" data-id=\"14635\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/psychiatres_88_3.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-14635\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/psychiatres_88_3.webp 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/psychiatres_88_3-390x260.webp 390w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/psychiatres_88_3-768x512.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Un fourgon cellulaire am\u00e8ne l\u2019assassin de Marie, \u00e9galement r\u00e9cidiviste, au Tribunal cantonal \u00e0 Lausanne, le 1er septembre 2016.<br>\u00a9 Cyril Zingaro \/ Keystone<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" data-id=\"14637\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/psychiatres_88_5.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-14637\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/psychiatres_88_5.webp 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/psychiatres_88_5-390x260.webp 390w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/psychiatres_88_5-768x512.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Rassemblement en m\u00e9moire d\u2019Adeline, assassin\u00e9e par un d\u00e9tenu en sortie le 12 septembre 2013 \u00e0 Bellevue (GE).<br>\u00a9 Magali Girardin \/ Keystone<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"532\" data-id=\"14636\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/psychiatres_88_4.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-14636\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/psychiatres_88_4.webp 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/psychiatres_88_4-391x260.webp 391w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2025\/02\/psychiatres_88_4-768x511.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Marche noire de protestation contre la justice, apr\u00e8s les assassinats de Lucie, Adeline et Marie, le 12 avril 2014 \u00e0 Lausanne.<br>\u00a9 Martial Trezzini \/ Keystone<\/figcaption><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Objectif s\u00e9curitaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On l\u2019aura compris, aujourd\u2019hui, si les experts psychiatres doivent s\u2019atteler \u00e0 la question de la r\u00e9cidive, c\u2019est avant tout dans le but de prot\u00e9ger la population. Cet objectif s\u00e9curitaire fait r\u00e9agir St\u00e9phanie Loup. Elle commence par rappeler que le risque de r\u00e9cidive est une probabilit\u00e9, indiqu\u00e9e g\u00e9n\u00e9ralement en pourcentage, en fonction de l\u2019acte commis. En criminologie, les taux de base jouent un r\u00f4le central dans l\u2019\u00e9valuation du risque de r\u00e9cidive. Dans le cas des violences domestiques par exemple, ces taux sont particuli\u00e8rement bien document\u00e9s en raison de la fr\u00e9quence du ph\u00e9nom\u00e8ne. Les donn\u00e9es montrent qu\u2019un auteur de violences domestiques a environ 50% de probabilit\u00e9 de r\u00e9cidiver apr\u00e8s une condamnation. En revanche, pour des actes beaucoup plus rares comme les homicides, les taux de base sont nettement moins fiables, notamment en Suisse, o\u00f9 ces crimes sont peu fr\u00e9quents. Comme l\u2019explique St\u00e9phanie Loup, un suivi sur plusieurs d\u00e9cennies serait n\u00e9cessaire pour obtenir des estimations solides. Pour pallier cette raret\u00e9 des donn\u00e9es, les chercheurs se tournent souvent vers des \u00e9tudes men\u00e9es aux \u00c9tats-Unis ou au Canada, o\u00f9 le contexte social et criminologique est diff\u00e9rent. Dans ces pays, le taux de r\u00e9cidive moyen pour l\u2019ensemble des homicides est estim\u00e9 \u00e0 5%.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pr\u00e9dire la r\u00e9cidive n\u2019est pas pour autant une t\u00e2che facile, comme le confie un autre des experts psychiatres interrog\u00e9s par St\u00e9phanie Loup. \u00abOn est tous un peu dans l\u2019embarras avec cette question. Parce que \u00e7a reste quand m\u00eame une pr\u00e9diction sur l\u2019avenir, et je ne vois pas comment on peut l\u00e9gitimement r\u00e9pondre. Donc \u00e7a reste une construction narrative, et il faut essayer le plus possible de montrer dans quels types de circonstances, et avec quels processus, on peut imaginer une r\u00e9p\u00e9tition. Et \u00e7a, tout en sachant que \u00e7a reste une hypoth\u00e8se.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Grille d\u2019\u00e9valuation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette incertitude inh\u00e9rente \u00e0 la pr\u00e9diction de la r\u00e9cidive, soulign\u00e9e par les experts eux-m\u00eames, trouve un \u00e9cho dans les critiques de St\u00e9phanie Loup. Si elle ne met pas en question la rigueur scientifique des diagnostics psychiatriques, elle exprime des doutes sur la mani\u00e8re dont certains experts psychiatres posent le niveau de risque de r\u00e9cidive. En effet, parmi les outils fr\u00e9quemment utilis\u00e9s, le HCR-20 semble occuper une place centrale. Con\u00e7u dans les ann\u00e9es 90, cet instrument prend la forme d\u2019une grille d\u2019\u00e9valuation compos\u00e9e de vingt crit\u00e8res. S\u2019il est pertinent pour estimer le risque de comportements violents en milieu m\u00e9dical et orienter la prise en charge, il pr\u00e9sente des limites dans le contexte d\u2019une expertise. \u00abLes experts canadiens, reconnus dans ce domaine, se montrent critiques. Selon eux, le HCR-20 n\u2019est pas adapt\u00e9 pour \u00e9valuer le risque de r\u00e9cidive \u00e0 partir d\u2019entretiens ponctuels, comme ceux r\u00e9alis\u00e9s dans le cadre d\u2019une expertise. Son efficacit\u00e9 repose sur une observation prolong\u00e9e et immersive dans le contexte de vie de l\u2019individu, permettant une \u00e9valuation plus nuanc\u00e9e et fiable.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Lors d\u2019expertises criminologiques, St\u00e9phanie Loup proc\u00e8de elle-m\u00eame \u00e0 de telles \u00e9valuations avec d\u2019autres outils mieux valid\u00e9s pour ce type de d\u00e9marche, comme le LS\/CMI (<em>Level of Service\/Case Management Inventory<\/em>), un questionnaire qui porte sur huit domaines distincts, dont le travail, la famille ou les ant\u00e9c\u00e9dents. Si elle le consid\u00e8re comme fiable, elle constate que l\u2019\u00e9valuation du risque de r\u00e9cidive demeure un exercice d\u00e9licat. \u00abNous sommes dans une science humaine qui est molle et p\u00e9trie d\u2019incertitudes, une particularit\u00e9 coupl\u00e9e au fait que le risque z\u00e9ro n\u2019existe pas. En tant que professionnels, nous devons vivre avec cette r\u00e9alit\u00e9. Un jour survient malheureusement une trag\u00e9die: on prend la d\u00e9cision d\u2019assouplir le cadre, mais r\u00e9trospectivement, il ne fallait pas. Il faut alors accepter de reconna\u00eetre que l\u2019on s\u2019est tromp\u00e9. C\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 difficile, presque insupportable, mais elle fait partie de notre m\u00e9tier.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9quilibrisme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comment les magistrats int\u00e8grent-ils toutes ces \u00e9volutions dans leur prise de d\u00e9cision? St\u00e9phanie Loup constate que certains vivent tr\u00e8s bien avec le fait d\u2019accorder beaucoup de poids \u00e0 l\u2019expert psychiatre. \u00abIls disent: \u201cJ\u2019estime que je n\u2019ai pas les comp\u00e9tences et que si je demande l\u2019avis d\u2019un expert, c\u2019est logique que je suive ce qu\u2019il me propose.\u201d\u00bb Les autres requi\u00e8rent une expertise psychiatrique quand ils n\u2019ont pas trop le choix, par exemple s\u2019il s\u2019agit d\u2019un acte tr\u00e8s grave et qu\u2019ils souhaitent prendre toutes les pr\u00e9cautions requises par leur hi\u00e9rarchie. Ils composent alors avec ce document et soulignent l\u2019importance de pouvoir prendre une d\u00e9cision ind\u00e9pendante.<\/p>\n\n\n\n<p>St\u00e9phanie Loup cite encore en conclusion une juge qui compte vingt ans d\u2019exp\u00e9rience. \u00abC\u2019est tellement important de pouvoir s\u2019extraire de tout \u00e7a, du contexte actuel de la politique et des m\u00e9dias. Il est indispensable que le juge pr\u00e9serve son ind\u00e9pendance, car sinon, il n\u2019arrivera pas \u00e0 garder cet \u00e9quilibre entre la sanction la plus juste \u00e0 prononcer au regard de tous les \u00e9l\u00e9ments du dossier, et la tentation de garder le plus longtemps possible quelqu\u2019un en prison pour se prot\u00e9ger. Il faut \u00eatre honn\u00eate, ce que l\u2019on demande au juge, c\u2019est un vrai exercice d\u2019\u00e9quilibriste.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f8f7f7\"><sup>(1)<\/sup> L\u2019expertise psychiatrique: LA carte \u00e0 jouer dans la d\u00e9cision judiciaire p\u00e9nale?: regards crois\u00e9s sur les (en)jeux du dispositif expertal psychiatrique au prisme du jeu de poker. Par St\u00e9phanie Loup (2018). Th\u00e8se disponible sur <a href=\"https:\/\/serval.unil.ch\" data-type=\"link\" data-id=\"serval.unil.ch\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">serval.unil.ch <\/a>sous le titre ou le nom de l\u2019autrice.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-group has-background\" style=\"background-color:#9e805d4d\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p><br><strong>Expertises psychiatriques: les d\u00e9tails<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une vingtaine \u00e0 une centaine de pages, la longueur des rapports d\u2019expertise psychiatrique varie \u00e9norm\u00e9ment. St\u00e9phanie Loup explique: \u00abLes expertises synth\u00e9tiques viennent en g\u00e9n\u00e9ral de centres qui sont reconnus. Ils ont une doctrine de pratique et calibrent leurs rapports. Puis il y a des expertises plus <em>freestyle<\/em> qui comportent de nombreux \u201ccopier-coller\u201d du dossier p\u00e9nal et des passages qui sont de l\u2019ordre de la synth\u00e8se descriptive. Les expertises les plus longues ne sont de loin pas les meilleures.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Au fil du temps, des experts psychiatres ont gagn\u00e9 en professionnalisme et ont fait de cette activit\u00e9 leur sp\u00e9cialit\u00e9 principale. Il est important d\u2019acqu\u00e9rir des connaissances l\u00e9gales: conna\u00eetre le Code p\u00e9nal, le contenu des mesures. \u00abLes experts qui travaillent au sein d\u2019entit\u00e9s publiques sont des gens qui se forment en continu. De plus, ils exercent toujours en bin\u00f4me, pour confronter les regards. \u00c9thiquement, cela devrait \u00eatre un devoir. Heureusement, il y a de moins en moins d\u2019experts qui exercent en cabinet priv\u00e9, d\u00e9pourvus de la possibilit\u00e9 de croiser leurs id\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La plupart du temps, les experts psychiatres sont contact\u00e9s par \u00e9crit et rendent un rapport. Ils ne se pr\u00e9sentent en g\u00e9n\u00e9ral pas au proc\u00e8s, sauf cas exceptionnels. Ils doivent alors faire face aux interrogations des avocats et justifier leur travail, une remise en question pas toujours bienvenue. La d\u00e9cision de solliciter une expertise revient au magistrat; les parties peuvent en faire la demande, mais seul le procureur ou le juge a le droit de mandater un expert.<\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-background\" style=\"background-color:#9e805d4d\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p><br><strong>Une start-up qui cartonne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Voici trois ans et demi, St\u00e9phanie Loup a cofond\u00e9 OutSiders avec Lionel Grossrieder. Tous deux ont acquis leur doctorat en criminologie et science forensique \u00e0 l\u2019UNIL. Ils ont install\u00e9 leur start-up \u2013 un vaste et lumineux bureau \u2013 dans la zone industrielle de Bulle, et ont rapidement \u00e9t\u00e9 rejoints par quatre criminologues sp\u00e9cialis\u00e9s dans des domaines comme les violences de genre ou les extr\u00e9mismes violents.<\/p>\n\n\n\n<p>Conception de dispositifs d\u2019\u00e9valuation et de gestion des risques criminologiques, diagnostic de s\u00e9curit\u00e9, gestion des menaces en entreprise, enqu\u00eate socio-criminologique, expertises criminologiques et programmes de formation, les prestations propos\u00e9es sont vastes. Les mandats ont afflu\u00e9 d\u00e8s le lancement de leur petite entreprise. \u00abNous avons par exemple accompagn\u00e9 la cellule de gestion et de pr\u00e9vention de la violence de la Police municipale de Lausanne, dans sa cr\u00e9ation et deux ans plus tard, dans l\u2019\u00e9valuation de son impl\u00e9mentation\u00bb, explique St\u00e9phanie Loup. Ils accompagnent aussi la Commune de Payerne dans la refonte de son dispositif de s\u00e9curit\u00e9 publique. \u00abNous avons \u00e9galement lanc\u00e9 une phase test avec le Minist\u00e8re public du canton du Jura. La mission? En situation d\u2019urgence, avec peu d\u2019informations \u00e0 disposition, proc\u00e9der \u00e0 une \u00e9valuation pr\u00e9liminaire des risques qui donne, sur dossier, un \u00e9clairage sur la situation.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/outsiders.swiss\" data-type=\"link\" data-id=\"outsiders.swiss\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">outsiders.swiss<\/a><\/p>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019expertise psychiatrique occupe une place toujours plus importante sur la sc\u00e8ne p\u00e9nale suisse. 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