{"id":14132,"date":"2024-05-22T08:25:00","date_gmt":"2024-05-22T06:25:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=14132"},"modified":"2024-05-07T11:27:11","modified_gmt":"2024-05-07T09:27:11","slug":"isabelle-de-montolieu-retour-de-flamme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/isabelle-de-montolieu-retour-de-flamme\/","title":{"rendered":"Isabelle de Montolieu, retour de flamme"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Bien oubli\u00e9e de nos jours, Isabelle de Montolieu (1751-1832) fut une femme de Lettres c\u00e9l\u00e8bre en Europe, au tournant des Lumi\u00e8res. Chercheuse \u00e0 l\u2019UNIL, Marion Curchod a consacr\u00e9 son m\u00e9moire de <em>master<\/em>, un livre et une exposition \u00e0 l\u2019auteure de <em>Caroline de Lichtfield<\/em>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"626\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2024\/05\/montolieu_86_1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14005\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2024\/05\/montolieu_86_1.jpg 626w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2024\/05\/montolieu_86_1-203x260.jpg 203w\" sizes=\"auto, (max-width: 626px) 100vw, 626px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Portrait anonyme d\u2019Isabelle de Montolieu jeune, r\u00e9alis\u00e9 vers 1770.\n\u00a9 Coll. Mus\u00e9e Historique Lausanne. Cr\u00e9dits: Atelier de num\u00e9risation Ville  de Lausanne-Olivier Laffely<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Elle l\u2019appelle \u00abIsabelle\u00bb, tout au long de l\u2019entretien. Dans le brouhaha qui r\u00e8gne \u00e0 la caf\u00e9t\u00e9ria du b\u00e2timent Anthropole de l\u2019UNIL, Marion Curchod parle avec passion de la baronne de Montolieu. Gr\u00e2ce \u00e0 un ouvrage r\u00e9cent et \u00e0 une exposition itin\u00e9rante, la collaboratrice de recherche \u00e0 l\u2019Institut Benjamin Constant souhaite attirer l\u2019attention sur une personnalit\u00e9 complexe, dont le nom ne r\u00e9sonne plus gu\u00e8re de nos jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Une travers\u00e9e du d\u00e9sert en apparence \u00e9trange, quand on pense qu\u2019au cours de sa vie, Isabelle de Montolieu (1751-1832) connut le succ\u00e8s litt\u00e9raire, brilla dans les salons, monta sur les planches, \u00e9crivit des chansons, traduisit Jane Austen, gagna son ind\u00e9pendance financi\u00e8re, conclut un mariage d\u2019amour malheureux puis un mariage de raison presque r\u00e9ussi, tenta de prendre la fuite avec un jeune lord et fut veuve deux fois (dans le d\u00e9sordre). Un tel destin n\u2019a pas de point commun avec le banal chemin des hauts de Lausanne qui emprunte son nom \u00e0 la baronne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00abIl ne faut pas fatiguer le bonheur\u2009;<\/strong> <strong>il s\u2019\u00e9chappe si facilement!\u00bb <sup>1)<\/sup><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme le raconte Marion Curchod au d\u00e9but de son ouvrage <em>Isabelle de Montolieu, l\u2019\u00e9clat d\u2019une plume<\/em>, la future auteure \u00e0 succ\u00e8s v\u00e9cut une enfance heureuse, au sein d\u2019une famille aimante. Sa m\u00e8re, Antoinette-Suzanne Polier, n\u00e9e Lagier de Pluviannes, \u00e9tait issue d\u2019une lign\u00e9e de huguenots. Son p\u00e8re pasteur, Antoine-No\u00e9 Polier de Bottens, fut un \u00e9rudit qui contribua \u00e0 l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> de Diderot et d\u2019Alembert. \u00abNous ne disposons que de tr\u00e8s peu de sources au sujet de l\u2019enfance d\u2019Isabelle. Cette enfant vive, \u00e0 l\u2019imagination d\u00e9velopp\u00e9e, \u00e9tait attir\u00e9e par les livres d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge, compl\u00e8te la chercheuse de l\u2019UNIL. Plus tard dans sa vie, elle lira la quasi-totalit\u00e9 des \u0153uvres de Jean-Jacques Rousseau, auteur qu\u2019elle adula.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le 27 avril 1769, Isabelle Polier de Bottens perdit sa m\u00e8re, dont elle \u00e9tait tr\u00e8s proche. Lors d\u2019une de leurs ultimes conversations, cette derni\u00e8re autorisa sa fille a\u00een\u00e9e \u00e0 \u00e9pouser Benjamin de Crousaz, en l\u2019avertissant toutefois que cette union ne lui apporterait pas le bonheur. Cette pr\u00e9diction se r\u00e9alisa.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00abC\u2019est l\u2019amour qui fut la cause de mon malheur, c\u2019est \u00e0 lui \u00e0 le r\u00e9parer!\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s \u00e9prise de son mari, Isabelle de Crousaz emm\u00e9nagea \u00e0 la rue de Bourg \u00e0 Lausanne, et fit son entr\u00e9e dans les salons. La jeune femme monta sur les planches, alors que le th\u00e9\u00e2tre de soci\u00e9t\u00e9 constituait l\u2019une des activit\u00e9s ch\u00e9ries de la noblesse. \u00abPlusieurs de ses contemporains rapportent dans des lettres qu\u2019Isabelle avait du talent et mettait beaucoup d\u2019\u00e9motion dans son jeu\u00bb, compl\u00e8te Marion Curchod. Elle \u00e9crivit de nombreuses pi\u00e8ces, aujourd\u2019hui perdues, \u00e0 l\u2019exception d\u2019un manuscrit de fragments de sc\u00e8nes, conserv\u00e9 \u00e0 la Biblioth\u00e8que cantonale et universitaire de Lausanne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le 24 mars 1770, Isabelle de Crousaz donna naissance \u00e0 son seul enfant, Henri. Elle s\u2019\u00e9panouit dans la soci\u00e9t\u00e9 lausannoise et brilla par son esprit lors de jeux litt\u00e9raires, comme des t\u00e9moignages l\u2019attestent. Mais \u00absans que l\u2019on ne parvienne \u00e0 en conna\u00eetre la raison, son mariage d\u2019amour fut malheureux. Avait-elle id\u00e9alis\u00e9 cet homme? Cela restera dans la part d\u2019ombre propre \u00e0 tous les personnages historiques\u00bb, note Marion Curchod. L\u2019union fut br\u00e8ve, puisque Benjamin de Crousaz mourut en 1775, laissant Isabelle veuve \u00e0 24 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Trois ans plus tard survint un \u00e9pisode rocambolesque, quand Isabelle s\u2019enfuit de nuit en direction de Neuch\u00e2tel avec Robert Monckton-Arundell, un lord anglais plus jeune qu\u2019elle de 7 ans, rencontr\u00e9 \u00e0 Lausanne. Leur projet de mariage tourna court, et le Britannique \u00e9pousa Elizabeth Mathew en 1779.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"401\" height=\"600\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2024\/05\/MarionCurchod_86.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14041\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2024\/05\/MarionCurchod_86.jpg 401w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2024\/05\/MarionCurchod_86-174x260.jpg 174w\" sizes=\"auto, (max-width: 401px) 100vw, 401px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Marion Curchod. Collaboratrice de recherche \u00e0 l\u2019Institut Benjamin Constant (Facult\u00e9 des lettres).\nNicole Chuard\u2009\u00a9\u2009UNIL<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>\u00abCaroline \u00e9toit d\u2019ailleurs<\/strong> <strong>dans l\u2019\u00e2ge o\u00f9 le g\u00e9nie se d\u00e9veloppe,<\/strong> <strong>et o\u00f9 l\u2019esprit et l\u2019imagination ont<\/strong> <strong>un feu, une activit\u00e9 qui demandent<\/strong> <strong>de l\u2019aliment.\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la rue de Bourg, Isabelle \u00abparticipait aux samedis d\u2019Ang\u00e9lique de Charri\u00e8re, l\u2019un des lieux de sociabilit\u00e9 les plus importants de cette \u00e9poque\u00bb, indique Marion Curchod. L\u00e0, elle rencontra Edward Gibbon, fameux auteur de l\u2019<em>Histoire de la d\u00e9cadence et de la chute de l\u2019Empire romain<\/em>. L\u2019historien et l\u2019homme de Lettres Jacques-Georges Deyverdun aid\u00e8rent la jeune femme \u00e0 publier <em>Caroline de Lichtfield<\/em> en 1786. Ce roman lan\u00e7a sa carri\u00e8re litt\u00e9raire sous le nom de Mme de ***. En effet, ce ne fut qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion de la troisi\u00e8me \u00e9dition officielle, en 1815, que l\u2019identit\u00e9 de l\u2019auteure, un secret de Polichinelle, s\u2019afficha sur la page de titre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce roman sentimental, dont l\u2019intrigue est r\u00e9sum\u00e9e dans l\u2019ouvrage de Marion Curchod, \u00abrencontra un succ\u00e8s ph\u00e9nom\u00e9nal en Europe. On compta onze r\u00e9impressions, des \u00e9ditions pirates et diverses traductions. Il fut lu jusqu\u2019en Am\u00e9rique du Sud!\u00bb, raconte la chercheuse de l\u2019UNIL. Entrelacs d\u2019histoires d\u2019amours contrari\u00e9es, de passions impossibles, d\u2019\u00e9motions extr\u00eames et de coups du sort, le texte \u00abmontre que la vie d\u2019Isabelle et son \u00e9criture communiquent. Il n\u2019est pas possible de parler d\u2019autofiction, mais toutefois, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, de nombreux extraits de ses \u0153uvres litt\u00e9raires peuvent \u00eatre li\u00e9s \u00e0 des exp\u00e9riences qu\u2019elle a v\u00e9cues.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le salon d\u2019Ang\u00e9lique de Charri\u00e8re, notre auteure rencontra le baron Louis de Montolieu, qu\u2019elle \u00e9pousa en 1786, une ann\u00e9e d\u00e9cid\u00e9ment charni\u00e8re. Ce veuf ais\u00e9 comptait 25 ans de plus qu\u2019elle. Devenue baronne, Isabelle de Montolieu partagea ensuite ses jours entre l\u2019effervescence intellectuelle de la rue de Bourg (en hiver) et une jolie maison de Bussigny (en \u00e9t\u00e9), qui existe encore de nos jours. L\u2019\u00e9crivaine adorait cette demeure, qui constitua son refuge pendant plusieurs d\u00e9cennies.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En 1795, la sant\u00e9 de Louis de Montolieu d\u00e9clina. Isabelle veilla sur son \u00e9poux, mettant sa carri\u00e8re entre parenth\u00e8ses. Croyante, elle prit part aux activit\u00e9s de la paroisse de Bussigny et apporta son soutien aux pauvres et aux malades. En 1800, le baron mourut, et l\u2019auteure de <em>Caroline<\/em> redevint veuve.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2024\/05\/montolieu_86_2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14024\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2024\/05\/montolieu_86_2.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2024\/05\/montolieu_86_2-390x260.jpg 390w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2024\/05\/montolieu_86_2-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Bussigny. Galerie de l\u2019ancienne r\u00e9sidence d\u2019Isabelle de Montolieu. \u00a9\u2009Marion Curchod, le 26 avril 2022<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>\u00abD\u2019o\u00f9 vient cette \u00e9motion qui colore<\/strong> <strong>ses joues et pr\u00e9cipite les battemens<\/strong> <strong>de son c\u0153ur?\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 l\u2019incertitude financi\u00e8re que ce statut signifiait, Isabelle de Montolieu se mua en entrepreneuse. \u00abElle v\u00e9cut de sa plume jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie, ce qui \u00e9tait extr\u00eamement rare pour une femme \u00e0 cette \u00e9poque\u00bb, d\u00e9crit Marion Curchod. Avis\u00e9e, l\u2019auteure \u00e9crivait \u00abdans un style appr\u00e9ci\u00e9 par les lecteurs et lectrices de son temps. Elle s\u2019inscrivit pleinement dans la veine du roman sentimental si demand\u00e9 et lu. En outre, elle savait m\u00e9nager le suspense dans ses \u0153uvres\u00bb, soit plus de 60 titres. Pendant plusieurs ann\u00e9es, elle proposa des textes courts dans la revue le <em>Mercure de France<\/em>. \u00abAvant la sortie de nombre de celles-ci sous forme de recueils, ses nouvelles furent publi\u00e9es sous forme d\u2019extraits, afin de maintenir le<br>lectorat dans l\u2019attente du d\u00e9veloppement de l\u2019intrigue. Cela \u00e9voque le mod\u00e8le du roman-feuilleton, avant l\u2019heure\u00bb, pr\u00e9cise la chercheuse de l\u2019UNIL.<\/p>\n\n\n\n<p>Isabelle de Montolieu creusa un autre filon, celui de la traduction. \u00abElle fit conna\u00eetre Jane Austen au monde francophone\u00bb, rel\u00e8ve Marion Curchod. Cette derni\u00e8re signale avec plaisir qu\u2019une \u00e9dition illustr\u00e9e de <em>Raisons et sentiments<\/em>, traduite par la Vaudoise, est encore parue en 2023.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9crit par Johann David Wyss et publi\u00e9 en allemand en 1812, <em>Le Robinson suisse<\/em> figura parmi les succ\u00e8s d\u2019alors. La version fran\u00e7aise, concoct\u00e9e par la baronne de Montolieu \u2013 aid\u00e9e par son entourage familial, comme elle le reconnut elle-m\u00eame \u2013, parut en 1814. Dix ans plus tard, la femme de Lettres donna carr\u00e9ment une suite et une fin \u00e0 cet ouvrage, laiss\u00e9 inachev\u00e9 par son auteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le monde de l\u2019\u00e9dition n\u2019\u00e9tait pas plus tendre qu\u2019aujourd\u2019hui. \u00abHabitant en Suisse et non \u00e0 Paris, Isabelle de Montolieu ne vivait pas au centre du monde litt\u00e9raire, mais en p\u00e9riph\u00e9rie, ce qui permit aux libraires de se montrer parfois durs, voire presque malhonn\u00eates, avec elle\u00bb, indique Marion Curchod. Elle dut se battre pour toucher le tarif convenu, voire se faire payer tout court! L\u2019auteure ne devint jamais riche.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2024\/05\/montolieu_86_3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14014\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2024\/05\/montolieu_86_3.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2024\/05\/montolieu_86_3-390x260.jpg 390w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2024\/05\/montolieu_86_3-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Extrait d\u2019\u00e9criture d\u2019Isabelle de Montolieu. Lettre \u00e0 Pierre-Hector Devenoge du [31 d\u00e9cembre 1822].\n\u00a9 Archives Cantonales Vaudoises (ACV), P Charri\u00e8re de S\u00e9very Bh 192.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>\u00abElle vous aime \u00e0 la folie,<\/strong> <strong>et cache tout cela dans son c\u0153ur.\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour r\u00e9diger son m\u00e9moire de <em>master<\/em> et son livre, Marion Curchod s\u2019est plong\u00e9e dans des centaines de lettres et de documents, conserv\u00e9s entre autres aux Archives cantonales vaudoises et \u00e0 la Biblioth\u00e8que cantonale et universitaire (<em>voir encadr\u00e9 p. 20<\/em>). Gr\u00e2ce aux collaboratrices de la Section des manuscrits de cette institution, la chercheuse a pris r\u00e9cemment connaissance d\u2019une vingtaine de lettres de la main d\u2019Isabelle de Montolieu, un corpus alors inexplor\u00e9 datant de la premi\u00e8re d\u00e9cennie du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. \u00abDans ces documents extraordinaires, adress\u00e9s \u00e0 son amie genevoise Anna Galiffe, l\u2019auteure mentionne un homme plus jeune, qu\u2019elle surnomme son \u201c\u2009gla\u00e7on\u2009\u201d. Je fais la supposition qu\u2019il s\u2019agissait de Samuel-Fran\u00e7ois-Louis-C\u00e9sar de Brenles, pour qui elle a eu un <em>crush<\/em>, comme on dirait aujourd\u2019hui.\u00bb La chercheuse envisage d\u2019analyser plus attentivement ces missives.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1825, Isabelle de Montolieu fut victime d\u2019un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral, qui la laissa physiquement handicap\u00e9e. Les nuages s\u2019amoncel\u00e8rent, car l\u2019auteure se vit contrainte de vendre sa ch\u00e8re maison de Bussigny pour r\u00e9sider aupr\u00e8s de la famille de son fils Henri, dans leur r\u00e9sidence de Vennes. Elle mourut le 29 d\u00e9cembre 1832, soit, par un coup du sort \u00e9trange, un jour avant son enfant unique, et sous le m\u00eame toit. Ils furent enterr\u00e9s ensemble tout d\u00e9but 1833.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00abEt l\u2019on sait aujourd\u2019hui \/ Qu\u2019au fond<\/strong> <strong>du c\u0153ur le plus sage d\u00e9sire \/ Que dans le monde on parle un peu de lui.\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une longue chute dans l\u2019oubli s\u2019ensuivit. Le talent qu\u2019Isabelle de Montolieu montra pour flairer l\u2019air du temps lui fut fatal quand la mode des romans sentimentaux s\u2019\u00e9vapora. Le mouvement r\u00e9aliste, avec Balzac et Flaubert, prit le dessus dans le monde litt\u00e9raire. Faut-il en \u00eatre triste? \u00abJe ne crois pas qu\u2019Isabelle se soit inqui\u00e9t\u00e9e de la post\u00e9rit\u00e9 de ses \u0153uvres. Je pense sinc\u00e8rement que l\u2019important pour elle \u00e9tait d\u2019\u00e9crire ce qui plaisait au grand public sur le moment et de pouvoir en vivre\u00bb, r\u00e9pond Marion Curchod. Son long po\u00e8me <em>Au public<\/em>, \u00e0 la fois dr\u00f4le et touchant, en t\u00e9moigne:<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-background\" style=\"background-color:#e5decc59\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p><em>Oui, du public, si ma plume estim\u00e9e,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Avec \u00e9loge est quelquefois cit\u00e9e ;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Si je puis plaire \u00e0 mes contemporains ;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>De mes amis si je suis regrett\u00e9e<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Quand du L\u00e9th\u00e9 j\u2019aurai franchi le bord,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Post\u00e9rit\u00e9 tant de fois r\u00e9clam\u00e9e,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je te tiens quitte, et je b\u00e9nis mon sort.<\/em><\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"235\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2024\/05\/livre_montolieu_86.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14101\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Isabelle de Montolieu. L\u2019\u00e9clat d\u2019une plume. Par Marion Curchod. \nInfolio, Presto (2023), 61 p.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Toutes les citations en t\u00eates de chapitres sont tir\u00e9es de: <em>Caroline de Lichtfield, ou M\u00e9moires d\u2019une famille prussienne. <\/em>Par Mme la Bne Isabelle De Montolieu. \u00c0 Paris, chez Arthus Bertrand, 1815. L\u2019orthographe est d\u2019origine.<\/li>\n\n\n\n<li>Exposition Isabelle de Montolieu. Bussigny, biblioth\u00e8que. Lu-ma et je 15h-19h, me 15h-19h, sa 10h-12h. <a href=\"https:\/\/biblio.bussigny.ch\" data-type=\"link\" data-id=\"biblio.bussigny.ch\">biblio.<\/a><a href=\"https:\/\/biblio.bussigny.ch\" data-type=\"link\" data-id=\"biblio.bussigny.ch\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">bussigny<\/a><a href=\"https:\/\/biblio.bussigny.ch\" data-type=\"link\" data-id=\"biblio.bussigny.ch\">.ch<\/a> 021 706 12 50. Jusqu\u2019au 20 juin.<\/li>\n\n\n\n<li>Entretien avec Marion Curchod en vid\u00e9o : <a href=\"https:\/\/youtu.be\/esvIsiaI3mw\" data-type=\"link\" data-id=\"youtu.be\/esvIsiaI3mw\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">youtu.be\/esvIsiaI3mw<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/labelettres\/isabelle-de-montolieu-leclat-dune-plume\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/wp.unil.ch\/labelettres\/isabelle-de-montolieu-leclat-dune-plume\/\">Notice sur LabeLettres (Facult\u00e9 des lettres)<\/a><\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-group has-background\" style=\"background-color:#d9575726\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Isabelle et Marion, une rencontre<\/h5>\n\n\n\n<p>Pourquoi une chercheuse d\u2019aujourd\u2019hui s\u2019est-elle prise d\u2019int\u00e9r\u00eat pour Isabelle de Montolieu? \u00abDans le cadre de mon <em>master<\/em> en Histoire, j\u2019avais envie de m\u2019int\u00e9resser \u00e0 une personnalit\u00e9 f\u00e9minine\u00bb, se souvient Marion Curchod. C\u2019est L\u00e9onard Burnand, doyen de la Facult\u00e9 des lettres et auteur d\u2019une biographie de r\u00e9f\u00e9rence au sujet de Benjamin Constant aux \u00c9ditions Perrin (<em>lire <\/em>Allez savoir! <em>n<sup>o<\/sup> 81, octobre 2022<\/em>), \u00abqui m\u2019a orient\u00e9e vers Isabelle de Montolieu, que je ne connaissais presque pas \u00e0 l\u2019\u00e9poque. J\u2019ai tout de suite croch\u00e9!\u00bb Sa recherche s\u2019est bas\u00e9e sur des documents personnels (ou <em>egodocuments<\/em>) conserv\u00e9s en archives, soit en l\u2019occurrence plus de 500 lettres. L\u2019\u00e9criture de l\u2019auteure, surtout lorsqu\u2019elle employa sa main gauche apr\u00e8s son AVC, ne s\u2019av\u00e8re pas simple \u00e0 d\u00e9chiffrer. Des po\u00e8mes, des documents comme des contrats de mariage ou des testaments, ainsi que la litt\u00e9rature secondaire et les fonds iconographiques ont \u00e9t\u00e9 consult\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Paru dans la Collection Presto, bien illustr\u00e9 et long de 60 pages, <em>Isabelle de Montolieu. L\u2019\u00e9clat d\u2019une plume<\/em> est destin\u00e9 \u00e0 un large public. Tout comme l\u2019exposition qui a lieu \u00e0 Bussigny, l\u2019ouvrage participe \u00e0 r\u00e9parer une forme d\u2019injustice afin de remettre en lumi\u00e8re une personnalit\u00e9 \u00e9tonnante.<\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bien oubli\u00e9e de nos jours, Isabelle de Montolieu (1751-1832) fut une femme de Lettres c\u00e9l\u00e8bre en Europe, au tournant des Lumi\u00e8res. 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