{"id":1401,"date":"2009-09-28T11:33:40","date_gmt":"2009-09-28T09:33:40","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=1401"},"modified":"2012-05-15T16:27:16","modified_gmt":"2012-05-15T14:27:16","slug":"hollywood-fait-peur-avec-des-films-catastrophe-pendant-que-leurope-nous-effraie-avec-des-documentaires-ecolos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/hollywood-fait-peur-avec-des-films-catastrophe-pendant-que-leurope-nous-effraie-avec-des-documentaires-ecolos\/","title":{"rendered":"Hollywood fait peur avec des films catastrophe, pendant que l\u2019Europe nous effraie avec des documentaires \u00e9colos"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_1897\" aria-describedby=\"caption-attachment-1897\" style=\"width: 530px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-1897\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2009\/09\/guido.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2009\/09\/guido.jpg 530w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2009\/09\/guido-300x147.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1897\" class=\"wp-caption-text\">Felix Imhof \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong><em>Interview de Laurent Guido est un sp\u00e9cialiste de la peur dans les\u00a0films am\u00e9ricains. Il enseigne \u00e0 l\u2019UNIL, dans la Section d\u2019histoire et esth\u00e9tique du cin\u00e9ma de la Facult\u00e9 des lettres.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Quatre films \u00e9voquant la fin du monde, chacun \u00e0 leur mani\u00e8re, sortent cet automne. Les Etats-Unis proposent deux fictions, \u00abClones\u00bb de Jonathan Mostow et \u00ab2012\u00bb de Roland Emmerich. La France sort deux nouveaux documentaires \u00e9cologiques, \u00abLe syndrome du Titanic\u00bb de Nicolas Hulot, et \u00abOc\u00e9ans\u00bb de Jacques Perrin, qui font \u00e9cho \u00e0 \u00abHome\u00bb, de Yann Arthus-Bertrand. L\u2019analyse de Laurent Guido, un sp\u00e9cialiste de la peur dans les films am\u00e9ricains qui enseigne \u00e0 l\u2019UNIL.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Dans les semaines qui viennent, pas moins de quatre films \u00e9voqueront, sous une forme ou une autre, le th\u00e8me de la fin du monde. Le film catastrophe est-il en augmentation de nos jours?<\/em><\/p>\n<p>Pas vraiment. Cela fait une quarantaine d\u2019ann\u00e9es que ce genre fait flor\u00e8s dans la production hollywoodienne, refl\u00e9tant une vision pessimiste et technophobe. Celle-ci a toujours accompagn\u00e9 l\u2019\u00e9volution des d\u00e9couvertes scientifiques, et surtout les transformations concr\u00e8tes qu\u2019elles ont entra\u00een\u00e9es dans la vie quotidienne. Par exemple, cette anxi\u00e9t\u00e9 impr\u00e8gne d\u00e9j\u00e0 l\u2019oeuvre du romancier de science-fiction H. G. Wells (1866-1946). Jusqu\u2019\u00e0 la Seconde Guerre mondiale, pourtant, le cin\u00e9ma porte g\u00e9n\u00e9ralement un regard plut\u00f4t positif sur la machine, pr\u00e9sent\u00e9e comme utile pour l\u2019homme. Mais l\u2019exp\u00e9rience traumatisante du conflit engage une perception moins enthousiaste des innovations techniques et industrielles. Cette m\u00e9fiance se traduit surtout, dans l\u2019apr\u00e8s-guerre, par des productions parano\u00efaques qui exploitent l\u2019angoisse vis-\u00e0-vis des armes nucl\u00e9aires. Elle explique aussi ces vagues r\u00e9guli\u00e8res de films catastrophe, plus particuli\u00e8rement dans les ann\u00e9es 1970 et au tournant du mill\u00e9naire.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Les lancements du film \u00ab2012\u00bb, qui sort le 11 novembre, montrent les cimes de l\u2019Himalaya submerg\u00e9es par une vague immense qui emporte tout\u2026<\/em><\/p>\n<p>Oui, cette accroche sensationnaliste est une marque de fabrique du cin\u00e9aste Roland Emmerich, auteur d\u2019\u00abIndependence Day\u00bb (1996), o\u00f9 il a mis en sc\u00e8ne notre plan\u00e8te attaqu\u00e9e par des extraterrestres, de \u00abGodzilla\u00bb (1998), une fable antinucl\u00e9aire, et du \u00abJour d\u2019apr\u00e8s\u00bb (2004) sur une glaciation induite par des d\u00e9r\u00e8glements climatiques. Mais, selon moi, les repr\u00e9sentations de ces films catastrophe en disent moins sur l\u2019angoisse elle-m\u00eame, quelle qu\u2019elle soit, que sur les rapports sociaux.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Expliquez\u2026<\/em><\/p>\n<p>Le film catastrophe pose souvent la m\u00eame question: comment les \u00e9lites r\u00e9agissent-elles face au danger? L\u2019imaginaire am\u00e9ricain est travers\u00e9 par une tradition populiste, qui stigmatise sans rel\u00e2che les d\u00e9rives autoritaires, centralisatrices ou toute autre forme d\u2019exc\u00e8s dans la confiscation des pouvoirs, tant dans l\u2019\u00e9conomie que dans la politique. Voyez ces personnages r\u00e9currents de capitalistes v\u00e9reux m\u00e9prisant les petits propri\u00e9taires durs au labeur, de politiciens comploteurs confondant leur propre ambition avec le bien public, etc. Du western au film catastrophe, toute l\u2019histoire du cin\u00e9ma am\u00e9ricain est hant\u00e9e par ces figures parano\u00efaques.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Ces films offrent aussi, souvent, une place de choix au pr\u00e9sident des Etats-Unis\u2026<\/em><\/p>\n<p>Cette figure se r\u00e9v\u00e8le souvent centrale, dans la mesure o\u00f9 elle est d\u00e9positaire des valeurs h\u00e9rit\u00e9es des p\u00e8res fondateurs. Plusieurs films catastrophe contemporains traduisent ainsi la mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve d\u2019un pouvoir trop souvent per\u00e7u comme coup\u00e9 de sa base, entour\u00e9 qu\u2019il est des \u00abtechnocrates de Washington \u00bb. Ces r\u00e9cits visent essentiellement \u00e0 rassurer sur la p\u00e9rennit\u00e9 des institutions en place. Ils r\u00e9affirment en g\u00e9n\u00e9ral la capacit\u00e9 des citoyens les plus clairvoyants et d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s \u00e0 reprendre en main l\u2019exercice du pouvoir et \u00e0 le refonder sur des bases assainies. Cette question se pose d\u00e9sormais \u00e0 une \u00e9chelle internationale. Prenez le teaser du prochain film \u00ab2012\u00bb. Il demande explicitement: \u00abComment feraient les gouvernements de la plan\u00e8te pour pr\u00e9parer 6 milliards d\u2019individus \u00e0 la fin du monde?<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>En faisant peur au spectateur, l\u2019objectif est-il aussi p\u00e9dagogique? S\u2019agit-il de le conditionner pour qu\u2019il change son comportement?<\/em><\/p>\n<p>L\u2019intention r\u00e9elle d\u2019un film est difficile \u00e0 d\u00e9terminer, de m\u00eame que son impact. Il est par contre \u00e9vident que ces blockbusters, destin\u00e9s \u00e0 un vaste public, refl\u00e8tent la vocation universelle des valeurs am\u00e9ricaines. Le contexte actuel y est particuli\u00e8rement favorable, puisque la pr\u00e9sidence am\u00e9ricaine appara\u00eet \u00e0 nouveau compl\u00e8tement en phase avec l\u2019industrie hollywoodienne. Dans plusieurs films catastrophe tourn\u00e9s lors du mandat de Bill Clinton, il se trouvait toujours un moment o\u00f9 le discours \u00e0 la nation du pr\u00e9sident d\u00e9passait progressivement les fronti\u00e8res nationales pour s\u2019adresser au monde entier. Comme dans certains films de Frank Capra, d\u2019ailleurs, r\u00e9alis\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Roosevelt. On verra comment \u00ab2012\u00bb se situera par rapport \u00e0 cette tradition.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Tout de m\u00eame: cette d\u00e9bauche de moyens, tous ces effets sp\u00e9ciaux, ne visent-ils pas \u00e0 conscientiser l\u2019opinion?<\/em><\/p>\n<p>En fait, ces moyens faramineux sont mis au service d\u2019un genre qui, comme le m\u00e9lodrame \u00e0 grand spectacle du XIXe si\u00e8cle, recourt au sensationnalisme pour reconduire les grands id\u00e9aux moraux de son temps. Les films catastrophe n\u2019\u00e9chappent pas \u00e0 cette r\u00e8gle. Ils cherchent bien, pour la plupart, \u00e0 r\u00e9installer in fine certains fondements id\u00e9ologiques, par le biais de l\u2019exploitation \u00e0 outrance du frisson et de l\u2019\u00e9pouvante.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Dans \u00abClones\u00bb (qui sort le 28 octobre 2009), un flic jou\u00e9 par Bruce Willis enqu\u00eate dans un monde d\u2019hybrides mi-homme mimachine, r\u00e9pliques parfaites des \u00eatres humains originaux\u2026<\/em><\/p>\n<p>Ce film, comme la plupart des oeuvres de science-fiction, pose la question de l\u2019usage des technologies: que se passet- il lorsque l\u2019homme ne ma\u00eetrise plus la machine, ou que l\u2019\u00eatre hybride qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9 ne lui ob\u00e9it plus? Bien souvent, dans le cin\u00e9ma am\u00e9ricain, c\u2019est la condamnation des exc\u00e8s qui l\u2019emporte. Ainsi le dernier \u00abTerminator\u00bb se conclut-il sur la liquidation de l\u2019aberration constitu\u00e9e par une cr\u00e9ature mi-humaine, mi-m\u00e9canique: dernier avatar en date de la tradition technophobe qui domine depuis la fin des ann\u00e9es 1960 (\u00abLa Plan\u00e8te des Singes\u00bb et \u00ab2001: l\u2019Odyss\u00e9e de l\u2019Espace\u00bb, tous deux sortis en 1968). Du point de vue am\u00e9ricain, on convoque ici le mythe pastoral o\u00f9 le propri\u00e9taire fermier doit ma\u00eetriser la nature sauvage tout en vivant en parfaite harmonie avec elle. Nul doute que dans \u00abClones\u00bb, le m\u00e9susage technologique sera condamn\u00e9, et l\u2019innovation scientifique tol\u00e9r\u00e9e dans un cadre strictement r\u00e9gul\u00e9. Un comble d\u2019hypocrisie pour des films dont la production m\u00eame requiert un emploi intensif des outils technologiques.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>N\u2019y a-t-il pas de bons robots au cin\u00e9ma?<\/em><\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, ceux qui servent unilat\u00e9ralement l\u2019humanit\u00e9! Dans la conclusion de \u00abI, Robot\u00bb (2004, d\u2019apr\u00e8s Isaac Asimov), un tri s\u2019op\u00e8re ainsi entre les machines jug\u00e9es utiles et celles qui ont fini par se retourner contre leurs cr\u00e9ateurs. Certains films des ann\u00e9es 1980, de \u00abBlade Runner\u00bb \u00e0 \u00abRoboCop\u00bb, se sont attach\u00e9s \u00e0 une repr\u00e9sentation plus nuanc\u00e9e de la figure de \u00abl\u2019homme-machine\u00bb. Ils pointent les paradoxes propres \u00e0 une humanit\u00e9 graduellement constitu\u00e9e de petits dieux assist\u00e9s par des proth\u00e8ses m\u00e9caniques, telle qu\u2019a pu la d\u00e9crire avec ironie Freud dans \u00abMalaise dans la civilisation \u00bb (1929).<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Vous dites que l\u2019homme finit toujours par l\u2019emporter mais dans certains films, la catastrophe, la fin du monde, ont d\u00e9j\u00e0 eu lieu comme dans \u00abLa Plan\u00e8te des Singes\u00bb, \u00abMad Max\u00bb ou \u00abWaterworld\u00bb par exemple\u2026<\/em><\/p>\n<p>On pourrait aussi citer \u00abLe Survivant\u00bb (1971), incarn\u00e9 d\u2019abord par Charlton Heston et rejou\u00e9 par Will Smith en 2007 sous le titre du roman qui l\u2019a inspir\u00e9, \u00abJe suis une l\u00e9gende\u00bb. Malgr\u00e9 de pr\u00e9c\u00e9dentes occurrences, litt\u00e9raires comme cin\u00e9matographiques, le genre post-apocalyptique \u00e9merge v\u00e9ritablement avec l\u2019apparition de la bombe atomique et les angoisses qu\u2019elle g\u00e9n\u00e8re. Ces sc\u00e9narios situ\u00e9s apr\u00e8s la fin du monde sont des pr\u00e9textes \u00e0 une interrogation sur la refondation n\u00e9cessaire de la soci\u00e9t\u00e9 humaine, sous l\u2019action de citoyens mod\u00e8les ou de figures messianiques. Ce motif est tr\u00e8s frappant dans \u00abThe Postman\u00bb ou \u00abWaterworld\u00bb, deux films o\u00f9 le h\u00e9ros incarn\u00e9 par Kevin Costner pose les bases d\u2019une reconstruction purifi\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9. Quant aux personnages n\u00e9gatifs de l\u2019iconographie post-apocalyptique (admirablement concentr\u00e9e dans la s\u00e9rie \u00abMad Max\u00bb), ils portent \u00e0 la fois les stigmates des exc\u00e8s technologiques de la civilisation et les signes d\u2019une r\u00e9gression inacceptable vers une tribalit\u00e9 archa\u00efque.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Comme les Am\u00e9ricains, les cin\u00e9astes fran\u00e7ais se lancent eux aussi dans des oeuvres qui annoncent l\u2019apocalypse. Mais les Europ\u00e9ens r\u00e9alisent des documentaires, contrairement aux fictions am\u00e9ricaines, et ils d\u00e9noncent le risque de disparition de la nature \u00e0 cause des exc\u00e8s de l\u2019homme. C\u2019est, du moins, la ligne id\u00e9ologique du \u00abSyndrome du Titanic\u00bb, de Nicolas Hulot, comme d\u2019\u00abOc\u00e9ans\u00bb, de Jacques Perrin\u2026<\/em><\/p>\n<p>Ces deux films s\u2019inscrivent dans la lign\u00e9e du documentaire de Yann Artus- Bertrand, \u00abHome\u00bb, ou de celui de l\u2019exvice pr\u00e9sident am\u00e9ricain Al Gore, dans \u00abUne v\u00e9rit\u00e9 qui d\u00e9range\u00bb. Tous deux veulent sensibiliser l\u2019opinion sur le risque et l\u2019urgence d\u2019une action. Mais de grandes diff\u00e9rences existent, en France et aux Etats-Unis, dans la mani\u00e8re de formuler ce propos commun, cette cause juste.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Que faut-il penser de \u00abHome\u00bb?<\/em><\/p>\n<p>\u00abHome\u00bb montre la Terre, la nature, mais depuis le ciel, c\u2019est-\u00e0-dire une vision globale qui est le fruit de connaissances scientifiques et qui ne peut \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9e sans le recours \u00e0 des moyens issus de la technologie (d\u2019imposants travellings saisis depuis un h\u00e9licopt\u00e8re). Jamais le sujet de cet impressionnant dispositif visuel ne se d\u00e9voile ni ne s\u2019individualise sur l\u2019\u00e9cran. Sans vouloir faire de parall\u00e8le douteux, cette rh\u00e9torique n\u2019est pas sans rappeler la forme du prologue de \u00abTriomphe de la volont\u00e9\u00bb (1935), o\u00f9 Leni Riefenstahl filme des paysages et des foules vues du ciel, pour coller au point de vue quasi-divin du F\u00fchrer depuis son avion. Le principe est de nous faire adh\u00e9rer \u00e0 une vision du monde par le biais de l\u2019\u00e9motion et de l\u2019esth\u00e9tique. Certes, il y a une voix off, absente chez la cin\u00e9aste du IIIe Reich, mais cette voix demeure tr\u00e8s distante, oscillant entre un ton docte, presque professoral, et un registre plus lyrique et po\u00e9tique. Par contre, le film d\u00e9marre sur un g\u00e9n\u00e9rique au fond tr\u00e8s honn\u00eate dans son cynisme, puisque ce sont les logos des divers sponsors qui constituent peu \u00e0 peu le titre du film.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Quelle diff\u00e9rence avec le film d\u2019Al Gore?<\/em><\/p>\n<p>Al Gore place toujours l\u2019individu au centre de son discours, ainsi que luim\u00eame! Il prend la place non seulement du narrateur, mais celle du h\u00e9ros au centre de la repr\u00e9sentation, en vertu de son statut pass\u00e9 de potentiel pr\u00e9sident des Etats-Unis d\u2019Am\u00e9rique. Ici, le producteur du discours s\u2019affiche en tant que personne, allant jusqu\u2019\u00e0 \u00e9voquer le cancer de sa propre soeur pour tenter de persuader, d\u2019emporter la conviction des spectateurs. Autre diff\u00e9rence: si Yann Artus-Bertrand gomme les artifices technologiques de son film (l\u2019image ne se r\u00e9f\u00e8re pas \u00e0 celui qui la produit, elle a l\u2019air d\u2019exister toute seule), Al Gore n\u2019h\u00e9site jamais \u00e0 les exhiber. Il est continuellement film\u00e9 utilisant son PC, prenant l\u2019avion et recourant \u00e0 une projection PowerPoint qui met clairement en \u00e9vidence la r\u00e9duction possible de ce film \u00e0 une vaste conf\u00e9rence. Le point de vue est donc assum\u00e9, m\u00eame si on le remet compl\u00e8tement en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Que peut-on dire du \u00abSyndrome du Titanic\u00bb, le documentaire de Nicolas Hulot (sortie le 7 octobre 2009), sur la base de son site Internet?<\/em><\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas encore pu le voir, bien s\u00fbr, mais ce qui frappe imm\u00e9diatement dans le site, c\u2019est la fen\u00eatre qui vous renvoie \u00e0 un \u00abEspace enseignant\u00bb. D\u2019entr\u00e9e de jeu, on associe, comme souvent en France, un film \u00ab\u00e0 message\u00bb aux institutions publiques, et notamment \u00e0 l\u2019Education nationale. Comme s\u2019il fallait l\u2019assentiment des \u00e9lites et des pouvoirs publics. Le mythe r\u00e9publicain fonctionne encore au travers d\u2019une telle revendication p\u00e9dagogique \u00abpour tous\u00bb, comme pour \u00abHome\u00bb d\u2019ailleurs, qui est diffus\u00e9 gratuitement. En m\u00eame temps, cet \u00abEspace enseignant\u00bb t\u00e9moigne d\u2019une marque de confiance absolue dans le propos des sp\u00e9cialistes et des \u00e9lites intellectuelles. Cela n\u2019aurait certainement pas pu op\u00e9rer d\u2019une mani\u00e8re aussi unilat\u00e9rale et d\u00e9complex\u00e9e aux Etats-Unis.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Le film \u00abOc\u00e9ans\u00bb, de Jacques Perrin (qui sort le 27 janvier 2010) est le second documentaire fran\u00e7ais de cet automne. L\u2019une des images de promotion du film est cette photo qui montre un plongeur \u00e0 proximit\u00e9 d\u2019un grand requin blanc. Comment l\u2019analysez-vous?<\/em><\/p>\n<p>C\u2019est une image tr\u00e8s int\u00e9ressante, qui d\u00e9joue l\u2019id\u00e9e traditionnelle que l\u2019on se fait du rapport entre l\u2019homme et cet animal qui repr\u00e9sente \u00e0 merveille la nature dans ses aspects agressifs, sauvages, dangereux. L\u00e0, le plongeur n\u2019a pas l\u2019air d\u2019avoir peur de cette immense cr\u00e9ature vers laquelle il s\u2019avance r\u00e9solument. L\u2019image distille ainsi l\u2019id\u00e9e d\u2019un rapport apais\u00e9 face \u00e0 la nature. Elle pr\u00f4ne le courage de nous confronter \u00e0 elle. La vision de ce grand requin blanc, esp\u00e8ce en voie de disparition, renverse tous les clich\u00e9s v\u00e9hicul\u00e9s au cin\u00e9ma par \u00abLes Dents de la mer\u00bb, de Steven Spielberg. On retrouve dans cette image la dualit\u00e9 \u00abfascination et terreur\u00bb, du sublime selon Hegel (le rapport disproportionn\u00e9 de l\u2019homme face \u00e0 la montagne). J\u2019observe aussi une relation paradoxale \u00e0 la nature, puisque le plongeur est, une fois encore, un homme qui doit se munir de proth\u00e8ses techniques pour acc\u00e9der \u00e0 la contemplation de la nature. Nous reconstituons en fait toujours une exp\u00e9rience primitive gr\u00e2ce \u00e0 une m\u00e9diation technologique, une ambivalence dont les documentaires ne font malheureusement jamais mention.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Propos recueillis par Michel Beuret<strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Plus d&rsquo;informations:<\/strong><br \/>\nLaurent Guido, <em>Les Peurs de Hollywood. Phobies sociales dans le cin\u00e9ma fantastique am\u00e9ricain<\/em>, Ed. Antipodes, Lausanne, 2006.<\/p>\n<p>Laurent Guido dirige actuellement un num\u00e9ro de la revue canadienne <em>Cin\u00e9ma(s)<\/em> autour de \u00abHorreur et attraction\u00bb (vol. 10, n\u00b0 2-3, \u00e0 para\u00eetre)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Interview de Laurent Guido est un sp\u00e9cialiste de la peur dans les\u00a0films am\u00e9ricains. Il enseigne \u00e0 l\u2019UNIL, dans la Section d\u2019histoire et esth\u00e9tique du cin\u00e9ma de la Facult\u00e9 des lettres. &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":158,"featured_media":1897,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[13144,459],"tags":[57],"class_list":{"0":"post-1401","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-art-et-litterature","8":"category-no-45","9":"tag-michel-beuret"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1401","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/158"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1401"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1401\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1897"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1401"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1401"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1401"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}