{"id":1378,"date":"2009-09-28T12:10:07","date_gmt":"2009-09-28T10:10:07","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=1378"},"modified":"2012-05-15T16:26:43","modified_gmt":"2012-05-15T14:26:43","slug":"ces-cinquante-ans-qui-ont-change-le-visage-dasterix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/ces-cinquante-ans-qui-ont-change-le-visage-dasterix\/","title":{"rendered":"Ces cinquante ans qui ont chang\u00e9 le visage d\u2019Ast\u00e9rix"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_1892\" aria-describedby=\"caption-attachment-1892\" style=\"width: 530px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-1892\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2009\/09\/asterix.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2009\/09\/asterix.jpg 530w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2009\/09\/asterix-300x147.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1892\" class=\"wp-caption-text\">Felix Imhof \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong><em>Cela fera un demi-si\u00e8cle, le 29 octobre prochain, que le petit Gaulois moustachu fa\u00e7onne notre vision du monde celtique. Cinq d\u00e9cennies durant lesquelles les arch\u00e9ologues ont r\u00e9\u00e9crit l\u2019histoire de nos anc\u00eatres et ont progressivement pris leurs distances avec les personnages de la BD. D\u00e9m\u00ealons le vrai du faux avec les experts de l\u2019UNIL.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Il est tout petit, alors que les guerriers celtes impressionnaient les Romains par leur forte stature. Il ferraille avec une lame miniature, quand les vrais Gaulois combattaient les l\u00e9gionnaires de C\u00e9sar avec des \u00e9p\u00e9es nettement plus longues que celle des Italiens. Il chasse dans la for\u00eat pour se nourrir, alors que les Celtes de son \u00e9poque vivaient des produits de l\u2019agriculture, et mangeaient plus de c\u00e9r\u00e9ales que de viande d\u2019\u00e9levage. Et presque jamais de sanglier.<\/p>\n<p>A bien des \u00e9gards, Ast\u00e9rix ne ressemble plus du tout aux vrais Gaulois que d\u00e9crivent les arch\u00e9ologues d\u2019aujourd\u2019hui. Et pourtant, depuis pr\u00e8s de cinquante ans, ce petit personnage sympathique est devenu l\u2019incarnation du guerrier celte. Nous c\u00e9l\u00e9brerons d\u2019ailleurs son jubil\u00e9, entre le 22 et le 29 octobre prochain, avec la sortie d\u2019un nouvel album constitu\u00e9 d\u2019histoires br\u00e8ves, qui viendra rappeler ce jour de 1959 o\u00f9 un petit moustachu, dop\u00e9 \u00e0 la potion magique, a distribu\u00e9 ses premi\u00e8res baffes dans le magazine Pilote.<\/p>\n<h2>Ast\u00e9rix reste tr\u00e8s utile pour expliquer le monde celte<\/h2>\n<p>Depuis un demi-si\u00e8cle, Ast\u00e9rix marque les imaginaires des enfants et contribue \u00e0 maintenir des clich\u00e9s vieillis dans les esprits de g\u00e9n\u00e9rations d\u2019\u00e9l\u00e8ves davantage influenc\u00e9s par les cases de la c\u00e9l\u00e8bre BD que par les plus r\u00e9centes publications savantes. Et pourtant, les arch\u00e9ologues de l\u2019UNIL ne lui en veulent pas.<\/p>\n<p>\u00abLes albums d\u2019Ast\u00e9rix, surtout ceux de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Goscinny et Uderzo travaillaient ensemble, sont formidables, m\u00eame s\u2019il ne faut pas les lire comme un livre d\u2019histoire, appr\u00e9cie Thierry Luginb\u00fchl, professeur \u00e0 l\u2019UNIL, o\u00f9 il dirige l\u2019Institut d\u2019arch\u00e9ologie et des sciences de l\u2019Antiquit\u00e9. Nous sommes tr\u00e8s reconnaissants aux auteurs d\u2019avoir invent\u00e9 des personnages aussi attachants, et d\u2019avoir cr\u00e9\u00e9 des images qui popularisent cet univers. Car ces images nous donnent un bon point de d\u00e9part pour expliquer ce qu\u2019\u00e9tait vraiment le monde celtique.\u00bb<\/p>\n<h2>La BD \u00abLa serpe d\u2019or\u00bb doit beaucoup \u00e0 Pline<\/h2>\n<p>Pr\u00e9cision qui a son importance, Goscinny et Uderzo n\u2019ont pas r\u00e9invent\u00e9 un univers celte \u00e0 leur propre sauce. Ils se sont beaucoup document\u00e9s, et ont notamment lu les auteurs antiques qui nous parlent des Gaulois. A Jules C\u00e9sar, ils ont emprunt\u00e9 l\u2019id\u00e9e que les Belges \u00e9taient les plus courageux des Gaulois. Avec Diodore de Sicile, ils ont appris que les Celtes portaient de longues moustaches qui leur couvraient la bouche. Et Pline leur a fourni le titre d\u2019un album, \u00abLa serpe d\u2019or\u00bb, avec son r\u00e9cit de la cueillette du gui par les druides.<\/p>\n<p>Si les arch\u00e9ologues d\u2019aujourd\u2019hui lisent toujours C\u00e9sar, Diodore et Pline, ils ont appris \u00e0 ne plus prendre ces t\u00e9moignages au pied de la lettre. \u00abLes recherches arch\u00e9ologiques de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies nous ont montr\u00e9 que les textes antiques proposent un point de vue biais\u00e9 sur les Gaulois: celui de classiques, qu\u2019ils soient Grecs ou Romains, qui se consid\u00e8rent comme civilis\u00e9s et qui observent des Celtes comme on regarderait des sauvages, en s\u2019\u00e9tonnant de leurs moeurs qu\u2019ils trouvent \u00e9tranges et qu\u2019ils ne comprennent souvent pas. Ils v\u00e9hiculent encore des poncifs, et d\u00e9crivent parfois des coutumes qui avaient cours quelques si\u00e8cles plus t\u00f4t, mais qui ont disparu \u00e0 l\u2019\u00e9poque de C\u00e9sar\u00bb, explique Gilbert Kaenel, directeur du Mus\u00e9e cantonal d\u2019arch\u00e9ologie et d\u2019histoire, et auteur d\u2019une th\u00e8se de doctorat \u00e0 l\u2019UNIL consacr\u00e9e au monde celte.<\/p>\n<h2>Les druides allaient moins en for\u00eat qu\u2019on ne le croit<\/h2>\n<p>L\u2019arch\u00e9ologie a fait voler en \u00e9clats plusieurs de ces clich\u00e9s. A commencer par cette id\u00e9e que les Gaulois habitaient de petits villages dans la for\u00eat. \u00abComme ils construisaient en bois, les Celtes nous ont laiss\u00e9 des vestiges moins spectaculaires que les Egyptiens, les Grecs et les Romains qui b\u00e2tissaient en pierre. Mais \u00e7a ne veut pas dire qu\u2019ils habitaient des cabanes dans la for\u00eat. Ils construisaient des maisons, des b\u00e2timents publics et m\u00eame des villes, pr\u00e9cise Gilbert Kaenel. Ils n\u2019\u00e9taient pas moins civilis\u00e9s, ils ont simplement fait des choix diff\u00e9rents de ceux des Romains et des Grecs qui nous parlent d\u2019eux\u00bb, poursuit Gilbert Kaenel.<\/p>\n<p>Notre (re)d\u00e9couverte des druides montre \u00e9galement le chemin effectu\u00e9 r\u00e9cemment par les arch\u00e9ologues. Si l\u2019on en croit Goscinny et Uderzo, largement influenc\u00e9s par Pline, les druides comme Panoramix pratiquaient une sorte de culte de la nature, r\u00e9coltant des plantes et cueillant du gui \u00e0 la serpe. Quand ils ne partaient pas en p\u00e8lerinage dans la for\u00eat des Carnutes pour de grandes c\u00e9r\u00e9monies.<\/p>\n<p>\u00abLa d\u00e9couverte de nombreux lieux de culte montre qu\u2019il n\u2019en \u00e9tait rien, corrige Gilbert Kaenel. Comme les autres peuples de l\u2019\u00e9poque, les Gaulois avaient des sanctuaires dans les villes ou les villages pour abriter leurs c\u00e9r\u00e9monies. Et leur religion \u00e9tait bien moins naturiste qu\u2019on pouvait le croire, il y a encore cinquante ans, m\u00eame si des lieux sacr\u00e9s existent aussi dans la nature, \u00e0 l\u2019instar de la colline du Mormont, pr\u00e8s d\u2019Ecl\u00e9pens \/La Sarraz (VD), qui est en cours d\u2019exploration.\u00bb<\/p>\n<p>Cinquante ans. C\u2019est bien l\u00e0 qu\u2019est le probl\u00e8me. Les aventures d\u2019Ast\u00e9rix nous montrent les Gaulois, tels que les ma\u00eetres d\u2019\u00e9cole et les savants les imaginaient en 1959. Autant profiter de cet anniversaire pour d\u00e9couvrir \u00e0 quoi ressemblaient vraiment nos anc\u00eatres les Gaulois.<\/p>\n<h2>Ils n\u2019ont pas exag\u00e9r\u00e9, par Toutatis et par B\u00e9l\u00e9nos!<\/h2>\n<p><em>Nos vrais anc\u00eatres les Gaulois avaient effectivement peur que le ciel leur tombe sur la t\u00eate. En mati\u00e8re de religion, les aventures d\u2019Ast\u00e9rix se montrent plut\u00f4t fid\u00e8les aux sources historiques, confirme le professeur de l\u2019UNIL Thierry Luginb\u00fchl.<\/em><\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas une invention du sc\u00e9nariste d\u2019Ast\u00e9rix : les vrais Gaulois craignaient effectivement que le ciel leur tombe sur la t\u00eate. \u00abUne source grecque nous parle en effet d\u2019une ambassade de peuples celtiques qui s\u2019est rendue chez Alexandre le Grand, raconte Thierry Luginb\u00fchl. Alors que le roi leur demande s\u2019ils ont peur des Mac\u00e9doniens, les Gaulois lui r\u00e9pondent qu\u2019ils ne craignaient qu\u2019une seule chose: que le ciel leur tombe sur la t\u00eate!\u00bb<\/p>\n<p>\u00abCela peut para\u00eetre curieux, voire idiot \u00e0 notre \u00e9poque, mais il y a une explication \u00e0 cette angoisse, pr\u00e9cise le professeur \u00e0 l\u2019UNIL. Les populations celtes, comme plusieurs autres groupes indo-europ\u00e9ens, pensaient que la vo\u00fbte c\u00e9leste \u00e9tait soutenue par un arbre cosmique. Ils pouvaient donc imaginer qu\u2019il s\u2019effondre et que cela pr\u00e9cipite leur fin.\u00bb<\/p>\n<h2>Des dieux bien connus des arch\u00e9ologues<\/h2>\n<p>Le sc\u00e9nariste d\u2019Ast\u00e9rix a \u00e9t\u00e9 tout aussi bien inspir\u00e9 en glissant dans son oeuvre d\u2019innombrables pri\u00e8res et invocations \u00e0 Toutatis et \u00e0 B\u00e9l\u00e9nos. \u00abOn peut en effet imaginer que les Celtes, comme les Grecs et les Romains, prenaient leurs dieux \u00e0 t\u00e9moin\u00bb, poursuit Thierry Luginb\u00fchl. Le professeur de l\u2019UNIL observe encore que, \u00e0 la notable exception, clairement humoristique, d\u2019Amora, la d\u00e9esse qui monte parfois au nez des Gaulois, tous les dieux cit\u00e9s dans les aventures d\u2019Ast\u00e9rix sont bien attest\u00e9s par des sources antiques.<\/p>\n<p>B\u00e9l\u00e9nos et Toutatis, notamment, sont bien connus des arch\u00e9ologues. B\u00e9l\u00e9nos, soit \u00able Brillant\u00bb, est plus ou moins l\u2019alter ego gaulois d\u2019Apollon, un dieu gu\u00e9risseur rattach\u00e9 \u00e0 la symbolique solaire. Quant \u00e0 Toutatis, c\u2019est l\u2019\u00e9quivalent de Mars, le dieu de la guerre, mais aussi le protecteur d\u2019une r\u00e9gion ou de la tribu.<\/p>\n<h2>Un panth\u00e9on sans limite<\/h2>\n<p>Le professeur de l\u2019UNIL attribue enfin une derni\u00e8re couronne de lauriers aux auteurs d\u2019Ast\u00e9rix, qui n\u2019ont pas exag\u00e9r\u00e9, dans \u00abLe Devin\u00bb, quand ils nous montrent des Gaulois qui s\u2019inqui\u00e8tent de la discorde que l\u2019orage pourrait semer chez leurs innombrables dieux (lire ci-contre). On conna\u00eet en effet plusieurs centaines de noms de divinit\u00e9s gauloises. \u00abIl faut imaginer la religion des Gaulois comme celles des Grecs, des Romains ou des Hindous, pr\u00e9cise Thierry Luginb\u00fchl. Ce sont des panth\u00e9ons qui n\u2019ont pas de limite, o\u00f9 l\u2019on rencontre des dieux nationaux, r\u00e9gionaux et locaux. Chaque famille, chaque manifestation, chaque arbre et chaque rivi\u00e8re en avait un. Et il y en avait m\u00eame pour certains gestes culinaires et artisanaux.<\/p>\n<h2>C\u2019est faux: on ne pouvait pas acheter Ob\u00e9lix avec des sesterces!<\/h2>\n<p>Eh bien non, par Mercure! Ce ne sont pas les Romains qui ont fait d\u00e9couvrir la monnaie aux Gaulois. Pourtant, cette histoire vous est cont\u00e9e dans \u00abOb\u00e9lix et compagnie\u00bb, un \u00e9pisode o\u00f9 l\u2019on voit l\u2019envoy\u00e9 de C\u00e9sar, Caius Saugrenus, tenter de pacifier l\u2019irr\u00e9ductible village gaulois en achetant des menhirs \u00e0 grand renfort de sesterces. Ce qui incite les Gaulois \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer tailler la pierre, plut\u00f4t que faire la guerre.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, les premi\u00e8res monnaies sont arriv\u00e9es en Gaule plus de deux cent cinquante ans avant l\u2019\u00e9poque d\u2019Ast\u00e9rix (vers 50 av. J.-C.). Et elles ne provenaient pas de Rome, mais de Mac\u00e9doine, explique Anne Geiser. \u00abCes pi\u00e8ces d\u2019or constituaient le salaire des mercenaires celtes qui combattaient pour Philippe II et pour Alexandre le Grand. Elles furent largement imit\u00e9es en Gaule chevelue, portant peu \u00e0 peu des images d\u00e9form\u00e9es.\u00bb Quant aux monnaies romaines, elles ne sont arriv\u00e9es que bien plus tard dans les villages gaulois, avec la mont\u00e9e en puissance de Rome au sud des Alpes.<\/p>\n<h2>Les Celtes imitaient les monnaies grecques et romaines<\/h2>\n<p>\u00abIl faut donc imaginer que les Gaulois qui vivaient dans nos contr\u00e9es avaient plusieurs sortes de pi\u00e8ces dans leur bourse, poursuit l\u2019experte de l\u2019UNIL. D\u00e8s la fin du IIe s. av. J.-C., on trouve des bronzes coul\u00e9s, que l\u2019on Un quinaire \u00e0 la l\u00e9gende KALETEDU qui provient du Mormont (VD) appelle aussi les potins gaulois \u00e0 la grosse t\u00eate, qui imitent des pi\u00e8ces grecques circulant \u00e0 Marseille. Il y avait encore des quinaires en argent, qui portaient la l\u00e9gende KALETEDU, et qui imitaient une monnaie romaine.\u00bb<\/p>\n<p>Vers 50 av. J.-C., soit \u00e0 l\u2019\u00e9poque d\u2019Ast\u00e9rix, se d\u00e9veloppe un quinaire avec des caract\u00e9ristiques propres aux Gaulois, comme les pi\u00e8ces aux l\u00e9gendes NINNO\/MAVC et VIROS \/VATICO dans nos r\u00e9gions, peut-\u00eatre des noms de princes ou de chefs helv\u00e8tes.<\/p>\n<p>Si les pi\u00e8ces gauloises sont frapp\u00e9es \u00e0 l\u2019imitation de monnaies grecques et romaines, elles ont un style propre, facilement reconnaissable. \u00abLes motifs sont \u00e0 la limite de l\u2019art brut, appr\u00e9cie Anne Geiser, et les pi\u00e8ces sont orn\u00e9es de dessins g\u00e9om\u00e9triques, de symboles gaulois figur\u00e9s (torque, fibule, t\u00eate coup\u00e9e, branche d\u2019arbre, carnyx\u2026), ou encore de figures animali\u00e8res (sanglier, cerf, cheval, loup, serpent).\u00bb<\/p>\n<h2>A l\u2019\u00e9poque d\u2019Ast\u00e9rix, il n\u2019y avait pas de sesterce en Gaule<\/h2>\n<p>Et les fameux sesterces romains, qui rendent fous les habitants du village dans \u00abOb\u00e9lix et compagnie\u00bb? Et les sesterces que Moral\u00e9lastix, le chef d\u2019une tribu voisine, confie au village avant de les voler dans \u00abAst\u00e9rix et le chaudron\u00bb? C\u2019est l\u2019un des anachronismes de la BD. Car \u00able sesterce d\u2019argent ne circule quasiment pas en Gaule \u00e0 cette \u00e9poque, poursuit Anne Geiser. Sous la R\u00e9publique romaine, la plus petite monnaie d\u2019argent du syst\u00e8me romain (elle p\u00e8se autour de 1 gramme) n\u2019a \u00e9t\u00e9 que tr\u00e8s peu \u00e9mise.\u00bb<\/p>\n<p>La Gaule n\u2019en contenait donc pas assez, ni pour remplir un chaudron, ni pour payer les menhirs d\u2019Ob\u00e9lix. \u00abEt ce n\u2019est que bien apr\u00e8s Jules C\u00e9sar, sous le r\u00e8gne de l\u2019empereur Auguste, que le syst\u00e8me mon\u00e9taire romain est r\u00e9form\u00e9 et que le sesterce va devenir une grosse pi\u00e8ce de bronze, qui va effectivement se g\u00e9n\u00e9raliser.\u00bb<\/p>\n<h2>Qui habitait vraiment dans le village d\u2019Ast\u00e9rix?<\/h2>\n<p>Dans la BD, ils sont incontournables. Mais qui, du forgeron, du barde, du druide, du livreur de menhirs, et, bien s\u00fbr, du chef du village, vivait effectivement en Gaule, vers 50 av. J.-C.? Les r\u00e9ponses de Gilbert Kaenel, directeur du Mus\u00e9e cantonal d\u2019arch\u00e9ologie et d\u2019histoire, et auteur d\u2019une th\u00e8se de doctorat \u00e0 l\u2019UNIL consacr\u00e9e au monde celte.<\/p>\n<p><strong>Le forgeron<\/strong>. C\u2019est effectivement une figure importante du monde gaulois, qui exerce un art de haut niveau et diffuse ses produits loin \u00e0 la ronde. Il fa\u00e7onne des outils (haches, serpes, chaudrons\u2026) et des armes r\u00e9put\u00e9es, dont les fameuses \u00e9p\u00e9es et leurs fourreaux en m\u00e9tal, uniques \u00e0 l\u2019\u00e9poque, confirme Gilbert Kaenel. Mais, si la forge est un domaine de comp\u00e9tence du monde gaulois, on ne conna\u00eet pas le statut de ses artisans. On ne sait m\u00eame pas s\u2019ils \u00e9taient des hommes libres. Ils devaient probablement travailler au service de l\u2019aristocratie, des \u00e9lites gauloises.<\/p>\n<p><strong>Le barde<\/strong>. Oui, comme Assurancetourix, les vrais bardes gaulois jouaient de la musique, et ils aimaient la po\u00e9sie et la litt\u00e9rature. Ils d\u00e9cernaient des bl\u00e2mes ou des hommages aux notables, nous disent les auteurs antiques. Sur le champ de bataille, ils jouaient encore un r\u00f4le religieux important, parce qu\u2019ils \u00e9taient capables de guider les \u00e2mes des guerriers morts vers l\u2019Eden. Et s\u2019ils faisaient effectivement peur \u00e0 quelqu\u2019un en jouant de la musique, ce n\u2019\u00e9tait pas aux habitants de leur village, mais plut\u00f4t \u00e0 leurs ennemis. Car, juste avant le combat, les bardes participaient au fameux \u00abtumulte gaulois\u00bb en sonnant la charge avec leur carnyx, une trompe de guerre qu\u2019ils pr\u00e9f\u00e9raient \u00e0 la lyre, l\u2019instrument pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 du barde Assurancetourix, qui, dans la case ci-dessus, porte aussi un carnyx sur l\u2019\u00e9paule.<\/p>\n<p><strong>Le chef<\/strong>. Ce qui est s\u00fbr, c\u2019est que le monde gaulois \u00e9tait beaucoup plus hi\u00e9rarchis\u00e9 que le village d\u2019Ast\u00e9rix. Il \u00e9tait majoritairement compos\u00e9 de paysans et d\u2019artisans, qui d\u00e9pendaient fortement de grands aristocrates, dont ils \u00e9taient probablement les clients. Sans parler des esclaves, qui existaient en Gaule comme \u00e0 Rome, mais qu\u2019on ne voit pas dans Ast\u00e9rix.<\/p>\n<p>Les chefs celtes ont donc bien exist\u00e9. Les noms de certains d\u2019entre eux, comme Vercing\u00e9torix l\u2019Arverne, ou les Helv\u00e8tes Org\u00e9torix et Divico, sont parvenus jusqu\u2019\u00e0 nous, observe Gilbert Kaenel. Mais nous n\u2019en savons gu\u00e8re plus. Ce qui est s\u00fbr, en revanche, c\u2019est qu\u2019un vrai chef gaulois de l\u2019\u00e9poque d\u2019Abraracourcix ne paradait pas dans le village juch\u00e9 sur un bouclier rond: si les Celtes de l\u2019\u00e9poque utilisaient de grandes protections de ce genre, leurs boucliers \u00e9taient allong\u00e9s et ovales.<\/p>\n<p><strong>Le livreur de menhirs<\/strong>. C\u2019est une pure invention des auteurs de la BD. Un immense anachronisme, car ce \u00abm\u00e9tier\u00bb a disparu deux \u00e0 trois mill\u00e9naires avant qu\u2019Ob\u00e9lix ne tombe dans la potion magique. Les m\u00e9galithes, nom scientifique de ces grandes pierres, ont \u00e9t\u00e9 dress\u00e9s dans certaines r\u00e9gions d\u2019Europe aux 5e et 4e mill\u00e9naires, voire au 3e mill\u00e9naire av. J.-C., rappelle Gilbert Kaenel. Dans nos r\u00e9gions, il y en a notamment eu \u00e0 Yverdon et \u00e0 Lutry, et toute une s\u00e9rie le long de l\u2019autoroute A5 (Onnens, Bevaix). Ils avaient une signification cultuelle ou calendaire, et ils allaient de pair avec les soci\u00e9t\u00e9s agricoles vivant \u00e0 ces \u00e9poques recul\u00e9es. Les menhirs n\u2019ont donc strictement rien \u00e0 voir avec le monde gaulois. M\u00eame si, \u00e0 l\u2019\u00e9poque d\u2019Ast\u00e9rix, ces m\u00e9galithes \u00e9taient connus, et parfois m\u00eame utilis\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Le druide<\/strong>. Pour imaginer le personnage de Panoramix, les auteurs d\u2019Ast\u00e9rix ont certainement lu les textes grecs et romains. Jules C\u00e9sar leur a appris que le druide jouait un r\u00f4le essentiel dans la communaut\u00e9 gauloise. Et Pline leur a fait d\u00e9couvrir la cueillette du gui avec une serpe d\u2019or. La r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tait sensiblement diff\u00e9rente. \u00abD\u2019abord, nous n\u2019avons jamais retrouv\u00e9 de serpe d\u2019or\u00bb, sourit Gilbert Kaenel, qui lit les textes antiques avec beaucoup de prudence. \u00abIls nous donnent la vision romaine des Gaulois, celle de \u00abcivilis\u00e9s\u00bb v\u00e9hiculant des clich\u00e9s sur les \u00abbons sauvages\u00bb. L\u2019arch\u00e9ologue voit plut\u00f4t le druide comme un aristocrate dot\u00e9 d\u2019une autorit\u00e9 naturelle et qui avait suivi une longue formation. C\u2019\u00e9tait une sorte de philosophe, d\u2019historien de son peuple. Ce savant r\u00e9glait les cas de justice, il pr\u00e9sidait aux pratiques rituelles et cultuelles. L\u2019enseignement faisait enfin partie de ses responsabilit\u00e9s. Mais, s\u2019il pouvait conna\u00eetre les langues \u00e9trang\u00e8res et l\u2019\u00e9criture (qu\u2019il utilise de fa\u00e7on marginale), le druide transmettait ses connaissances par oral, en pr\u00e9f\u00e9rant s\u2019appuyer sur la m\u00e9moire des hommes que sur des notes r\u00e9dig\u00e9es. Ceci explique que nous en sachions finalement peu \u00e0 leur propos.<\/p>\n<h2>Lors des banquets, ils mangeaient Id\u00e9fix, plut\u00f4t que des sangliers!<\/h2>\n<p>A la fin de chaque aventure d\u2019Ast\u00e9rix, le village se retrouve pour festoyer. L\u00e0 encore, les auteurs de BD n\u2019ont pas exag\u00e9r\u00e9. M\u00eame si le menu des vrais Gaulois aurait certainement coup\u00e9 l\u2019app\u00e9tit d\u2019Ob\u00e9lix, comme l\u2019explique Gilbert Kaenel.<\/p>\n<p><strong>Une sc\u00e8ne de banquet<\/strong>. Elle rassemble tout le village, sauf le barde. Voil\u00e0 la case qui cl\u00f4t invariablement un album d\u2019Ast\u00e9rix, avec, sur les tables et dans les verres, des quantit\u00e9s de nourriture et de boissons qui laissent songeur. Et pourtant, sur ce point, les auteurs de la BD Goscinny et Uderzo sont probablement rest\u00e9s en de\u00e7\u00e0 de la r\u00e9alit\u00e9. Car les festins gaulois, li\u00e9s \u00e0 la religion ou \u00e0 la politique, r\u00e9unissaient des centaines, voire des milliers de participants, nous disent les arch\u00e9ologues. Et l\u2019on y consommait des quantit\u00e9s de breuvages et de nourriture tout \u00e0 fait orgiaques.<\/p>\n<p><strong>Id\u00e9fix au menu<\/strong>. S\u2019ils mangeaient peu de viande, les Gaulois n\u2019avaient pas de tabou alimentaire, comme dans nos soci\u00e9t\u00e9s actuelles. Le chien pouvait parfaitement figurer au menu d\u2019un banquet. \u00abOn a retrouv\u00e9 des os de canid\u00e9s avec des traces de d\u00e9coupe, prouvant qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 consomm\u00e9s\u00bb, pr\u00e9cise Gilbert Kaenel. Les Gaulois mangeaient aussi du cheval. Il y a des zones o\u00f9 l\u2019hippophagie est largement attest\u00e9e, surtout dans le nord de la Gaule, mais aussi sur le plateau suisse. Tout pr\u00e8s de chez nous, les fouilles du Mormont (VD) montrent notamment qu\u2019on y a mang\u00e9 du cheval, et aussi un peu de chien.<\/p>\n<p><strong>Pas de sanglier<\/strong>. C\u2019est une surprise pour les fans d\u2019Ast\u00e9rix, et grosse d\u00e9ception pour Ob\u00e9lix: les Gaulois ne mangeaient que tr\u00e8s rarement du sanglier. \u00abLa viande n\u2019est pas la base de l\u2019alimentation celte, comme on le croit en lisant Ast\u00e9rix, explique Gilbert Kaenel. Et les vrais Gaulois ne se nourrissaient pas en allant chasser dans la for\u00eat. C\u2019\u00e9taient des paysans qui cultivaient des c\u00e9r\u00e9ales et qui mangeaient essentiellement des bouillies et des soupes, \u00e0 base d\u2019orge et de c\u00e9r\u00e9ales.\u00bb<\/p>\n<p>Quand ils mangeaient de la viande, notamment lors des banquets, c\u2019\u00e9tait d\u2019abord du boeuf, du porc, et aussi du mouton et de la ch\u00e8vre. Et la chasse? \u00abLes arch\u00e9ozoologues, qui \u00e9tudient les restes animaliers retrouv\u00e9s sur les sites celtes, nous disent que la faune chass\u00e9e (essentiellement le cerf et le sanglier) figure tr\u00e8s rarement au menu. Elle ne repr\u00e9sente que quelques pour-cent de leur alimentation.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Du poisson frais et d\u2019importation<\/strong>. Dans \u00abLa grande travers\u00e9e\u00bb, Ordralfab\u00e9tix, le marchand de poisson du village d\u2019Ast\u00e9rix, pr\u00e9cise avec une fiert\u00e9 comique, qu\u2019il ne vend que du poisson provenant de Lut\u00e8ce, et fourni par les meilleurs grossistes. Sans le savoir, Goscinny a touch\u00e9 juste. Les arch\u00e9ologues ont en effet retrouv\u00e9 en Bavi\u00e8re (Allemagne) les vert\u00e8bres de sardines m\u00e9diterran\u00e9ennes! On ne sait pas si elles ont \u00e9t\u00e9 transport\u00e9es en tant que poisson s\u00e9ch\u00e9, ou si elles faisaient partie de sauces conserv\u00e9es dans des amphores, mais ces reliefs t\u00e9moignent d\u2019un commerce de poisson \u00e0 large \u00e9chelle, explique Gilbert Kaenel. Par ailleurs, on sait que les Gaulois mangeaient aussi du poisson p\u00each\u00e9 dans les lacs et les rivi\u00e8res: brochet, truite, perche\u2026 dont on a retrouv\u00e9 des os, des vert\u00e8bres et parfois des \u00e9cailles sur les sites arch\u00e9ologiques.<\/p>\n<p><strong>Pas de cervoise, mais du vin<\/strong>. Les Gaulois qui vivaient vers 50 av. J.-C. avaient effectivement un formidable lever de coude. Mais ils ne se remplissaient pas de cervoise ti\u00e8de (qui \u00e9tait une boisson plus populaire que festive) et pr\u00e9f\u00e9raient boire du vin. Ce breuvage tr\u00e8s prestigieux et si pris\u00e9 venait d\u2019Italie (de Naples ou de la Campanie) dans des amphores de 25-30 litres. Il se buvait pur, ce qui a beaucoup surpris les Grecs et les Romains qui ont assist\u00e9 \u00e0 ces sc\u00e8nes et qui, eux, avaient l\u2019habitude de couper le vin avec de l\u2019eau. Un geste impensable pour les Gaulois, qui consid\u00e9rait ce breuvage comme le symbole de la vie, le sang de la terre. Pr\u00e9cisons encore, \u00e0 la d\u00e9charge des Celtes, qu\u2019ils ne consommaient pas tout le vin qu\u2019ils importaient. Le contenu de nombreuses amphores \u00e9tait ainsi directement d\u00e9vers\u00e9 dans le sol, en offrande aux dieux vivant sous terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Jocelyn Rochat<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cela fera un demi-si\u00e8cle, le 29 octobre prochain, que le petit Gaulois moustachu fa\u00e7onne notre vision du monde celtique. 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