{"id":13615,"date":"2023-10-10T08:13:00","date_gmt":"2023-10-10T06:13:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=13615"},"modified":"2023-09-21T11:46:33","modified_gmt":"2023-09-21T09:46:33","slug":"la-reine-berthe-cette-fantaisie-vaudoise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/la-reine-berthe-cette-fantaisie-vaudoise\/","title":{"rendered":"La reine Berthe, cette fantaisie vaudoise"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>C\u2019est une figure tr\u00e8s populaire de l\u2019histoire locale, et pourtant, on ne sait que tr\u00e8s peu de choses sur cette souveraine, et l\u2019essentiel est faux.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"545\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/berthe_84_1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13508\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/berthe_84_1.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/berthe_84_1-382x260.jpg 382w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/berthe_84_1-768x523.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/berthe_84_1-135x93.jpg 135w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le motif de la reine filandi\u00e8re nous vient\u2026 d\u2019Italie. Huile d\u2019Albert Anker (extrait), 1888. Mus\u00e9e Cantonal des Beaux-Arts de Lausanne.\n\u00a9\u2009Andr\u00e9 Held\u2009\/\u2009akg-images<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00abQuand on parle d\u2019elle aux visiteurs, c\u2019est le premier clich\u00e9 qu\u2019il faut casser: la reine Berthe, ch\u00e8re aux Vaudois, n\u2019avait pas de grands pieds. C\u2019\u00e9tait une homonyme\u00bb, dit Anne-Ga\u00eblle Villet, qui, avant de devenir directrice-conservatrice de l\u2019Abbatiale de Payerne, a \u00e9tudi\u00e9 l\u2019histoire de l\u2019art \u00e0 l\u2019UNIL.<\/p>\n\n\n\n<p>Presque 200 ans s\u00e9parent en effet ces deux figures. La reine qui fait d\u00e9sormais partie du patrimoine vaudois est appel\u00e9e Berthe de Souabe ou Berthe de Bourgogne par les historiens. Elle a \u00e9t\u00e9 ensevelie en l\u2019an de gr\u00e2ce 961, \u00e0 Payerne. Quant \u00e0 la reine Berthe au Grand Pied, c\u00e9l\u00e8bre parce qu\u2019elle \u00e9tait la m\u00e8re de Charlemagne et l\u2019\u00e9pouse de P\u00e9pin le Bref, elle est morte en 783 apr\u00e8s J.-C.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux Berthe ont toutefois en commun d\u2019\u00eatre des \u00abpersonnages \u00e0 la fois historiques et l\u00e9gendaires, sur lesquels circulent des r\u00e9cits parfois compl\u00e8tement fantaisistes\u00bb, dit Alain Corbellari. Pour le professeur de litt\u00e9rature m\u00e9di\u00e9vale \u00e0 l\u2019UNIL, cette histoire de grands pieds est doublement fausse, parce qu\u2019il faudrait l\u2019\u00e9crire \u00abau singulier, c\u2019est important\u00bb. Le grand pied de la m\u00e8re de Charlemagne ne nous fournit pas une indication sur la pointure de ses chausses, mais il indique plut\u00f4t qu\u2019elle \u00abavait probablement un pied-bot\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce cas, le r\u00e9cit fantaisiste ne d\u00e9crit pas une reine fileuse, comme pour la Berthe des Vaudois, mais il pr\u00e9sente cette Berthe au Grand Pied comme la fille du roi de Hongrie, une jeune femme pers\u00e9cut\u00e9e \u00e0 qui on aurait substitu\u00e9 un sosie dans le lit de P\u00e9pin le Bref. C\u2019est, du moins, ce que pr\u00e9tend une chanson de geste purement romanesque de la fin du XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La reine fileuse?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8me quiproquo \u00e0 corriger: la reine Berthe des Vaudois ne filait pas autant que le pr\u00e9tend une l\u00e9gende tenace. Ce motif de la reine filandi\u00e8re, si passionn\u00e9e par son ouvrage qu\u2019elle \u0153uvrait m\u00eame \u00e0 cheval, nous vient en r\u00e9alit\u00e9 d\u2019Italie. L\u2019anecdote a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite pour une troisi\u00e8me reine Berthe, de Turin ou de Savoie, qui est n\u00e9e en 1051 et morte en 1087, longtemps avant de conna\u00eetre le succ\u00e8s en terres vaudoises.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le doyen Bridel qui popularise cette anecdote, notamment dans ses <em>\u00c9trennes helv\u00e9tiennes<\/em>, o\u00f9 il \u00e9crit en 1812: \u00abLa reine Berthe rencontra pr\u00e8s d\u2019Orbe une jeune fille qui filait en gardant quelques brebis, et elle lui envoya un riche cadeau pour r\u00e9compenser sa diligence. Le lendemain, plusieurs nobles dames parurent \u00e0 la cour avec un fuseau, mais la reine ne leur fit aucun cadeau et se contenta de dire: la paysanne est venue la premi\u00e8re, elle a emport\u00e9 ma b\u00e9n\u00e9diction.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me, c\u2019est que \u00abcette histoire est clairement li\u00e9e \u00e0 Berthe de Turin, pas \u00e0 Berthe de Payerne. Je ne sais pas si elle est vraie, mais elle est attest\u00e9e et bien connue dans la plaine du P\u00f4 et la r\u00e9gion de Padoue, en association avec cette souveraine homonyme. Je pense que le doyen Bridel a fait l\u2019amalgame en toute connaissance de cause\u00bb, estime Alain Corbellari.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"401\" height=\"600\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/AlainCorbellari_84.jpg\" alt=\"Alain Corbellari. Professeur de litt\u00e9rature m\u00e9di\u00e9vale \u00e0 la Section de fran\u00e7ais (Facult\u00e9 des lettres). Nicole Chuard\u2009\u00a9\u2009UNIL\" class=\"wp-image-13527\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/AlainCorbellari_84.jpg 401w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/AlainCorbellari_84-174x260.jpg 174w\" sizes=\"auto, (max-width: 401px) 100vw, 401px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Alain Corbellari. Professeur de litt\u00e9rature m\u00e9di\u00e9vale \u00e0 la Section de fran\u00e7ais (Facult\u00e9 des lettres). Nicole Chuard\u2009\u00a9\u2009UNIL<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Le bon temps de la reine Berthe?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La place de la reine Berthe dans les m\u00e9moires vaudoises laisse encore imaginer qu\u2019il faisait bon vivre \u00e0 l\u2019\u00e9poque de cette souveraine, comme le veut le dicton: \u00abDu temps que Berthe filait\u00bb. L\u00e0 encore, il n\u2019en est rien, comme l\u2019explique Alain Corbellari.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abLe X<sup>e<\/sup> si\u00e8cle est l\u2019une des p\u00e9riodes les plus sombres du Moyen \u00c2ge. L\u2019empire de Charlemagne s\u2019est d\u00e9lit\u00e9 puis scind\u00e9 sous le r\u00e8gne de ses successeurs. Et puis, les invasions vikings, sarrasines et hongroises ont interrompu l\u2019\u00e9lan culturel de la Renaissance carolingienne. Bref, la reine Berthe a v\u00e9cu dans un si\u00e8cle de fer.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le peu de choses que nous connaissons de la vie de la souveraine confirme ce noir tableau. Tr\u00e8s, tr\u00e8s loin de l\u2019amour courtois, \u00abBerthe est mari\u00e9e une premi\u00e8re fois de force, comme l\u2019\u00e9taient toutes les jeunes aristocrates de l\u2019\u00e9poque. Elle doit \u00e9pouser Rodolphe II, qui \u00e9tait, semble-t-il, assez primaire. Et son second mari, Hugues, roi d\u2019Italie, est encore pire\u00bb, r\u00e9sume Alain Corbellari. Nous le savons par l\u2019\u00e9v\u00eaque de Cr\u00e9mone, Liutprand, qui \u00e9crit notamment que \u00able couple n\u2019est pas heureux\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Devenue veuve, Berthe a vu sa fille Ad\u00e9la\u00efde enlev\u00e9e et s\u00e9questr\u00e9e. \u00abC\u2019est des vendettas, des rapts, des viols et des assassinats, c\u2019est presque les M\u00e9rovingiens\u00bb, r\u00e9sume Alain Corbellari, \u00e0 l\u2019exception des derni\u00e8res ann\u00e9es de la souveraine, quand elle se retire en Bourgogne, o\u00f9 elle aurait multipli\u00e9 les dons.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, quand on a enlev\u00e9 tout ce qui rel\u00e8ve de la l\u00e9gende ou du merveilleux, \u00abil faut bien admettre que nous ne savons que tr\u00e8s peu de choses sur la reine Berthe d\u2019un point de vue historique\u00bb, confirme Anne-Ga\u00eblle Villet.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abNous avons la certitude qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9e \u00e0 Payerne, puisque sa fille vient se recueillir sur sa tombe en 999. Et nous savons qu\u2019elle a jou\u00e9 un r\u00f4le, qui reste \u00e0 pr\u00e9ciser, dans la fondation du prieur\u00e9 de Payerne. Au-del\u00e0 de ces informations, c\u2019est assez flou.\u00bb Et encore, ces rares certitudes reposent sur d\u2019autres faux.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"538\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/berthe_84_2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13507\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/berthe_84_2.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/berthe_84_2-387x260.jpg 387w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/berthe_84_2-768x516.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Toujours en filandi\u00e8re, la reine Berthe illustre cette publicit\u00e9 pour les chocolats Suchard, au XIXe si\u00e8cle. \u00a9\u2009Bridgeman Images<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Une fausse tombe et de faux os&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En juin 2021, les arch\u00e9ologues ont ouvert la tombe attribu\u00e9e \u00e0 la reine Berthe depuis sa d\u00e9couverte de 1818, et ils ont trouv\u00e9 un cr\u00e2ne entier et des ossements humains. Mais l\u2019\u00e9tude des os du bassin n\u2019a pas laiss\u00e9 planer le doute tr\u00e8s longtemps: c\u2019\u00e9tait la d\u00e9pouille d\u2019un homme inconnu, mort au XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, tr\u00e8s longtemps apr\u00e8s la reine, probablement un moine de l&rsquo;abbatiale.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abCe n\u2019\u00e9tait pas une surprise, dit Anne-Ga\u00eblle Villet. Au vu des sources, nous nous attendions \u00e0 ce que ce ne soit pas Berthe. Pour nous, la d\u00e9couverte a \u00e9t\u00e9 de retrouver un sarcophage en pierre plus ancien dans le tombeau. Il appartient \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019une dizaine de pi\u00e8ces du X<sup>e<\/sup> si\u00e8cle qui ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9es sur le site. La pr\u00e9sence d\u2019un corps du XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle dans un sarcophage plus ancien ouvre des perspectives de recherche sur l\u2019art fun\u00e9raire au XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et le r\u00e9emploi de ces sarcophages.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cette r\u00e9v\u00e9lation n\u2019exclut pas compl\u00e8tement la possibilit\u00e9 de retrouver la tombe de la reine Berthe. \u00abNous pensons qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9e au centre de la nef de l\u2019Abbatiale actuelle. Cet emplacement, \u00e9galement au c\u0153ur de la premi\u00e8re \u00e9glise, avait d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019objet d&rsquo;une intervention, peut-\u00eatre un pillage ou une d\u00e9couverte pr\u00e9c\u00e9dente du tombeau. Les os ont peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9s au Moyen \u00c2ge, pour organiser un culte autour de ce personnage. Il y a peut-\u00eatre encore une piste \u00e0 explorer \u00e0 l\u2019avenir, mais, pour l\u2019instant, nous n\u2019en avons pas la volont\u00e9, parce que \u00e7a n\u00e9cessiterait des travaux \u00e9normes.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un faux document<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour ajouter \u00e0 la confusion, le seul document attribu\u00e9 \u00e0 la reine Berthe, la charte de fondation de l\u2019Abbaye de Payerne, est \u00e9galement un faux. Ce \u00abtestament\u00bb de la souveraine assure qu\u2019elle aurait fond\u00e9 la c\u00e9l\u00e8bre abbatiale. Mais, selon l\u2019ex-archiviste cantonal Gilbert Coutaz, \u00able plus ancien document original conserv\u00e9 aux Archives cantonales, puisqu\u2019il est dat\u00e9 du 1<sup>er<\/sup> avril 961, a \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9 apr\u00e8s coup par les moines de Payerne au XII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle\u00bb, comme il l\u2019explique longuement dans <em>Histoire vaudoise<\/em> (Infolio, 2005).<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 qui jette le doute sur l\u2019une des derni\u00e8res certitudes concernant la biographie de Berthe: son r\u00f4le central dans la fondation de l\u2019Abbaye de Payerne. Mais cette fois, Alain Corbellari prend la d\u00e9fense de la reine. \u00abCe n\u2019est pas parce que ce document est apocryphe qu\u2019il est faux\u00bb, dit le chercheur de l\u2019UNIL qui sort ces jours-ci un livre sur <em>Le complot en litt\u00e9rature<\/em>, o\u00f9 il est notamment question de Berthe (<em>r\u00e9f\u00e9rence ci-contre<\/em>). Ce document \u00abdate du XI<sup>e<\/sup> ou du XII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, c\u2019est incontestable, mais les moines qui l\u2019ont r\u00e9dig\u00e9 \u00e9taient sans doute de bonne foi. Ils pensaient rapporter une tradition qu\u2019ils connaissaient. L&rsquo;\u00e9pisode aurait d\u00fb \u00eatre mis par \u00e9crit depuis longtemps, si on avait \u00e9t\u00e9 moins n\u00e9gligent.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u2019ailleurs ce que semble prouver un t\u00e9moignage exhum\u00e9 tout r\u00e9cemment par l\u2019historien et docteur \u00e8s Lettres \u00e0 l\u2019UNIL Jean-Daniel Morerod, qui montre que la fondation de Payerne pourrait effectivement remonter \u00e0 la reine Berthe.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Alain Corbellari, \u00ables faux m\u00e9di\u00e9vaux sont nombreux et tr\u00e8s critiqu\u00e9s pour cela, mais ils n\u2019ont pas toujours \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis pour tromper la post\u00e9rit\u00e9. Dans le cas de Berthe, il s\u2019agit sans doute de donner un petit coup de pouce \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement qui a eu lieu, mais dont on n\u2019a malencontreusement pas gard\u00e9 la trace. Pour moi, le complot, c\u2019est plut\u00f4t quand le doyen Bridel fait croire que la reine Berthe filait, alors qu\u2019il savait tr\u00e8s bien que ce n\u2019\u00e9tait pas le cas.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"225\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/livre_complot_corbellari_84.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13474\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le complot en litt\u00e9rature. Presses universitaires de Vincennes (2023), 188 p.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Imprimez la l\u00e9gende<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00abAujourd\u2019hui, on d\u00e9poussi\u00e8re de nombreux \u00e9pisodes historiques, et cette pauvre reine Berthe en a fait les frais\u00bb, dit Alain Corbellari. Ind\u00e9pendamment de cette chasse aux faux, on peut se demander comment un personnage aussi discret dans les sources historiques a pu conna\u00eetre un tel succ\u00e8s posthume?<\/p>\n\n\n\n<p>En t\u00e9moigne, par exemple, cet article de <em>24 Heures<\/em> de mai 2023 qui se demandait \u00abQuel autre h\u00e9ros que Davel les Vaudois pourraient bien se choisir?\u00bb, et qui proposait la reine Berthe en favorite N<sup>o<\/sup> 1.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour expliquer son succ\u00e8s, \u00abil faut bien admettre que la concurrence n\u2019est pas \u00e9norme\u00bb, r\u00e9pond le chercheur de l\u2019UNIL. C\u2019est probablement parce qu\u2019il y avait peu d&rsquo;alternatives que le doyen Bridel a embelli cette histoire dans les ann\u00e9es 1800.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00c0 l\u2019\u00e9poque de la cr\u00e9ation du canton de Vaud, les gens se cherchaient des figures identitaires, et Berthe a \u00e9t\u00e9 remise sur le devant de la sc\u00e8ne, rappelle Anne-Ga\u00eblle Villet. Il fallait trouver des mod\u00e8les sans rapport avec la domination bernoise, donc chez d\u2019autres puissances comme la Savoie ou la Bourgogne.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abC\u2019est un peu la m\u00eame d\u00e9marche que les nobles qui sortaient leur arbre g\u00e9n\u00e9alogique pour montrer leur l\u00e9gitimit\u00e9 sur un territoire. Berthe devait ancrer le nouveau canton qui n\u2019avait pas encore d\u2019histoire dans un pass\u00e9 plus ancien.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, les Vaudois ne sont pas les seuls \u00e0 revisiter le Moyen \u00c2ge. \u00abEntre les ann\u00e9es 1760 et 1820, il y a une effervescence dans toute l\u2019Europe. Les d\u00e9couvertes se multiplient, certaines sont vraies, d\u2019autres pas, comme les ossements d\u2019H\u00e9lo\u00efse et Ab\u00e9lard transport\u00e9s au P\u00e8re-Lachaise. Il y a vraiment un esprit d&rsquo;\u00e9poque qui consiste \u00e0 se chercher des anc\u00eatres, \u00e0 cr\u00e9er une m\u00e9moire nationale\u00bb, pr\u00e9cise Alain Corbellari.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comment s\u2019est cr\u00e9\u00e9 le mythe<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Reste que ce choix de Berthe peut sembler incongru, comme le rel\u00e8ve l\u2019historien Kurt Messmer, qui y voit \u00abune aberration\u00bb du point de vue des Lumi\u00e8res. \u00abL\u2019Europe vient d\u2019abolir la soci\u00e9t\u00e9 des ordres, les Vaudois se sont tout juste lib\u00e9r\u00e9s des Bernois et d\u2019un vieux syst\u00e8me f\u00e9odal, ils ont \u00e9crit LIBERT\u00c9 en lettres d&rsquo;or sur les armes de leur canton, et ils choisissent comme figure tut\u00e9laire une reine du X<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le responsable de cette \u00e9tranget\u00e9, c\u2019est le doyen Bridel. \u00abSon action a \u00e9t\u00e9 capitale\u00bb, estime Alain Corbellari. Apr\u00e8s, \u00abil y a des relais, comme Juste Olivier, jusqu\u2019\u00e0 Cingria en 1947 qui a publi\u00e9 un petit livre sur la reine Berthe, injustement sous-estim\u00e9 par les historiens. Cet \u00e9crivain \u00e9tait fascin\u00e9 par le Moyen \u00c2ge et il avait beaucoup lu, notamment des manuscrits aux archives. Son texte est truff\u00e9 d\u2019informations int\u00e9ressantes\u00bb, raconte Alain Corbellari, qui a travaill\u00e9 \u00e0 une \u00e9dition annot\u00e9e de ces textes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la principale responsable du succ\u00e8s posthume de Berthe, c\u2019est clairement sa fille Ad\u00e9la\u00efde, qui deviendra imp\u00e9ratrice en f\u00e9vrier 962, puis sainte. C\u2019est \u00abl\u2019une des femmes les plus remarquables du X<sup>e<\/sup> si\u00e8cle\u00bb, assure le <em>Dictionnaire historique de la Suisse<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abC\u2019est une figure plus romanesque, elle est inspirante quand on cherche des figures m\u00e9di\u00e9vales ou simplement du pass\u00e9 qui ont eu un r\u00f4le dans l\u2019histoire, confirme Anne-Ga\u00eblle Villet. Elle a \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9e, elle s\u2019est \u00e9vad\u00e9e, ce n\u2019est pas une femme passive, m\u00e8re du royaume qui reste sagement \u00e0 \u00e9couter ce qui se passe. Elle devrait davantage int\u00e9resser l\u2019\u00e9poque actuelle.\u00bb C\u2019est pour cela que, l\u2019\u00e9t\u00e9 prochain, le site de Payerne consacrera plusieurs \u00e9v\u00e8nements \u00e0 Ad\u00e9la\u00efde. Mais cela, c\u2019est une autre histoire. <\/p>\n\n\n\n<p>Article suivant: <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=13619\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=13619\">Quand les <\/a><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=13619\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=13619\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">moines<\/a><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=13619\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=13619\"> avaient du r\u00e9seau<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est une figure tr\u00e8s populaire de l\u2019histoire locale, et pourtant, on ne sait que tr\u00e8s peu de choses sur cette souveraine, et l\u2019essentiel est faux. \u00abQuand on parle d\u2019elle aux &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":825,"featured_media":13508,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[42189,31,42206],"tags":[43],"class_list":{"0":"post-13615","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-diaporama","8":"category-histoire","9":"category-no-84","10":"tag-jocelyn-rochat"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13615","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/825"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13615"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13615\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13508"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13615"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13615"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13615"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}