{"id":13567,"date":"2023-10-10T08:24:00","date_gmt":"2023-10-10T06:24:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=13567"},"modified":"2023-10-10T10:53:54","modified_gmt":"2023-10-10T08:53:54","slug":"comment-vivre-avec-le-sauvage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/comment-vivre-avec-le-sauvage\/","title":{"rendered":"Comment vivre avec le sauvage?"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"516\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/sauvage_84_2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13435\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/sauvage_84_2.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/sauvage_84_2-403x260.jpg 403w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/sauvage_84_2-768x495.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Lynx. Surnomm\u00e9 \u00abLary\u00bb, ce f\u00e9lin a \u00e9t\u00e9 photographi\u00e9 dans le Simmental. L\u2019auteur du clich\u00e9, Laurent Geslin, a r\u00e9alis\u00e9 un documentaire et publi\u00e9\nun livre au sujet du lynx. \u00a9\u2009Laurent Geslin<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Si la nature nous \u00e9merveille et qu\u2019on s\u2019\u00e9meut de sa pr\u00e9servation, elle n\u2019a cependant pas la m\u00eame valeur pour tous. Entretien avec Laine Chanteloup, professeure assistante en g\u00e9ographie des ressources de montagnes \u00e0 l\u2019UNIL et membre du Centre interdisciplinaire de recherche sur la montagne \u00e0 Sion (VS), qui s\u2019int\u00e9resse notamment \u00e0 la perception qu\u2019ont les sportifs et les chasseurs dans les territoires de montagne.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comment appr\u00e9hende-t-on la nature aujourd\u2019hui?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les publics qui investissent l\u2019environnement naturel sont extr\u00eamement diversifi\u00e9s, ce qui rend la gestion et la prise en charge de la nature tr\u00e8s compliqu\u00e9es. Cette diversification inclut des connaisseurs, souvent tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9s. Dans les zones de montagne que j\u2019\u00e9tudie, un skieur de randonn\u00e9e va par exemple avoir de larges connaissances sur les avalanches, la structure de la neige, etc. mais ne va pas forc\u00e9ment prendre en compte l\u2019impact de sa pratique sur la biodiversit\u00e9. C\u2019est un vrai probl\u00e8me aujourd\u2019hui pour diff\u00e9rents usagers de la montagne. Les agriculteurs, par exemple, font face en saison estivale aux <em>trailers<\/em> ou aux v\u00e9t\u00e9tistes, experts en m\u00e9t\u00e9o ou en topographie, qui ne connaissent toutefois rien au pastoralisme. Sans compter sur le ph\u00e9nom\u00e8ne de massification du tourisme et des activit\u00e9s r\u00e9cr\u00e9atives avec l\u2019arriv\u00e9e de personnes qui n\u2019ont que peu de connaissances de l\u2019environnement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un public qui veut&nbsp; \u00abconsommer\u00bb de la nature&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Oui, avec l\u2019impression de se rapprocher de la faune et de la flore tout en restant dans la m\u00e9connaissance de ce qui l\u2019entoure. En montagne, des activit\u00e9s de loisirs se d\u00e9roulent toute l\u2019ann\u00e9e, de jour comme de nuit, avec des courses nocturnes par exemple, parfois sans laisser de zones ou de moments de tranquillit\u00e9 aux animaux. Le vivant n\u2019a alors plus aucun instant de r\u00e9pit, ce qui est probl\u00e9matique. L\u2019\u00e9cologue Robert Michael Pyle parle d\u2019extinction de l\u2019exp\u00e9rience de la nature pour souligner le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019une perte de connaissance des milieux qu\u2019on investit. Cela se voit en ville, o\u00f9 les enfants n\u2019arrivent pas \u00e0 mettre un nom sur les insectes de leur cour de r\u00e9cr\u00e9, mais sont imbattables quand il s\u2019agit de nommer des Pok\u00e9mon. Cette extinction de l\u2019exp\u00e9rience va souvent de pair avec le concept d\u2019amn\u00e9sie environnementale du psychologue Peter H. Khan. Par exemple, quelqu\u2019un qui n\u2019a jamais connu un monde plein d\u2019oiseaux ne sera pas choqu\u00e9 qu\u2019il y en ait peu actuellement. N\u00e9anmoins, concr\u00e8tement, les oiseaux disparaissent.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"401\" height=\"600\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/LaineChanteloup_84.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13484\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/LaineChanteloup_84.jpg 401w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/LaineChanteloup_84-174x260.jpg 174w\" sizes=\"auto, (max-width: 401px) 100vw, 401px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Laine Chanteloup. Professeure assistante \u00e0 l\u2019Institut de g\u00e9ographie et durabilit\u00e9 (Facult\u00e9 des g\u00e9osciences et de l\u2019environnement) et membre du Centre interdisciplinaire de recherche sur la montagne \u00e0 Sion (VS).\nNicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Vous avez \u00e9tudi\u00e9 les sportifs de montagne. Quel lien ont-ils avec leur environnement?&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9tudes montrent que la raret\u00e9 int\u00e9resse, surtout les animaux iconiques. Croiser un bouquetin durant une excursion ravit. La premi\u00e8re fois, les randonneurs vont s\u2019arr\u00eater, l\u2019observer, prendre du temps. Cependant plus ils vont en croiser, moins ils vont s\u2019y int\u00e9resser. La plupart des sportifs interrog\u00e9s lancent sur la faune des coups d\u2019\u0153il furtifs, que j\u2019ai nomm\u00e9s des regards h\u00e9b\u00e9t\u00e9s. S\u2019ils voient des animaux, c\u2019est bien, parce que cela fait partie d\u2019un paysage vivant. Mais s\u2019ils n\u2019en voient pas, ils appr\u00e9cient tout autant leur activit\u00e9 en ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Contre toute attente, il semblerait d\u2019apr\u00e8s vos recherches que les chasseurs soient plus mutualistes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En effet, les plus de 3300 chasseurs qui ont r\u00e9pondu \u00e0 notre questionnaire dans les Alpes fran\u00e7aises ne consid\u00e8rent pas l\u2019animal uniquement comme une ressource pouvant servir l\u2019Homme, mais plut\u00f4t comme un \u00eatre \u00e0 part enti\u00e8re faisant partie d\u2019un \u00e9cosyst\u00e8me. Souvent, ce sont des passionn\u00e9s de la faune qui connaissent tout le cycle de vie de leur gibier. Ils peuvent \u00e9tablir des biographies animales, car ils suivent certains animaux depuis des mois, voire des ann\u00e9es. Ici, prendre soin du sauvage passe par la gestion de la faune. De nombreux chasseurs parlent de \u00ableur cheptel\u00bb quand ils \u00e9voquent le gibier, un parall\u00e8le int\u00e9ressant avec le monde agricole. En p\u00e9riode de canicule, certains, inquiets, vont apporter des seaux d\u2019eau en for\u00eat pour d\u00e9salt\u00e9rer la faune, y compris celle qu\u2019ils chassent. Toutefois, lors d\u2019entretiens personnels, nous avons constat\u00e9 avec mon \u00e9quipe de chercheurs que cette tendance mutualiste dispara\u00eet quand le loup entre en sc\u00e8ne. Il y a donc un paradoxe assez fort entre ce profil mutualiste et le rejet de certaines esp\u00e8ces. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les animaux qu\u2019on aime et qu\u2019on aime chasser \u2013 ce qui ne signifie pas uniquement tuer, mais aussi pister, conna\u00eetre \u2013 de l\u2019autre, les pr\u00e9dateurs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Idem pour le lynx?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il n\u2019y a pas de loup, oui. Mais d\u00e8s que le loup s\u2019installe sur le territoire du lynx, ce dernier change de cat\u00e9gorie pour les chasseurs, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il n\u2019est plus un probl\u00e8me. L\u2019acceptation du lynx se fait de mani\u00e8re croissante avec l\u2019arriv\u00e9e du loup. Aujourd\u2019hui, dans les territoires o\u00f9 le loup est revenu, les discours se focalisent sur la pr\u00e9sence de l\u2019esp\u00e8ce. C\u2019est un moteur de l\u2019\u00e9nervement, qui perturbe le gibier, le laisse agoniser, etc. On va m\u00eame parler de la souffrance animale qu\u2019il fait endurer. Quand mon \u00e9quipe a demand\u00e9 aux sportifs de montagne les st\u00e9r\u00e9otypes qui entourent les deux pr\u00e9dateurs, le lynx s\u2019en est aussi mieux sorti que le loup. Du premier, on met en avant sa discr\u00e9tion, le fait qu\u2019il ne va s\u2019attaquer qu\u2019\u00e0 une seule proie et la respecter puisqu\u2019il va la manger enti\u00e8rement. Contrairement au second qui pourrait avoir un comportement d\u2019<em>overkilling<\/em> (nomm\u00e9 aussi syndrome du poulailler: fr\u00e9n\u00e9sie de tuer tout ce qui bouge sans discernement, <em>ndlr<\/em>). Ceux qui se m\u00e9fient le plus du loup sont ceux qui ont des proches dans le monde agricole. Cependant, il y a aussi chez les sportifs une esp\u00e8ce de fascination pour ce pr\u00e9dateur. On esp\u00e8re en voir un, mais de loin. En Suisse, une \u00e9tude men\u00e9e sur les mesures de protection des troupeaux aupr\u00e8s de pratiquants d\u2019activit\u00e9s r\u00e9cr\u00e9atives dans le Val d\u2019H\u00e9rens (VS) montre que le loup est globalement accept\u00e9 par ce public&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans un canton o\u00f9 le loup s\u00e8me la discorde&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut bien s\u00fbr temp\u00e9rer cette acceptation de l\u2019animal, car la population qui a r\u00e9pondu aux questions est compos\u00e9e uniquement de sportifs de montagne. Mais une bonne partie de notre \u00e9chantillon habite en Valais. Un autre \u00e9l\u00e9ment m\u2019a passablement \u00e9tonn\u00e9e dans cette \u00e9tude: les mesures de protection utilis\u00e9es contre le loup sont tr\u00e8s bien accept\u00e9es, notamment les chiens. \u00c0 partir du moment o\u00f9 il y a un chien de protection sur un alpage, on pense \u00e0 des interactions n\u00e9gatives ou \u00e0 la peur de traverser l\u2019endroit. Or, les enqu\u00eates ont montr\u00e9 que les chiens de protection \u00e9taient bien tol\u00e9r\u00e9s par plus de 80\u2009% des personnes interrog\u00e9es. Nous avons fait la diff\u00e9rence entre ceux qui en avaient d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 un et les autres. Dans les deux cas, cette mesure de protection a \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9e, toutefois dans une moindre mesure par les personnes en ayant crois\u00e9.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"563\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/sauvage_84_1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13436\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/sauvage_84_1.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/sauvage_84_1-369x260.jpg 369w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/sauvage_84_1-768x540.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Loups. Un pi\u00e8ge photographique a saisi ces deux canid\u00e9s de la meute du Marchairuz le 26 octobre 2021. En Suisse, les opinions au sujet du loup sont tellement tranch\u00e9es que tout d\u00e9bat \u00e0 ce sujet est devenu st\u00e9rile. \u00a9\u2009Stiftung KORA<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Quelles autres attentes ont les randonneurs et autres v\u00e9t\u00e9tistes sur leur parcours?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Des am\u00e9nagements des pouvoirs publics, ou des agriculteurs, pour pouvoir continuer \u00e0 pratiquer leur activit\u00e9. Par exemple, ils aimeraient que les chemins de protection soient balis\u00e9s et que les chiens soient parqu\u00e9s avec le b\u00e9tail. Le probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9 qu\u2019imposer une limite au chien le rend moins efficace. Les sportifs seraient aussi int\u00e9ress\u00e9s par des itin\u00e9raires alternatifs, afin d\u2019\u00e9viter le contact avec les troupeaux. Mais ces d\u00e9tours peuvent \u00eatre impossibles dans les zones escarp\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au Canada, vous expliquez que, dans les parcs nationaux, on utilise des lignes de fladerie, sortes de cl\u00f4tures munies de fanions de couleur, pour \u00e9loigner les loups des humains. Une mesure r\u00e9alisable en Suisse?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En France, et cela commence en Suisse, on utilise aussi diff\u00e9rentes cl\u00f4tures, parfois \u00e9lectrifi\u00e9es, ainsi que la m\u00e9thode <em>Foxlight<\/em>, qui \u00e9met une lumi\u00e8re cens\u00e9e effrayer les loups. En g\u00e9n\u00e9ral, ces techniques fonctionnent tr\u00e8s bien quelque temps, jusqu\u2019\u00e0 ce que des individus de la meute se rendent compte que cela ne repr\u00e9sente aucun danger. La ligne de fladerie utilis\u00e9e au Canada a pour but d\u2019\u00e9loigner les loups de zones de camping install\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des parcs, car il y a eu des cas de \u00abloups familiers\u00bb, qui venaient sans peur se servir de nourriture dans les poubelles. Il s\u2019agit ici de r\u00e9ensauvager les pr\u00e9dateurs avec une barri\u00e8re potentiellement psychologique pour eux. L\u2019efficacit\u00e9 de ces moyens va d\u00e9pendre \u00e0 la fois de la configuration du territoire \u2013 certaines cl\u00f4tures ne peuvent pas \u00eatre install\u00e9es sur tous les alpages \u2013 et \u00e0 la fois de la personnalit\u00e9 de la meute. Le chien de protection est toujours consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des meilleurs moyens de se d\u00e9fendre contre les loups. \u00c0 noter qu\u2019au Canada, on emploie aussi des techniques plus radicales pour \u00e9loigner certains animaux. Les ours trop familiers dans les parcs sont ainsi endormis et d\u00e9plac\u00e9s plusieurs centaines de kilom\u00e8tres plus loin.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u2019est aussi dans ce pays que les ours sont parfois mis en sc\u00e8ne pour les touristes, avez-vous d\u00e9couvert durant votre doctorat&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai travaill\u00e9 sur la mise en tourisme du sauvage et comment cela joue sur notre rapport \u00e0 la nature. Ce qui est ressorti de mes analyses, c\u2019est qu\u2019on aime se confronter au sauvage, mais \u00e0 un sauvage construit. Et puisqu\u2019il est construit, il ne correspond pas \u00e0 la nature telle qu\u2019elle est. L\u2019\u00eatre humain est content de voir un ours dans son milieu naturel, mais seulement s\u2019il se trouve loin ou qu\u2019il ne repr\u00e9sente aucun danger. Au Qu\u00e9bec, on a cr\u00e9\u00e9 des sites d\u2019app\u00e2tage d\u2019ours noir sur un territoire ouvert o\u00f9 les animaux (caribous, orignaux, ours) circulent librement. En face d\u2019une cabane vitr\u00e9e destin\u00e9e aux touristes, on a install\u00e9 une plateforme o\u00f9 les plantigrades viennent manger non pas dans une bassine, mais sur des constructions en bois les obligeant \u00e0 bouger pour r\u00e9ussir \u00e0 se nourrir. L\u2019ours se retrouve en d\u00e9monstration pour attraper une pomme en haut d\u2019une construction par exemple. Cela pla\u00eet parce qu\u2019on a l\u2019impression d\u2019avoir vu un ours en pleine nature et que le voir actif correspond aux attentes d\u2019un touriste, alors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une construction. La mise en tourisme permet une mise en contexte compatible avec ce qu\u2019on peut accepter, ou pas, du sauvage. \u00c0 noter qu\u2019il existe \u00e9galement un d\u00e9veloppement touristique autour des ours pr\u00e9sents dans des d\u00e9charges, m\u00eame si cela ne correspond pas \u00e0 notre vision idyllique du sauvage.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/sauvage_84_3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13434\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/sauvage_84_3.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/sauvage_84_3-390x260.jpg 390w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/09\/sauvage_84_3-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Deux grizzlies en Colombie-Britannique. Au Canada, les ours sont parfois \u00abmis en tourisme\u00bb pour le plaisir des humains. \u00a9\u2009Gabriella Zsuzsanna Jenei\u2009\/ \nDreamstime.com<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Vous avez pass\u00e9 du temps au nord du Qu\u00e9bec au Nunavik, chez des Inuits. En quoi leur rapport \u00e0 la nature est-il diff\u00e9rent du n\u00f4tre?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Bien que leur rapport \u00e0 l\u2019animal se soit transform\u00e9 \u2013 une grande partie des jeunes ne chassent plus et s\u2019int\u00e9ressent moins \u00e0 la faune \u2013 ils gardent une tendance animiste. Nous avons travaill\u00e9 sur la place des chiens de nos jours dans les villages. Le chien est pour eux un \u00eatre ind\u00e9pendant, capable de se nourrir aussi par lui-m\u00eame. Traditionnellement, il ne rentre pas dans la maison et on ne le caresse pas. Ce qui ne signifie pas qu\u2019on ne l\u2019aime pas. Il arrive qu\u2019on lui donne le nom d\u2019un membre de la famille disparu pour qu\u2019il ait sa personnalit\u00e9. De nombreux Inuits pensent que l\u2019animal doit \u00eatre libre et vivre en meute pour \u00eatre bien psychologiquement. L\u2019attacher, c\u2019est le faire souffrir, ne pas respecter sa nature et le rendre agressif. Dans les villages, vu de l\u2019ext\u00e9rieur, on croit voir des chiens errants qui se baladent. En r\u00e9alit\u00e9, la plupart appartiennent \u00e0 quelqu\u2019un et peuvent b\u00e9n\u00e9ficier du r\u00e9seau familial pour passer de maison en maison. Mais ce grand nombre provoque aussi des probl\u00e8mes lorsque les femelles sont en chaleur, car des meutes de chiens se forment et peuvent \u00eatre agressives. Avant, les Inuits \u00e9taient nomades, ce qui laissait de l\u2019espace \u00e0 ces meutes. Aujourd\u2019hui, du fait de leur s\u00e9dentarit\u00e9 et de leur proximit\u00e9 avec les chiens, les habitants commencent \u00e0 avoir peur d\u2019\u00eatre mordus.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pourtant, il semblerait que ces canid\u00e9s libres soient plus \u00e9quilibr\u00e9s que les toutous de maison des habitants du sud du Canada.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En effet, des entretiens r\u00e9alis\u00e9s dans des refuges du sud o\u00f9 des chiens venus du nord sont accueillis d\u00e9montrent qu\u2019ils sont g\u00e9n\u00e9ralement en bonne forme. S\u2019ils ont l\u2019air d\u2019avoir besoin d\u2019\u00eatre sauv\u00e9s \u00e0 cause de leur maigreur, de leur solitude et qu\u2019ils semblent errer sans ma\u00eetre ou pire avoir \u00e9t\u00e9 maltrait\u00e9s, ils sont en fait souvent en bonne sant\u00e9. Ils poss\u00e8dent des dents saines, parce qu\u2019ils mangent autre chose que des croquettes et surtout, sont \u00e9quilibr\u00e9s psychologiquement. Ils ont appris \u00e0 vivre en meute et respectent les hi\u00e9rarchies sociales. Contrairement aux chiens d\u2019appartement qui sortent peu et sont fr\u00e9quemment en surpoids. L\u2019imaginaire du poids de forme d\u2019un chien ne correspond souvent pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les chiens du Nord auraient parfois \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s \u00e0 se reproduire avec des loups pour en avoir la force.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je l\u2019ai entendu, mais je ne l\u2019ai pas vu. Il faut pr\u00e9ciser que lors de la s\u00e9dentarisation, on a abattu tous les chiens de tra\u00eeneau des Inuits du Nunavik, dans les ann\u00e9es 50-60. La race de husky de cette r\u00e9gion a failli dispara\u00eetre et elle est aujourd\u2019hui prot\u00e9g\u00e9e. Une grande course annuelle nomm\u00e9e l\u2019Ivakkak tente de relancer la tradition d\u2019\u00e9levage de ces chiens. Quant au loup, il est souvent chass\u00e9 pour prot\u00e9ger les caribous. Alors que le chasseur va lui-m\u00eame aller chasser les caribous, ce qui est int\u00e9ressant. Mais le tir n\u2019est pas syst\u00e9matique et cela reste difficile de voir un loup de pr\u00e8s sur un territoire aussi vaste que le Canada.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Que dire de notre rapport au loup en Suisse aujourd\u2019hui?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le loup est tr\u00e8s politis\u00e9 depuis des ann\u00e9es. Avec lui, on est toujours jug\u00e9 pro ou anti-loup, il n\u2019y a pas de milieu. Cela rend le d\u00e9bat st\u00e9rile. On peut \u00eatre facilement class\u00e9 dans les pro-loups quand on explique que des \u00e9thologues ont d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019il fallait \u00e9viter de tirer sur n\u2019importe quel animal, parce que cela d\u00e9structure les meutes et que cette solution empire le probl\u00e8me. Pour ma part, je tente d\u2019adopter un discours mesur\u00e9 qui d\u00e9veloppe un bien-vivre ensemble, mais cela se heurte souvent \u00e0 des <em>a priori<\/em>. Le retour du loup fait aussi resurgir des peurs au sein de la population: est-ce qu\u2019il va attaquer les enfants? Ces inqui\u00e9tudes reviennent parce qu\u2019on n\u2019a plus l\u2019habitude de vivre avec un monde sauvage. De m\u00eame, on n\u2019acceptera pas qu\u2019un sanglier vienne retourner un jardin, alors qu\u2019on a construit un pavillon sur la zone qu\u2019il occupait. On s\u2019est d\u00e9shabitu\u00e9 du sauvage, notamment des grands pr\u00e9dateurs, parce qu\u2019ils avaient disparu. Avec les connaissances que l\u2019on a, on peut limiter les risques, mais personne ne peut pr\u00e9dire si une attaque peut ou non arriver. De m\u00eame qu\u2019un chien peut tuer un Homme et une vache encorner un agriculteur. Le risque z\u00e9ro n\u2019existe pas. Accepter qu\u2019il y ait une part de sauvage dans chaque animal, c\u2019est aussi accepter qu\u2019on vive ensemble.\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si la nature nous \u00e9merveille et qu\u2019on s\u2019\u00e9meut de sa pr\u00e9servation, elle n\u2019a cependant pas la m\u00eame valeur pour tous. 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