{"id":1310,"date":"2010-09-24T08:10:01","date_gmt":"2010-09-24T06:10:01","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=1310"},"modified":"2012-05-11T11:45:11","modified_gmt":"2012-05-11T09:45:11","slug":"zut-alors-je-lavais-sur-le-bout-de-la-langue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/zut-alors-je-lavais-sur-le-bout-de-la-langue\/","title":{"rendered":"Zut alors, je l\u2019avais sur le bout de la langue!"},"content":{"rendered":"<p><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2054\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2010\/09\/langue.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"260\" \/><\/p>\n<p><strong><em>Brigitte Zellner Keller, psycholinguiste-g\u00e9rontologue \u00e0 l\u2019UNIL, a consacr\u00e9 plusieurs \u00e9tudes \u00e0 ces fameux mots qui nous \u00e9chappent. Elle nous rassure: quand il faut trouver toutes les 200 \u00e0 300 millisecondes un mot dans un lexique qui compte entre 20\u2019000 et 40\u2019000 mots, c\u2019est normal qu\u2019il y ait une panne de temps \u00e0 autre.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>A qui cela n\u2019est-il jamais arriv\u00e9, quel que soit son \u00e2ge: avoir un mot sur le bout de la langue. Un mot que l\u2019on conna\u00eet, mais qui r\u00e9siste, qui ne vient pas. Un mot que l\u2019on cherche. Que l\u2019on s\u2019\u00e9nerve \u00e0 chercher. Et qui revient. Ou ne revient pas. Cette exp\u00e9rience universelle fait l\u2019objet, de la part des chercheurs, linguistes, psycholinguistes, psychologues, m\u00e9decins, d\u2019une attention toute particuli\u00e8re. A l\u2019UNIL, les MBL \u2013 entendez par l\u00e0 les \u00abmots sur le bout de la langue\u00bb \u2013 ont leur sp\u00e9cialiste, Brigitte Zellner Keller, psycholinguiste- g\u00e9rontologue, qui leur a consacr\u00e9 plusieurs \u00e9tudes.<\/p>\n<h2>Il y a davantage de pannes avec les noms propres<\/h2>\n<p>La chercheuse s\u2019est d\u2019abord pench\u00e9e dans ses travaux (mais tout est li\u00e9) sur ce qu\u2019on appelle la fluence verbale, cette capacit\u00e9 de l\u2019individu \u00e0 parler avec plus ou moins d\u2019aisance, plus ou moins de rapidit\u00e9, plus ou moins d\u2019h\u00e9sitation. \u00abImaginez que, pour un adulte, cette production orale, cette fluence, signifie concr\u00e8tement pouvoir trouver toutes les 200 \u00e0 300 millisecondes un mot dans son lexique en m\u00e9moire.\u00bb Un lexique qui comprend en moyenne, toujours pour un adulte, entre 20\u2019000 et 40\u2019000 mots. Etonnons-nous, sachant cela, qu\u2019on ne subisse pas ici ou l\u00e0, parfois, quelques rat\u00e9s\u2026 comme les \u00abmots sur le bout de la langue\u00bb!<\/p>\n<p>Un ph\u00e9nom\u00e8ne universel, certes. Qui touche plus les noms propres que les noms communs: normal, les noms propres ont une survenue statistique plus rare dans le discours que les noms communs; d\u2019autre part, les noms propres sont moins inter-reli\u00e9s dans un r\u00e9seau s\u00e9mantique (pas de synonymes par exemple!). Mais ce ph\u00e9nom\u00e8ne concerne-t-il tous les \u00e2ges avec la m\u00eame intensit\u00e9? Une premi\u00e8re batterie d\u2019observations, men\u00e9es sur une population de 19 \u00e0 79 ans, permet \u00e0 Brigitte Zellner Keller de confirmer ce que l\u2019on subodorait: le ph\u00e9nom\u00e8ne touche avec plus d\u2019acuit\u00e9 les personnes \u00e2g\u00e9es.<\/p>\n<h2>On cherche plus souvent ses mots au d\u00e9but de sa carri\u00e8re professionnelle<\/h2>\n<p>Mais pas seulement: sont aussi concern\u00e9s les sujets qui sont dans les deux premiers tiers de leur vie professionnelle. Qui doivent donc s\u2019affirmer, trouver leur place, la d\u00e9fendre et que le stress li\u00e9 \u00e0 cette tension peut mettre en situation de chercher\u2026 ce satan\u00e9 mot sur le bout de langue. A noter donc, l\u2019hypoth\u00e8se du facteur stress dans les MBL.<\/p>\n<p>Il n\u2019en demeure pas moins que le ph\u00e9nom\u00e8ne fond plus fr\u00e9quemment sur les personnes \u00e2g\u00e9es. Cette population particuli\u00e8re, Brigitte Zellner Keller s\u2019y int\u00e9resse. Elle a ainsi scrut\u00e9 avec toute l\u2019attention de la psycholinguiste une s\u00e9rie de 62 entretiens men\u00e9s aupr\u00e8s de r\u00e9sidents d\u2019EMS \u00e2g\u00e9s de 70 \u00e0 95 ans, entretiens r\u00e9alis\u00e9s par ses coll\u00e8gues g\u00e9rontologues de l\u2019UNIL.<\/p>\n<h2>Les strat\u00e9gies des seniors face \u00e0 leurs accidents langagiers<\/h2>\n<p>Des \u00abmots sur le bout de la langue\u00bb, elle en a constat\u00e9 dans tous les entretiens. La faute au vieillissement cognitif, en particulier \u00e0 un syst\u00e8me langagier qui vieillit, \u00e0 un acc\u00e8s au lexique mental qui se grippe, devient moins efficace. Mais ce qui a surtout fascin\u00e9 Brigitte Zellner Keller, ce sont les strat\u00e9gies mises en place par les seniors pour r\u00e9parer ces \u00abaccidents\u00bb. Ou comment ces derniers m\u00e9ritent bien leur surnom de panth\u00e8res grises\u2026<\/p>\n<p>\u00abN\u2019allez pas croire, tout d\u2019abord, que le senior appr\u00e9cie que son interlocuteur minimise l\u2019accident langagier en cours. En clair, ne dites surtout pas \u00e0 une personne \u00e2g\u00e9e que ce mot qu\u2019elle ne retrouve pas, ce n\u2019est pas si grave. Elle pourrait en effet croire que ce qu\u2019elle dit, au fond, n\u2019a pas d\u2019importance!\u00bb Nous voil\u00e0 avertis pour notre prochaine visite en EMS, les personnes \u00e2g\u00e9es sont des experts de la communication\u2026<\/p>\n<h2>\u00abComment dit-on, d\u00e9j\u00e0?\u00bb<\/h2>\n<p>La minimisation rudement \u00e9cart\u00e9e, reste aux seniors le d\u00e9ploiement d\u2019une strat\u00e9gie sur deux axes. Un premier axe consiste pour la personne \u00e2g\u00e9e \u00e0 se laisser aider par son interlocuteur. Une solution peu go\u00fbt\u00e9e. C\u2019est que, comme l\u2019a constat\u00e9 Brigitte Zellner Keller, les seniors pr\u00e9f\u00e8rent souvent garder leur tour de parole, s\u2019assurant ainsi la ma\u00eetrise de ce discours qui est le leur.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 des stratag\u00e8mes pour se donner du temps, laisser le mot affleurer \u00e0 la surface. On r\u00e9p\u00e8te certains groupes de syllabes. On recommence l\u2019\u00e9nonc\u00e9. Et surtout: on commente sa difficult\u00e9. Ce que les psycholinguistes appellent la \u00abm\u00e9tacommunication\u00bb. Et qui concr\u00e8tement donne ces tournures mille fois entendues: \u00abcomment dit-on, d\u00e9j\u00e0?\u00bb ou \u00abcomment faut-il dire?\u00bb. Mais que l\u2019on ne s\u2019y trompe pas: le senior n\u2019attend pas, en disant cela, qu\u2019on l\u2019aide. Il gagne simplement du temps pour qu\u2019on ne lui reprenne pas trop vite la parole sans l\u2019avoir vraiment \u00e9cout\u00e9, jusqu\u2019au bout\u2026<\/p>\n<h2>Comment communiquer quand on n\u2019a plus de mots?<\/h2>\n<p>Des mots sur le bout de la langue, Brigitte Zellner Keller a \u00e9largi son champ d\u2019investigation. Toujours dans le domaine de la communication. Toujours dans ce qui peut troubler, entraver, amoindrir cette communication. Dans un ouvrage collectif 1 qu\u2019elle a dirig\u00e9 et qui vient d\u2019\u00eatre publi\u00e9, elle explique comment, \u00e0 la consultation pour personnes \u00e2g\u00e9es, elle soutient les seniors sujets aux variations de l\u2019humeur. Et elle y aborde aussi le sujet des techniques de communication pour rendre plus efficace le travail des professionnels aidants.<\/p>\n<p>Enfin, elle s\u2019appr\u00eate, avec son coll\u00e8gue du CHUV Armin von Gunten et une \u00e9quipe fran\u00e7aise de phon\u00e9ticiens de Besan\u00e7on, \u00e0 \u00e9tudier les productions sonores des patients victimes d\u2019Alzheimer. L\u00e0, le probl\u00e8me est plus radical encore, conclut Brigitte Zellner Keller: \u00abComment communiquer, en effet, et se faire comprendre quand on n\u2019a plus de mots? Comment comprendre les productions de ces patients et interagir avec eux?\u00bb<\/p>\n<p>Parce que communiquer est un besoin humain essentiel, parce que la compr\u00e9hension mutuelle commence par une communication optimale, chercher \u00e0 comprendre comment \u00e9couter pleinement l\u2019Autre, c\u2019est-\u00e0-dire rep\u00e9rer et respecter ses silences, ses h\u00e9sitations, ses \u00abratages\u00bb et ses manques de mots sans chercher \u00e0 le corriger ou \u00abfaire \u00e0 sa place\u00bb pour gagner du temps, car en toute modestie, que sait-on vraiment de l\u2019intention communicative de l\u2019Autre?<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Michel Danthe<\/p>\n<p><strong>A lire:<\/strong><br \/>\n<strong>Des m\u00e9tiers pour aider. Apport de l\u2019approche cognitivocomportementale et de ses outils.<\/strong> Brigitte Zellner Keller (Ed). Chez Georg, M\u00e9decine et Hygi\u00e8ne<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Brigitte Zellner Keller, psycholinguiste-g\u00e9rontologue \u00e0 l\u2019UNIL, a consacr\u00e9 plusieurs \u00e9tudes \u00e0 ces fameux mots qui nous \u00e9chappent. 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