{"id":12961,"date":"2023-02-23T08:22:00","date_gmt":"2023-02-23T06:22:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=12961"},"modified":"2023-02-24T10:06:32","modified_gmt":"2023-02-24T08:06:32","slug":"prehistoric-park-le-retour-des-animaux-eteints","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/prehistoric-park-le-retour-des-animaux-eteints\/","title":{"rendered":"Prehistoric Park, le retour des animaux \u00e9teints"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"576\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/02\/animaux_82_1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13023\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/02\/animaux_82_1.jpg 576w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/02\/animaux_82_1-187x260.jpg 187w\" sizes=\"auto, (max-width: 576px) 100vw, 576px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Mammouth. Embl\u00e8me de la m\u00e9gafaune disparue du Pl\u00e9istoc\u00e8ne, cet animal \u00e9tait g\u00e9n\u00e9tiquement plus proche de l\u2019\u00e9l\u00e9phant d\u2019Asie que ne l\u2019est l\u2019\u00e9l\u00e9phant d\u2019Afrique\nde celui d\u2019Asie.\n\u00a9\u2009Mauricio Anton\/Science Photo Library\/Keystone<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>\u00c0 d\u00e9faut de pouvoir c\u00f4toyer des dinosaures comme dans le film <em>Jurassic Park<\/em>, pourra-t-on un jour faire des safaris au milieu des mammouths et des tigres \u00e0 dents de sabre? Un professeur invit\u00e9 de l\u2019UNIL nous r\u00e9pond.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Voir brouter un rhinoc\u00e9ros laineux ou observer une partie de chasse de lions des cavernes. Vous en r\u00eavez ? Ils y croient. Et ce ne sont pas des illumin\u00e9s, mais des universitaires qui consid\u00e8rent que les progr\u00e8s de la science vont un jour permettre de telles rencontres. En Sib\u00e9rie, o\u00f9 l\u2019on a retrouv\u00e9 un tr\u00e8s grand nombre d\u2019animaux du Pl\u00e9istoc\u00e8ne (- 2,6 millions \u00e0 &#8211; 11 700 ans) bien conserv\u00e9s, Sergue\u00ef Zimov, g\u00e9ophysicien, et son fils Nikita, \u00e9cologue, ont cr\u00e9\u00e9 une zone de r\u00e9ensauvagement \u2013 un site o\u00f9 l\u2019Homme ne doit plus mettre les pieds dans le but de revenir \u00e0 la nature qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l\u2019arriv\u00e9e des humains \u2013 dans lequel ils esp\u00e8rent voir \u00e0 nouveau marcher des mammouths.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abLeur id\u00e9e est qu\u2019on peut acclimater de nombreuses esp\u00e8ces de la m\u00e9gafaune (ensemble des animaux de plus de 40\u2009kg, <em>ndlr<\/em>), y compris africaines, dans des r\u00e9gions tr\u00e8s rudes et recr\u00e9er tout un r\u00e9seau trophique du Pl\u00e9istoc\u00e8ne avec ce qui reste de la m\u00e9gafaune actuelle\u00bb, explique Nadir Alvarez, professeur invit\u00e9 \u00e0 l\u2019UNIL et directeur du nouveau Mus\u00e9um cantonal des sciences naturelles de Lausanne. Coauteur de <em>Faire revivre des esp\u00e8ces disparues?<\/em>, il a r\u00e9alis\u00e9 un inventaire critique des derni\u00e8res recherches sur le sujet. Et pas uniquement en Sib\u00e9rie. Retour vers notre futur pr\u00e9historique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un premier parc en Sib\u00e9rie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans leur parc du Pl\u00e9istoc\u00e8ne, une r\u00e9serve naturelle russe b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019un centre d\u2019\u00e9tudes scientifiques (NESS) en R\u00e9publique de Sakha (Sib\u00e9rie), les Zimov ont d\u00e9j\u00e0 r\u00e9introduit une faune capable de supporter le rude climat des steppes de l\u2019\u00e9poque (qu\u2019ils tentent aussi de reformer \u00e0 la place des ta\u00efga et toundra actuelles): rennes, b\u0153ufs musqu\u00e9s, yacks, antilopes sa\u00efga, orignaux et autres chevaux iakoutes. Ils comptent ensuite r\u00e9ussir \u00e0 int\u00e9grer le lion, le tigre de l\u2019Amour et redonner vie au mammouth laineux, au m\u00e9galoc\u00e9ros, \u00e0 l\u2019ours des cavernes ou encore au bison des steppes. Un tel m\u00e9lange semble compl\u00e8tement farfelu, non? \u00abPas du tout, souligne le biologiste de l\u2019\u00e9volution. Il suffit que les individus aient climatiquement les m\u00eames besoins et qu\u2019on leur mette beaucoup d\u2019espace \u00e0 disposition, afin qu\u2019ils puissent y occuper leur niche \u00e9cologique de grands herbivores ou de pr\u00e9dateurs. Si on leur r\u00e9servait un tel espace, ces animaux joueraient par ailleurs un r\u00f4le d\u2019esp\u00e8ce parapluie (leur pr\u00e9sence sur un vaste territoire prot\u00e9g\u00e9 fournit un habitat ad\u00e9quat \u00e0 d\u2019autres animaux, <em>ndlr<\/em>).\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ticien poursuit: \u00abIl y a 10\u2009000 ans, 97\u2009% des vert\u00e9br\u00e9s terrestres \u00e9taient des esp\u00e8ces sauvages et on avait 3\u2009% d\u2019humains. De nos jours, c\u2019est exactement l\u2019inverse. 97\u2009% sont des humains ou du b\u00e9tail et les 3\u2009% restants sont sauvages. La s\u00e9lection des esp\u00e8ces pour leurs qualit\u00e9s agronomiques, gustatives ou autres, a tellement modifi\u00e9 la surface de notre plan\u00e8te que rajouter des cr\u00e9atures disparues il y a des milliers d\u2019ann\u00e9es dans diff\u00e9rents \u00e9cosyst\u00e8mes ne me para\u00eet pas plus risqu\u00e9 que d\u00e9forester six fois la taille de la Suisse par ann\u00e9e en Amazonie.\u00bb La famille Zimov est convaincue que donner un habitat prot\u00e9g\u00e9 \u00e0 la m\u00e9gafaune d\u2019Eurasie, actuelle et disparue, aiderait \u00e0 lutter contre la disparition du permafrost, que le r\u00e9chauffement climatique menace.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"404\" height=\"600\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/02\/NadirAlvarez_82.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13087\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/02\/NadirAlvarez_82.jpg 404w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/02\/NadirAlvarez_82-175x260.jpg 175w\" sizes=\"auto, (max-width: 404px) 100vw, 404px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Nadir Alvarez. Professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve et invit\u00e9 \u00e0 l\u2019UNIL, biologiste de l\u2019\u00e9volution, g\u00e9n\u00e9ticien, directeur du nouveau Mus\u00e9um cantonal des sciences naturelles de Lausanne et coauteur de \u00abFaire revivre des esp\u00e8ces disparues?\u00bb\nNicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00abLeur hypoth\u00e8se est int\u00e9ressante, affirme Nadir Alvarez. Les \u00e9manations de m\u00e9thane sont la menace num\u00e9ro un du r\u00e9chauffement climatique et il s\u2019agit du facteur le moins contr\u00f4l\u00e9. Si on arrive \u00e0 maintenir un sol plus froid pendant l\u2019hiver, en d\u00e9blayant la neige comme le faisaient les mammouths quand ils la pi\u00e9tinaient et la retiraient \u00e0 coups de museau pour trouver de la nourriture, cela pourrait diminuer la temp\u00e9rature des sols (puisque d\u00e9pourvus de la couche isolante form\u00e9e de neige) sur une grande partie de l\u2019ann\u00e9e et freiner la lib\u00e9ration de m\u00e9thane dans l\u2019atmosph\u00e8re. Toutefois, cet argument <em>marketing<\/em> pour d\u00e9s\u00e9teindre les mammouths n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9. Le m\u00e9thane se relargue-t-il plus ou moins, une fois les sols d\u00e9neig\u00e9s en hiver ? Nous ne le savons pas.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Qui seraient les revenants<\/strong> <strong>g\u00e9ants venus du froid?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>1) Les herbivores: <\/strong>parmi les sp\u00e9cimens que l\u2019on imagine faire revenir \u00e0 la vie, les gros animaux ont une place de choix. Surtout les herbivores, comme le mammouth et le rhinoc\u00e9ros, tous deux laineux, jusqu\u2019\u00e0 plus de 3 m\u00e8tres de haut aux \u00e9paules et 6 tonnes pour le premier, 2\u2009m au garrot et 2 \u00e0 3 tonnes pour le second. B\u00e2tis pour r\u00e9sister au froid, avec leur \u00e9paisse fourrure de laine, ils poss\u00e9daient aussi de s\u00e9rieux atouts pour se d\u00e9fendre contre les pr\u00e9dateurs (loups, hy\u00e8nes, lions des cavernes, humains).<\/p>\n\n\n\n<p>Le mammouth laineux (<em>Mammuthus primigenius<\/em> ou <em>Elephas primigenius<\/em>) avait deux d\u00e9fenses incurv\u00e9es de, en moyenne, 2,5\u2009m de long et 45\u2009kg, le rhinoc\u00e9ros laineux (<em>Coelodonta antiquitatis<\/em>), deux protub\u00e9rances similaires \u00e0 des cornes sur le museau, une courte et une longue pouvant d\u00e9passer un m\u00e8tre de long. \u00abCes deux esp\u00e8ces vivaient dans des milieux tr\u00e8s froids, rel\u00e8ve le professeur. On en a retrouv\u00e9 des vestiges en Europe tout au long du Pl\u00e9istoc\u00e8ne sup\u00e9rieur (-\u2009126\u2009000 \u00e0 -\u200911\u2009700 ans), les derniers sp\u00e9cimens datant de -\u20098000 \u00e0 -\u200910\u2009000 ans. Une version naine de <em>Mammuthus primigenius<\/em> a m\u00eame persist\u00e9 sur l\u2019\u00eele sib\u00e9rienne de Wrangel 4000 ans avant aujourd\u2019hui, une \u00e9poque o\u00f9 les humains avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9rig\u00e9 des pyramides!\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le m\u00e9galoc\u00e9ros (<em>Megaloceros giganteus<\/em>), \u00abun cousin de l\u2019\u00e9lan\u00bb, n\u2019\u00e9tait pas en reste avec ses plus de 3\u2009m de bois et ses 2\u2009m au garrot. Adepte des grandes plaines froides d\u2019Eurasie, apparu il y a environ 500\u2009000 ans, ce cerf g\u00e9ant polygame aurait r\u00e9gn\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 5000 ans av. J.-C. en Sib\u00e9rie occidentale, d\u2019apr\u00e8s des restes d\u00e9couverts en 2004. Quant au bison des steppes \u2013 2\u2009m au garrot, 3,5\u2009m de long, avec des cornes de plus de 1\u2009m \u2013 il se d\u00e9pla\u00e7ait en troupeau avec une organisation sociale qui devait ressembler \u00e0 celle des esp\u00e8ces de bovins actuelles, les vaches avec leurs petits, les taureaux seuls ou en petits groupes \u00e9loign\u00e9s. Chez tous les grands herbivores de l\u2019\u00e9poque, il existait un dimorphisme sexuel important: les m\u00e2les \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement plus imposants que les femelles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2) Les pr\u00e9dateurs: <\/strong>du c\u00f4t\u00e9 des pr\u00e9dateurs, on pourrait revoir le lion des cavernes (<em>Panthera spelaea<\/em>), \u00abhabitu\u00e9 au froid, une esp\u00e8ce tr\u00e8s diff\u00e9rente de <em>Panthera leo<\/em> qui subsiste en Afrique mais dont on a des vestiges en Europe il y a quelques milliers d\u2019ann\u00e9es. Les lions, en g\u00e9n\u00e9ral, supporteraient aussi le froid\u00bb, pr\u00e9cise le g\u00e9n\u00e9ticien. Le plus impressionnant pr\u00e9dateur retrouv\u00e9 durant la derni\u00e8re p\u00e9riode glaciaire (300 \u00e0 500 kg pour les m\u00e2les) devait s\u2019attaquer aux jeunes mammouths, cerfs et bisons, tout en \u00e9tant n\u00e9crophage, il y a 100\u2009000 \u00e0 13\u2009500 ans.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019ours des cavernes (<em>Ursus spelaeus<\/em>) pouvait d\u00e9passer les 3\u2009m de haut lorsqu\u2019il dressait ses 400 \u00e0 500\u2009kg sur deux pattes. Cependant, contrairement \u00e0 l\u2019ours brun, il aurait \u00e9t\u00e9 plus v\u00e9g\u00e9tarien que carnivore. \u00abOn pense qu\u2019il \u00e9tait facile \u00e0 chasser en hiver, durant son hibernation, signale le biologiste. Il suffisait d\u2019entrer dans une grotte et on tombait nez \u00e0 nez avec un ours \u00e0 moiti\u00e9 endormi.\u00bb En revanche, mieux valait ne pas croiser le loup pr\u00e9historique (<em>Canis dirus<\/em>) qui devait \u00eatre gigantesque. Une t\u00eate presque intacte sorties des glaces \u00e9ternelles de Yakoutie (Sib\u00e9rie orientale) en 2019 mesure plus de 40 cm, \u00e0 savoir la moiti\u00e9 du corps d\u2019un loup contemporain. L\u2019analyse de l\u2019ADN et le s\u00e9quen\u00e7age du g\u00e9nome en cours permettront de mieux comprendre pourquoi il a disparu et peut-\u00eatre, s\u2019il serait int\u00e9ressant de le d\u00e9s\u00e9teindre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abL\u2019arriv\u00e9e des humains, surtout d\u2019<em>Homo sapiens<\/em>, a pr\u00e9cipit\u00e9 la disparition de ces esp\u00e8ces adapt\u00e9es aux p\u00e9riodes glaciaires, car il les a abondamment chass\u00e9es, alors qu\u2019elles \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 passablement mal en point \u00e0 cause du r\u00e9chauffement climatique, souligne le professeur. Pour la plupart, elles ont travers\u00e9 les pr\u00e9c\u00e9dents interglaciaires qui \u00e9taient aussi chauds qu\u2019aujourd\u2019hui. D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e que si on leur laisse de l\u2019espace, elles pourraient tr\u00e8s bien se porter au XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Qui seraient les revenants<\/strong> <strong>g\u00e9ants venus du chaud?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00abIl y avait aussi une faune chaude, qui \u00e9tait habitu\u00e9e aux p\u00e9riodes interglaciaires, comme celle que l\u2019on vit maintenant et qui va se p\u00e9renniser avec des hippopotames ou encore des \u00e9l\u00e9phants \u00e0 d\u00e9fenses droites, qui \u00e9taient des herbivores, rel\u00e8ve Nadir Alvarez. Les esp\u00e8ces adapt\u00e9es au froid et au chaud se rempla\u00e7aient dans les milieux. Celles qui pr\u00e9f\u00e9raient les hautes temp\u00e9ratures survivaient dans des refuges m\u00e9ridionaux de l\u2019Europe pendant les p\u00e9riodes glaciales : en p\u00e9ninsule Ib\u00e9rique, en Italie actuelle, dans les Balkans, en Gr\u00e8ce, en Turquie. Et durant les phases chaudes, elles repeuplaient le reste de l\u2019Europe, quand les esp\u00e8ces habitu\u00e9es au gel trouvaient refuge tout au nord.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Durant le Pl\u00e9istoc\u00e8ne, l\u2019Am\u00e9rique du Sud comptait une m\u00e9gafaune de poids, avec des g\u00e9ants incroyables dont le <em>M\u00e9gath\u00e9rium<\/em>, un paresseux de 6\u2009m de long et 4\u2009t, muni de griffes de 30\u2009cm, le <em>Glyptodon<\/em>, un tatou cuirass\u00e9 de 1,5\u2009m de long et de plus d\u2019une tonne, le tigre \u00e0 dents de sabre sud-am\u00e9ricain (<em>Smilodon populator<\/em>), aussi impressionnant (pr\u00e8s de 400 kg) que celui du nord avec ses canines pouvant d\u00e9passer 25 cm ou encore l\u2019Oiseau-terreur (<em>Phorusrhacos<\/em>), nomm\u00e9 ainsi car le volatile carnivore, incapable de voler, est l\u2019un des plus grands oiseaux pr\u00e9dateurs retrouv\u00e9s \u00e0 ce jour (en moyenne 2\u2009m de haut pour 150\u2009kg). D\u2019autres \u00eeles, comme l\u2019Australie, abritaient de costauds marsupiaux, tels le <em>Diprotodon<\/em>, un wombat migrateur de la taille d\u2019un hippopotame avec des incisives de 30\u2009cm, et le <em>Procoptodon<\/em>, le plus grand des kangourous (plus de 2\u2009m de haut et d\u00e9passant les 200\u2009kg). On y trouvait aussi le <em>Megalania<\/em>, un varan (7\u2009m de long, 2\u2009t) semblable au dragon de Komodo, mais bien plus imposant. \u00abDans tous les cas, l\u2019arriv\u00e9e des humains s\u2019est faite en parall\u00e8le avec la disparition de ces animaux, d\u00e9clare le biologiste. D\u00e8s que l\u2019Homme s\u2019installe sur un continent ou sur une \u00eele, une partie de la m\u00e9gafaune dispara\u00eet. Et si plusieurs vagues humaines passent, cela cr\u00e9e plusieurs vagues d\u2019extinction. Voil\u00e0 pourquoi l\u2019un des arguments des d\u00e9fenseurs de la d\u00e9sextinction est de r\u00e9parer nos erreurs, gr\u00e2ce au retour des disparus.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comment ressusciter des esp\u00e8ces disparues?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut d\u00e9j\u00e0 que le d\u00e9funt ne se soit pas \u00e9clips\u00e9 depuis plus de quelques dizaines de milliers d\u2019ann\u00e9es pour des raisons de conservation de son ADN. Inutile donc de fantasmer sur un <em>Jurassic Park<\/em> du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Les chercheurs ont d\u2019abord commenc\u00e9 avec des sp\u00e9cimens disparus depuis peu. De nombreux essais ont ainsi \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9s, et continuent en particulier \u00e0 travers le projet Tauros, men\u00e9 par des chercheurs n\u00e9erlandais, pour faire revivre l\u2019auroch (<em>Bos primigenius<\/em>), l\u2019anc\u00eatre sauvage des bovins domestiques, \u00e9teint au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Il s\u2019agit d\u2019une reconstitution: croiser des races rustiques qui lui ressemblent pour revenir \u00e0 l\u2019individu originel. \u00abOn a cr\u00e9\u00e9 l\u2019auroch de Heck, du nom de deux fr\u00e8res allemands (dont l\u2019un fut li\u00e9 au parti nazi) qui ont r\u00e9ussi \u00e0 obtenir par croisements un animal qui lui ressemble, explique Nadir Alvarez. On en trouve dans la for\u00eat de Rambouillet au sud de Paris par exemple. Mais on ne peut pas r\u00e9ellement parler de d\u00e9sextinction, car tous les g\u00e8nes de l\u2019auroch sont encore pr\u00e9sents dans les esp\u00e8ces domestiqu\u00e9es. Toutefois, on ne retrouve plus dans les \u00e9levages actuels la version originale qui existait avant la domestication.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vrai retour ou chim\u00e8re?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tous les espoirs sont en ce moment tourn\u00e9s vers le mammouth laineux, dont un sp\u00e9cimen mort il y a 28\u2009000 ans en Sib\u00e9rie, gel\u00e9 sur place, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 en bon \u00e9tat par une \u00e9quipe japonaise, qui a d\u00e9nich\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments biologiquement actifs dans ses cellules. \u00abCette d\u00e9couverte permet de caresser le r\u00eave d\u2019un clonage <em>in vitro<\/em>, pr\u00e9cise le g\u00e9n\u00e9ticien. Le mammouth est g\u00e9n\u00e9tiquement plus proche de l\u2019\u00e9l\u00e9phant d\u2019Asie que ne l\u2019est l\u2019\u00e9l\u00e9phant d\u2019Afrique de l\u2019\u00e9l\u00e9phant d\u2019Asie. On pourrait sortir un ovocyte de l\u2019ovaire d\u2019une \u00e9l\u00e9phante d\u2019Asie et en enlever tout l\u2019ADN. On y implanterait alors l\u2019ADN du mammouth qui serait ensuite r\u00e9implant\u00e9 dans l\u2019ut\u00e9rus de l\u2019\u00e9l\u00e9phante. Si on arrivait \u00e0 faire cela, ce serait une v\u00e9ritable d\u00e9sextinction. Mais il faudrait trouver un sp\u00e9cimen extraordinairement bien conserv\u00e9, pr\u00e9sentant encore une activit\u00e9 cellulaire notable, pour accomplir cet exploit. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Selon le professeur, il semble plus probable que les chercheurs utilisent des techniques d\u2019\u00e9dition g\u00e9n\u00e9tique par le proc\u00e9d\u00e9 CRISPR-Cas9, \u00e0 savoir transformer une esp\u00e8ce contemporaine en une esp\u00e8ce proche disparue. L\u2019entreprise am\u00e9ricaine Colossal Laboratories &amp; Biosciences, d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 ressusciter des animaux comme le thylacine, un marsupial australien disparu au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, et le mammouth, est convaincue qu\u2019elle y arrivera. \u00abDes chercheurs tentent de cr\u00e9er une chim\u00e8re (organisme form\u00e9 de constituants g\u00e9n\u00e9tiques provenant d\u2019esp\u00e8ces diff\u00e9rentes, <em>ndlr<\/em>) \u00e0 base d\u2019\u00e9l\u00e9phant d\u2019Asie et de g\u00e8nes de mammouth ins\u00e9r\u00e9s par-ci par-l\u00e0, car on conna\u00eet le g\u00e9nome complet de <em>Mammuthus primigenius<\/em>. Il s\u2019agirait de prendre le g\u00e8ne qui code pour les longs poils, celui qui permet de r\u00e9sister au froid, etc. On int\u00e9grerait ces g\u00e8nes comme on le fait sur un OGM. Et c\u2019est aussi l\u2019\u00e9l\u00e9phante d\u2019Asie qui porterait cette chim\u00e8re.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Est-ce bien raisonnable?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00abAu d\u00e9but, je n\u2019\u00e9tais pas tr\u00e8s fan de la d\u00e9sextinction, admet Nadir Alvarez. Mais en \u00e9crivant notre livre avec Lionel Cavin (pal\u00e9ontologue et conservateur du Mus\u00e9um d\u2019histoire naturelle de Gen\u00e8ve), nous avons fini par y trouver des avantages. Me concernant, l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus valable pour la justifier est qu\u2019une fois d\u00e9s\u00e9teints, les grands animaux devraient b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un habitat naturel sur de grandes surfaces et par l\u00e0-m\u00eame offrir une protection \u00e0 toutes les esp\u00e8ces vivantes qui partageraient cet endroit.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et de relever que d\u2019apr\u00e8s lui, l\u2019action la plus intelligente serait de r\u00e9partir la charge de conservation de ce qui existe encore, \u00aben ne demandant pas \u00e0 l\u2019Afrique d\u2019en porter quasi exclusivement le fardeau\u00bb, et de r\u00e9ensauvager massivement de vastes territoires en Europe, en recr\u00e9ant toute la cha\u00eene alimentaire, y compris avec des superpr\u00e9dateurs. \u00abUn peu \u00e0 la mani\u00e8re du programme <em>Rewilding Europe<\/em>, une organisation \u00e0 but non lucratif qui ach\u00e8te des terrains pour former d\u2019immenses zones exemptes de chasse et de toute gestion humaine. La Terre poss\u00e8de encore une m\u00e9gafaune herbivore, de gros f\u00e9lins et de gros canid\u00e9s. Si on arrivait \u00e0 leur r\u00e9server des lieux ad\u00e9quats, on pr\u00e9serverait \u00e9norm\u00e9ment d\u2019autres animaux.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-background\" style=\"background-color:#849fc642\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\"><div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"235\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2023\/02\/livre_animaux_disparus_82.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13061\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Faire revivre des esp\u00e8ces disparues? Par Lionel Cavin, Nadir Alvarez. \u00c9ditions Favre (2022), 198 p.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div><\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 d\u00e9faut de pouvoir c\u00f4toyer des dinosaures comme dans le film Jurassic Park, pourra-t-on un jour faire des safaris au milieu des mammouths et des tigres \u00e0 dents de sabre? &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":825,"featured_media":13023,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[42189,718,42203],"tags":[42181],"class_list":{"0":"post-12961","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-diaporama","8":"category-nature","9":"category-no-82","10":"tag-virginie-jobe-truffer"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12961","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/825"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12961"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12961\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13023"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12961"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12961"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12961"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}