{"id":12959,"date":"2023-02-23T08:23:00","date_gmt":"2023-02-23T06:23:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=12959"},"modified":"2023-02-13T10:32:02","modified_gmt":"2023-02-13T08:32:02","slug":"decolonisation-du-savoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/decolonisation-du-savoir\/","title":{"rendered":"D\u00e9colonisation du savoir"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>La colonisation hante encore aujourd\u2019hui la construction du savoir. La science moderne, d\u00e9velopp\u00e9e conjointement aux id\u00e9es imp\u00e9rialistes, reste domin\u00e9e par un syst\u00e8me et une m\u00e9thodologie anglo-saxonne. Pour la d\u00e9coloniser, de nombreux piliers sont \u00e0 d\u00e9construire.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les arm\u00e9es coloniales et les scientifiques entrent dans une danse interd\u00e9pendante. Ils guident r\u00e9ciproquement les pas des autres, rendant leur expansion simultan\u00e9e. Pour envahir de nouvelles terres, il est n\u00e9cessaire de les conna\u00eetre. Il faut cartographier, comprendre les moyens de d\u00e9fense des populations locales et la mani\u00e8re de les soumettre. Les scientifiques, eux, dans leur vision r\u00e9volutionnaire, souhaitent explorer la globalit\u00e9 du monde pour en tirer des r\u00e8gles universelles. Ils b\u00e9n\u00e9ficient donc de l\u2019acc\u00e8s aux nouvelles terres. C\u2019est la naissance de la science dite moderne, qui a pour ambition de construire un savoir \u00abobjectif\u00bb, un nouveau concept occidental. Le but? Cr\u00e9er des m\u00e9thodes pour atteindre la V\u00e9rit\u00e9 avec un grand V.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vers une hi\u00e9rarchie<\/strong> <strong>des connaissances?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La science fut un outil de l\u00e9gitimation pour coloniser d\u2019autres populations qui ne poss\u00e9daient qu\u2019un savoir dit \u00abprimitif\u00bb. Si c\u2019est bien ce dont l\u2019Europe se vantait, il lui manquait pourtant beaucoup de connaissances. Bernard C. Sch\u00e4r, professeur d\u2019histoire \u00e0 l\u2019Institut d\u2019\u00e9tudes politiques de l\u2019UNIL, parle d\u2019appropriation culturelle: \u00abDans les r\u00e9gions tropicales, la moiti\u00e9 des arm\u00e9es mouraient lors des colonisations. Pas seulement dans les batailles, mais surtout \u00e0 cause des maladies. Les savoirs m\u00e9dicaux de l\u2019Europe \u00e9taient plus primitifs que les locaux. En Indon\u00e9sie par exemple, ils demandaient conseil aux femmes indig\u00e8nes pour maintenir en vie les troupes.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019influence demeure&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s treize ann\u00e9es de conflit arm\u00e9, Ha\u00efti d\u00e9clare en 1804 le premier peuple noir libre du Nouveau Monde. S\u2019ensuit une vague de d\u00e9colonisation politique en Am\u00e9rique latine et plus tardivement en Afrique. Mais l\u2019ancrage est plus profond en ce qui concerne la science. Elle reste majoritairement anglo-saxonne, vestige de cette influence coloniale. Les co\u00fbts freinent les pays non-occidentaux, puisque la recherche est ch\u00e8re, non seulement technologiquement, mais aussi pour publier ou acc\u00e9der aux articles. Les cinq premiers \u00e9diteurs de revues scientifiques, tous d\u2019Europe ou d\u2019Am\u00e9rique du Nord, publient 56\u2009% des papiers. Leur facteur d\u2019impact \u00e9lev\u00e9, qui quantifie leur influence, motive autant les universitaires \u00e0 booster leur carri\u00e8re que le syst\u00e8me \u00e0 se perp\u00e9tuer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour \u00eatre publi\u00e9, il faut faire plaisir aux revues anglo-saxonnes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mame Penda Ba, professeure et directrice du Laboratoire d\u2019analyse des soci\u00e9t\u00e9s et pouvoirs \/ Afrique \u2013 Diasporas \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Gaston Berger au S\u00e9n\u00e9gal, d\u00e9nonce: \u00abPour \u00eatre publi\u00e9s dans une revue reconnue, nous devons nous aligner sur les priorit\u00e9s et les standards d\u00e9finis par les Occidentaux, ce qui place toujours les probl\u00e9matiques et les int\u00e9r\u00eats africains en marge.\u00bb Si l\u2019Europe, qui d\u00e9cide des financements, s\u2019int\u00e9resse par exemple beaucoup \u00e0 l\u2019intelligence artificielle aujourd\u2019hui, l\u2019Afrique a besoin de d\u00e9velopper l\u2019agro\u00e9cologie. \u00abSeule une petite \u00e9lite de chercheurs africains a la possibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der aux revues des \u00e9diteurs majeurs tels qu\u2019Elsevier et Springer. Les autres sont exclus\u00bb, continue la chercheuse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u00e9structurer pour valoriser<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9colonisation du savoir est une th\u00e9orie de la connaissance qui tente de d\u00e9construire ce syst\u00e8me in\u00e9gal qui favorise amplement une construction occidentale au d\u00e9triment des 84\u2009% de la population mondiale restante. Elle tente de questionner et relativiser la mani\u00e8re dont la science est faite et donne une place aux notions et m\u00e9thodologies qui ont \u00e9t\u00e9 trop longtemps d\u00e9nigr\u00e9es, appropri\u00e9es et invisibilis\u00e9es. Cela commence par la compr\u00e9hension que l\u2019objectivit\u00e9 absolue, concept on le rappelle occidental, n\u2019existe pas. Et n\u00e9cessite aussi de remplacer Savoir avec un grand S par savoirs au pluriel.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La colonisation hante encore aujourd\u2019hui la construction du savoir. 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