{"id":12858,"date":"2022-10-17T08:13:00","date_gmt":"2022-10-17T06:13:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=12858"},"modified":"2023-02-24T10:05:35","modified_gmt":"2023-02-24T08:05:35","slug":"marc-bischoff-sort-de-lombre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/marc-bischoff-sort-de-lombre\/","title":{"rendered":"Marc Bischoff sort de l&rsquo;ombre"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"578\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/10\/bischoff_81_1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12685\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/10\/bischoff_81_1.jpg 578w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/10\/bischoff_81_1-188x260.jpg 188w\" sizes=\"auto, (max-width: 578px) 100vw, 578px\" \/><figcaption>Marc Bischoff (\u00e0 g.) sur les lieux d\u2019un cambriolage \u00e0 Vers-Chez-Les-Blanc en f\u00e9vrier 1923. N\u00e9gatif sur plaque de verre, noir et blanc, 13&#215;18 cm. \n\u00a9 Universit\u00e9 de Lausanne. Collection photographique Reiss \u2013 Police scientifique. Identifiant 2103-8693<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Directeur de l\u2019Institut de police scientifique entre 1920 et 1963, Marc Bischoff a succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 son ma\u00eetre, le c\u00e9l\u00e8bre Rodolphe Archibald Reiss. \u00abAllez savoir!\u00bb esquisse la carri\u00e8re de ce personnage secret, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019historien Nicolas Quinche.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00abDemain soir, jeudi, M. Marc Bischoff, directeur de l\u2019Institut de police scientifique de Lausanne, donnera au Casino de Rolle une int\u00e9ressante conf\u00e9rence sur ce sujet: \u201cQuelques escroqueries amusantes ou c\u00e9l\u00e8bres\u201d. Il contera avec l\u2019humour qu\u2019on lui conna\u00eet les aventures de quelques escrocs rendus c\u00e9l\u00e8bres par leur audace, d\u00e9voilant les trucs de ces malfaiteurs qui finissent toujours par se faire prendre.\u00bb Cet extrait d\u2019un article paru dans le <em>Journal de Rolle<\/em> du 31 janvier 1940 met en lumi\u00e8re le successeur de Rodolphe Archibald Reiss, fondateur des sciences criminelles \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne (<em>lire encadr\u00e9 ci-dessous<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Peu connu, Marc Bischoff a dirig\u00e9 l\u2019Institut de police scientifique (aujourd\u2019hui \u00c9cole des sciences criminelles) de 1920 jusqu\u2019\u00e0 sa retraite, en 1963. Qui \u00e9tait-il? Quelle a \u00e9t\u00e9 sa contribution \u00e0 sa discipline? L\u2019historien <a href=\"https:\/\/nicolasquinche.blog4ever.com\" data-type=\"URL\" data-id=\"nicolasquinche.blog4ever.com\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Nicolas Quinche<\/a> nous livre quelques indices. Docteur \u00e8s Lettres de l\u2019UNIL et enseignant au gymnase, il a consacr\u00e9 sa th\u00e8se (<em>r\u00e9f\u00e9renc<\/em>e <em>ci-dessous<\/em>) \u00e0 la naissance et au d\u00e9veloppement des sciences criminelles \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">I &nbsp; L\u2019\u00e9tudiant suit son ma\u00eetre<\/h5>\n\n\n\n<p>N\u00e9 en 1893 \u00e0 Lausanne, Marc-Alexis Bischoff obtient son baccalaur\u00e9at et sa maturit\u00e9 en 1911. Il envisage d\u2019abord d\u2019\u00e9tudier la m\u00e9decine, avant de se lancer dans un domaine tout neuf, que l\u2019on n\u2019appelait pas encore les sciences criminelles. Rappelons que le pionnier Rodolphe Archibald Reiss a mis sur pied l\u2019Institut de Police scientifique (IPS) \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne en 1909.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Rapidement, Marc Bischoff prend une place aupr\u00e8s de son ma\u00eetre. Les deux hommes, qu\u2019une g\u00e9n\u00e9ration s\u00e9pare, voyagent ensemble au Br\u00e9sil en 1913. \u00abLeur mission a consist\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er un laboratoire de police scientifique \u00e0 S\u00e3o Paulo et \u00e0 former des fonctionnaires de police, des juges d\u2019instruction et des magistrats dans ce domaine\u00bb, indique Nicolas Quinche. En 1916, le jeune homme obtient son dipl\u00f4me d\u2019\u00e9tudes de police scientifique \u2013 le troisi\u00e8me jamais d\u00e9cern\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, Rodolphe Archibald Reiss enqu\u00eate au sujet des atrocit\u00e9s commises par l\u2019arm\u00e9e austro-hongroise contre la population civile, \u00e0 la demande du Gouvernement serbe. Un pays pour lequel il finit par prendre fait et cause. En 1919, le scientifique d\u00e9missionne de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne. Ce d\u00e9part surprise est motiv\u00e9 par son engagement politique (la crainte de nuire \u00e0 l\u2019institution), mais \u00e9galement \u00abpar respect envers son ancien \u00e9l\u00e8ve Marc Bischoff qui a assur\u00e9 l\u2019int\u00e9rim [\u00e0 l\u2019IPS, <em>ndlr<\/em>] pendant qu\u2019il se trouvait sur le front en Serbie\u00bb, comme le raconte Nicolas Quinche.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si nous ne poss\u00e9dons pas de correspondance priv\u00e9e pour l\u2019attester, \u00abnous pouvons sans aucun doute supposer que Marc Bischoff \u00e9prouvait une profonde admiration pour celui qui l\u2019a form\u00e9, explique l\u2019historien. Ils avaient tiss\u00e9 des liens d\u2019amiti\u00e9 si l\u2019on en croit la notice n\u00e9crologique que le Vaudois r\u00e9dige en 1929, au moment de la mort pr\u00e9matur\u00e9e de son mentor: \u201cHomme de haute valeur scientifique, d\u2019une renomm\u00e9e mondiale, caract\u00e8re loyal, d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 et fonci\u00e8rement bon, R.-A. Reiss laissera un souvenir imp\u00e9rissable dans le c\u0153ur de tous ceux qui l\u2019ont connu et sa mort est une perte irr\u00e9parable\u201d.\u00bb En 1938, Marc Bischoff d\u00e9die son ouvrage le plus important, <em>La police scientifique<\/em>, \u00e0 son \u00abma\u00eetre et ami\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"610\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/10\/bischoff_81_2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12686\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/10\/bischoff_81_2.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/10\/bischoff_81_2-341x260.jpg 341w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/10\/bischoff_81_2-768x586.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/10\/bischoff_81_2-290x220.jpg 290w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption>Rodolphe Archibald Reiss (au centre) est photographi\u00e9 dans\nles locaux de l\u2019Institut de police scientifique. Marc Bischoff se\ntient tout \u00e0 droite, en uniforme.\n\u00a9 Universit\u00e9 de Lausanne. Collection photographique Reiss \u2013 Police scientifique. Identifiant 2103-10153.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">II &nbsp; La marque de Bischoff&nbsp;<\/h5>\n\n\n\n<p>\u00abSi l\u2019apport de Marc Bischoff \u00e0 sa discipline n\u2019est pas aussi marquant que celui laiss\u00e9 par Rodolphe Archibald Reiss, qui a cr\u00e9\u00e9 un cursus, un grade universitaire et r\u00e9dig\u00e9 un manuel de synth\u00e8se au retentissement international en 1911, il n\u2019est pas n\u00e9gligeable pour autant\u00bb, r\u00e9sume Nicolas Quinche. Il a par exemple \u0153uvr\u00e9 \u00e0 l\u2019intensification des liens entre les criminalistes du monde entier en \u00e9tant l\u2019un des membres fondateurs de l\u2019Acad\u00e9mie internationale de criminalistique, qui voit le jour \u00e0 Lausanne en 1929.<\/p>\n\n\n\n<p>La III<sup>e<\/sup> r\u00e9union de cette Acad\u00e9mie s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e dans la capitale vaudoise en juillet 1938, \u00e0 l\u2019occasion du I<sup>er <\/sup>Congr\u00e8s international de criminalistique. \u00c0 cette occasion, Marc Bischoff se montre malin dans la promotion de son manuel sp\u00e9cialis\u00e9, <em>La police scientifique<\/em>. Voici ce qu\u2019il \u00e9crit \u00e0 son \u00e9diteur Gustave Payot: \u00abComme Monsieur votre fr\u00e8re vous l\u2019a dit, je serais tr\u00e8s heureux si l\u2019ouvrage pouvait para\u00eetre \u00e0 fin juin, car nous aurons \u00e0 Lausanne les 22, 23, et 24 juillet un Congr\u00e8s international de criminalistique qui serait, je crois, une excellente occasion pour moi de lancer ce volume.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dans des proportions moindres que son ma\u00eetre, Marc Bischoff s\u2019est activ\u00e9 au plan international. Ainsi, en 1935, il r\u00e9pond \u00e0 l\u2019appel du Gouvernement br\u00e9silien. \u00abDurant trois mois, il donne des cours et des conf\u00e9rences de police scientifique \u00e0 Rio de Janeiro, S\u00e3o Paulo et Bello Horizonte, destin\u00e9s aux magistrats, aux membres du barreau, aux fonctionnaires de police, au personnel des laboratoires de police scientifique et aux employ\u00e9s de banque\u00bb, d\u00e9taille Nicolas Quinche. \u00c0 Rio, ses cours sont suivis par 300 personnes, et \u00e0 Bello Horizonte par 400! Sur place, le professeur Bischoff aborde nombre de th\u00e9matiques: les vols, les homicides, les attentats, les incendies, les faux en \u00e9criture, la fausse monnaie et les faux billets de banque \u2013 des domaines dans lesquels il excelle \u2013, les faux ch\u00e8ques ou le signalement des r\u00e9cidivistes. Marc Bischoff a nettement moins publi\u00e9 d\u2019articles et de livres scientifiques que son ma\u00eetre. Par contre, \u00abil a r\u00e9alis\u00e9 de nombreuses expertises, notamment dans le domaine des documents. Un champ dans lequel son successeur \u00e0 la t\u00eate de l\u2019IPS, Jacques Mathyer (1921-2010), se sp\u00e9cialisera.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant le long r\u00e8gne de Marc Bischoff, les locaux de l\u2019Institut de police scientifique, plut\u00f4t petits, demeurent dans le b\u00e2timent de l\u2019\u00c9cole de chimie, situ\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du Ch\u00e2teau \u00e0 Lausanne. Tout au plus r\u00e9ussit-il \u00e0 grignoter un peu de place en annexant l\u2019appartement du concierge. L\u2019Institut a accumul\u00e9 d\u2019importantes collections de photographies, ce qui requiert de l\u2019espace. \u00abMarc Bischoff a g\u00e9r\u00e9 l\u2019h\u00e9ritage de Rodolphe Archibald Reiss, indique Nicolas Quinche. Ce n\u2019est pas vraiment sous son \u00e8re que l\u2019IPS se d\u00e9veloppe, tant en ce qui concerne le personnel enseignant que le nombre d\u2019\u00e9tudiants.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours dans le registre de la continuit\u00e9, Marc Bischoff rach\u00e8te la \u00abVilla Lumi\u00e8re\u00bb que Rodolphe Archibald Reiss avait fait b\u00e2tir \u00e0 Pully en 1904. Le disciple a donc v\u00e9cu \u00abdans les meubles\u00bb de son mentor et ami.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/10\/livre_quinche_81_1.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"238\" data-id=\"12736\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/10\/livre_quinche_81_1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12736\" \/><\/a><figcaption>Sur les traces du crime. Par Nicolas Quinche. Slatkine (2011), 686 p. <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/10\/livre_quinche_81_2.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"235\" data-id=\"12737\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/10\/livre_quinche_81_2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12737\" \/><\/a><figcaption>Crimes et enqu\u00eates. 60 affaires qui ont marqu\u00e9 l\u2019histoire. Par Nicolas Quinche. Favre (2020), 249 p.<\/figcaption><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">III &nbsp; Emb\u00fbches et des coups de feu&nbsp;<\/h5>\n\n\n\n<p>Nomm\u00e9 \u00abprofesseur extraordinaire de police scientifique et de photographie\u00bb \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne en 1920, Marc Bischoff affronte une tourmente budg\u00e9taire quelques ann\u00e9es plus tard, quand le Grand Conseil vaudois demande la restructuration, voire la suppression de l\u2019Institut, consid\u00e9r\u00e9 par certains comme peu \u00abbrillant\u00bb, et co\u00fbteux en regard du faible nombre de dipl\u00f4mes d\u00e9cern\u00e9s. Dans son \u00e9dition du 28 ao\u00fbt 1924, le quotidien socialiste <em>Le droit du Peuple<\/em> r\u00e9sume les d\u00e9bats, qui aboutissent tout de m\u00eame \u00e0 la sauvegarde de l\u2019IPS. Un chroniqueur anonyme livre ce commentaire assassin: \u00ab[&#8230;] nous continuerons \u00e0 abriter dans nos murs et \u00e0 entretenir de nos poches l\u2019admirable institution, unique en Europe par son programme et par le fait qu\u2019elle a un professeur, un \u00e9tudiant et un gar\u00e7on de laboratoire.\u00bb Avec les ann\u00e9es, les choses se tassent et le ton des articles redevient \u00e9logieux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan professionnel, Marc Bischoff poursuit la collaboration p\u00e9dagogique, lanc\u00e9e par Rodolphe Archibald Reiss, entre son Institut et la Police de s\u00fbret\u00e9 vaudoise. L\u00e0 aussi, cela ne se passe pas toujours tr\u00e8s bien. En 1925, des inspecteurs se plaignent de la r\u00e9ticence du sp\u00e9cialiste \u00e0 livrer des informations importantes pour eux, tout en s\u2019\u00e9talant sur des d\u00e9tails.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une affaire myst\u00e9rieuse marque la fin de la carri\u00e8re du directeur de l\u2019Institut, qui prend sa retraite en 1963. Voici ce qu\u2019\u00e9crit Marc Bischoff dans une lettre envoy\u00e9e le 17 ao\u00fbt au chef du D\u00e9partement de l\u2019Instruction publique et des cultes. \u00abCe matin, en ouvrant notre Institut, le personnel a constat\u00e9 que deux coups de feu avaient \u00e9t\u00e9 tir\u00e9s dans la fen\u00eatre du bureau du directeur, fen\u00eatre donnant \u00e0 l\u2019est, les lames du store \u00e0 rouleau (qui \u00e9tait baiss\u00e9) ont \u00e9t\u00e9 perfor\u00e9es et deux vitres ont \u00e9t\u00e9 bris\u00e9es. Alert\u00e9e par moi, la Police de s\u00fbret\u00e9 et le Service d\u2019identification sont imm\u00e9diatement venus sur place pour faire des constatations et enqu\u00eater. Afin de permettre leur intervention, je me suis permis de d\u00e9poser une plainte p\u00e9nale au nom de l\u2019\u00c9tat de Vaud, Service des B\u00e2timents, puisque le local o\u00f9 les d\u00e9g\u00e2ts ont \u00e9t\u00e9 commis m\u2019est confi\u00e9.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">IV &nbsp; Une personnalit\u00e9 secr\u00e8te&nbsp;<\/h5>\n\n\n\n<p>D\u00e9vou\u00e9 de mani\u00e8re passionnelle \u00e0 son travail, Rodolphe Archibald Reiss ne s\u2019est jamais mari\u00e9 et n\u2019a pas eu d\u2019enfants. La personnalit\u00e9 de cet \u00abhomme cin\u00e9tique\u00bb, comme le qualifie Nicolas Quinche, demeure difficile \u00e0 cerner. Il en est de m\u00eame pour Marc Bischoff. Veuf d\u00e8s 1941, il n\u2019a pas de descendance. Aucun des deux n\u2019a laiss\u00e9 de journal intime, et leur correspondance priv\u00e9e est tr\u00e8s r\u00e9duite.<\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 des entretiens, Nicolas Quinche a pu d\u00e9nicher quelques \u00e9l\u00e9ments de nature psychologique au sujet de Marc Bischoff. Un ancien \u00e9tudiant, dipl\u00f4m\u00e9 en 1959, parle d\u2019un \u00abMonsieur tr\u00e8s respectable et distant, s\u00fbr de lui, conscient de sa valeur et fier de sa notori\u00e9t\u00e9. Ses cours, dans le cercle restreint que j\u2019ai connu, \u00e9taient passionnants mais du style \u201cex cathedra\u201d.\u00bb Un autre t\u00e9moignage \u00e9voque un homme \u00abextr\u00eamement r\u00e9serv\u00e9\u00bb. Toutefois, \u00abcette distance entre les \u00e9tudiants et les enseignants, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, n\u2019\u00e9tait sans doute pas propre au seul Marc Bischoff\u00bb, relativise l\u2019historien. Mai 68 n\u2019avait pas encore eu lieu.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"842\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/10\/bischoff_81_3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12863\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/10\/bischoff_81_3.jpg 600w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/10\/bischoff_81_3-185x260.jpg 185w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">V &nbsp; Un conf\u00e9rencier appr\u00e9ci\u00e9&nbsp;<\/h5>\n\n\n\n<p>Depuis un si\u00e8cle au moins, les sciences criminelles fascinent le public. Rodolphe Archibald Reiss a cherch\u00e9 \u00e0 transmettre sa discipline en dehors des cercles sp\u00e9cialis\u00e9s. Son successeur go\u00fbtait nettement moins l\u2019exercice de la vulgarisation. \u00abEn 1947, lorsque d\u00e9marre \u00e0 Gen\u00e8ve la publication de la <em>Revue internationale de criminologie et de police technique et scientifique<\/em>, Marc Bischoff refuse tout d\u2019abord d\u2019y publier car il ne veut pas que ses articles c\u00f4toient ceux d\u2019auteurs qu\u2019il estime mineurs, tels que les gar\u00e7ons de laboratoire et les pr\u00e9parateurs. Il trouve aussi indigne d\u2019une revue scientifique d\u2019\u00eatre disponible dans les kiosques \u00e0 journaux\u00bb, note Nicolas Quinche. Dans une lettre au professeur de droit Jean Graven, le directeur de l\u2019IPS exprime son m\u00e9pris pour l\u2019hebdomadaire <em>D\u00e9tective<\/em>. \u00ab\u00c0 n\u2019en pas douter, la s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e <em>Les Experts<\/em> l\u2019aurait exasp\u00e9r\u00e9 au plus haut point!\u00bb, remarque l\u2019historien.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il convient tout de m\u00eame de noter que sa m\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la divulgation des proc\u00e9d\u00e9s forensiques n\u2019\u00e9tait pas une exception. \u00abAinsi, lors du congr\u00e8s de criminalistique qui se tient \u00e0 Lausanne en 1938, les s\u00e9ances scientifiques ne sont pas publiques car, comme le note <em>La Revue<\/em>: \u201cLes criminalistes doivent s\u2019entourer d\u2019un certain myst\u00e8re, afin de ne pas divulguer des secrets dont les malfaiteurs pourraient faire leur profit\u201d.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>De mani\u00e8re un peu paradoxale, le directeur de l\u2019IPS a donn\u00e9 de nombreuses conf\u00e9rences publiques. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019indispensable Scriptorium, qui donne acc\u00e8s aux archives de la presse romande (<a href=\"https:\/\/scriptorium.bcu-lausanne.ch\" data-type=\"URL\" data-id=\"scriptorium.bcu-lausanne.ch\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">scriptorium.bcu-lausanne.ch<\/a>), on en sait davantage au sujet de ses interventions. \u00abSelon les comptes-rendus, il rencontre alors un franc succ\u00e8s, qui s\u2019explique par les th\u00e8mes abord\u00e9s, comme la fausse monnaie, les faux ch\u00e8ques, les fausses signatures, les astuces des escrocs et des rats d\u2019h\u00f4tels, les vols et les assassinats. Ses pr\u00e9sentations ont pour attrait suppl\u00e9mentaire d\u2019\u00eatre accompagn\u00e9es de projections lumineuses. Marc Bischoff a su captiver son auditoire, tout comme son ma\u00eetre, dont les journalistes ne cessaient de mentionner la fascination qu\u2019il exer\u00e7ait sur son public\u00bb, explique Nicolas Quinche.<\/p>\n\n\n\n<p>Marc Bischoff d\u00e9c\u00e8de en 1970 \u00e0 Pully. Pour la derni\u00e8re fois, il marche sur les pas de son mentor. En effet, par voie de testament, Rodolphe Archibald Reiss a l\u00e9gu\u00e9 l\u2019essentiel de sa fortune, assez importante, \u00e0 l\u2019\u00c9tat de Vaud, afin que son Institut puisse continuer \u00e0 fonctionner et \u00e0 se d\u00e9velopper. Son successeur, par le m\u00eame moyen, a donn\u00e9 \u00e0 l\u2019Institut divers appareils et collections.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Reiss, le pionnier<\/h5>\n\n\n\n<p>N\u00e9 en Allemagne en 1875, Rodolphe Archibald Reiss \u00e9tudie la chimie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne. R\u00e9dacteur en chef du <em>Journal suisse des photographes<\/em>, il est nomm\u00e9 professeur extraordinaire de photographie scientifique avec ses applications dans les enqu\u00eates judiciaires. En 1909, il fonde l\u2019Institut de police scientifique de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne (IPS), le premier au monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Homme \u00e9nergique, grand voyageur, Rodolphe Archibald Reiss cultive un r\u00e9seau international. Sa contribution \u00e0 l\u2019essor des sciences criminelles est tr\u00e8s importante. Il enqu\u00eate en Serbie pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, et d\u00e9nonce les crimes commis par l\u2019arm\u00e9e austro-hongroise. Il c\u00e8de sa place de directeur de l\u2019IPS \u00e0 Marc Bischoff en 1919, et meurt pr\u00e9matur\u00e9ment \u00e0 Belgrade en 1929. Ce pionnier l\u00e8gue son importante fortune \u00e0 l\u2019\u00c9tat de Vaud.<\/p>\n\n\n\n<p>Un ouvrage splendide traite \u2013 entre autres \u2013 de la vie et de la carri\u00e8re de cette personnalit\u00e9:<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le th\u00e9\u00e2tre du crime. Rodolphe A. Reiss, 1875 \u20131929<\/em>. Par Christophe Champod, Daniel Girardin, Luce Lebart, Pierre Margot, Jacques Mathyer, Nicolas Quinche, Eric Sapin. EPFL Press (2009), 320 p.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Directeur de l\u2019Institut de police scientifique entre 1920 et 1963, Marc Bischoff a succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 son ma\u00eetre, le c\u00e9l\u00e8bre Rodolphe Archibald Reiss. \u00abAllez savoir!\u00bb esquisse la carri\u00e8re de ce personnage &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":825,"featured_media":12685,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[31,42201,42172],"tags":[39521],"class_list":{"0":"post-12858","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-histoire","8":"category-no-81","9":"category-sciences-criminelles","10":"tag-david-spring"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12858","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/825"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12858"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12858\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12685"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12858"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12858"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12858"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}