{"id":12821,"date":"2022-10-17T08:21:00","date_gmt":"2022-10-17T06:21:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=12821"},"modified":"2022-10-26T10:15:21","modified_gmt":"2022-10-26T08:15:21","slug":"dans-les-coulisses-du-chantier-gustave-roud%ef%bf%bc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/dans-les-coulisses-du-chantier-gustave-roud%ef%bf%bc\/","title":{"rendered":"Dans les coulisses du chantier Gustave Roud"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"604\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/10\/roud_81_1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12756\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/10\/roud_81_1.jpg 604w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/10\/roud_81_1-196x260.jpg 196w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><figcaption>Gustave Roud. L\u2019\u00e9crivain pose devant L\u2019autoportrait au chapeau de C\u00e9zanne. Autochrome, vers 1924.\n\u00a9Fonds photographique Gustave Roud\/Subilia, BCUL, AAGR<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Les \u00ab\u0152uvres compl\u00e8tes\u00bb du grand \u00e9crivain romand sont d\u00e9sormais publi\u00e9es chez Zo\u00e9. Claire Jaquier et Daniel Maggetti \u00e9voquent cet ambitieux projet qu\u2019ils ont codirig\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Soulagement ou tristesse? Un peu des deux sans doute. Une page se tourne au <a href=\"https:\/\/unil.ch\/clsr\/fr\/home.html\" data-type=\"URL\" data-id=\"unil.ch\/clsr\/fr\/home.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Centre des litt\u00e9ratures en Suisse romande de l\u2019UNIL<\/a>. Le chantier Gustave Roud s\u2019ach\u00e8ve. Plac\u00e9 sous la direction de Claire Jaquier (Universit\u00e9 de Neuch\u00e2tel) et de Daniel Maggetti (UNIL), deux grands sp\u00e9cialistes de Roud, il a dur\u00e9 pr\u00e8s de cinq ans. Et b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019engagement sans faille d\u2019une \u00e9quipe de chercheurs passionn\u00e9s : Julien Burri, Alessio Christen, Rapha\u00eblle Lacord, Bruno Pellegrino, Elena Spadini et St\u00e9phane P\u00e9termann.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis d\u00e9but octobre, les <em>\u0152uvres compl\u00e8te<\/em>s du grand \u00e9crivain vaudois sont donc disponibles aux \u00c9ditions Zo\u00e9, offertes dans un \u00e9l\u00e9gant coffret bleu ciel. Au total, quelque cinq mille pages r\u00e9parties par genre et chronologiquement en quatre volumes enrichis d\u2019un choix de photographies de Roud. Cette \u00e9dition critique concerne la production du po\u00e8te, du traducteur, de l\u2019auteur du <em>Journal<\/em>, du critique litt\u00e9raire et du critique d\u2019art. Elle permet de d\u00e9couvrir d\u2019autres facettes de cet infatigable \u00e9crivain marcheur d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1976, \u00e0 79 ans, et qui fit des paysages du Jorat \u2013 o\u00f9 il a v\u00e9cu presque toute sa vie, \u00e0 Carrouge \u2013 le cadre et la mati\u00e8re premi\u00e8re de son \u0153uvre. Le projet inclut aussi une plate-forme num\u00e9rique permettant d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la plupart des sources, et donc aux manuscrits d\u00e9sormais num\u00e9ris\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment, pourquoi s\u2019\u00eatre lanc\u00e9 dans une telle aventure? \u00abPour mettre sur pied un projet de ce type, expliquent Claire Jaquier et Daniel Maggetti, il faut que soient r\u00e9unis un certain nombre de crit\u00e8res. Et ils l\u2019\u00e9taient pour Gustave Roud. La distance temporelle par rapport \u00e0 la mort de l\u2019auteur permet d\u2019\u00e9valuer que son \u0153uvre parle encore au public d\u2019aujourd\u2019hui. L\u2019\u00e9crivain doit aussi b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une r\u00e9elle audience, du c\u00f4t\u00e9 des chercheurs comme de celui des lecteurs non sp\u00e9cialistes. Enfin, dans le cas de Roud, il \u00e9tait n\u00e9cessaire de combler l\u2019\u00e9cart entre l\u2019\u0153uvre r\u00e9elle, quantitativement abondante, et la part r\u00e9duite qui \u00e9tait disponible. Une \u00e9dition compl\u00e8te s\u2019imposait pour mesurer l\u2019importante de son apport.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9aliser une \u00e9dition critique implique le souci de l\u2019objectivit\u00e9 et la recherche d\u2019une certaine exhaustivit\u00e9 \u2013 qui n\u2019est jamais totale. Ce souci a conduit les chercheurs \u00e0 traquer toute une s\u00e9rie de sources qui n\u2019\u00e9taient pas forc\u00e9ment identifi\u00e9es et \u00e0 les traiter \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un cadre et d\u2019un plan pr\u00e9alablement \u00e9tablis. \u00abRoud publie beaucoup par \u00e9tapes, pr\u00e9cise Claire Jaquier. Tr\u00e8s souvent, un texte issu du <em>Journal<\/em> est repris pour \u00eatre publi\u00e9 dans une revue, puis int\u00e9gr\u00e9 dans un recueil. Notre \u00e9dition veut rendre compte de cette multiplicit\u00e9 de formes et de destinations des textes dont la port\u00e9e et la signification changent selon le contexte de publication.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bricolage cr\u00e9atif<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tonnante, originale et personnelle, cette m\u00e9thode n\u2019\u00e9tait en rien pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e. N\u00e9e de l\u2019usage, elle s\u2019est impos\u00e9e sous la pression et dans l\u2019urgence qu\u2019impliquait le travail de r\u00e9daction au sein d\u2019un hebdomadaire. \u00c0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Roud collaborait \u00e0 la revue <em>Aujourd\u2019hui<\/em>, entre 1929 et 1931, Ramuz \u2013 qui dirigeait la publication \u2013 et l\u2019\u00e9diteur Henry-Louis Mermod lui demandaient tr\u00e8s fr\u00e9quemment des textes. L\u2019\u00e9crivain en avait dans ses r\u00e9serves, il les livrait, puis les reprenait ailleurs. Tout naturellement, il a continu\u00e9 \u00e0 travailler ainsi par la suite, dans une sorte de bricolage cr\u00e9atif permanent. \u00abGustave Roud n\u2019est pas l\u2019homme des grands projets structur\u00e9s, rench\u00e9rit Daniel Maggetti. Son unit\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rence, c\u2019est vraiment le po\u00e8me compos\u00e9 de quelques pages qu\u2019il ma\u00eetrise dans le moindre d\u00e9tail. Le recueil vient apr\u00e8s, il n\u2019est pas pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9. Comme il le dit lui-m\u00eame, sa pratique est celle d\u2019une \u00e9criture rhapsodique fond\u00e9e sur l\u2019agencement de petites unit\u00e9s.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Un art du couper\/coller avant la lettre? \u00abAbsolument! Roud aurait d\u2019ailleurs ador\u00e9 l\u2019ordinateur, s\u2019amuse Claire Jaquier. Au vu de sa correspondance abondante, on peut supposer qu\u2019il aurait fait du mail un usage intense. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, il s\u2019int\u00e9ressait aux savoirs scientifiques (astronomie, botanique) et techniques: dans sa pratique de photographe, il s\u2019est tourn\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t vers la couleur par exemple.\u00bb Tr\u00e8s t\u00f4t \u00e9galement, l\u2019\u00e9crivain tape lui-m\u00eame ses textes \u00e0 la machine, notamment pour les envoyer aux diff\u00e9rents journaux et revues auxquels il collabore. Un savoir-faire qui dut aussi lui \u00eatre fort utile dans son important travail de traduction.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un grand traducteur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Car Roud fut un grand traducteur, comme le d\u00e9couvriront certains lecteurs \u00e0 la faveur de la publication de ses <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>. Une activit\u00e9 qui s\u2019apparente chez lui \u00e0 un besoin profond. Et c\u2019est toujours en po\u00e8te qu\u2019il traduit. Ses go\u00fbts personnels le conduisent vers Novalis, H\u00f6lderlin ou Rainer Maria Rilke dont les traductions seront publi\u00e9es de son vivant. Celle des po\u00e8mes de l\u2019Autrichien Georg Trakl, en revanche, le sera essentiellement \u00e0 titre posthume. Gustave Roud semble \u00e9prouver une profonde fascination pour ce po\u00e8te tourment\u00e9 mort \u00e0 27 ans d\u2019une overdose de coca\u00efne et dont l\u2019amour incestueux pour sa s\u0153ur influencera tr\u00e8s fortement l\u2019\u0153uvre. Il se dit \u00abcomme hant\u00e9\u00bb par ce po\u00e8te et par ses textes. Fin ao\u00fbt 1951, il va d\u2019ailleurs prendre le train pour se rendre \u00e0 Salzbourg. Un v\u00e9ritable p\u00e8lerinage qui lui permet notamment de rencontrer le fr\u00e8re du po\u00e8te d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Il \u00e9crit \u00e0 propos de ce s\u00e9jour: \u00abEt chaque jour je suis all\u00e9 dans le jardin de Mirabell o\u00f9 me retenait un \u00e9trange envo\u00fbtement, comme si la pr\u00e9sence de Trakl virevoltait autour de moi.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>De belles d\u00e9couvertes, le lecteur en fera bien d\u2019autres en se plongeant dans ces quatre volumes. Mais qu\u2019en est-il des sp\u00e9cialistes? Ce chantier a-t-il modifi\u00e9 leur perception de Gustave Roud? Claire Jaquier admet avoir d\u00e9couvert dans la correspondance des anecdotes amusantes \u2013 et parfois cruelles \u2013 sur les rapports de l\u2019\u00e9crivain avec les \u00e9diteurs, mais surtout avoir d\u00fb quelque peu nuancer sa vision de Roud comme po\u00e8te de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9: \u00abEn lisant sa po\u00e9sie, on se dit que c\u2019est un solitaire, ce qui est vrai. Affectivement, il a v\u00e9cu une vie solitaire, mais il a entretenu de nombreuses amiti\u00e9s et de riches contacts professionnels. Par ailleurs, son \u0153uvre po\u00e9tique accorde une grande place au dialogue, \u00e0 la salutation, \u00e0 l\u2019invocation. Elle est \u00e0 la fois dialogique et polyphonique. Le \u201cje\u201d lyrique est certes pr\u00e9sent, mais sans aucune dimension solipsiste. Les voix humaines et les voix du monde sont omnipr\u00e9sentes. Le po\u00e8te s\u2019adresse \u00e0 des entit\u00e9s de tout ordre, oiseaux, fleurs, arbres, \u00e9toiles, nuages, rivi\u00e8res et les fait parler dans un esprit qu\u2019on pourrait qualifier d\u2019animiste.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Avec la publication des <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, une importante \u00e9tape a \u00e9t\u00e9 franchie. Cela ne signifie pas que tout a \u00e9t\u00e9 dit. Deux domaines restent encore \u00e0 explorer, \u00e0 \u00e9tudier: l\u2019\u0153uvre photographique et la correspondance. Avis donc aux amateurs, ou plut\u00f4t aux sp\u00e9cialistes! Gustave Roud n\u2019a pas dit son dernier mot. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-style-default\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"225\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/10\/livre_roud_81.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12738\" \/><figcaption>\u0152uvres compl\u00e8tes. Par Gustave Roud. Sous la dir. de Claire Jaquier et Daniel Maggetti. \u00c9ditions Zo\u00e9 (2022), 4 volumes, 5120 p.<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00ab\u0152uvres compl\u00e8tes\u00bb du grand \u00e9crivain romand sont d\u00e9sormais publi\u00e9es chez Zo\u00e9. Claire Jaquier et Daniel Maggetti \u00e9voquent cet ambitieux projet qu\u2019ils ont codirig\u00e9. Soulagement ou tristesse? 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