{"id":12586,"date":"2022-05-12T08:17:00","date_gmt":"2022-05-12T06:17:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=12586"},"modified":"2022-05-09T09:47:43","modified_gmt":"2022-05-09T07:47:43","slug":"vie-mort-et-resurrection-des-villes-antiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/vie-mort-et-resurrection-des-villes-antiques\/","title":{"rendered":"Vie, mort et r\u00e9surrection des villes antiques"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>\u00c9r\u00e9trie, Ath\u00e8nes, Olynthe ou Th\u00e8bes. Ces cit\u00e9s grecques, parmi d\u2019autres, ont \u00e9t\u00e9 envahies, incendi\u00e9es et d\u00e9truites par des conqu\u00e9rants. Malgr\u00e9 les souffrances v\u00e9cues par leurs populations, la majorit\u00e9 s\u2019en sont relev\u00e9es, tandis que d\u2019autres ont disparu. Un ouvrage r\u00e9cent, codirig\u00e9 par un arch\u00e9ologue de l\u2019UNIL, traite de ces destructions et renaissances, et en tire des parall\u00e8les avec le monde contemporain.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"784\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/grece_80_1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12444\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/grece_80_1.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/grece_80_1-265x260.jpg 265w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/grece_80_1-768x753.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption>Alexandre le Grand r\u00e9prime une r\u00e9volte en Gr\u00e8ce. Illustration apocalyptique d\u2019Angus McBride. \u00a9\u2009Look and Learn\u2009\/ Bridgeman Images<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00abJe ne citerai ni Olynthe, ni M\u00e9thone, ni Apollonie, ni trente-deux villes de Thrace d\u00e9truites avec une telle fureur, qu\u2019\u00e0 leur aspect le voyageur ne pourrait affirmer qu\u2019elles furent jamais habit\u00e9es.\u00bb Tir\u00e9e de la neuvi\u00e8me <em>Philippique<\/em> de l\u2019orateur ath\u00e9nien D\u00e9mosth\u00e8ne, cette citation relate le destin de cit\u00e9s du nord de la Gr\u00e8ce, ravag\u00e9es par les arm\u00e9es du roi de Mac\u00e9doine Philippe II vers 348 av. J.-C.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De semblables r\u00e9cits de destructions se retrouvent sous la plume de nombreux auteurs grecs et latins de l\u2019Antiquit\u00e9. Les sources en contiennent plus de 200 pour les p\u00e9riodes classique et hell\u00e9nistique, soit entre 480 et 31 av. J.-C. Ancien recteur de l\u2019UNIL et professeur honoraire, Pierre Ducrey a recens\u00e9 plus de 100 si\u00e8ges pour la seule Guerre du P\u00e9loponn\u00e8se qui a oppos\u00e9 deux ligues \u2013 l\u2019une men\u00e9e par Ath\u00e8nes et l\u2019autre par Sparte \u2013 entre 431 et 404 av. J.-C.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Hier comme aujourd\u2019hui, les civils souffrent des conflits. Ainsi, selon l\u2019historien padouan Tite-Live, les Romains ont emmen\u00e9 en esclavage 150\u2009000 habitants de l\u2019\u00c9pire (nord-ouest de la Gr\u00e8ce) et d\u00e9truit 70 cit\u00e9s, lors de la Troisi\u00e8me Guerre mac\u00e9donienne, vers 167 av. J.-C.<\/p>\n\n\n\n<p>Les textes ne manquent pas de r\u00e9cits d\u2019\u00e9v\u00e9nements violents. Mais comment se traduisent-ils sur le terrain arch\u00e9ologique? Quels ont \u00e9t\u00e9 les impacts de ces destructions, pour les populations et les villes? Pourquoi et comment se sont-elles relev\u00e9es? Ces questions, parmi bien d\u2019autres, constituent le c\u0153ur de <em>The Destruction of Cities in the Ancient Greek World<\/em>, un ouvrage collectif \u00e9dit\u00e9 par Sylvian Fachard, professeur \u00e0 l\u2019Institut d\u2019arch\u00e9ologie et des sciences de l\u2019Antiquit\u00e9 de l\u2019UNIL et directeur de l\u2019\u00c9cole suisse d\u2019arch\u00e9ologie en Gr\u00e8ce (ESAG), et par Edward M. Harris, professeur \u00e9m\u00e9rite de l\u2019Universit\u00e9 de Durham.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un des aspects centraux de cette \u00e9tude r\u00e9side dans son analyse sur la longue dur\u00e9e de trois phases dans la vie des villes attaqu\u00e9es, soit avant, pendant et apr\u00e8s la guerre. De mani\u00e8re contre-intuitive, les donn\u00e9es montrent que pr\u00e8s de 90\u2009% des cit\u00e9s qui ont connu un <em>andrapodismos<\/em> (une r\u00e9duction en esclavage de la population) et 80\u2009% des villes d\u00e9crites comme d\u00e9truites dans les sources montrent des signes de survie, de d\u00e9veloppement ou m\u00eame, dans le cas d\u2019Ath\u00e8nes par exemple, de fort redressement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"532\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/grece_80_3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12446\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/grece_80_3.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/grece_80_3-391x260.jpg 391w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/grece_80_3-768x511.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption>Vue de la forteresse d\u2019\u00c9leuth\u00e8re (nord-ouest d\u2019Ath\u00e8nes), l\u2019une des mieux conserv\u00e9es de la Gr\u00e8ce continentale. \u00a9\u2009Sylvian Fachard<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Une d\u00e9fense co\u00fbteuse mais n\u00e9cessaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ce constat optimiste, il vaut mieux ne jamais subir d\u2019invasion. Les structures d\u00e9fensives que l\u2019on observe par exemple \u00e0 \u00c9r\u00e9trie, au nord d\u2019Ath\u00e8nes (<em>lire \u00e9galement <\/em>Allez savoir!<em> n\u00b0 70<\/em>), t\u00e9moignent de cette volont\u00e9. \u00abPour une cit\u00e9 grecque de l\u2019Antiquit\u00e9, il n\u2019est pas imaginable de se passer de fortifications, rel\u00e8ve Sylvian Fachard. Sur la longue dur\u00e9e, ces derni\u00e8res repr\u00e9sentent sans doute la d\u00e9pense la plus importante qu\u2019une ville puisse faire.\u00bb En effet, il ne \u00absuffit\u00bb pas de ceinturer les localit\u00e9s de kilom\u00e8tres de murailles, parfois \u00e9paisses de plusieurs m\u00e8tres, et de les garnir de tours. Il convient \u00e9galement d\u2019en prendre soin. \u00abAristote \u00e9crit que le propre d\u2019une belle cit\u00e9, c\u2019est de poss\u00e9der des murailles bien entretenues. Sa remarque implique que cela ne devait pas toujours \u00eatre le cas\u00bb, note l\u2019arch\u00e9ologue.<\/p>\n\n\n\n<p>Les enceintes prot\u00e9geaient les citadins, leurs richesses priv\u00e9es et les objets de valeur des temples. Mais que deviennent les habitants des campagnes, qui repr\u00e9sentent la moiti\u00e9 de la population? Dans le cadre de sa th\u00e8se, <em>La d\u00e9fense du territoire<\/em>, Sylvian Fachard a \u00e9tudi\u00e9 en d\u00e9tail les fortifications rurales dispers\u00e9es dans la vaste campagne li\u00e9e \u00e9conomiquement \u00e0 \u00c9r\u00e9trie, sa <em>ch\u00f4ra<\/em>. Il s\u2019agit d\u2019un territoire d\u2019environ 1400 km<sup>2<\/sup>, soit un peu moins que le canton de Fribourg. \u00abLes structures d\u00e9fensives s\u2019y trouvent en nombre, qu\u2019il s\u2019agisse de tours isol\u00e9es, de petits fortins, voire d\u2019imposantes forteresses\u00bb, constate l\u2019arch\u00e9ologue, qui les a explor\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les conclusions de sa th\u00e8se ont bouscul\u00e9 des id\u00e9es re\u00e7ues. Les ouvrages de protection ruraux ne forment pas une ligne Maginot avant l\u2019heure, \u00abdestin\u00e9e \u00e0 ralentir un ennemi ou \u00e0 l\u2019emp\u00eacher d\u2019entrer dans le territoire. Ils prot\u00e8gent les terres agricoles et leurs habitants, c\u2019est- \u00e0-dire les moyens de subsistance de la cit\u00e9\u00bb, explique Sylvian Fachard. Bien r\u00e9parties, ces structures fournissent autant de refuges pour les populations avoisinantes, qui s\u2019y replient avec leurs biens, et sans doute les r\u00e9coltes et le b\u00e9tail, en cas d\u2019alerte. \u00abCette d\u00e9fense en profondeur livre l\u2019une des cl\u00e9s de la renaissance des villes apr\u00e8s leur destruction. Mis \u00e0 l\u2019abri, les r\u00e9sidents des campagnes et leurs ressources soutiennent un possible renouveau, une fois l\u2019ennemi parti.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"401\" height=\"601\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/SylvianFachard_80.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12501\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/SylvianFachard_80.jpg 401w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/SylvianFachard_80-173x260.jpg 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 401px) 100vw, 401px\" \/><figcaption>Sylvian Fachard. Professeur \u00e0 l\u2019Institut d\u2019arch\u00e9ologie et des sciences de l\u2019Antiquit\u00e9 de l\u2019UNIL et directeur de l\u2019\u00c9cole suisse d\u2019arch\u00e9ologie en Gr\u00e8ce.\nNicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Envahir, ce n\u2019est pas tout d\u00e9truire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pendant longtemps, des murailles bien tenues demeurent dissuasives. Mais les progr\u00e8s dans l\u2019art du si\u00e8ge, la <em>poliorc\u00e9tique<\/em>, lancent une course aux armements. Les catapultes \u00e0 torsion, d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Philippe II et de son fils Alexandre le Grand (milieu du IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle av. J.-C.), \u00abexp\u00e9dient des grandes fl\u00e8ches ou des boulets \u00e0 200 ou 300 m\u00e8tres, explique Sylvian Fachard. Leur but ne consiste pas \u00e0 d\u00e9truire les murs, mais \u00e0 \u00e9liminer les d\u00e9fenseurs post\u00e9s sur les remparts.\u00bb Le fait que des assaillants emportent une ville ne signifie pas la destruction compl\u00e8te de celle-ci. \u00abImaginez les moyens et le temps qu\u2019il faut pour raser une cit\u00e9 de plusieurs hectares, pierre apr\u00e8s pierre, \u00e0 l\u2019aide de pics, note le directeur de l\u2019ESAG. De plus, comme les soldats touchent une solde, cela n\u2019a aucun sens, \u00e9conomiquement parlant, de leur ordonner de passer des semaines \u00e0 abattre des murs.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, des textes antiques, confirm\u00e9s par des fouilles arch\u00e9ologiques, donnent quelques exemples de d\u00e9vastation compl\u00e8te. \u00abRas\u00e9e\u00bb vers 348 av. J.-C. par Philippe II de Mac\u00e9doine, Olynthe est rest\u00e9e \u00e0 peine l\u2019ombre d\u2019elle-m\u00eame par la suite. \u00abCette destruction, ou celle de Th\u00e8bes par Alexandre le Grand en 335 av. J.-C., sont d\u00e9cid\u00e9es pour des motifs politiques, et non strat\u00e9giques.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u2019Ath\u00e8nes \u00e0 Mostar<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Afin de frapper les esprits plus simplement, le vainqueur s\u2019en prend aux monuments symboliques. Un chapitre de <em>The Destruction of Cities in the Ancient Greek World<\/em> d\u00e9taille la mani\u00e8re dont Ath\u00e8nes a \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 sac et partiellement incendi\u00e9e par les arm\u00e9es du roi perse Xerx\u00e8s I<sup>er<\/sup>, en 480 av. J.-C. Les envahisseurs \u00abont cibl\u00e9 l\u2019Acropole, c\u2019est-\u00e0-dire le c\u0153ur religieux de la cit\u00e9\u00bb, rappelle Sylvian Fachard. Outre des temples, ils ont mis en pi\u00e8ces une statue qui c\u00e9l\u00e9brait la victoire grecque sur les Perses dix ans plus t\u00f4t \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre bataille de Marathon. Des <em>korai<\/em> (statues f\u00e9minines) portent des traces de coups de hache visibles encore aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>La notion d\u2019<em>urbicide<\/em>, li\u00e9e aux Guerres de Yougoslavie, qualifie cette pratique. La destruction de la Biblioth\u00e8que de Sarajevo en 1992 ou celle du pont de Mostar en 1993 en sont des exemples. Le dynamitage du temple de Baalshamin, \u00e0 Palmyre en 2015, en rel\u00e8ve \u00e9galement. \u00abHier comme aujourd\u2019hui, il s\u2019agit de d\u00e9truire un embl\u00e8me, pour provoquer un impact \u00e9motionnel et blesser la m\u00e9moire des habitants\u00bb, souligne l\u2019arch\u00e9ologue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019ombre de Troie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si les saccages de villes se retrouvent souvent dans les sources, ce n\u2019est pas par hasard. Le r\u00e9cit de la Guerre de Troie, un conflit plac\u00e9 vers 1200 av. J.-C., circule gr\u00e2ce au th\u00e9\u00e2tre classique, par les textes, gr\u00e2ce \u00e0 des illustrations sur des vases, mais sans doute \u00e9galement par oral. Sylvian Fachard nous rappelle le talent des <em>guslari<\/em>, ces bardes yougoslaves qui, au milieu du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle encore, \u00ab\u00e9taient capables de r\u00e9citer des po\u00e8mes h\u00e9ro\u00efques li\u00e9s au folklore pendant des heures\u00bb. Plus profond\u00e9ment, la peur de subir une invasion, avec son cort\u00e8ge de viols, de prises d\u2019esclaves, de destructions et de massacres, \u00abmarque les communaut\u00e9s de l\u2019Antiquit\u00e9, qui vivent d\u2019elles-m\u00eames et doivent se prot\u00e9ger face aux menaces du monde\u00bb, indique l\u2019arch\u00e9ologue.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 cette angoisse r\u00e9elle, certains auteurs ont surench\u00e9ri dans la description de conqu\u00eates violentes. Longtemps apr\u00e8s les faits, Platon d\u00e9crit la mani\u00e8re dont les Perses, en 490 av. J.-C., ont ratiss\u00e9 l\u2019\u00eele d\u2019Eub\u00e9e, o\u00f9 se trouve \u00c9r\u00e9trie. Le philosophe parle de <em>sageneia<\/em>, ou prise au filet de p\u00eache. Joignant leurs mains, les soldats orientaux auraient form\u00e9 une cha\u00eene humaine \u00e0 travers tout le territoire pour ne laisser aucun Grec s\u2019\u00e9chapper. Quiconque a musard\u00e9 \u00e0 travers cette r\u00e9gion riche en reliefs, plus \u00e9tendue que le canton de Vaud, se dit que l\u2019auteur du <em>Banquet<\/em> s\u2019est un peu laiss\u00e9 emporter.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le go\u00fbt de l\u2019hyperbole<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il ne faut pas jeter la pierre aux Anciens. \u00abCes auteurs relatent des faits qui sont survenus parfois longtemps avant leur naissance. Nombre d\u2019entre eux n\u2019ont jamais mis les pieds sur place\u00bb, note Sylvian Fachard. Au fil des si\u00e8cles, le r\u00e9cit de la conqu\u00eate d\u2019une ville devient un art en soi, au point qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019Empire romain (d\u00e8s 27. av. J.-C.), le si\u00e8ge constitue \u00abun exercice de rh\u00e9torique, auquel on s\u2019entra\u00eene\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Lucide, l\u2019historien grec Polybe \u00e9crit ceci au sujet de ses confr\u00e8res port\u00e9s sur l\u2019hyperbole, au II<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C.: \u00ab[&#8230;] ils racontent longuement des combats et des rencontres o\u00f9 dix fantassins ont p\u00e9ri et moins encore de cavaliers, et quand il s\u2019agit de si\u00e8ges, de descriptions de lieux, de tout ce qui s\u2019y rattache, ils se donnent pour ces amplifications, faute d\u2019id\u00e9es s\u00e9rieuses, une peine incroyable.\u00bb Malgr\u00e9 ces limites, les textes antiques demeurent indispensables aux arch\u00e9ologues.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Du papyrus au terrain<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u00abQuand des textes indiquent qu\u2019une ville a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite, qu\u2019est-ce que cela signifie sur le terrain?\u00bb, s\u2019est demand\u00e9 Sylvian Fachard. L\u2019ouvrage qu\u2019il codirige, <em>The Destruction of Cities in the Ancient Greek World<\/em>, met en parall\u00e8le les sources et les recherches arch\u00e9ologiques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00abcouches de destruction\u00bb, pris\u00e9es des arch\u00e9ologues, constituent l\u2019un des moyens de saisir les \u00e9v\u00e9nements violents du pass\u00e9. Pour le profane qui visite un chantier de fouilles, l\u2019une de ces lignes terreuses ressemble \u00e0 une strate prise \u00aben sandwich\u00bb au milieu d\u2019autres. Les professionnels leur accordent beaucoup d\u2019importance, car elles fonctionnent comme les \u00abcapsules temporelles\u00bb que l\u2019on enterre parfois sous les monuments. Ces couches contiennent des mat\u00e9riaux, comme de la c\u00e9ramique ou des cendres, d\u00e9pos\u00e9s pendant un temps bref. Parfois, l\u2019argile est <em>rub\u00e9ifi\u00e9e<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire color\u00e9e en rouge par le feu d\u2019un incendie.<\/p>\n\n\n\n<p>Int\u00e9ressantes, ces couches demeurent difficiles \u00e0 interpr\u00e9ter. Pour prendre un exemple un peu caricatural, les traces d\u2019un incendie, survenu \u00e0 une \u00e9poque pour laquelle la mention d\u2019une invasion violente se retrouve dans un texte, pourraient faire penser que la ville a br\u00fbl\u00e9 \u00e0 cette occasion. Or, il peut s\u2019agir d\u2019un accident local survenu quelques mois plus t\u00f4t! Afin d\u2019\u00e9viter cet \u00e9cueil, \u00abnous nous sommes concentr\u00e9s sur des sites importants, fouill\u00e9s depuis longtemps et par cons\u00e9quent riches en donn\u00e9es, comme Ath\u00e8nes, Corinthe ou \u00c9r\u00e9trie, indique Sylvian Fachard. En nous positionnant \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la cit\u00e9, nous saisissons mieux l\u2019impact des destructions.\u00bb Les activit\u00e9s de d\u00e9blayage des ruines par les habitants, puis de reconstruction des \u00e9difices apr\u00e8s l\u2019\u00e9v\u00e9nement, effacent parfois les traces de saccages. \u00abIl faut alors les chercher dans d\u2019autres lieux\u00bb, explique Sylvian Fachard. Les d\u00e9combres peuvent avoir \u00e9t\u00e9 jet\u00e9s dans des puits, voire m\u00eame transport\u00e9s plus loin, ce qui complique encore la t\u00e2che des arch\u00e9ologues. La technique de la micromorphologie, soit l\u2019observation au microscope de l\u2019agencement des s\u00e9diments, propose toutefois un apport int\u00e9ressant (<em>lire l\u2019encadr\u00e9 ci-dessous<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les villes se rel\u00e8vent<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme nous l\u2019avons vu plus haut, la majorit\u00e9 des cit\u00e9s antiques touch\u00e9es par la guerre se rel\u00e8vent. Pour l\u2019expliquer, Sylvian Fachard s\u2019appuie sur le \u00abFacteur Ph\u00e9nix\u00bb, th\u00e9oris\u00e9 par les chercheurs am\u00e9ricains Abramo Fimo Kenneth Organski et Jacek Kugler en 1977. Leur recherche s\u2019inscrit dans le cadre du Plan Marshall et des fortes croissances \u00e9conomiques constat\u00e9es apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. Le temps d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration, malgr\u00e9 les traumatismes intenses v\u00e9cus par les populations, les villes renaissent&#8230; sous certaines conditions. L\u2019une d\u2019elles r\u00e9side dans la vigueur de l\u2019\u00e9conomie avant l\u2019\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n\n\n\n<p>La Gr\u00e8ce moderne est un exemple spectaculaire et peu connu. Le conflit mondial, une occupation brutale par les forces de l\u2019Axe, puis la guerre civile de 1946-1949 ont engendr\u00e9 des ravages terribles, dont la mort d\u2019environ 500\u2009000 personnes. Pourtant, en quelques ann\u00e9es, ce petit pays a remont\u00e9 la pente, combl\u00e9 ses pertes d\u00e9mographiques d\u00e8s 1951 et connu pendant vingt ans un grand essor \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec prudence, Sylvian Fachard applique le cadre th\u00e9orique du Facteur Ph\u00e9nix aux cit\u00e9s antiques. Les signes de reprises, m\u00eame si ces derni\u00e8res ont eu lieu il y a 2500 ans, demeurent visibles aux yeux des arch\u00e9ologues. Il peut s\u2019agir de la construction de nouveaux b\u00e2timents et de fortifications, de la cr\u00e9ation d\u2019ateliers de c\u00e9ramique et d\u2019\u00e9mission de monnaie, d\u2019importations, ainsi que d\u2019\u00e9changes commerciaux survenus apr\u00e8s la guerre. L\u2019ouvrage <em>The Destruction of Cities in the Ancient Greek World<\/em>, auquel ont collabor\u00e9 des numismates, comporte un important volet \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La force des institutions<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il existe d\u2019autres marqueurs de reprise. Conquise par les Perses en 490 av. J.-C., \u00c9r\u00e9trie a \u00e9t\u00e9 capable de fournir 1400 rameurs et 600 hoplites (des soldats d\u2019infanterie) pour participer, respectivement, \u00e0 la bataille de Salamine en 480 av. J.-C. et \u00e0 celle de Plat\u00e9es l\u2019ann\u00e9e suivante.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, Ath\u00e8nes se rel\u00e8ve des ravages commis par les Perses. Une fois ces derniers d\u00e9faits et hors de vue, l\u2019homme d\u2019\u00c9tat Th\u00e9mistocle donne l\u2019instruction, \u00e0 tous ses citoyens, d\u2019\u00e9riger les \u00ablongs murs\u00bb qui relient Ath\u00e8nes au Pir\u00e9e, dans le but de rendre la cit\u00e9 inexpugnable \u00e0 l\u2019avenir. Il est d\u00e9cid\u00e9 de ne pas reconstruire imm\u00e9diatement les temples. \u00abIl para\u00eet logique de consacrer de l\u2019argent aux fortifications et \u00e0 la relance de la ville, plut\u00f4t qu\u2019aux \u00e9difices religieux, m\u00eame si cela n\u2019a sans doute pas plu \u00e0 tout le monde. Cela s\u2019appelle du courage politique!\u00bb, rel\u00e8ve le directeur de l\u2019ESAG.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ce dernier, la solidit\u00e9 des institutions \u2013 \u00e0 l\u2019image du syst\u00e8me d\u00e9mocratique ath\u00e9nien, ouvert au d\u00e9bat public \u2013 compte beaucoup dans la rapidit\u00e9 de la renaissance d\u2019une cit\u00e9, tout comme bien entendu l\u2019endurance des populations.<\/p>\n\n\n\n<p>En conclusion de sa le\u00e7on inaugurale, en novembre 2021, Sylvian Fachard a rappel\u00e9 que lorsque les Perses prirent l\u2019Acropole d\u2019Ath\u00e8nes, l\u2019olivier sacr\u00e9 d\u2019Ath\u00e9na a br\u00fbl\u00e9 avec le sanctuaire. \u00abLe lendemain du d\u00e9sastre, les Ath\u00e9niens virent une pousse verte sortir du tronc de l\u2019arbre calcin\u00e9, annon\u00e7ant la renaissance de la cit\u00e9. L\u2019histoire est pleine de douleurs et pleine de souffrances, mais l\u2019arch\u00e9ologie des destructions urbaines montre que l\u2019histoire est aussi pleine de r\u00e9silience et d\u2019espoir.\u00bb <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-4 is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/livre_grece_80.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"216\" data-id=\"12464\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/livre_grece_80.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12464\" \/><\/a><figcaption>The Destruction of Cities in the Ancient Greek World. \nEd. by Sylvian Fachard et Edward M. Harris. Cambridge University Press (2021), 361 p. Un suppl\u00e9ment tr\u00e8s riche\ndisponible en ligne\u2009: cambridge.org\/fachard-harris-appendix<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/livre_eretria_80.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"206\" data-id=\"12459\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/livre_eretria_80.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12459\" \/><\/a><figcaption>La d\u00e9fense du territoire. \u00c9tude de la ch\u00f4ra \u00e9r\u00e9trienne et de ses fortifications. Par Sylvian Fachard. Collection Eretria no XXI. \u00c9cole suisse d\u2019arch\u00e9ologie en Gr\u00e8ce &amp; Infolio \u00c9ditions (2012), 358 p.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/livre_polemica_80.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"214\" data-id=\"12472\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/livre_polemica_80.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12472\" \/><\/a><figcaption>Polemica. \u00c9tudes sur la guerre et les arm\u00e9es dans la Gr\u00e8ce ancienne. Par Pierre Ducrey, \u00e9d. par Sylvain Fachard.\nBelles Lettres (2018), 553 p.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/livre_esag_80.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"212\" data-id=\"12460\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/livre_esag_80.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12460\" \/><\/a><figcaption>Rapport annuel 2021 de l\u2019ESAG. L\u2019actualit\u00e9 de l\u2019\u00c9cole suisse d\u2019arch\u00e9ologie en Gr\u00e8ce. esag.swiss<\/figcaption><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/labelettres\/the-destruction-of-cities-in-the-ancient-greek-world-integrating-the-archaeological-and-literary-evidence\/\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/wp.unil.ch\/labelettres\/the-destruction-of-cities-in-the-ancient-greek-world-integrating-the-archaeological-and-literary-evidence\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><em>The Destruction of Cities in the Ancient Greek World<\/em> sur le site LabeLettres<\/a><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-background\" style=\"background-color:#f8efef\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<h4 class=\"wp-block-heading\">L\u2019apport de la micromorphologie<\/h4>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/grece_80_2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12445\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/grece_80_2.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/grece_80_2-390x260.jpg 390w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/grece_80_2-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption>Amarynthos. Fouilles men\u00e9es par l\u2019\u00c9cole suisse d\u2019arch\u00e9ologie\nen Gr\u00e8ce, \u00e9t\u00e9 2021. \u00a9\u2009noxediem <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019un des sp\u00e9cialistes de la micromorphologie, Panagiotis Karkanas, propose une contribution dans <em>The Destruction of Cities in the Ancient Greek World<\/em>. En tr\u00e8s bref, il s\u2019agit d\u2019effectuer des pr\u00e9l\u00e8vements dans les couches de destruction. Les carottages, dans lesquels de la r\u00e9sine est inject\u00e9e, sont ensuite d\u00e9coup\u00e9s en lamelles fines, avant d\u2019\u00eatre gliss\u00e9s sous un microscope. Dans certains cas, ce travail peut indiquer, dans un pays m\u00e9diterran\u00e9en, si une surface a \u00e9t\u00e9 battue par des gouttes de pluie ou pas, ce qui donne une indication sur la pr\u00e9sence d\u2019un toit. Il est possible de reconna\u00eetre des traces de pas, de d\u00e9terminer si un niveau a \u00e9t\u00e9 compress\u00e9 par des roues ou des sabots, et m\u00eame de livrer des indices sur les pratiques de nettoyage des sols \u00e0 l\u2019eau et \u00e0 la chaux. \u00abJe travaille avec l\u2019\u00e9quipe de Panagiotis Karkanas \u00e0 Amarynthos, pr\u00e8s d\u2019\u00c9r\u00e9trie, compl\u00e8te Sylvian Fachard. Il est impressionnant de les voir \u00e0 l\u2019\u0153uvre, car cela fait penser \u00e0 la s\u00e9rie <em>Les Experts<\/em>.\u00bb La collaboration entre l\u2019arch\u00e9ologie et les sciences de la Terre s\u2019annonce fertile pour les deux disciplines. <\/p>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9r\u00e9trie, Ath\u00e8nes, Olynthe ou Th\u00e8bes. Ces cit\u00e9s grecques, parmi d\u2019autres, ont \u00e9t\u00e9 envahies, incendi\u00e9es et d\u00e9truites par des conqu\u00e9rants. 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