{"id":12563,"date":"2022-05-12T08:22:00","date_gmt":"2022-05-12T06:22:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=12563"},"modified":"2022-05-21T17:00:01","modified_gmt":"2022-05-21T15:00:01","slug":"viol-quand-les-preservatifs-laissent-des-traces","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/viol-quand-les-preservatifs-laissent-des-traces\/","title":{"rendered":"Viol: quand les pr\u00e9servatifs laissent des traces"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>En cas d\u2019agression ou de rapports sexuels, les pr\u00e9servatifs laissent des traces. S\u2019il n\u2019y a bien s\u00fbr pas d\u2019ADN \u00e0 la cl\u00e9, certains compos\u00e9s restent dans la matrice vaginale et peuvent \u00eatre analys\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 divers proc\u00e9d\u00e9s. Pour son travail de th\u00e8se, C\u00e9line Burnier a d\u00e9velopp\u00e9 sa propre approche forensique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"600\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/viol_80.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12505\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/viol_80.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/viol_80-347x260.jpg 347w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/viol_80-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption>L\u2019un des compos\u00e9s des pr\u00e9servatifs, un lubrifiant silicon\u00e9, peut \u00eatre exploit\u00e9 en science forensique. \u00a9\u2009Settaphan Rummanee\u2009\/ Dreamstime.com<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Payer des femmes pour avoir des rapports sexuels prot\u00e9g\u00e9s avec leur partenaire. En se lan\u00e7ant dans une th\u00e8se, jamais C\u00e9line Burnier n\u2019aurait imagin\u00e9 en arriver \u00e0 une situation aussi cocasse. Nous sommes en 2016. L\u2019\u00e9tudiante vaudoise vient de passer son <em>master <\/em>\u00e0 l\u2019\u00c9cole des sciences criminelles (ESC) et cherche un sujet de th\u00e8se. La professeure Genevi\u00e8ve Massonnet lui en propose une douzaine, sur le th\u00e8me des fibres et des peintures. Aucun ne l\u2019emballe, vu le nombre de travaux d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9s sur le th\u00e8me. \u00abQuand elle a vu mon visage un peu d\u00e9pit\u00e9, elle m\u2019a dit: \u201c\u2009Il y a un sujet dont les polices ont besoin: les traces de pr\u00e9servatifs\u2009\u201d. Nous avions eu un cours qui s\u2019appelait \u201c\u2009Application de criminalistique chimique\u2009\u201d, de l\u2019analytique tr\u00e8s difficile. Nous avions eu un aper\u00e7u de cette mati\u00e8re.\u00bb Bingo! La jeune femme tient son challenge de chimie analytique, sa passion. \u00abCe que j\u2019aime par-dessus tout, c\u2019est d\u00e9velopper des m\u00e9thodes.\u00bb Elle sera servie&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00e9line Burnier se met donc en piste: elle \u00e9crit une lettre de motivation pour soumettre son id\u00e9e, apr\u00e8s avoir proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une premi\u00e8re recherche bibliographique. \u00abJ\u2019ai trouv\u00e9 une dizaine d\u2019articles scientifiques, le plus r\u00e9cent datant de 2007. J\u2019ai dit \u201c\u2009cool!\u2009\u201d&#8230; mais il va peut-\u00eatre falloir faire bouger les choses. On est quand m\u00eame dans l\u2019\u00e8re #MeToo.\u00bb Sa candidature est accept\u00e9e, les papiers sont sign\u00e9s et le 1<sup>er<\/sup> septembre 2016, elle se lance. Le but de son travail: d\u00e9velopper une approche forensique qui permette d\u2019identifier une trace de pr\u00e9servatif sur un support de traces, par exemple des \u00e9couvillons de pr\u00e9l\u00e8vements de la m\u00e9decine l\u00e9gale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Approche chimique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8re \u00e9tape: faire un plan de recherche. \u00abPendant six mois, j\u2019ai travaill\u00e9 comme une malade. J\u2019ai lu toute la litt\u00e9rature que je trouvais sur le sujet. En r\u00e9alit\u00e9, je ne connaissais rien aux compos\u00e9s des pr\u00e9servatifs.\u00bb Quels sont-ils? \u00abUn pr\u00e9servatif, c\u2019est un corps en latex et, par-dessus, des particules solides pour \u00e9viter que le latex ne colle sur lui-m\u00eame, \u00e9ventuellement des ar\u00f4mes \u2013 banane, fraise, etc. \u2013 et des colorants.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les grandes questions que se pose la doctorante? Quels compos\u00e9s va-t-elle retrouver s\u2019il y a un contact, lequel va rester le plus longtemps dans le vagin de la femme et pourquoi. Pour y r\u00e9pondre, elle d\u00e9cide de d\u00e9velopper une approche qui passe par la chimie et non par la science forensique. \u00abJe devais comprendre la chimie de chacun des compos\u00e9s des pr\u00e9servatifs: celle du latex, celle du lubrifiant. Y a-t-il plusieurs types de lubrifiants, comment r\u00e9agissent-ils, quelles sont leurs interactions avec la matrice vaginale.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Une th\u00e8se, c\u2019est des hauts et des bas, raconte la jeune femme qui est all\u00e9e chercher de l\u2019aide aupr\u00e8s d\u2019une pointure en chimie analytique, le D<sup>r<\/sup>-HDR Christophe Roussel de l\u2019EPFL. \u00abLe nombre de petits sch\u00e9mas que j\u2019ai dessin\u00e9s sur des bouts de feuilles pour repr\u00e9senter des mol\u00e9cules, pour essayer de comprendre pourquoi \u00e7a interagit ou pas&#8230;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Trouver le compos\u00e9 pertinent<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La doctorante doit d\u00e9sormais d\u00e9nicher \u00abun compos\u00e9 pertinent sur le plan forensique\u00bb , donc pr\u00e9sent dans la plupart des pr\u00e9servatifs, et assez persistant pour r\u00e9sister pendant le temps qui s\u00e9pare le moment du contact et celui du pr\u00e9l\u00e8vement. En effet, la matrice vaginale peut d\u00e9grader le compos\u00e9, voire m\u00eame l\u2019absorber. \u00abParmi les lubrifiants silicon\u00e9s, le PDMS remplissait ces conditions.\u00bb Le trouver lui a pris six mois. C\u00e9line Burnier \u00e9crit un m\u00e9moire interm\u00e9diaire de th\u00e8se et le d\u00e9fend.<\/p>\n\n\n\n<p>La doctorante vaudoise doit alors s\u2019atteler aux m\u00e9thodes d\u2019analyse. Apr\u00e8s avoir lu tout ce qu\u2019elle trouve sur le sujet, elle conna\u00eet l\u2019ensemble des m\u00e9thodes analytiques possibles. Il en existe une dizaine, pratiqu\u00e9es essentiellement aux Etats-Unis et en Australie. \u00abTout le monde avait fait un petit peu avec tout, soit avec des m\u00e9thodes tr\u00e8s faciles et accessibles comme la microscopie, soit gr\u00e2ce \u00e0 des techniques tr\u00e8s compliqu\u00e9es comme la spectrom\u00e9trie de masse avanc\u00e9e, de gros instruments \u00e0 500\u2009000 francs. J\u2019avais les pi\u00e8ces d\u2019un puzzle, mais il me manquait les liens et les pi\u00e8ces finales pour le finir.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00e9line Burnier choisit deux m\u00e9thodes avec des instruments disponibles dans la plupart des laboratoires forensiques. Elle utilise une premi\u00e8re technique appel\u00e9e FTIR \u2013 ou spectroscopie infrarouge qui est non destructive. C\u2019est une m\u00e9thode de d\u00e9pistage. \u00abElle sert \u00e0 d\u00e9terminer si le compos\u00e9 cherch\u00e9 se trouve dans l\u2019\u00e9chantillon analys\u00e9.\u00bb&nbsp; Puis elle recourt \u00e0 une deuxi\u00e8me technique: la pyrolyse GC-MS qui br\u00fble le compos\u00e9 et s\u00e9pare les r\u00e9sidus en fonction de leur masse et de leur taille.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"401\" height=\"601\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/CelineBurnier_80.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12422\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/CelineBurnier_80.jpg 401w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/CelineBurnier_80-173x260.jpg 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 401px) 100vw, 401px\" \/><figcaption>C\u00e9line Burnier. Docteure \u00e8s Sciences forensiques de l\u2019UNIL.\nNicole Chuard\u2009\u00a9\u2009UNIL<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Pay\u00e9es pour s\u2019accoupler<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pendant qu\u2019elle s\u2019affaire au laboratoire pour optimiser sa m\u00e9thode, c\u2019est-\u00e0-dire trouver les conditions exp\u00e9rimentales qui permettent d\u2019avoir le r\u00e9sultat \u00able plus fiable, pr\u00e9cis, juste et exact\u00bb\u00a0 \u2013 les quatre adjectifs sont corr\u00e9l\u00e9s \u2013, C\u00e9line Burnier \u00e9labore un protocole qu\u2019elle devra soumettre \u00e0 la Commission cantonale d\u2019\u00e9thique. Comme elle ne peut pas simuler une matrice humaine, elle doit faire appel \u00e0 des femmes. \u00abJe pense que j\u2019ai bien mis quatre mois \u00e0 concevoir un protocole \u00e9thique qui tienne la route. Pendant ce temps j\u2019enseignais et j\u2019avais des papiers en cours d\u2019\u00e9criture.\u00bb\u00a0 Son document est accept\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est par contact qu\u2019elle r\u00e9ussit \u00e0 recruter une dizaine de participantes. C\u00e9line Burnier a l\u2019interdiction de mobiliser ses \u00e9tudiantes, vu son rapport de force avec elles. Contrairement aux apparences, participer \u00e0 l\u2019\u00e9tude est loin d\u2019\u00eatre&#8230; une partie de plaisir. \u00abCe qui \u00e9tait tr\u00e8s contraignant dans l\u2019histoire, c\u2019est qu\u2019il ne fallait pas avoir de rapports sexuels dans la semaine pr\u00e9c\u00e9dente. Il fallait ensuite r\u00e9aliser des auto-pr\u00e9l\u00e8vements juste avant d\u2019avoir des rapports sexuels, pour \u00eatre s\u00fbr que les compos\u00e9s recherch\u00e9s n\u2019\u00e9taient pas d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents de mani\u00e8re naturelle \u2013 je pense aux savons d\u2019hygi\u00e8ne intime \u2013 et faire encore trois auto-pr\u00e9l\u00e8vements une heure, puis deux heures, puis quatre heures apr\u00e8s le rapport sexuel.\u00bb&nbsp; Les participantes doivent encore rapporter les kits \u00e0 l\u2019UNIL \u2013 ils sont num\u00e9rot\u00e9s et anonymis\u00e9s \u2013, avant d\u2019en recevoir de nouveaux, d\u2019attendre une semaine et de recommencer. \u00abTrouver des volontaires, c\u2019\u00e9tait vraiment chaud&#8230;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Destination Australie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les analyses peuvent alors commencer. La doctorante vaudoise est second\u00e9e par une \u00e9tudiante qui obtient beaucoup de r\u00e9sultats. \u00abMais nous avons de la peine \u00e0 les interpr\u00e9ter. Nous ne comprenons pas ce qui se passe, nos marges d\u2019erreur sont plus grandes que les mesures.\u00bb&nbsp; Alors que C\u00e9line Burnier s\u2019arrache les cheveux, une coll\u00e8gue lui parle du symposium international de l\u2019ANZFSS (Australian &amp; New Zealand Forensic Science Society). Apr\u00e8s avoir re\u00e7u l\u2019accord de sa directrice de th\u00e8se, la doctorante prend part \u00e0 ce congr\u00e8s de sp\u00e9cialistes et peut y pr\u00e9senter ses recherches en cours.<\/p>\n\n\n\n<p>De retour, alors qu\u2019elle a repris sa vie quotidienne, C\u00e9line Burnier re\u00e7oit un e-mail de l\u2019Universit\u00e9 Curtin, en Australie. \u00abDes chercheurs m\u2019\u00e9crivaient pour me dire qu\u2019ils \u00e9taient tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9s par ce que j\u2019avais pr\u00e9sent\u00e9. Les collaborateurs du ChemCentre, le laboratoire forensique de l\u2019Australie-Occidentale, \u00e9quip\u00e9s d\u2019un nouveau pyrolyseur, souhaitaient que je vienne mettre en place ma m\u00e9thode chez eux, tout en faisant avancer ma th\u00e8se.\u00bb &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ni une ni deux, C\u00e9line Burnier obtient le feu vert de sa directrice de th\u00e8se et se lance dans la recherche de fonds pour les d\u00e9penses de son s\u00e9jour, une premi\u00e8re. \u00abJ\u2019ai pris un vol le 31 juillet 2019, je suis arriv\u00e9e \u00e0 Perth le 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt et le 2, j\u2019\u00e9tais au laboratoire.\u00bb Les choses ne vont pas tarder \u00e0 s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer gr\u00e2ce aux bons contacts entre confr\u00e8res australiens et n\u00e9o-z\u00e9landais. \u00abNous avons impliqu\u00e9 les N\u00e9o-Z\u00e9landais de l\u2019Institute of Environmental Science and Research dans le projet. Ils nous ont donn\u00e9 tous leurs \u00e9chantillons de pr\u00e9servatifs. Ceux-ci avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 analys\u00e9s, mais n\u2019avaient pas fait l\u2019objet d\u2019une interpr\u00e9tation statistique.\u00bb&nbsp; C\u00e9line Burnier se retrouve avec une centaine de pr\u00e9servatifs de marques et mod\u00e8les diff\u00e9rents, plus tous ceux qu\u2019elle a ramen\u00e9s de Suisse. \u00abAvec la carte de cr\u00e9dit de l\u2019Universit\u00e9 Curtin, nous avons encore command\u00e9 pour 500 dollars de lubrifiants et de produits d\u2019hygi\u00e8ne intime.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La doctorante de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne peut enfin mettre le turbo: elle passe ses journ\u00e9es \u00e0 analyser les pr\u00e9servatifs, seule au laboratoire, et traite les donn\u00e9es le soir, \u00e0 la maison. \u00abJ\u2019avance \u00e0 une vitesse astronomique. En quatre mois, j\u2019arrive \u00e0 r\u00e9aliser ce que je n\u2019ai pas r\u00e9ussi \u00e0 faire en deux ans. Je d\u00e9bloque le plus gros chapitre, soit le c\u0153ur de ma th\u00e8se.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois encore, un e-mail viendra influencer le cours de ses recherches. Son exp\u00e9diteur n\u2019est autre que David Detata, responsable de l\u2019\u00e9quipe <em>physical evidence <\/em>du ChemCentre. \u00abIl me demandait de passer tout de suite dans son bureau car il avait re\u00e7u un dr\u00f4le de message. Je me suis dit: \u201c\u2009whaouh, qu\u2019est-ce que j\u2019ai encore fait?\u2009\u201d.\u00bb &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Victimes d\u2019agressions sexuelles<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019av\u00e8re qu\u2019une m\u00e9decin qui travaille dans un centre de prise en charge de victimes d\u2019agressions sexuelles demande \u00e0 un coll\u00e8ge d\u2019experts forensiques de faire des pr\u00e9l\u00e8vements pour trouver des traces de pr\u00e9servatifs. C\u00e9line Burnier lui propose un rendez-vous autour d\u2019un caf\u00e9 au lieu d\u2019une r\u00e9ponse par e-mail. En visitant le centre de prise en charge, elle comprend la diff\u00e9rence entre la Suisse et l\u2019Australie. \u00abChez nous, lorsqu\u2019une femme est viol\u00e9e, on ne pr\u00e9l\u00e8ve que 4 \u00e9couvillons, afin de la m\u00e9nager. En Australie, les m\u00e9decins en pr\u00e9l\u00e8vent autant qu\u2019il faut. Ils ont des kits de 20 \u00e9couvillons.\u00bb&nbsp; Dans ce centre, 99,9\u2009% des femmes viol\u00e9es acceptent ces multiples pr\u00e9l\u00e8vements pour les besoins de l\u2019enqu\u00eate. La doctorante apprend encore qu\u2019un ou deux cas par semaine concernent des viols avec pr\u00e9servatif.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019en est-il des viols avec pr\u00e9servatif en Suisse? C\u00e9line Burnier s\u2019est renseign\u00e9e aupr\u00e8s du Centre universitaire romand de m\u00e9decine l\u00e9gale (CURML). \u00abJ\u2019ai appris qu\u2019en 2017, entre Lausanne et Gen\u00e8ve, 300 cas ont \u00e9t\u00e9 recens\u00e9s, alors que les statistiques de la police indiquaient 530 cas de viol pour toute la Suisse (<em>lire encadr\u00e9 ci-dessous<\/em>). Sur 300 cas, il y en avait 15 dans lesquels ils n\u2019avaient pas trouv\u00e9 d\u2019ADN. Les collaborateurs du CURML pensaient que des pr\u00e9servatifs pouvaient avoir \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>17 articles publi\u00e9s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Toujours en Australie, la Suissesse \u00e9crit un maximum d\u2019articles pour des journaux scientifiques. Elle en a d\u2019ailleurs publi\u00e9 17 durant sa th\u00e8se. \u00abJ\u2019\u00e9cris des papiers pour dire: voil\u00e0 l\u2019\u00e9tude de march\u00e9 sur l\u2019infrarouge et l\u2019\u00e9tude de march\u00e9 sur la pyrolyse GC-MS, c\u2019est-\u00e0-dire voil\u00e0 ce que l\u2019on trouve comme compos\u00e9s chimiques avec cette technique.\u00bb Faire une \u00e9tude de march\u00e9 consiste \u00e0 cr\u00e9er une base de donn\u00e9es de profils chimiques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 la production d\u2019articles, C\u00e9line Burnier continue de travailler au laboratoire, en Australie. \u00abOn commence \u00e0 recevoir des cas de viols avec pr\u00e9servatifs, gr\u00e2ce \u00e0 la collaboration \u00e9tablie avec les m\u00e9decins et les force de police. On les traite, ils sont positifs, on arrive \u00e0 d\u00e9tecter quelque chose. Avec la m\u00e9thode infrarouge, on peut d\u00e9tecter des traces jusqu\u2019\u00e0 24 heures.\u00bb Alors que la doctorante est confront\u00e9e \u00e0 des cas concrets, une question se pose \u00e0 elle: \u00abJe me rends compte que c\u2019est bien joli de vouloir mettre des m\u00e9thodes au point, mais que cela ne suffit pas. Il y a un moment o\u00f9 il faut savoir ce que \u00e7a veut dire de d\u00e9tecter du silicone dans le vagin d\u2019une femme.\u00bb&nbsp; Est-ce que cela signifie qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e? \u00abNon, on ne sera jamais capable de dire \u00e7a.\u00bb&nbsp; Est-ce que cela veut dire qu\u2019un objet contenant du silicone, plus sp\u00e9cifiquement du PDMS, a pu \u00eatre utilis\u00e9? \u00abProbablement oui. L\u2019interpr\u00e9tation d\u00e9pend \u00e9videmment des all\u00e9gations des parties. Pour utiliser une image, le pr\u00e9servatif a le m\u00eame statut que la trace de semelles en sciences forensiques. On va retrouver des traces, mais sans pouvoir affirmer qui \u2013 ou ce qui \u2013 \u00e9tait dedans.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et si C\u00e9line Burnier devait expliquer \u00e0 Monsieur et Madame Tout-le-monde \u00e0 quoi sert sa m\u00e9thode? \u00abC\u2019est une trace de plus offerte par la science aux victimes pour les aider. Mais ce n\u2019est pas une trace miracle. Elle ne va vous dire: \u201c\u2009C\u2019est ce Monsieur qui vous a agress\u00e9e, vous avez \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e, vous n\u2019\u00e9tiez pas consentante\u2009\u201d.\u00bb&nbsp; La chercheuse \u00e9voque un cas r\u00e9cemment publi\u00e9 dans la presse. Une femme dit avoir consenti \u00e0 un rapport prot\u00e9g\u00e9, mais elle accuse l\u2019homme d\u2019avoir enlev\u00e9 le pr\u00e9servatif juste avant, ce qu\u2019il nie. Qui dit la v\u00e9rit\u00e9? \u00abVoil\u00e0 le genre de cas que l\u2019on peut traiter avec la m\u00e9thode que j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9e. C\u2019est une trace qui va dire: il y a eu un rapport. On ne va pas questionner l\u2019acte en tant que tel, mais consid\u00e9rer la mani\u00e8re dont il s\u2019est d\u00e9roul\u00e9. Plus on a de traces, plus on a d\u2019informations.\u00bb&nbsp; Coupl\u00e9, par exemple, \u00e0 des traces de fibres, de violence, des bleus, cela permet de soutenir les all\u00e9gations de la victime ou du suspect.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De fait, la m\u00e9thode qui utilise l\u2019infrarouge rend possible la d\u00e9tection de r\u00e9sidus de pr\u00e9servatifs jusqu\u2019\u00e0 24 heures apr\u00e8s un rapport. La chercheuse ignore s\u2019il est possible d\u2019aller plus loin que 36 heures. \u00abAvec la pyrolyse GC, en th\u00e9orie, on devrait pouvoir aller jusqu\u2019\u00e0 48h, mais nous n\u2019avons pas pu tester cela.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M\u00e9thode adopt\u00e9e en Australie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si, en Suisse, la m\u00e9thode de C\u00e9line Burnier en est rest\u00e9e au stade de la recherche, elle a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e en Australie. \u00abLe ChemCentre, soit le laboratoire forensique de l\u2019\u00c9tat de l\u2019Australie-Occidentale, l\u2019a accr\u00e9dit\u00e9e et l\u2019a pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 une r\u00e9union de tous les groupes forensiques australiens. Le laboratoire de Perth est devenu une r\u00e9f\u00e9rence en mati\u00e8re d\u2019analyse de traces de pr\u00e9servatifs.\u00bb Autre bonne nouvelle, la docteure \u00e8s Sciences forensiques a d\u00e9pos\u00e9 un <em>case postdoctoral distinguished researcher<\/em>, soit une demande de fonds pour aller travailler \u00e0 la Florida International University. \u00abCette institution est venue me chercher en disant: c\u2019est vraiment int\u00e9ressant ce que tu fais, on aimerait bien que tu viennes. Donc on va voir&#8230;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-background\" style=\"background-color:#f8efef\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Une affaire au Royaume-Uni<\/h4>\n\n\n\n<p>Au Royaume-Uni, le cas de Regina contre Andrew Nicholas Malkinson (2006) est l\u2019une des affaires les plus connues relatant l\u2019analyse de preuves li\u00e9es \u00e0 des pr\u00e9servatifs. Les experts ont d\u00e9tect\u00e9 des traces de PDMS \u2013 un lubrifiant silicon\u00e9 \u2013 sur les sous-v\u00eatements de la victime. Celle-ci a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019elle n\u2019utilisait jamais de cosm\u00e9tiques car elle avait une peau tr\u00e8s sensible. Lorsque l\u2019expert a rapport\u00e9 la pr\u00e9sence de traces de PDMS, le tribunal a d\u00e9clar\u00e9 que, si la d\u00e9claration de la victime \u00e9tait correcte et compte tenu du t\u00e9moignage de l\u2019expert, il \u00e9tait plus probable que les traces proviennent d\u2019un pr\u00e9servatif.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la publication de ces affaires, c\u2019est-\u00e0-dire entre 1994 et 2006, aucun mod\u00e8le publi\u00e9 n\u2019identifiait les taux d\u2019erreur li\u00e9s \u00e0 ces analyses, ni ne permettait d\u2019interpr\u00e9ter concr\u00e8tement un r\u00e9sultat positif. Les faux positifs g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les produits d\u2019hygi\u00e8ne ou autres lubrifiants n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. <\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-background\" style=\"background-color:#f8efef\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le viol en chiffres<\/h4>\n\n\n\n<p>713, c\u2019est le nombre de plaintes pour viol qui ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es par la police, en Suisse, en 2020. Ces crimes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lucid\u00e9s dans 88\u2009% des cas. L\u2019auteur est souvent une personne connue de la victime. Autre pr\u00e9cision: 268 des 713 viols ont eu lieu dans le cadre de violence domestique. Professeur \u00e0 l\u2019\u00c9cole des sciences criminelles, Marcelo Aebi est cat\u00e9gorique: le chiffre de 713 viols ne repr\u00e9sente pas la r\u00e9alit\u00e9. \u00abEn mati\u00e8re d\u2019agressions sexuelles, le taux de d\u00e9nonciation en Europe est de moins de 30\u2009%, selon le dernier sondage international de victimisation.\u00bb Pourquoi y a-t-il autant de victimes qui ne portent pas plainte? \u00abLe viol est une exp\u00e9rience tr\u00e8s traumatisante. Qui a envie d\u2019aller raconter ces faits, parfois plus d\u2019une fois, \u00e0 la police? Sans compter qu\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale fait replonger la victime dans des souvenirs traumatisants.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, \u00e0 \u00e9chelle internationale, les d\u00e9nonciations semblent avoir l\u00e9g\u00e8rement augment\u00e9, constate Marcelo Aebi. Il \u00e9voque le mouvement #MeToo et les encouragements \u00e0 parler pour expliquer cette hausse. \u00abEn Suisse, il nous manque un sondage de victimisation f\u00e9d\u00e9ral. Si nous proc\u00e9dions de mani\u00e8re syst\u00e9matique \u00e0 un tel sondage aupr\u00e8s de la population, nous pourrions savoir s\u2019il y a une hausse ou une baisse dans ce domaine.\u00bb<\/p>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En cas d\u2019agression ou de rapports sexuels, les pr\u00e9servatifs laissent des traces. 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