{"id":12554,"date":"2022-05-12T08:23:00","date_gmt":"2022-05-12T06:23:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=12554"},"modified":"2022-05-04T15:15:47","modified_gmt":"2022-05-04T13:15:47","slug":"un-passeport-geoforensique-pour-lor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/un-passeport-geoforensique-pour-lor\/","title":{"rendered":"Un passeport g\u00e9oforensique pour l&rsquo;or"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-3 is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/or_80_1.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"600\" data-id=\"12493\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/or_80_1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12493\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/or_80_1.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/or_80_1-347x260.jpg 347w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/or_80_1-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><figcaption>Le sable aurif\u00e8re est entra\u00een\u00e9 par l\u2019eau dans ces rampes. Gr\u00e2ce \u00e0 la gravit\u00e9, l\u2019or \u2013 un \u00e9l\u00e9ment \u00e0 la densit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e &#8211; se d\u00e9pose et reste bloqu\u00e9 dans des tapis install\u00e9s au fond de ces \u00ab\u2009tuyaux\u2009\u00bb. Altiplano p\u00e9ruvien. \u00a9\u2009Stefan Ansermet<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/or_80_2.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"800\" data-id=\"12494\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/or_80_2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12494\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/or_80_2.jpg 600w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/or_80_2-195x260.jpg 195w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><figcaption>Le concentr\u00e9 d\u2019or r\u00e9colt\u00e9 gr\u00e2ce aux rampes subit une deuxi\u00e8me concentration sur cette table ravim\u00e9trique. Altiplano p\u00e9ruvien. \u00a9\u2009Stefan Ansermet<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/or_80_3.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" data-id=\"12495\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/or_80_3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12495\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/or_80_3.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/or_80_3-390x260.jpg 390w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/or_80_3-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><figcaption>La Rinconada. Cette ville p\u00e9ruvienne d\u00e9di\u00e9e au m\u00e9tal jaune est la plus haute du monde (entre 4750 et 5300 m). Les mineurs re\u00e7oivent leur salaire sous forme de petites boules d\u2019or qu\u2019ils vendent dans des \u00e9choppes de ce type.\n\u00a9\u2009Stefan Ansermet<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/or_80_4.jpg\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"800\" data-id=\"12496\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/or_80_4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12496\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/or_80_4.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/or_80_4-260x260.jpg 260w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/or_80_4-250x250.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/or_80_4-768x768.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><figcaption>Tir\u00e9 du \u00ab\u2009tr\u00e9sor g\u00e9ologique\u2009\u00bb de Barbara Beck, cette petite boule a \u00e9t\u00e9 achet\u00e9e au P\u00e9rou, dans un magasin sp\u00e9cialis\u00e9.\nNicole Chuard\u2009\u00a9\u2009UNIL <\/figcaption><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Comment rendre la fili\u00e8re de l\u2019or durable et responsable? Des chercheurs de l\u2019UNIL, en collaboration avec l\u2019entreprise Metalor, viennent d\u2019apporter un \u00e9l\u00e9ment de r\u00e9ponse. Ils ont \u00e9labor\u00e9 une m\u00e9thode qui permet aux affineurs de savoir rapidement si les lingots proviennent bien de la mine d\u2019origine d\u00e9clar\u00e9e.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Plus qu\u2019un m\u00e9tal pr\u00e9cieux, l\u2019or est aussi charg\u00e9 de symboles. Utilis\u00e9 depuis la haute Antiquit\u00e9 pour fabriquer des ornements et des bijoux, il est aussi un m\u00e9tal strat\u00e9gique dans le domaine financier. Longtemps employ\u00e9 pour battre monnaie et comme \u00e9talon mon\u00e9taire, il constitue toujours une partie des r\u00e9serves de banques centrales. \u00abIl reste une valeur refuge pour les investissements\u00bb, souligne Barbara Beck, charg\u00e9e de recherches \u00e0 l\u2019Institut des sciences de la Terre (ISTE) de la Facult\u00e9 des g\u00e9osciences et de l\u2019environnement de l\u2019UNIL. Sans compter qu\u2019il est aussi utilis\u00e9 par l\u2019industrie, notamment dans les secteurs de l\u2019\u00e9lectronique, de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et du spatial.<\/p>\n\n\n\n<p>Le m\u00e9tal pr\u00e9cieux est extrait de mines, industrielles ou artisanales, dont les plus importantes sont situ\u00e9es (par ordre d\u00e9croissant de production) en Afrique, en Asie, en Am\u00e9rique du Sud, en Am\u00e9rique du Nord et en Oc\u00e9anie. Ce \u00abdor\u00e9\u00bb, comme on l\u2019appelle, est ensuite envoy\u00e9 aux affineurs qui le d\u00e9barrassent de ses impuret\u00e9s, afin d\u2019obtenir un or quasiment pur (<em>lire encadr\u00e9 p. 25<\/em>).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fraudes et corruption<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00abLes fili\u00e8res d\u2019approvisionnement responsables se sont massivement d\u00e9velopp\u00e9es au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, \u00e9manant d\u2019associations comme la LBMA (la <em>London Bullion Market Association<\/em> qui est la Bourse de l\u2019or \u00e0 Londres), d\u2019organisations priv\u00e9es ou publiques, ainsi que de nombreux affineurs\u00bb, explique Barbara Beck. Pour s\u2019assurer de la conformit\u00e9 de l\u2019origine de l\u2019or, les affineurs proc\u00e8dent \u00e0 des audits sur place et s\u2019appuient sur des administrations locales. Ils travaillent donc \u00abdans un environnement qui n\u2019est pas exempt de corruptions et de fraudes\u00bb. C\u2019est ainsi qu\u2019en 2015, une enqu\u00eate de la D\u00e9claration de Berne a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que l\u2019or cens\u00e9 provenir du Togo \u00e9tait en fait originaire du Burkina Fasso.<\/p>\n\n\n\n<p>En outre, \u00abcertaines mines ne respectent pas les normes environnementales en vigueur, notamment en Amazonie, d\u2019autres font travailler des enfants et d\u2019autres encore sont gangren\u00e9es par le crime organis\u00e9\u00bb. \u00c0 cela s\u2019ajoutent celles qui produisent de l\u2019or qualifi\u00e9 de \u00absale\u00bb, car il sert \u00e0 alimenter les conflits arm\u00e9s, comme cela a \u00e9t\u00e9 le cas en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abOn est donc bien loin des valeurs \u00e9thiques de la Suisse\u00bb, constate la chercheuse. Notre pays est en effet concern\u00e9 au premier chef \u00abpuisqu\u2019il est une v\u00e9ritable plaque tournante de la fili\u00e8re or: 40 \u00e0 50\u2009% du m\u00e9tal produit dans le monde y transite pour \u00eatre affin\u00e9 et commercialis\u00e9\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pour cette raison que plusieurs ONG accusent les affineurs suisses d\u2019importer de l\u2019or ill\u00e9gal, de m\u00eame d\u2019ailleurs que le Contr\u00f4le f\u00e9d\u00e9ral des finances qui a point\u00e9 du doigt, dans un rapport publi\u00e9 en novembre 2020, les lacunes de leurs contr\u00f4les.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00abEmpreinte g\u00e9n\u00e9tique\u00bb du m\u00e9tal<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour am\u00e9liorer la situation, il fallait donc trouver une m\u00e9thode permettant d\u2019identifier scientifiquement les manipulations du dor\u00e9, afin de s\u2019assurer que de l\u2019or d\u2019origine douteuse ou contestable n\u2019arrive pas en Suisse. Barbara Beck s\u2019est attel\u00e9e \u00e0 la t\u00e2che, avec le concours de Metalor, une entreprise neuch\u00e2teloise \u00abqui est l\u2019un des plus grands affineurs au monde\u00bb et le soutien financier d\u2019Innosuisse (Agence suisse pour l\u2019encouragement de l\u2019innovation de la Conf\u00e9d\u00e9ration).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019est n\u00e9 le \u00abpasseport g\u00e9oforensique\u00bb qui est au m\u00e9tal ce que l\u2019empreinte g\u00e9n\u00e9tique est au vivant. \u00abCe passeport n\u2019est pas con\u00e7u pour d\u00e9terminer de quelle mine proviennent les lingots \u2013 une t\u00e2che impossible, car il y en a des millions dans le monde, pr\u00e9cise la g\u00e9ochimiste. Mais il permet de v\u00e9rifier que la d\u00e9claration d\u2019origine d\u2019un dor\u00e9 est bien conforme. Ce qui n\u2019est d\u00e9j\u00e0 pas mal\u00bb, ajoute-t-elle en riant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La signature du dor\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9thode \u00e9labor\u00e9e \u00e0 l\u2019ISTE est fond\u00e9e sur l\u2019analyse des impuret\u00e9s de l\u2019or. Au sortir de la mine et apr\u00e8s avoir subi divers traitements m\u00e9tallurgiques, les lingots renferment en moyenne 85\u2009% d\u2019or. \u00abLe reste est surtout constitu\u00e9 d\u2019argent et de cuivre, parfois de fer, ainsi que de toute une s\u00e9rie d\u2019autres m\u00e9taux (arsenic, s\u00e9l\u00e9nium, bismuth, etc.) qui sont pr\u00e9sents sous forme de traces\u00bb, explique Barbara Beck. La composition chimique de chaque dor\u00e9 constitue donc sa signature. Il suffit ensuite de comparer cette derni\u00e8re avec celles d\u2019\u00e9chantillons stock\u00e9s dans une banque de donn\u00e9es pour v\u00e9rifier que le lingot provient bien de la mine d\u00e9clar\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour \u00e9laborer leur m\u00e9thode, Barbara Beck et ses coll\u00e8gues ont utilis\u00e9 la banque de donn\u00e9es de Metalor. \u00abQuand ils re\u00e7oivent un dor\u00e9, explique la g\u00e9ochimiste, les affineurs cherchent \u00e0 savoir quel est son titre en or \u2013 afin de payer leur fournisseur \u2013 et \u00e0 identifier ses impuret\u00e9s, car certaines d\u2019entre elles (comme le s\u00e9l\u00e9nium) rendent le processus d\u2019affinage plus compliqu\u00e9.\u00bb Les entreprises analysent donc les dor\u00e9s \u00e0 l\u2019aide d\u2019une technique de fluorescence nomm\u00e9e ED-XRF (fluorescence X \u00e0 dispersion d\u2019\u00e9nergie) qui leur permet de d\u00e9terminer la nature et la quantit\u00e9 de vingt \u00e9l\u00e9ments chimiques contenus dans le dor\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La banque de donn\u00e9es de Metalor renfermant environ 10\u2009000 analyses de lingots de diverses provenances, la scientifique a pu l\u2019exploiter pour \u00e9laborer sa m\u00e9thode. Celle-ci consiste \u00aben une \u00e9valuation statistique de quatorze ou seize des impuret\u00e9s pr\u00e9sentes dans l\u2019\u00e9chantillon. Cela nous permet de dire tout de suite si la composition chimique du dor\u00e9 correspond, ou non, \u00e0 celle des lingots qui sont habituellement transmis par le fournisseur.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"401\" height=\"601\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/BarbaraBeck_80.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12415\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/BarbaraBeck_80.jpg 401w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2022\/05\/BarbaraBeck_80-173x260.jpg 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 401px) 100vw, 401px\" \/><figcaption>Barbara Beck. Charg\u00e9e de recherches \u00e0 l\u2019Institut des sciences de la Terre (Facult\u00e9 des g\u00e9osciences et de l\u2019environnement).\nNicole Chuard\u2009\u00a9\u2009UNIL<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Rapide et peu co\u00fbteuse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avant l\u2019\u00e9quipe de l\u2019ISTE, d\u2019autres scientifiques \u2013 ceux du service g\u00e9ologique allemand (BGR), du Bureau de recherches g\u00e9ologiques et mini\u00e8res fran\u00e7ais (BRGM), ainsi qu\u2019un chercheur rattach\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Pretoria en Afrique du Sud, Roger Dixon \u2013 ont entrepris d\u2019\u00e9laborer des m\u00e9thodes permettant de tracer l\u2019origine de l\u2019or. Leur approche a cependant deux d\u00e9fauts aux yeux de Barbara Beck. \u00abD\u2019une part, leur banque de donn\u00e9es est compos\u00e9e d\u2019\u00e9chantillons provenant directement des mines. Or, aller chercher des \u00e9chantillons de r\u00e9f\u00e9rence sur le terrain peut s\u2019av\u00e9rer une entreprise impossible, dans certains contextes. D\u2019autre part, ils utilisent des m\u00e9thodes d\u2019analyse min\u00e9ralogique tr\u00e8s pouss\u00e9es.\u00bb C\u2019est un travail fastidieux: une seule analyse dure plusieurs semaines, ce qui est beaucoup trop long pour une m\u00e9thode utilis\u00e9e dans un cadre industriel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tablissement du passeport g\u00e9oforensique utilise une tout autre approche. Nul besoin d\u2019aller chercher des \u00e9chantillons de r\u00e9f\u00e9rence sur le terrain. \u00abNotre m\u00e9thode s\u2019applique aux dor\u00e9s \u00e0 leur arriv\u00e9e chez l\u2019affineur, explique la chercheuse. \u00c0 l\u2019aide d\u2019un spectrom\u00e8tre d\u2019un prix abordable et facile \u00e0 utiliser, l\u2019affineur obtient l\u2019information qu\u2019il attend en quelques minutes. L\u2019analyse statistique bas\u00e9e sur ces analyses chimiques permet ensuite de d\u00e9tecter toute d\u00e9viation d\u2019un \u00e9chantillon. Par exemple, si 10% du poids d\u2019un lingot a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9 \u00e0 l\u2019or provenant de la mine d\u00e9clar\u00e9e, nous pouvons le voir.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque l\u2019\u00e9chantillon n\u2019est pas conforme \u00e0 sa d\u00e9claration d\u2019origine \u2013 ce qui est le cas d\u2019environ un d\u2019entre eux sur dix \u2013 les scientifiques passent \u00e0 une \u00e9tude plus fine qui est cette fois men\u00e9e en laboratoire, \u00e0 l\u2019UNIL ou \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve. Cette deuxi\u00e8me \u00e9tape, plus longue et plus co\u00fbteuse que la pr\u00e9c\u00e9dente, consiste \u00e0 analyser la composition isotopique d\u2019un petit \u00e9chantillon pr\u00e9lev\u00e9 sur le dor\u00e9 suspect.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On nomme \u00abisotopes\u00bb les vari\u00e9t\u00e9s d\u2019un \u00e9l\u00e9ment qui ont les m\u00eames propri\u00e9t\u00e9s chimiques, mais qui diff\u00e8rent par leurs propri\u00e9t\u00e9s physiques (comme leur stabilit\u00e9 ou le fait qu\u2019ils sont ou non radioactifs). Barbara Beck s\u2019int\u00e9resse surtout \u00e0 l\u2019une des impuret\u00e9s de l\u2019or, le plomb, \u00abcar la composition isotopique de ce m\u00e9tal est caract\u00e9ristique d\u2019un gisement donn\u00e9 et elle n\u2019est pas modifi\u00e9e par les traitements m\u00e9tallurgiques\u00bb. Elle se penche aussi sur le zinc, \u00abqui est plut\u00f4t un indicateur du processus m\u00e9tallurgique mis en \u0153uvre \u00e0 la sortie de la mine\u00bb, ou encore sur le cuivre, \u00abqui permet de d\u00e9tecter un ajout d\u2019or extrait d\u2019un gisement de surface, comme ceux qui sont souvent exploit\u00e9s par les mines artisanales\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois, il arrive que des lingots paraissent a priori non conformes, simplement parce que les responsables de la mine ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019exploiter un autre filon ou qu\u2019ils ont modifi\u00e9 quelque peu leur proc\u00e9d\u00e9 m\u00e9tallurgique. \u00abSi c\u2019est le cas, notre m\u00e9thode permet de le savoir et de conclure que le fournisseur a correctement d\u00e9clar\u00e9 l\u2019origine du lingot.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pour valider la robustesse de son approche, Barbara Beck l\u2019a notamment appliqu\u00e9e aux donn\u00e9es relatives \u00e0 100 \u00e9chantillons venant d\u2019Am\u00e9rique du Sud, dont Metalor connaissait l\u2019origine. \u00abPour l\u2019instant, dit-elle, les r\u00e9sultats de ces tests sont prometteurs. Il reste toutefois un travail consid\u00e9rable \u00e0 faire pour continuer \u00e0 d\u00e9velopper le passeport g\u00e9oforensique.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Int\u00e9grer les mines artisanales<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tout en am\u00e9liorant sa m\u00e9thode, Barbara Beck cherche maintenant des moyens de l\u2019appliquer aux mines artisanales ou semi-artisanales. \u00abAu P\u00e9rou, o\u00f9 je suis all\u00e9e visiter des mines de ce type, certaines sont exploit\u00e9es par deux personnes, alors que d\u2019autres, qu\u2019il faudrait plut\u00f4t qualifier de semi-industrielles, ont trois cents employ\u00e9s. Quoi qu\u2019il en soit, la production de ces mines part quasiment int\u00e9gralement dans des circuits ill\u00e9gaux. Il serait donc int\u00e9ressant de pouvoir les int\u00e9grer \u00e0 la fili\u00e8re d\u2019approvisionnement l\u00e9gale.\u00bb Cela pose probl\u00e8me, car les quantit\u00e9s d\u2019or recueillies dans chaque mine sont tellement faibles qu\u2019elles sont transmises \u00e0 une unit\u00e9 de traitement qui les m\u00e9lange. Impossible donc de leur attribuer un passeport g\u00e9oforensique. \u00abNotre id\u00e9e serait d\u2019intervenir en amont, afin de contr\u00f4ler qu\u2019un mineur ne m\u00e9lange pas sa production avec celle d\u2019un de ses voisins.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La chercheuse travaille aussi en ce moment avec une mine semi-industrielle en Tanzanie. \u00abSon exploitant a achet\u00e9 un spectrom\u00e8tre ED-XRF et nous allons voir dans quelle mesure nous pouvons utiliser notre m\u00e9thode dans ce contexte.\u00bb L\u2019affineur Metalor, lui, y a recours depuis l\u2019automne dernier pour tracer l\u2019origine des dor\u00e9s qu\u2019il re\u00e7oit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 lui seul, le passeport g\u00e9oforensique ne r\u00e9soudra pas tous les probl\u00e8mes \u00e9thiques pos\u00e9s par la fili\u00e8re or et ne fera pas taire toutes les critiques dont la Suisse est l\u2019objet. Toutefois, il contribuera \u00e0 am\u00e9liorer la tra\u00e7abilit\u00e9 du pr\u00e9cieux m\u00e9tal. \/<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-background\" style=\"background-color:#f8efef\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La fili\u00e8re de l&rsquo;or<\/h4>\n\n\n\n<p>Dans les grands gisements aurif\u00e8res, l\u2019or est pr\u00e9sent en quantit\u00e9s infimes dans la roche: \u00abSa teneur moyenne varie entre 2 et 20 ppm (partie par million), soit entre 0,0002 et 0,002\u2009%, pr\u00e9cise Barbara Beck. La plupart du temps, on ne le voit pas.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois les blocs rocheux aurif\u00e8res extraits de la mine, les exploitants les concassent et les broient, afin de les transformer en poudre. Celle-ci peut alors \u00eatre trait\u00e9e \u00e0 l\u2019aide de divers proc\u00e9d\u00e9s \u2013 notamment la cyanuration (qui consiste \u00e0 m\u00e9langer la poudre \u00e0 l\u2019eau pour obtenir une p\u00e2te dont l\u2019or est extrait \u00e0 l\u2019aide d\u2019un m\u00e9lange de cyanures). Le m\u00e9tal est ensuite fondu.<\/p>\n\n\n\n<p>La situation est diff\u00e9rente dans les mines artisanales qui exploitent souvent l\u2019or pr\u00e9sent en surface ou du c\u00f4t\u00e9 des orpailleurs qui cherchent des p\u00e9pites dans les sables d\u00e9pos\u00e9s dans le lit des rivi\u00e8res. Dans ces cas, l\u2019or est souvent m\u00e9lang\u00e9 au mercure \u2013 une substance polluante dont les vapeurs sont toxiques. L\u2019amalgame qui en r\u00e9sulte est chauff\u00e9 dans un four, ce qui permet de s\u00e9parer les deux m\u00e9taux (le mercure s\u2019\u00e9vapore vers 360\u00b0C tandis que le m\u00e9tal pr\u00e9cieux reste solide).<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle que soit son origine, \u00able lingot obtenu \u2013 le dor\u00e9 \u2013 renferme en moyenne 85\u2009% d\u2019or, ou 850 pour mille, comme on le dit dans la profession\u00bb, explique la chercheuse de l\u2019UNIL. Pour pouvoir \u00eatre utilis\u00e9, il doit encore \u00eatre affin\u00e9. Les divers proc\u00e9d\u00e9s utilis\u00e9s \u00e0 cette fin \u2013 dissolution par des acides, \u00e9lectrolyse ou processus Miller (qui fait passer un flux de chlore gazeux sur le dor\u00e9 en fusion) \u2013 \u00abpermettent de s\u00e9parer l\u2019or des autres m\u00e9taux et d\u2019obtenir un titre de \u201c\u2009cinq neuf\u2009\u201d, soit 99,999\u2009%\u00bb, pr\u00e9cise Barbara Beck. Autant dire de l\u2019or quasiment pur. <\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-background\" style=\"background-color:#f8efef\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Mines de plomb et d&rsquo;argent en Valais<\/h4>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9part, rien ne pr\u00e9disposait Barbara Beck \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la tra\u00e7abilit\u00e9 de l\u2019or. Elle a choisi de faire sa th\u00e8se en arch\u00e9om\u00e9trie, \u00abune discipline qui vise \u00e0 r\u00e9soudre des probl\u00e8mes historiques et arch\u00e9ologiques en utilisant les m\u00e9thodes de la min\u00e9ralogie\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La doctorante a \u00e9tudi\u00e9 les circuits commerciaux de plomb et d\u2019argent en Valais. \u00c0 cette fin, elle a analys\u00e9 \u00abdes bijoux, des monnaies, des objets liturgiques. Le plus ancien, mis au jour \u00e0 Corsier, datait du N\u00e9olithique: il s\u2019agit d\u2019un morceau de gal\u00e8ne (sulfure de plomb) qui, selon les arch\u00e9ologues, \u00e9tait utilis\u00e9 comme colorant. Les plus r\u00e9cents &#8211; des pi\u00e8ces de monnaie en argent frapp\u00e9es par l\u2019\u00e9v\u00eaque de Sion \u00e0 partir de l\u2019argent exploit\u00e9 dans les mines de Peiloz, dans le Val de Bagnes &#8211; dataient de 1777.\u00bb Elle en a conclu que, pendant toute cette p\u00e9riode, le Valais exploitait \u00abune dizaine de mines de plomb et quatre ou cinq mines d\u2019argent\u00bb. Quant \u00e0 l\u2019or, qui \u00e0 l\u2019\u00e9poque n\u2019int\u00e9ressait pas la chercheuse, la Suisse en a extrait depuis des si\u00e8cles, \u00abnotamment dans la r\u00e9gion du Napf, en Suisse centrale, et \u00e0 Gondo, en Valais\u00bb. Il existe aujourd\u2019hui une petite exploitation pr\u00e8s de Gen\u00e8ve, mais les quantit\u00e9s sont minimes. \u00abNotre pays en produit chaque ann\u00e9e \u00e0 peine quelques kilogrammes, alors que la production annuelle mondiale est d\u2019environ 3500 tonnes.\u00bb <\/p>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment rendre la fili\u00e8re de l\u2019or durable et responsable? Des chercheurs de l\u2019UNIL, en collaboration avec l\u2019entreprise Metalor, viennent d\u2019apporter un \u00e9l\u00e9ment de r\u00e9ponse. 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