{"id":1237,"date":"2010-09-24T08:15:20","date_gmt":"2010-09-24T06:15:20","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=1237"},"modified":"2012-05-11T11:44:50","modified_gmt":"2012-05-11T09:44:50","slug":"parler-vingt-trois-langues-en-europe-cest-vraiment-un-atout","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/parler-vingt-trois-langues-en-europe-cest-vraiment-un-atout\/","title":{"rendered":"Parler vingt-trois langues en Europe, c\u2019est vraiment un atout?"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_1254\" aria-describedby=\"caption-attachment-1254\" style=\"width: 530px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-1254\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2010\/09\/francophonie.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2010\/09\/francophonie.jpg 530w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2010\/09\/francophonie-300x147.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1254\" class=\"wp-caption-text\">Vendredi 4 juin, lors de la c\u00e9r\u00e9monie du Dies academicus, l\u2019UNIL d\u00e9cernait un doctorat honoris causa au Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la Francophonie Abdou Diouf (au centre de la photo). Il lui a \u00e9t\u00e9 remis par la doyenne de la Facult\u00e9 des lettres, Anne Bielman Sanchez et par le recteur de l\u2019UNIL Dominique Arlettaz<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong><em>A l\u2019occasion du Sommet de la Francophonie, qui aura lieu du 22 au 24 octobre 2010 \u00e0 Montreux, \u00abAllez savoir!\u00bb s\u2019est demand\u00e9 si la diversit\u00e9 linguistique qui pr\u00e9vaut actuellement en Europe est un avantage ou un handicap, par rapport au continent nord-am\u00e9ricain qui parle massivement l\u2019anglais. Les r\u00e9ponses de la professeure de linguistique de l\u2019UNIL Anne-Claude Berthoud.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Face \u00e0 un continent nord-am\u00e9ricain qui parle massivement l\u2019anglais, face \u00e0 un monde globalis\u00e9 qui, lui aussi, pour \u00eatre entendu, baragouine un anglais standardis\u00e9 passe-partout, face, en un mot, au rouleau compresseur anglophone, l\u2019Union europ\u00e9enne joue-t-elle la bonne carte avec son plurilinguisme affich\u00e9, ses 23 langues officielles, sa noria de traducteurs, le bon milliard d\u2019euros qu\u2019elle d\u00e9pense chaque ann\u00e9e pour promouvoir la diversit\u00e9 des langues?<\/p>\n<p>Cela la rend-elle plus forte? Plus performante? Plus intelligente? L\u2019Union europ\u00e9enne pense que oui. Oui, il lui semble bien que naviguer entre 23 langues officielles (plus quelques bonnes poign\u00e9es d\u2019autres qui se parlent sur son immense territoire), c\u2019est un plus. Encore faudrait-il en apporter les preuves. Des preuves scientifiques.<\/p>\n<p>Ce travail, elle l\u2019a notamment confi\u00e9 aux chercheurs du projet \u00abDYLAN\u00bb, coordonn\u00e9 par Anne-Claude Berthoud, professeure de linguistique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne (UNIL), avec la collaboration des professeurs Georges L\u00fcdi de l\u2019Universit\u00e9 de B\u00e2le et Fran\u00e7ois Grin de l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, ainsi que le management scientifique de SCIPROM \u00e0 St-Sulpice.<\/p>\n<p>Le projet porte le nom de code \u00abDYLAN\u00bb, pour dynamique des langues et gestion de la diversit\u00e9. C\u2019est un projet du 6e programme-cadre europ\u00e9en financ\u00e9 par la Commission europ\u00e9enne (<a href=\"https:\/\/www.dylan-project.org\">www.dylan-project.org<\/a>). Retenez le mot dynamique: il servira \u00e0 Anne-Claude Berthoud de fil conducteur, de troisi\u00e8me voie, de chemin de salut entre deux camps qui se d\u00e9chirent entre eux.<\/p>\n<p>Car en mati\u00e8re de parler, il y a ceux qui voudraient que chaque langue s\u2019oppose farouchement \u00e0 la contamination des autres, et surtout \u00e0 la contamination de l\u2019anglais, sur l\u2019air du \u00abchassez ces anglicismes qui salissent notre langue\u00bb. A l\u2019oppos\u00e9, il y a ceux qui voudraient que la diversit\u00e9 des langues capitule face au rouleau compresseur anglophone, sur l\u2019air cette fois de \u00abparlons tous anglais, c\u2019est comme \u00e7a que nous nous comprendrons et que nous perdrons moins de temps\u00bb.<\/p>\n<p>Entre ces extr\u00eames, Anne-Claude Berthoud sort, tel Merlin l\u2019enchanteur de sa petite valise, l\u2019instrument qui rendra l\u2019Europe plus performante, plus intelligente, plus forte: la bo\u00eete \u00e0 outils plurilingue. Elle s\u2019en explique pour \u00abAllez Savoir!\u00bb.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Vous dirigez, Anne-Claude Berthoud, un vaste projet qui regroupe 19 partenaires, 12 langues, pr\u00e8s de 80 chercheurs, \u00abDYLAN\u00bb, pour dynamique des langues et gestion de la diversit\u00e9. Le but de ce projet?<\/em><\/p>\n<p>\u00abDYLAN\u00bb doit montrer en quoi et sous quelles conditions la diversit\u00e9 linguistique de l\u2019Europe constitue un atout plut\u00f4t qu\u2019un obstacle, pour le monde de la connaissance et pour le monde de l\u2019\u00e9conomie. La Commission europ\u00e9enne a des convictions: que la diversit\u00e9 linguistique est un plus pour l\u2019Europe. Elle a fait appel aux linguistes, leur disant: \u00abDonnez- nous des arguments scientifiques pour fonder ces convictions\u00bb.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Vous en \u00eates, avec votre \u00e9quipe, \u00e0 une ann\u00e9e de la remise du rapport final. A ce stade, vous avez un d\u00e9but de r\u00e9ponse? Le plurilinguisme rend-il plus intelligent, plus performant?<\/em><\/p>\n<p>Pour vous r\u00e9pondre sous forme de slogan: le plurilinguisme, c\u2019est bon pour l\u2019Europe! Mais il faut s\u2019accorder sur ce que l\u2019on entend par plurilinguisme. Jusqu\u2019\u00e0 peu, on comprenait par l\u00e0 la capacit\u00e9 de savoir deux ou plusieurs autres langues presque aussi bien que sa langue maternelle. Pour nous aujourd\u2019hui, le plurilinguisme, c\u2019est autre chose. C\u2019est la capacit\u00e9, pour un individu, dans un contexte donn\u00e9, de se d\u00e9brouiller avec des moyens emprunt\u00e9s \u00e0 plusieurs langues. Ce que nous appelons des r\u00e9pertoires plurilingues: une bo\u00eete \u00e0 outils constitu\u00e9e de connaissances plus ou moins abouties, ou plus ou moins partielles, mais qui fait qu\u2019on se d\u00e9brouille, qu\u2019on se comprend, que l\u2019on se fait comprendre. Dans certains domaines, vous poss\u00e9dez tr\u00e8s bien une langue \u00e9trang\u00e8re, vous en ma\u00eetrisez toute la subtilit\u00e9, \u00e0 l\u2019oral comme \u00e0 l\u2019\u00e9crit. Dans d\u2019autres langues, vous avez des savoirs minimaux qui sont adapt\u00e9s aux besoins des situations de communication qui sont les v\u00f4tres, et cela suffit ainsi.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Si je vous comprends bien, pour \u00eatre plurilingue, au sens de \u00abDYLAN\u00bb, pas besoin de savoir les autres langues comme sa propre langue ?<\/em><\/p>\n<p>C\u2019est cela m\u00eame. Tout est question de contexte. Le r\u00e9pertoire plurilingue, c\u2019est, par exemple, la capacit\u00e9 dans une m\u00eame conversation de recourir \u00e0 plusieurs langues gr\u00e2ce \u00e0 ce qu\u2019on appelle des alternances codiques. Vous \u00eates dans une conversation, vous cherchez un mot, vous vous rendez compte que dans la langue choisie ce n\u2019est pas assez pr\u00e9cis, vous alternez: vous allez le chercher dans la langue qui dispose du mot, qui dispose du concept. Certains mots sont plus disponibles en anglais comme \u00abmarketing\u00bb, ou \u00abe-mail\u00bb, d\u2019autres plus forts en allemand comme \u00abPunkt Schluss\u00bb et \u00abR\u00f6stigraben\u00bb. Dans un restaurant italien, vous demanderez de la \u00abpasta\u00bb ou une \u00abpizza al tonno\u00bb et vous passerez votre commande de pr\u00e9f\u00e9rence en italien, ce qui vous donnera avec le service une plus grande connivence\u2026 avec souvent un meilleur r\u00e9sultat. La conception plurilingue, c\u2019est la possibilit\u00e9 d\u2019hybridation pour \u00eatre plus efficace, et la possibilit\u00e9 d\u2019alterner, c\u2019est le contraire du purisme.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>En vous entendant, le d\u00e9put\u00e9 UDC jurassien Dominique Baettig doit avoir les bacchantes qui fr\u00e9missent d\u2019horreur, lui qui veut bannir les anglicismes du vocabulaire officiel de la Conf\u00e9d\u00e9ration\u2026<\/em><\/p>\n<p>Le d\u00e9bat, c\u2019est jusqu\u2019o\u00f9 on accepte l\u2019hybridation. Le r\u00e9pertoire plurilingue, effectivement, consiste \u00e0 accepter des mots, des structures, d\u2019une autre langue dans le discours. Acceptons donc, si l\u2019on fait allusion \u00e0 l\u2019anglais, des mots comme marketing, e-mail, debriefing: c\u2019est du \u00abpr\u00eat-\u00e0-parler\u00bb, nous pouvons le plus souvent nous en satisfaire. Nous ne sommes pas dogmatiques. Nous n\u2019envisageons pas les langues comme chacune bien rang\u00e9e dans sa petite case o\u00f9 il faut tout traduire, tout adapter. Comme le pr\u00e9conise Dominique Baettig, ou, en France, comme l\u2019ordonnait la loi Toubon.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Eh bien dites donc, vous n\u2019allez pas vous faire que des amis au Sommet de la Francophonie qui aura lieu bient\u00f4t \u00e0 Mon<\/em>treux !<\/p>\n<p>Au contraire! La francophonie veut aujourd\u2019hui s\u2019inscrire dans une perspective plurilingue. Et ayant dit ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la question maintenant est de savoir jusqu\u2019o\u00f9 on peut aller dans l\u2019hybridation. Pour que \u2013 ici en l\u2019occurrence \u2013 l\u2019anglais n\u2019\u00e9touffe pas les autres langues: c\u2019est une question d\u2019\u00e9quilibre, de balance. Il s\u2019agit de concevoir ce d\u00e9bat dans l\u2019espace d\u2019une tension. Entre ceux qui nous disent:\u00a0\u00abtout traduire en fran\u00e7ais!\u00bb mais ce serait une conception archa\u00efque, monolingue, id\u00e9alis\u00e9e d\u2019une langue pure, et ceux qui sont pr\u00eats, \u00e0 l\u2019extr\u00eame oppos\u00e9, \u00e0 encourager l\u2019invasion totale\u2026 il y a les r\u00e9pertoires plurilingues. Avec lesquels chaque individu, selon ses besoins, jongle. N\u2019importe quel cuisinier ou gastronome non francophone saura les mots fran\u00e7ais qui sont usuels lorsqu\u2019on se m\u00eale de \u00abbonne\u00bb\u00a0cuisine. Un universitaire professeur de philosophie moderne doit n\u00e9cessairement pouvoir pratiquer l\u2019allemand. Peut-on imaginer travailler dans le monde de l\u2019op\u00e9ra, sans parler un tant soit peu d\u2019italien\u2026 ou dans celui de la finance sans ma\u00eetriser l\u2019anglais de la finance?<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Mais, la main sur le coeur: ces jongleries, cette diversit\u00e9 faite de bricolage\u2026 cela ne nous fait-il pas perdre du temps et de la pr\u00e9cision? L\u2019Europe ne seraitelle pas plus redoutable \u00e0 parler une seule langue? En quoi l\u2019Europe est-elle plus forte, plus performante, \u00e0 d\u00e9velopper et\u00a0soutenir son plurilinguisme?<\/em><\/p>\n<p>Le plurilinguisme fait partie int\u00e9grante de notre h\u00e9ritage europ\u00e9en, h\u00e9ritage que l\u2019on a jusqu\u2019ici largement proclam\u00e9 et d\u00e9fendu en termes sociaux, culturels et identitaires. Mais deux bastions, deux noeuds de r\u00e9sistance, \u00e9mergent aujourd\u2019hui et insistent dans le paysage: l\u2019\u00e9conomie et la connaissance. Certains pensent que ces deux domaines peuvent se satisfaire d\u2019une \u00ablingua franca\u00bb, l\u2019anglais, fond\u00e9e sur le mythe d\u2019une langue universelle. Laquelle servirait \u00e0 la globalisation du march\u00e9 et \u00e0 l\u2019internationalisation de la connaissance et de la science. L\u2019observation nous montre que, si la ma\u00eetrise de l\u2019anglais est n\u00e9cessaire, elle n\u2019est plus suffisante aujourd\u2019hui. Ce qui fait la diff\u00e9rence, ce sont la ou les langues en plus. Ce qui conduit m\u00eame \u00e0 dire que les monolingues anglophones commencent \u00e0 ressentir un s\u00e9rieux handicap sur le march\u00e9 europ\u00e9en face \u00e0 leurs voisins plurilingues. Certains chercheurs montrent que le nombre de langues ma\u00eetris\u00e9es est en relation directe avec le montant du salaire, les entreprises interrog\u00e9es voyant notamment dans le plurilinguisme un gage d\u2019innovation et de cr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Au-del\u00e0 de cette capacit\u00e9 de jongler avec des langues partiellement ma\u00eetris\u00e9es, en quoi la diversit\u00e9 linguistique nous enrichit, nous rend plus intelligent?<\/em><\/p>\n<p>La diversit\u00e9 linguistique nous oblige \u00e0 nous confronter aux autres langues. Du coup, nous prenons conscience de l\u2019\u00e9paisseur du langage, de l\u2019opacit\u00e9 des mots, des mots qui r\u00e9sistent. Prenez un terme comme \u00abglobalization\u00bb en anglais. Son \u00e9quivalent fran\u00e7ais, comme l\u2019a point\u00e9 le professeur Jean-Claude Usunier de l\u2019UNIL, c\u2019est quoi? \u00abglobalisation?\u00bb \u00abmondialisation?\u00bb. Pourquoi le fran\u00e7ais poss\u00e8de deux termes fort proches, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019anglais parle seulement de \u00abglobalization\u00bb? On peut multiplier \u00e0 l\u2019infini ce genre de test. On parlera ici de description \u00e9paisse ou de standardisation \u00e9paisse. A \u00eatre confront\u00e9 \u00e0 ses \u00e9quivalents \u00e9trangers, le mot d\u2019une langue montre ses limites, ses implicites, son opacit\u00e9 parfois. Postuler une langue \u00abuniverselle\u00bb qui rendrait tout transparent serait une erreur funeste. On appauvrirait ainsi notre perception du r\u00e9el. Passez un mot sous le kal\u00e9idoscope, le prisme du plurilinguisme, il en devient un objet beaucoup plus riche. Le plurilinguisme sert de r\u00e9v\u00e9lateur des choses que l\u2019on ne voit pas. Sans cette confrontation, ce sera la pens\u00e9e unique. On pensera comme les Am\u00e9ricains. Adieu la diversit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Mais alors, vous voil\u00e0 tout \u00e0 coup sur la m\u00eame longueur d\u2019onde que Dominique Baettig?<\/em><\/p>\n<p>Mais non! Il n\u2019est pas question aujourd\u2019hui pour nous de combattre la lingua franca, mais une certaine conception de la lingua franca. Pas question d\u2019avoir un d\u00e9bat id\u00e9ologique de r\u00e9sistance absolue. Ce qu\u2019il faut faire, c\u2019est analyser froidement les choses dans un d\u00e9bat proactif. Il faut inventer des instruments nouveaux, comme la bo\u00eete \u00e0 outils plurilingue. Dans cette bo\u00eete \u00e0 outils, la lingua franca a une place. Mais j\u2019insiste: une place, pas toute la place. Une bonne place, pas la seule place. Elle doit entrer en compl\u00e9mentarit\u00e9 avec les autres langues, admettre l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 et s\u2019orienter vers une \u00abstandardisation \u00e9paisse\u00bb.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Et la Suisse, fonctionne-t-elle sur un mode plurilingue?<\/em><\/p>\n<p>La Suisse aurait tout le potentiel pour fonctionner sur un mode plurilingue, pour autant qu\u2019elle utilise sa bo\u00eete \u00e0 outils collectivement. C\u2019est le cas dans de nombreuses situations, que ce soit par exemple au niveau des institutions acad\u00e9miques, scientifiques ou politiques au niveau f\u00e9d\u00e9ral, o\u00f9 chacun parle sa langue tout en comprenant l\u2019autre. Mais ce mod\u00e8le tend \u00e0 \u00eatre galvaud\u00e9 sous les pressions externes des discours simplificateurs et apparemment plus \u00e9conomiques. Sous les pressions du \u00abpr\u00eat-\u00e0-communiquer\u00bb, de la communication imm\u00e9diate, qui tend massivement \u00e0 opter pour une lingua franca, l\u2019anglais. Je fais ici allusion aux propositions du Genevois Antonio Hodgers qui en vient \u00e0 pr\u00f4ner une communication en anglais comme la solution la plus r\u00e9aliste du dialogue entre Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Ah ! Les d\u00e9clarations du jeune Vert genevois Antonio Hodgers ne vous ont pas convaincue !<\/em><\/p>\n<p>Elles m\u2019ont fait \u00abgrimper au mur\u00bb. Il y a aujourd\u2019hui cette tendance au moindre effort, \u00e0 la superficialit\u00e9, \u00e0 l\u2019homog\u00e9n\u00e9isation, sans tenir compte des risques \u00e0 long terme de ces choix, en termes de perte identitaire. Et de droit \u00e0 la diff\u00e9rence: ce n\u2019est pas la m\u00eame chose de faire de la politique en allemand, en suisse allemand ou en fran\u00e7ais. Si l\u2019on se dit qu\u2019on r\u00e9soudra tous les probl\u00e8mes d\u2019intercompr\u00e9hension en parlant anglais, on se trompe. On va \u00e9craser la diff\u00e9rence plut\u00f4t que de faire avec. Le r\u00e9pertoire plurilingue, c\u2019est d\u2019opter pour la diversit\u00e9, la prendre \u00e0 bras-le-corps. Nourrir l\u2019illusion que l\u2019anglais entre Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s garantit l\u2019intercompr\u00e9hension, c\u2019est un leurre<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Bon, bon, bon: la diversit\u00e9 linguistique c\u2019est bon pour la Suisse, comme pour l\u2019Europe\u2026<\/em><\/p>\n<p>Oui. J\u2019enfoncerai m\u00eame le clou plus profond: la diversit\u00e9 linguistique, c\u2019est bon \u00e9galement pour la cr\u00e9ativit\u00e9 et l\u2019innovation. Le maire de Bienne St\u00f6ckli l\u2019a bien senti: on lui demandait comment il s\u2019expliquait la croissance de Bienne. Sa r\u00e9ponse: \u00abC\u2019est simple, nous sommes une ville plurilingue. Le plurilinguisme est une source d\u2019innovation. On est plus cr\u00e9atif\u00bb.\u00a0Une derni\u00e8re question: l\u2019anglais restera- t-il la lingua franca du monde globalis\u00e9?\u00a0Si l\u2019anglais joue aujourd\u2019hui un r\u00f4le massif de lingua franca, l\u2019espagnol, le chinois et l\u2019arabe notamment commencent \u00e0 devenir des langues majeures avec lesquelles il faudra compter \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la communication mondiale.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Propos recueillis par Michel Danthe<br \/>\n\u0002<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l\u2019occasion du Sommet de la Francophonie, qui aura lieu du 22 au 24 octobre 2010 \u00e0 Montreux, \u00abAllez savoir!\u00bb s\u2019est demand\u00e9 si la diversit\u00e9 linguistique qui pr\u00e9vaut actuellement en &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":47,"featured_media":1254,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[4029,35],"tags":[4030],"class_list":{"0":"post-1237","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-no-48","8":"category-societe","9":"tag-michel-danthe"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1237","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/47"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1237"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1237\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1254"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1237"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1237"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1237"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}