{"id":12122,"date":"2021-09-22T08:12:00","date_gmt":"2021-09-22T06:12:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=12122"},"modified":"2021-09-22T07:57:08","modified_gmt":"2021-09-22T05:57:08","slug":"reduction-phonetique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/reduction-phonetique\/","title":{"rendered":"R\u00e9duction phon\u00e9tique"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Nous avons tendance \u00e0 diminuer notre effort articulatoire lorsque nous parlons. Une flemmardise naturelle qui, en linguistique, renvoie \u00e0 la notion de \u00ab\u2009r\u00e9duction phon\u00e9tique\u2009\u00bb et participe \u00e0 l\u2019\u00e9volution des langues.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il est rare que nous articulions correctement. En linguistique, ce ph\u00e9nom\u00e8ne est d\u00e9crit par la notion de \u00ab\u2009r\u00e9duction phon\u00e9tique\u2009\u00bb. Elle d\u00e9signe, en r\u00e9sum\u00e9, l\u2019affaiblissement des sons que nous produisons pour communiquer avec autrui par une diminution de l\u2019effort articulatoire. Autrement dit, il s\u2019agit d\u2019une manifestation de notre flemmardise\u2009! Un r\u00e9flexe biologique que nous avons tous, comme l\u2019explique M\u00e9lanie Lancien, docteure en linguistique fra\u00eechement dipl\u00f4m\u00e9e de la Facult\u00e9 des lettres. \u00ab\u2009Pour maximiser notre survie, nous \u00e9conomisons le plus d\u2019\u00e9nergie possible. Le cerveau sait tr\u00e8s bien reconstituer les mots \u00e0 partir des sons de qualit\u00e9 variable que nous produisons. Nous passons donc notre temps \u00e0 estimer la quantit\u00e9 d\u2019efforts minimale n\u00e9cessaire pour nous faire comprendre.\u2009\u00bb\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Articuler, \u00e7a fatigue<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La bouche et le visage se composent de nombreux muscles. Les solliciter demande \u00e0 notre cerveau beaucoup de contr\u00f4le moteur. \u00ab\u2009En fran\u00e7ais, si je veux faire un \u00ab\u2009i\u2009\u00bb correct, je dois bien \u00e9tirer mes l\u00e8vres, placer ma langue tr\u00e8s en avant et \u00e0 plat. Ma bouche, elle, doit rester relativement ferm\u00e9e, d\u00e9taille la chercheuse. Mais si je parle vite par exemple, le \u00ab\u2009i\u2009\u00bb aura tendance \u00e0 devenir un \u00ab\u2009\u00e9\u2009\u00bb, son qui exige un placement moins extr\u00eame pour la langue et la m\u00e2choire. Le \u00ab\u2009e\u2009\u00bb, lui, (comme dans \u00ab\u2009meuble\u2009\u00bb) restera assez similaire, car c\u2019est la position \u00ab\u2009z\u00e9ro\u2009\u00bb de la bouche. Dans cette logique, le \u00ab\u2009u\u2009\u00bb va \u00e9galement perdre de l\u2019arrondissement et de la fermeture&#8230;\u2009\u00bb Des nuances que l\u2019on retrouve de fa\u00e7on caract\u00e9ristique \u00e0 l\u2019oral dans certaines r\u00e9gions, par exemple, le fameux \u00ab\u2009i\u2009\u00bb belge (\u00ab\u2009frettes\u2009\u00bb au lieu de \u00ab\u2009frites\u2009\u00bb) ou le \u00ab\u2009u\u2009\u00bb qu\u00e9b\u00e9cois (\u00ab\u2009treuc\u2009\u00bb \u00e0 la place de \u00ab\u2009truc\u2009\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9duction phon\u00e9tique a en effet marqu\u00e9 l\u2019\u00e9volution des langues de fa\u00e7on distincte selon les zones g\u00e9ographiques. Des diff\u00e9rences existent aujourd\u2019hui entre les francophones de France et du Qu\u00e9bec. \u00ab\u2009Le fran\u00e7ais, tel qu\u2019il est parl\u00e9 aujourd\u2019hui au Canada, comprend des voyelles phonologiques (des cat\u00e9gories de son signifiantes) que nous n\u2019avons plus en Europe. Au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, isol\u00e9s \u00e0 l\u2019autre bout de l\u2019oc\u00e9an, les Qu\u00e9b\u00e9cois n\u2019ont pas pu suivre l\u2019\u00e9volution du fran\u00e7ais de r\u00e9f\u00e9rence et ont conserv\u00e9 celui des anciens colons. Leur langue actuelle est donc une vari\u00e9t\u00e9 de fran\u00e7ais plus proche de celle du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, dot\u00e9e de diphtongues, des voyelles qui changent de timbre en cours d\u2019\u00e9mission. En France, nous les avons bousill\u00e9es, en partie par flemme\u2009!\u2009\u00bb lance cette Basque avec une pointe d\u2019humour.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Qui aime bien&#8230; baragouine\u2009!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Notre fa\u00e7on d\u2019articuler est aussi influenc\u00e9e par des facteurs sociolinguistiques. Nous imitons les autres de fa\u00e7on instinctive pour montrer notre appartenance \u00e0 tel groupe social, ou afin de transmettre une certaine image, comme lors d\u2019un entretien d\u2019embauche par exemple. Avec nos proches en revanche, il semble que nous fassions moins d\u2019efforts. Vraiment\u2009? La question a int\u00e9ress\u00e9 M\u00e9lanie Lancien. Cette derni\u00e8re a \u00e9tudi\u00e9 le r\u00f4le de la r\u00e9duction phon\u00e9tique dans l\u2019expression de la proximit\u00e9 sociale \u00e0 travers l\u2019acoustique des voyelles orales du fran\u00e7ais qu\u00e9b\u00e9cois. Elle a men\u00e9 des exp\u00e9riences en mettant une dizaine de couples dans diff\u00e9rentes situations de communication.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9sultats\u2009: lorsque les partenaires communiquaient entre eux, la r\u00e9duction phon\u00e9tique \u00e9tait extr\u00eamement forte. \u00ab\u2009Parfois les voyelles devenaient presque toutes des \u00ab\u2009e\u2009\u00bb, il n\u2019y avait quasiment plus que des consonnes\u2009!\u2009\u00bb Avec un inconnu, ce ph\u00e9nom\u00e8ne diminuait. Et lorsqu\u2019ils s\u2019adressaient \u00e0 un \u00e9tranger, les couples d\u00e9pensaient m\u00eame \u00e9norm\u00e9ment d\u2019\u00e9nergie pour se rendre compr\u00e9hensibles. \u00ab\u2009Il appara\u00eet donc que nous r\u00e9duisons phon\u00e9tiquement avec ceux que nous aimons et faisons plus d\u2019efforts avec les autres\u2009\u00bb, conclut la linguiste.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous avons tendance \u00e0 diminuer notre effort articulatoire lorsque nous parlons. 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