{"id":11841,"date":"2021-05-20T08:25:00","date_gmt":"2021-05-20T06:25:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=11841"},"modified":"2021-05-20T08:22:41","modified_gmt":"2021-05-20T06:22:41","slug":"larn-nouvelle-star-de-la-medecine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/larn-nouvelle-star-de-la-medecine\/","title":{"rendered":"L&rsquo;ARN, nouvelle star de la m\u00e9decine"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"600\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2021\/05\/arn_77_1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11730\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2021\/05\/arn_77_1.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2021\/05\/arn_77_1-347x260.jpg 347w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2021\/05\/arn_77_1-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption>Chimiquement tr\u00e8s proche de l\u2019ADN, l\u2019acide ribonucl\u00e9ique (image d\u2019illustration) se trouve souvent sous forme de simple brin dans les cellules.\n@\u2009nobeastsofierce\u2009\/\u2009Shutterstock<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Utilis\u00e9 pour fabriquer des vaccins contre la Covid-19, l\u2019ARN pourrait demain \u00eatre employ\u00e9 dans la pr\u00e9vention d\u2019autres maladies infectieuses. Mais son int\u00e9r\u00eat ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0. Il existe toute une famille d\u2019ARN dont des membres pourraient fournir de nouvelles armes contre de multiples pathologies, du diab\u00e8te aux maladies cardiovasculaires, en passant par les cancers. Avec eux, l\u2019histoire de la m\u00e9decine est \u00e0 un nouveau tournant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ARN fait la Une de l\u2019actualit\u00e9. \u00c0 juste titre, puisqu\u2019il est au centre des premiers vaccins commercialis\u00e9s en Suisse contre la Covid-19. Mais derri\u00e8re ces trois lettres \u2013 A, R, N \u2013 se cache en fait toute une famille d\u2019acides ribonucl\u00e9iques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les ARN messagers recopient<\/strong> <strong>l\u2019information g\u00e9n\u00e9tique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ceux qui sont dans toutes les bouches actuellement sont les ARN messagers (ARNm), puisque ce sont eux qui sont utilis\u00e9s dans la fabrication des vaccins de Pfizer-BioNTech et Moderna. Ils sont aussi les mieux connus des biologistes qui ont depuis longtemps compris leur r\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme leur nom l\u2019indique, ils transportent des informations, cruciales de surcro\u00eet : il s\u2019agit de celles contenues dans l\u2019ADN. On le sait, cette longue mol\u00e9cule en forme de double h\u00e9lice est pr\u00e9cieuse, puisqu\u2019elle renferme le plan de fabrication des prot\u00e9ines. Elle reste donc enferm\u00e9e dans un coffre-fort, le noyau de la cellule. Les ARNm sont charg\u00e9s de recopier ses instructions et de les transmettre aux ribosomes qui, dans la cellule, sont les usines de fabrication des prot\u00e9ines.<\/p>\n\n\n\n<p>Si nous, b\u00e9otiens, les d\u00e9couvrons aujourd\u2019hui, leurs \u00e9ventuelles applications cliniques \u00absont en fait \u00e9tudi\u00e9es depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, souligne Blaise Genton, chef du D\u00e9partement formation, recherche, innovation et responsable de la vaccination d\u2019Unisant\u00e9 (Centre universitaire de m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale et sant\u00e9 publique \u00e0 Lausanne). On a d\u2019abord song\u00e9 \u00e0 eux pour produire des vaccins th\u00e9rapeutiques contre le cancer et, depuis environ cinq ans, pour pr\u00e9venir des maladies infectieuses, comme le chikungunya et l\u2019infection au virus Zika.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"401\" height=\"600\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2021\/05\/BlaiseGenton_77.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11732\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2021\/05\/BlaiseGenton_77.jpg 401w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2021\/05\/BlaiseGenton_77-174x260.jpg 174w\" sizes=\"auto, (max-width: 401px) 100vw, 401px\" \/><figcaption>Blaise Genton. Professeur \u00e0 la Facult\u00e9 de biologie et de m\u00e9decine. Chef du D\u00e9partement formation, recherche, innovation et responsable de la vaccination d\u2019Unisant\u00e9.\nNicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Vaccins \u00e0 ARN: faciles \u00e0 fabriquer et \u00e0 modifier<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est toutefois dans la lutte contre le coronavirus qu\u2019ils ont trouv\u00e9 leur premi\u00e8re application concr\u00e8te. Alors que les vaccins traditionnels \u00abrenferment des fractions du virus tu\u00e9 ou \u00e0 l\u2019activit\u00e9 att\u00e9nu\u00e9e afin de g\u00e9n\u00e9rer des r\u00e9ponses immunes contre des prot\u00e9ines \u201c\u00e9trang\u00e8res\u201d\u00bb, pr\u00e9cise Blaise Genton, les vaccins les plus r\u00e9cents poussent nos propres cellules \u00e0 faire le travail.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Certains, comme celui d\u2019AstraZeneca, emploient un vecteur viral. \u00abIl s\u2019agit du virus du rhume du chimpanz\u00e9, explique Blaise Genton. On supprime la s\u00e9quence g\u00e9n\u00e9tique responsable de sa r\u00e9plication, puis on la remplace par le code g\u00e9n\u00e9tique de la prot\u00e9ine Spike du coronavirus, la cl\u00e9 qui lui permet d\u2019entrer dans la cellule.\u00bb D\u2019autres, les plus innovants, font appel \u00e0 un ARNm synth\u00e9tique \u00abqui est enrob\u00e9 dans une capsule de lipides car sinon, il serait d\u00e9truit avant m\u00eame d\u2019entrer dans la cellule\u00bb, explique le m\u00e9decin d\u2019Unisant\u00e9. Cet ARNm porte les instructions n\u00e9cessaires \u00e0 la fabrication de la prot\u00e9ine Spike.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces vaccins \u00e0 ARNm ont un point faible: ils sont fragiles. Ils doivent donc \u00eatre conserv\u00e9s \u00e0 tr\u00e8s basse temp\u00e9rature, \u00abce qui pourrait bient\u00f4t changer, si l\u2019on parvient \u00e0 augmenter leur stabilit\u00e9\u00bb, pr\u00e9cise Blaise Genton. Ils ont en revanche d\u2019\u00e9normes avantages. Ils sont plus simples et plus rapides \u00e0 fabriquer que leurs homologues traditionnels. \u00abSurtout, en modifiant quelques acides nucl\u00e9iques des ARNm (briques \u00e0 l\u2019aide desquelles ils sont constitu\u00e9s, <em>ndlr<\/em>), il est possible de les modifier rapidement lorsque de nouveaux variants du virus circulent.\u00bb On devrait donc pouvoir les utiliser pour pr\u00e9venir bien d\u2019autres maladies infectieuses, y compris la grippe.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"865\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2021\/05\/arn_messager_allez_savoir.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11851\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2021\/05\/arn_messager_allez_savoir.jpg 865w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2021\/05\/arn_messager_allez_savoir-187x260.jpg 187w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2021\/05\/arn_messager_allez_savoir-768x1065.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 865px) 100vw, 865px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Les \u00abnon-codants\u00bb issus<\/strong> <strong>d\u2019une pr\u00e9tendue \u00abpoubelle\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la longue mol\u00e9cule qui forme l\u2019ADN, les g\u00e8nes qui portent le plan de fabrication de prot\u00e9ines \u2013 les biologistes disent qu\u2019ils \u00abcodent\u00bb pour les prot\u00e9ines \u2013 ne sont que 20000. Ils ne repr\u00e9sentent que 2% de l\u2019ensemble de notre g\u00e9nome. Le reste a longtemps \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9 \u00abd\u2019ADN poubelle\u00bb, car il \u00e9tait constitu\u00e9 de g\u00e8nes, dits non-codants, \u00abqui \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme ne servant \u00e0 rien. On les voyait comme de simples d\u00e9chets qui se sont accumul\u00e9s au cours de l\u2019\u00e9volution\u00bb, constate Romano Regazzi, professeur \u00e0 l\u2019UNIL, directeur du D\u00e9partement des sciences biom\u00e9dicales et vice-directeur de l\u2019\u00c9cole de m\u00e9decine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"401\" height=\"600\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2021\/05\/RomanoRegazzi_77.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11805\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2021\/05\/RomanoRegazzi_77.jpg 401w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2021\/05\/RomanoRegazzi_77-174x260.jpg 174w\" sizes=\"auto, (max-width: 401px) 100vw, 401px\" \/><figcaption>Romano Regazzi. Professeur \u00e0 la Facult\u00e9 de biologie et de m\u00e9decine. Directeur du D\u00e9partement des sciences biom\u00e9dicales et vice-directeur de l\u2019\u00c9cole de m\u00e9decine.\nNicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>En fait, cette pr\u00e9tendue poubelle est fort utile. \u00abElle produit des ARN dits non-codants qui servent \u00e0 r\u00e9guler l\u2019expression des g\u00e8nes codants pour les prot\u00e9ines.\u00bb En d\u2019autres termes, elle est \u00e0 ces derniers ce qu\u2019un variateur est \u00e0 la lumi\u00e8re: elle les allume avec plus ou moins d\u2019intensit\u00e9 ou les \u00e9teint.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tonnamment, constate Thierry Pedrazzini, professeur associ\u00e9 \u00e0 l\u2019UNIL et directeur de l\u2019unit\u00e9 de cardiologie exp\u00e9rimentale du Service de cardiologie du CHUV, \u00able nombre de g\u00e8nes codants est pratiquement le m\u00eame dans toutes les esp\u00e8ces animales. Mais plus on monte dans la hi\u00e9rarchie de l\u2019\u00e9volution, plus la proportion de g\u00e8nes non-codants augmente. Ces derniers sont donc \u00e0 l\u2019origine de la complexit\u00e9 des organismes.\u00bb Pour illustrer ce ph\u00e9nom\u00e8ne, le professeur prend l\u2019exemple des notes de musique. \u00abNous avons tous les m\u00eames sept notes \u00e0 notre disposition, pourtant lorsque Mozart en jouait, le r\u00e9sultat \u00e9tait fabuleux du fait de sa complexit\u00e9, alors que quand je me mets au piano, ajoute-t-il en riant, c\u2019est tout autre chose!\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Certains de ces ARN non-codants \u00e9taient connus depuis longtemps, comme les ARN de transfert et les ARN ribosomiques (<em>lire encadr\u00e9 ci-dessous<\/em>). Mais \u00abla grande r\u00e9volution, pr\u00e9cise Thierry Pedrazzini, est intervenue il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es, lorsqu\u2019on a pu s\u00e9quencer l\u2019ensemble de ces ARN cellulaires. On en a alors d\u00e9couvert bien d\u2019autres.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ils sont class\u00e9s en deux cat\u00e9gories, en fonction de leur taille: les courts, qui ont moins de 200 nucl\u00e9otides (unit\u00e9s de construction des acides nucl\u00e9iques), les longs, qui en ont plus.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les microARN interviennent dans le diab\u00e8te<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les courts, les plus connus sont les microARN (miARN) form\u00e9s d\u2019une vingtaine de nucl\u00e9otides. \u00abIls se lient \u00e0 des r\u00e9gions particuli\u00e8res des ARN messagers dont ils inhibent l\u2019action, les emp\u00eachant de produire des prot\u00e9ines\u00bb, explique Romano Regazzi.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts pour la premi\u00e8re fois dans un petit ver, <em>Caenorhabditis elegans<\/em>, tr\u00e8s utilis\u00e9 par les biologistes comme organisme mod\u00e8le. Aujourd\u2019hui, on sait que les cellules des mammif\u00e8res en poss\u00e8dent aussi. \u00abDes milliers d\u2019entre eux ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s et l\u2019on estime qu\u2019ils pourraient contr\u00f4ler 30 \u00e0 50% des g\u00e8nes humains. Ils sont donc probablement impliqu\u00e9s dans un grand nombre de fonctions physiologiques et de conditions pathologiques.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En particulier dans le diab\u00e8te de type 1. Les enfants et les jeunes adultes qui en souffrent manquent d\u2019insuline parce que les cellules b\u00eata du pancr\u00e9as qui produisent l\u2019hormone sont d\u00e9truites par le syst\u00e8me immunitaire. \u00abCe dysfonctionnement est li\u00e9 \u00e0 des changements dans le niveau d\u2019expression de certains microARN\u00bb, explique Romano Regazzi. Son \u00e9quipe a en effet d\u00e9couvert que, dans le diab\u00e8te de type 1, les \u00ablymphocytes (composants du syst\u00e8me immunitaire) qui infiltrent le pancr\u00e9as rel\u00e2chent des v\u00e9sicules qui transf\u00e8rent certains de leurs microARN dans des cellules b\u00eata, ce qui les tue\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Diab\u00e8te frein\u00e9 chez la souris<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En utilisant une mol\u00e9cule qui bloque l\u2019action de ces microARN destructeurs, Romano Regazzi et ses coll\u00e8gues ont r\u00e9ussi \u00e0 \u00abpr\u00e9venir la mort de cellules b\u00eata, donc \u00e0 freiner le d\u00e9veloppement du diab\u00e8te de type 1 chez des souris\u00bb. Bien qu\u2019un m\u00eame m\u00e9canisme intervienne chez l\u2019\u00eatre humain, \u00abon ne peut pas transposer ce traitement en clinique, car nous avons utilis\u00e9 des virus pour mener nos exp\u00e9riences. Il faudra donc trouver un autre moyen d\u2019introduire cette mol\u00e9cule dans les cellules b\u00eata, indique le vice-directeur de l\u2019\u00c9cole de m\u00e9decine. Par ailleurs, chez les rongeurs, nous avons r\u00e9ussi \u00e0 intervenir avant l\u2019apparition du diab\u00e8te. On ne sait pas si la m\u00e9thode fonctionnera quand la maladie s\u2019est d\u00e9j\u00e0 d\u00e9clar\u00e9e.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces ARN pourraient aussi servir de biomarqueurs. De nombreuses cellules de l\u2019organisme rel\u00e2chent en effet des v\u00e9sicules contenant des microARN que l\u2019on retrouve ensuite dans le sang, l\u2019urine et autres fluides biologiques o\u00f9 l\u2019on peut les quantifier. Ces mesures pourraient permettre par exemple \u00abd\u2019identifier une personne qui va d\u00e9velopper un diab\u00e8te ou de pr\u00e9dire qu\u2019une autre, ayant d\u00e9j\u00e0 cette maladie, est \u00e0 risque d\u2019avoir des complications\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"401\" height=\"600\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2021\/05\/ThierryPedrazzini_77.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11813\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2021\/05\/ThierryPedrazzini_77.jpg 401w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2021\/05\/ThierryPedrazzini_77-174x260.jpg 174w\" sizes=\"auto, (max-width: 401px) 100vw, 401px\" \/><figcaption>Thierry Pedrazzini. Professeur associ\u00e9 \u00e0 la Facult\u00e9 de biologie et de m\u00e9decine. Directeur de l\u2019unit\u00e9 de cardiologie exp\u00e9rimentale du Service de cardiologie du CHUV.\nNicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Les longs ARN non-codants jouent les mod\u00e9rateurs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les longs ARN non-codants sont plus nombreux que les courts \u2013 \u00abon en a d\u00e9j\u00e0 identifi\u00e9 environ 200000\u00bb, selon Thierry Pedrazzini \u2013 mais l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019ils suscitent est plus r\u00e9cent. Eux aussi jouent les mod\u00e9rateurs. \u00abIls s\u2019associent \u00e0 des partenaires \u2013 un ARN, l\u2019ADN ou une prot\u00e9ine \u2013 et r\u00e9gulent l\u2019expression des g\u00e8nes codants.\u00bb Certains ont un effet local, d\u2019autres agissent sur des g\u00e8nes situ\u00e9s beaucoup plus loin dans le g\u00e9nome, d\u2019autres encore peuvent sortir du noyau et intervenir dans le reste de la cellule, le cytoplasme. \u00abUn seul long ARN non-codant peut cibler plusieurs g\u00e8nes et ainsi orchestrer la r\u00e9ponse de la cellule induite par divers stimuli, un stress ou une maladie par exemple\u00bb, explique le professeur de l\u2019UNIL. En r\u00e9sum\u00e9, \u00abils sont les r\u00e9gulateurs de l\u2019identit\u00e9 et du comportement cellulaires\u00bb. Cela ouvre de vastes perspectives th\u00e9rapeutiques puisque, en intervenant sur ces chefs d\u2019orchestre, on peut inciter une cellule \u00e0 r\u00e9agir de fa\u00e7on appropri\u00e9e face \u00e0 une pathologie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9parer le c\u0153ur apr\u00e8s un infarctus<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9quipe de Thierry Pedrazzini a choisi d\u2019en tirer parti pour tenter de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer le muscle cardiaque apr\u00e8s un infarctus du myocarde. Priv\u00e9es de sang et d\u2019oxyg\u00e8ne lors de l\u2019attaque, les cellules du muscle cardiaque, les cardiomyocytes, meurent. Par ailleurs, on assiste \u00e0 la prolif\u00e9ration de fibroblastes, des cellules rigides qui forment des cicatrices fibreuses. Du fait de ce double processus, le c\u0153ur a donc plus de difficult\u00e9s \u00e0 se contracter et \u00e0 jouer son r\u00f4le de pompe.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abLes m\u00e9dicaments utilis\u00e9s actuellement ralentissent la destruction des cellules cardiaques, mais ils ne permettent pas leur r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration\u00bb, constate le chercheur. D\u2019o\u00f9 son id\u00e9e d\u2019utiliser un long ARN non-codant qui agit comme un \u00abinterrupteur mol\u00e9culaire. Gr\u00e2ce \u00e0 lui, on peut reprogrammer le cardiomyocyte et le pousser \u00e0 faire une chose pour laquelle il n\u2019est pas con\u00e7u: prolif\u00e9rer, donc produire de nouvelles cellules.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En \u00ab\u00e9teignant\u00bb l\u2019un de ces ARN, <em>Wisper<\/em>, chez la souris, les chercheurs de l\u2019UNIL ont r\u00e9ussi \u00e0 limiter la fibrose et \u00e0 permettre au c\u0153ur de se r\u00e9parer plus vite apr\u00e8s un infarctus.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Exploitant le fait que \u00ables longs ARN non-codants sont facilement accessibles et qu\u2019il est donc possible de bloquer leur action \u00e0 l\u2019aide d\u2019inhibiteurs\u00bb, l\u2019\u00e9quipe lausannoise a tent\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience. Elle a utilis\u00e9 un petit fragment d\u2019ADN (nomm\u00e9 GapmeR) qu\u2019il est possible de modifier, afin qu\u2019il d\u00e9truise sp\u00e9cifiquement une cible \u2013 en l\u2019occurrence, l\u2019ARN <em>Wisper<\/em> exprim\u00e9 uniquement dans les fribroblastes. \u00abChez la souris, deux injections suffisent \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer la r\u00e9cup\u00e9ration du c\u0153ur.\u00bb Les chercheurs ont d\u2019ailleurs brevet\u00e9 leur proc\u00e9d\u00e9 et cr\u00e9\u00e9 une start-up pour le d\u00e9velopper. \u00abAvec l\u2019espoir, dit Thierry Pedrazzini, d\u2019en faire un traitement.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Essais cliniques dans trois ans<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une \u00e9quipe allemande a r\u00e9cemment \u00abapport\u00e9 la preuve de la faisabilit\u00e9 de la m\u00e9thode chez l\u2019\u00eatre humain\u00bb, souligne Thierry Pedrazzini qui envisage de lancer des premiers essais cliniques dans trois ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces longs ARN non-codants \u00e9tant \u00abimpliqu\u00e9s dans toutes les maladies\u00bb, ils pourraient, eux aussi, servir de biomarqueurs ou encore \u00abde cibles pour de nouveaux traitements, y compris dans le domaine des pathologies neurologiques d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives\u00bb, note Thierry Pedrazzini.<\/p>\n\n\n\n<p>La saga de la famille des ARN non-codants ne fait donc que commencer. \u00abLorsque l\u2019on aura compris comment ils fonctionnent, ce qui est loin d\u2019\u00eatre le cas pour la plupart d\u2019entre eux, on pourra mieux \u00e9lucider les causes de certaines maladies et peut-\u00eatre trouver d\u2019autres approches pour les traiter\u00bb, esp\u00e8re Romano Regazzi. De quoi bouleverser le monde de la m\u00e9decine. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Applications m\u00e9dicales de l&rsquo;ARN non-codant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>ARN messager, microARN et long ARN non-codant ne sont que quelques illustres repr\u00e9sentants de la famille des ARN qui en compte bien d\u2019autres. Notamment:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2022 Les ARN ribosomiques (ARNr)<\/strong>. Au cours de la succession d\u2019\u00e9tapes qui conduit \u00e0 la fabrication des prot\u00e9ines, ils interviennent apr\u00e8s leurs coll\u00e8gues messagers dont ils traduisent l\u2019information, afin de permettre au ribosome de produire les prot\u00e9ines.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la lutte contre le cancer, \u00abon pourrait agir sur eux pour bloquer le m\u00e9canisme biologique dont dispose la cellule tumorale pour prolif\u00e9rer, pr\u00e9cise Thierry Pedrazzini. Mais il faudrait pouvoir les cibler sp\u00e9cifiquement, sinon, on n\u2019est pas \u00e0 l\u2019abri des effets secondaires.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une entreprise canadienne en a d\u00e9j\u00e0 fait un outil susceptible de d\u00e9terminer rapidement le succ\u00e8s d\u2019une chimioth\u00e9rapie anti-canc\u00e9reuse. Si l\u2019ARNr pr\u00e9sent dans les cellules tumorales est disloqu\u00e9, la production des prot\u00e9ines est impossible et les cellules meurent. Dans le cas contraire, le m\u00e9dicament est inefficace.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2022 Les ARN de transfert (ARNt)<\/strong>. L\u2019ARN messager porte l\u2019information sous forme de mots de trois lettres (codons) qui, chacun, repr\u00e9sente le plan de fabrication d\u2019un acide amin\u00e9, donc d\u2019une des briques qui forment les prot\u00e9ines. Il revient \u00e0 l\u2019ARNt de lire le message, d\u2019associer \u00e0 chaque mot un acide amin\u00e9 et d\u2019apporter celui-ci au ribosome, l\u2019usine de production des prot\u00e9ines.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2022 Les ARN interf\u00e9rents (siARN)<\/strong>. Ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts en 1990 \u00e0 l\u2019occasion d\u2019exp\u00e9riences sur les plantes. Huit ans plus tard, deux chercheurs am\u00e9ricains ont \u00e9lucid\u00e9 leur fonction chez le ver <em>Caenorhabditis elegans<\/em>, ce qui leur a valu de recevoir le Prix Nobel de m\u00e9decine et de physiologie en 2006.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces petits ARN non-codants inhibent les ARN messagers et bloquent les g\u00e8nes dont ceux-ci sont issus. Ils constituent donc un outil de choix pour \u00ab\u00e9teindre\u00bb un g\u00e8ne impliqu\u00e9 dans une maladie.<\/p>\n\n\n\n<p>Un premier m\u00e9dicament \u00e0 base de siARN a \u00e9t\u00e9 mis sur le march\u00e9 aux \u00c9tats-Unis en 2018 pour traiter l\u2019amylose h\u00e9r\u00e9ditaire, une neuropathie dont ils freinent l\u2019\u00e9volution. Un autre, destin\u00e9 au traitement de la DMLA (d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence maculaire li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e2ge), est en cours d\u2019essais cliniques. On compte aussi beaucoup sur eux pour enrichir la panoplie des th\u00e9rapies anti-canc\u00e9reuses. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Utilis\u00e9 pour fabriquer des vaccins contre la Covid-19, l\u2019ARN pourrait demain \u00eatre employ\u00e9 dans la pr\u00e9vention d\u2019autres maladies infectieuses. Mais son int\u00e9r\u00eat ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0. 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