{"id":11557,"date":"2020-12-15T08:14:00","date_gmt":"2020-12-15T06:14:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=11557"},"modified":"2020-12-10T16:03:24","modified_gmt":"2020-12-10T14:03:24","slug":"les-trilobites-de-droles-danimaux-etudies-sous-toutes-les-coutures-a-lunil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/les-trilobites-de-droles-danimaux-etudies-sous-toutes-les-coutures-a-lunil\/","title":{"rendered":"Les trilobites: de dr\u00f4les d\u2019animaux \u00e9tudi\u00e9s sous toutes les coutures \u00e0 l\u2019UNIL"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Depuis plusieurs ann\u00e9es, les anc\u00eatres des arthropodes sont d\u00e9cortiqu\u00e9s dans les laboratoires de l\u2019UNIL.<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"752\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/12\/trilobite_76_2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11664\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/12\/trilobite_76_2.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/12\/trilobite_76_2-277x260.jpg 277w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/12\/trilobite_76_2-768x722.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption>La mue de ce trilobite, Acidaspis coronata, trouv\u00e9e au Royaume-Uni, a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9e\npar la professeure Allison Daley. En haut, on voit les deux parties lat\u00e9rales du c\u00e9phalon (les joues libres \u00e0 gauche et \u00e0 droite) se s\u00e9parer de la t\u00eate.\n\u00a9Harriet Drage. Sp\u00e9cimen OUMNH C.17494.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Le groupe d\u2019Allison Daley, professeure associ\u00e9e \u00e0 l\u2019Institut des sciences de la Terre de la Facult\u00e9 des g\u00e9osciences et de l\u2019environnement, r\u00e9alise actuellement une grande base de donn\u00e9es de trilobites issus de diff\u00e9rentes collections de mus\u00e9es. \u00abNous avons \u00e9tudi\u00e9 plusieurs centaines d\u2019esp\u00e8ces, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment leur mue, signale la chercheuse. Cela dans le but d\u2019avoir un aper\u00e7u global de l\u2019\u00e9volution de la mue, des fa\u00e7ons de muer et d\u2019essayer de comprendre comment cette mue est li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9volution du groupe des trilobites.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La pal\u00e9ontologue a notamment travaill\u00e9 sur des fossiles provenant de divers gisements Lagerst\u00e4tten*. Ces recherches ont permis de mettre au jour les diff\u00e9rentes techniques des arthropodes pour se lib\u00e9rer de leur carapace, un exosquelette externe, selon les p\u00e9riodes g\u00e9ologiques. \u00abGr\u00e2ce \u00e0 une \u00e9tude sur deux esp\u00e8ces de trilobites trouv\u00e9es en Australie \u00e0 Emu Bay Shale, dans un \u00e9tat de pr\u00e9servation extraordinaire, il a \u00e9t\u00e9 possible de reconstruire les d\u00e9tails du processus de la mue, se f\u00e9licite Allison Daley. Leur corps se gonfle et on arrive \u00e0 distinguer les lignes de suture o\u00f9 l\u2019exosquelette se casse et les mouvements du trilobite en mue pendant sa sortie. C\u2019\u00e9tait durant le Cambrien moyen (env. \u2013 500 millions d\u2019ann\u00e9es). \u00c0 cette p\u00e9riode, ils enlevaient leur structure ventrale et sortaient le reste de leur corps par l\u00e0.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c7a passe l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a casse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les lignes de suture sont utilis\u00e9es pour la taxonomie et la syst\u00e9matique des trilobites, qui peuvent mesurer de 1mm \u00e0 70cm, car elles changent d\u2019une esp\u00e8ce \u00e0 l\u2019autre. Certains quittent leur armure par la t\u00eate (c\u00e9phalon), d\u2019autres par l\u2019hypostome (plaque ventrale sous la bouche) comme les premiers trilobites du Cambrien, quand d\u2019autres encore pr\u00e9f\u00e8rent sortir par les parties lat\u00e9rales du c\u00e9phalon (nomm\u00e9es joues libres, <em>voir l&rsquo;illustration noir et blanc<\/em>). \u00abChez quelques esp\u00e8ces, on sait \u00e0 peu pr\u00e8s combien de fois ils muent dans une vie, souligne la pal\u00e9ontologue. Il existe des groupes qui le font six \u00e0 huit fois durant leur jeunesse et arr\u00eatent \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. Ils cessent alors de grandir et ne muent que si leur exosquelette est endommag\u00e9. D\u2019autres changent de carapace, et donc grandissent, jusqu\u2019\u00e0 la fin de leur vie. Dans ce cas, le nombre de mue est tr\u00e8s variable.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 noter aussi qu\u2019au sein d\u2019une m\u00eame esp\u00e8ce de ces incroyables arthropodes, chaque individu a la capacit\u00e9 de muer selon ses besoins. Si cela se d\u00e9roule mal par la t\u00eate, il choisit de passer par une autre partie de son anatomie. \u00abCertains chercheurs voient un avantage \u00e9volutionnaire dans cette flexibilit\u00e9: s\u2019il y a un probl\u00e8me, l\u2019animal s\u2019adapte et mue o\u00f9 c\u2019est possible de le faire. Tandis que d\u2019autres scientifiques pensent qu\u2019\u00eatre g\u00e9n\u00e9ralistes a conduit les trilobites \u00e0 leur disparition. Ils se basent sur la sp\u00e9cialisation des arthropodes actuels qui est extr\u00eamement efficace.\u00bb La chercheuse estime de son c\u00f4t\u00e9 que lorsqu\u2019on a r\u00e9sist\u00e9 pendant 250 millions d\u2019ann\u00e9es, on peut parler de succ\u00e8s \u00e9volutionnaire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abLeur flexibilit\u00e9 les a s\u00fbrement aid\u00e9s \u00e0 tenir au fond des mers sur une \u00e9chelle de temps g\u00e9ologique aussi colossale. Mais je pense que leur endurance est le fruit d\u2019une combinaison de facteurs plus complexes, de l\u2019environnement, des interactions avec les autres animaux, etc. Je suis convaincue que la mue n\u2019est qu\u2019une partie d\u2019un tout que l\u2019on peut utiliser pour comprendre l\u2019\u00e9volution des trilobites.\u00bb Et de prendre l\u2019exemple des individus munis d\u2019un exosquelette avec de grandes \u00e9pines: on peut y voir un avantage contre les pr\u00e9dateurs qui vont h\u00e9siter \u00e0 attaquer cet organisme dur \u00e0 croquer, mais aussi un inconv\u00e9nient car cette carapace rend la mue vraiment tr\u00e8s difficile. \u00abNous devons donc continuer \u00e0 les \u00e9tudier afin d\u2019avoir peut-\u00eatre un jour une r\u00e9ponse&#8230;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ce faire, la chercheuse et son groupe analysent encore les quatre tonnes de fossiles venus tout droit des Fezouata au Maroc en 2018 et stock\u00e9es au G\u00e9opolis (le b\u00e2timent de l\u2019UNIL qui abrite la Facult\u00e9 des g\u00e9osciences et de l\u2019environnement, <em>ndlr<\/em>). L\u2019un de ses doctorants, Francesc P\u00e9rez Peris, r\u00e9examine et red\u00e9crit en ce moment l\u2019exosquelette d\u2019un trilobite du genre <em>Anacheirurus<\/em>. \u00abIl r\u00e9alise une mise \u00e0 jour de la taxonomie de cet arthropode tr\u00e8s bien pr\u00e9serv\u00e9 sur ce site exceptionnel, typique de l\u2019Ordovicien (env. \u2013 445 millions d\u2019ann\u00e9es). Beaucoup d\u2019esp\u00e8ces de cette p\u00e9riode ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9crites il y a cinquante ou soixante ans. Aujourd\u2019hui, on poss\u00e8de plus de sp\u00e9cimens, ce qui nous aide \u00e0 faire de nouvelles descriptions.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"401\" height=\"600\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/12\/AllisonDaley_76.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11586\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/12\/AllisonDaley_76.jpg 401w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/12\/AllisonDaley_76-174x260.jpg 174w\" sizes=\"auto, (max-width: 401px) 100vw, 401px\" \/><figcaption>Allison Daley. Professeure associ\u00e9e \u00e0 l\u2019Institut des sciences de la Terre (Facult\u00e9 des g\u00e9osciences\net de l\u2019environnement).\nNicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>De nouvelles esp\u00e8ces au G\u00e9opolis<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les tr\u00e9sors d\u00e9nich\u00e9s, on trouve des pattes dans un \u00e9tat de pr\u00e9servation remarquable. \u00abComme chez tous les trilobites, elles sont biram\u00e9es (divis\u00e9es en deux, <em>ndlr<\/em>.): une branche segment\u00e9e pour marcher, comparable aux pattes d\u2019une fourmi, et une autre attach\u00e9e \u00e0 la base avec une structure filamenteuse qui servait probablement \u00e0 la respiration. Nous pouvons les comparer aux autres pattes connues chez les diff\u00e9rentes esp\u00e8ces de ce grand groupe de trilobites pour comprendre l\u2019\u00e9volution de tout le groupe.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019acquisition des roches des Fezouata a \u00e9galement permis de d\u00e9couvrir de nouvelles esp\u00e8ces. \u00abUn \u00e9tudiant de <em>master <\/em>a pu d\u00e9crire deux nouvelles esp\u00e8ces de radiodontes, des animaux qui \u00e9taient principalement des pr\u00e9dateurs pendant le Cambrien, mais s\u2019alimentaient par filtration de plancton pendant l\u2019Ordovicien. Et cette ann\u00e9e, nous avons publi\u00e9 un papier dans <em>Geological Magazine<\/em> sur la description d\u2019une nouvelle esp\u00e8ce, le <em>Tariccoia tazagurtensis<\/em>, un arthropode de l\u2019ordre des <em>Nectaspida<\/em>, un groupe fr\u00e8re des trilobites, qui poss\u00e8de un corps mou sans calcite dans l\u2019exosquelette. \u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Qui mord qui ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Allison Daley ajoute qu\u2019il reste de nombreux points inexpliqu\u00e9s. Comme des traces de morsures sur l\u2019exosquelette min\u00e9ralis\u00e9 de plusieurs trilobites. \u00abOn les a souvent trouv\u00e9es sur un m\u00eame endroit du corps, ce qui sugg\u00e8re qu\u2019elles ne sont pas dues au hasard. Cela indique une interaction avec quelque chose de vivant. Peut-\u00eatre avec un autre trilobite, qui cherchait \u00e0 d\u00e9fendre son territoire. Ou \u00e9tait-ce l\u2019\u0153uvre de pr\u00e9dateurs, comme les radiodontes? Durant le Cambrien moyen, ces derniers avaient une bouche d\u2019une mati\u00e8re comparable \u00e0 un ongle. Comment r\u00e9ussir \u00e0 mordre un trilobite avec cette structure? De nouvelles recherches avec des outils d\u2019ing\u00e9nieur en 3D viennent de d\u00e9buter. On tente ainsi de reconstruire le mouvement de la bouche pour mesurer sa force. On saura peut-\u00eatre bient\u00f4t si un \u00eatre mou peut manger une carapace&#8230; \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><em>*Gisements qui contiennent un grand nombre de fossiles complets avec des parties molles comme la peau, les yeux, les organes internes et le syst\u00e8me digestif.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Article principal: <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=11555\">Il y a 480 millions d&rsquo;ann\u00e9es, des trilobites, les anc\u00eatres des crevettes, socialisaient<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis plusieurs ann\u00e9es, les anc\u00eatres des arthropodes sont d\u00e9cortiqu\u00e9s dans les laboratoires de l\u2019UNIL. 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