{"id":11410,"date":"2020-08-21T08:24:46","date_gmt":"2020-08-21T06:24:46","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=11410"},"modified":"2020-09-02T11:06:00","modified_gmt":"2020-09-02T09:06:00","slug":"comment-notre-cerveau-controle-t-il-la-peur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/comment-notre-cerveau-controle-t-il-la-peur\/","title":{"rendered":"Comment notre cerveau contr\u00f4le-t-il la peur?"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Pourquoi un bruit surgissant dans une maison isol\u00e9e, la nuit, nous fait-il sursauter alors que pendant la journ\u00e9e, nous ne le remarquons m\u00eame pas? Pourquoi certaines personnes d\u00e9veloppent-elles la phobie des araign\u00e9es, de l\u2019avion ou des foules? Que se passe-t-il dans notre cerveau quand nous avons peur? Une \u00e9quipe de l\u2019UNIL a \u00e9lucid\u00e9 certains des m\u00e9canismes neurobiologiques \u00e0 la base de cette \u00e9motion, ouvrant ainsi de nouvelles pistes pour traiter l\u2019anxi\u00e9t\u00e9.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Soudain, au d\u00e9tour d\u2019un chemin, nous nous trouvons face \u00e0 un serpent qui nous para\u00eet dangereux. Aussit\u00f4t, nous restons fig\u00e9s par l\u2019effroi. Puis nous \u00e9valuons la situation et r\u00e9agissons, en prenant nos jambes \u00e0 notre cou ou en faisant du bruit pour faire fuir l\u2019animal mena\u00e7ant. Nous avons eu une sacr\u00e9e frayeur. Un sentiment tout \u00e0 fait normal. \u00abLa peur est un signal d\u2019alerte qui nous informe d\u2019un \u00e9ventuel danger dans notre environnement\u00bb, constate Ron Stoop, professeur associ\u00e9 \u00e0 la Facult\u00e9 de biologie et de m\u00e9decine de l\u2019UNIL. En ce sens, elle est indispensable \u00e0 la survie de notre esp\u00e8ce\u00bb, poursuit le responsable de l\u2019unit\u00e9 de recherche sur la neurobiologie de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 et de la peur du Centre de neurosciences psychiatriques (rattach\u00e9 au CHUV, \u00e0 l\u2019UNIL et \u00e0 l\u2019EPFL).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019amygdale, une centrale d\u2019alerte<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Que se passe-t-il dans notre cerveau quand nous avons peur? Au centre du processus se trouvent les amygdales. Il s\u2019agit de \u00abpetites structures c\u00e9r\u00e9brales en forme d\u2019amande &#8211; ce qui leur a valu leur nom car en grec, amugd\u00e1l\u00ea signifie \u201camande\u201d, rappelle Ron Stoop. Elles sont situ\u00e9es devant les oreilles, dans les deux lobes temporaux qui sont des centres d\u2019int\u00e9gration des diff\u00e9rents types de m\u00e9moire chez l\u2019\u00eatre humain.\u00bb Elles se trouvent aussi juste devant l\u2019hippocampe, \u00abqui joue un r\u00f4le important dans tous les aspects \u00e9motionnels de la m\u00e9moire, dont la peur\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pourquoi les amygdales ont parfois \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9es de \u00abnoyaux de la peur\u00bb. En fait, elles ont d\u2019autres fonctions \u2013 notamment dans la douleur \u2013 et le neurobiologiste pr\u00e9f\u00e8re les qualifier de \u00abcentrales d\u2019alerte de la peur\u00bb. Elles interviennent, explique-t-il, \u00ablorsqu\u2019une situation inattendue survient, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un \u00e9v\u00e9nement positif, donc heureux, ou au contraire mena\u00e7ant\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/07\/RonStoop_75.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11357\" width=\"401\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/07\/RonStoop_75.jpg 401w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/07\/RonStoop_75-174x260.jpg 174w\" sizes=\"auto, (max-width: 401px) 100vw, 401px\" \/><figcaption>Ron Stoop. Professeur associ\u00e9 \u00e0 la Facult\u00e9 de biologie et de m\u00e9decine. Responsable de l\u2019unit\u00e9 de recherche sur la neurobiologie de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 et de la peur du Centre de neurosciences psychiatriques (CHUV, UNIL et EPFL). Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Les deux parties de l\u2019amygdale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Reprenons le cours de notre randonn\u00e9e qui s\u2019av\u00e9rait paisible jusqu\u2019au moment o\u00f9 nous avons rencontr\u00e9 le serpent. Nos sens \u2013 en l\u2019occurrence nos yeux qui ont vu le reptile et nos oreilles qui ont d\u00e9tect\u00e9 un bruissement suspect dans les feuilles \u2013 envoient des signaux \u00e0 l\u2019amygdale. La partie centrale de cette structure, \u00abqui est la plus ancienne du point de vue de l\u2019\u00e9volution, s\u2019active. Elle envoie alors des projections neuronales vers le tronc c\u00e9r\u00e9bral dans lequel sont situ\u00e9s diff\u00e9rents noyaux qui activent des r\u00e9actions physiologiques\u00bb, explique le chercheur de l\u2019UNIL. C\u2019est pour cette raison que, sous l\u2019influence du syst\u00e8me nerveux parasympathique, notre respiration s\u2019arr\u00eate, nos battements cardiaques ralentissent, notre syst\u00e8me gastro-intestinal est affect\u00e9, etc. Nous restons t\u00e9tanis\u00e9s devant le danger potentiel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Puis notre cortex intervient. Il analyse la situation et, si elle est vraiment mena\u00e7ante, il nous incite \u00e0 r\u00e9agir en fuyant ou en affrontant le danger. La deuxi\u00e8me partie de l\u2019amygdale \u2013 dite basolat\u00e9rale \u2013 entre alors en jeu. Elle inhibe nos premi\u00e8res r\u00e9actions physiologiques. Le syst\u00e8me nerveux sympathique prend alors le relais et acc\u00e9l\u00e8re notre rythme cardiaque et notre souffle, afin que nous puissions faire face \u00e0 la situation. C\u2019est lui aussi qui rend nos mains moites, ce qui nous permet de nous saisir plus facilement d\u2019un b\u00e2ton pour nous d\u00e9fendre. En effet, \u00abde la m\u00eame mani\u00e8re que l\u2019on se mouille les doigts pour tourner les pages d\u2019un livre, l\u2019humidit\u00e9 des mains diminue les frottements avec l\u2019objet que l\u2019on prend\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/07\/peur_75_1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11353\" width=\"600\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/07\/peur_75_1.jpg 600w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/07\/peur_75_1-260x260.jpg 260w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/07\/peur_75_1-250x250.jpg 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption>Amygdales. En rouge sur cette image, ces petites structures sont les centrales d\u2019alerte de la peur. Elles se trouvent devant l\u2019hippocampe, qui joue un r\u00f4le important dans les aspects \u00e9motionnels de la m\u00e9moire. \u00a9 Keystone\/Science Photo\nLibrary\/Sciepro<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>La \u00abdame sans peur\u00bb&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque ce m\u00e9canisme d\u2019inhibition dysfonctionne, on ne parvient plus \u00e0 contr\u00f4ler ses frayeurs et l\u2019on d\u00e9veloppe des phobies.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela peut atteindre des niveaux extr\u00eames comme chez une Am\u00e9ricaine qui n\u2019avait jamais peur. La \u00abdame sans peur\u00bb, comme on l\u2019a surnomm\u00e9e, \u00abportait sur l\u2019un de ses g\u00e8nes une mutation tr\u00e8s rare qui provoque la calcification compl\u00e8te des deux amygdales, droite et gauche\u00bb, souligne Ron Stoop.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 90, des chercheurs n\u00e9erlandais ont d\u00e9couvert, en Afrique du Sud, des personnes ayant une mutation g\u00e9n\u00e9tique similaire. \u00abIl y a quatre cents ans, deux Allemands venus s\u2019installer dans ce pays \u00e9taient porteurs de cette mutation qu\u2019ils ont transmise \u00e0 leur descendance. Actuellement, on a d\u00e9nombr\u00e9 au moins cinquante personnes souffrant du m\u00eame mal. Ces gens constituent une mine d\u2019or pour la recherche.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>A leur grand \u00e9tonnement, les scientifiques n\u00e9erlandais qui ont \u00e9tudi\u00e9 de pr\u00e8s quelques-uns de ces individus ont d\u00e9couvert \u00abqu\u2019ils ressentaient de la peur, mais dans ce cas ils restaient fig\u00e9s plus longtemps et ils avaient plus de mal \u00e0 \u00e9viter une menace que les personnes non malades, explique Ron Stoop. Apr\u00e8s avoir observ\u00e9 leur cerveau \u00e0 l\u2019aide de l\u2019IRM, mes coll\u00e8gues ont d\u00e9couvert une l\u00e9sion dans leurs amygdales basolat\u00e9rales.\u00bb Celles-ci ne pouvaient donc plus inhiber l\u2019activation des amygdales centrales.<\/p>\n\n\n\n<p>Les neurobiologistes lausannois ont reproduit cette l\u00e9sion chez des rats. Ils ont d\u2019abord entra\u00een\u00e9 les rongeurs \u00e0 \u00e9viter un danger. \u00c0 l\u2019aide d\u2019un signal sonore, ils pr\u00e9venaient les animaux qu\u2019ils allaient recevoir un choc \u00e9lectrique &#8211; \u00abplus la fr\u00e9quence du son \u00e9tait \u00e9lev\u00e9e, plus grande \u00e9tait l\u2019imminence de la menace\u00bb, pr\u00e9cise le chercheur. Les rats pouvaient alors d\u00e9guerpir dans une autre partie de la cage o\u00f9 ils ne risquaient plus rien.<\/p>\n\n\n\n<p>En entendant le signal, \u00abtous les animaux se sauvaient, sauf ceux chez lesquels nous avions simul\u00e9 une l\u00e9sion dans les amygdales basolat\u00e9rales analogue \u00e0 celle trouv\u00e9e chez les Sud-Africains\u00bb, constate le neurobiologiste. Ce qui confirme la d\u00e9couverte des chercheurs n\u00e9erlandais et \u00abprouve aussi que le rat est un mod\u00e8le animal valable pour \u00e9tudier les m\u00e9canismes de la peur\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019ocytocine: l\u2019hormone de l\u2019amour&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mieux encore: les chercheurs lausannois ont r\u00e9ussi \u00e0 faire dispara\u00eetre la frayeur chez des rongeurs. \u00abLe cerveau dispose de divers syst\u00e8mes internes qui peuvent diminuer le niveau de la peur en cas de besoin\u00bb, pr\u00e9cise Ron Stoop. Parmi eux figure l\u2019ocytocine, un neuropeptide produit par le cerveau, plus pr\u00e9cis\u00e9ment par l\u2019hypothalamus. \u00abElle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte il y a plus d\u2019une centaine d\u2019ann\u00e9es et elle \u00e9tait d\u2019abord connue pour ses effets sur l\u2019accouchement et la lactation.\u00bb Cette hormone agit en effet sur les muscles lisses de l\u2019ut\u00e9rus \u2013 ce qui augmente les contractions durant l\u2019accouchement &#8211; et sur ceux de la glande mammaire \u2013 ce qui favorise la lactation. Un spray nasal \u00e0 l\u2019ocytocine est d\u2019ailleurs commercialis\u00e9 pour accro\u00eetre la s\u00e9cr\u00e9tion de lait chez les jeunes m\u00e8res.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est ensuite apparu que ce neuropeptide intervient dans l\u2019empathie, dans l\u2019attachement de la m\u00e8re \u00e0 l\u2019enfant, etc. Au point qu\u2019il est souvent qualifi\u00e9 d\u2019\u00abhormone de l\u2019amour\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il a d\u2019autres fonctions. Apr\u00e8s avoir constat\u00e9 qu\u2019il est rel\u00e2ch\u00e9 dans le sang, on a d\u00e9couvert, dans les ann\u00e9es 70, \u00abque les r\u00e9cepteurs sensibles \u00e0 l\u2019ocytocine dans les muscles lisses se trouvent aussi sur certaines cellules neuronales, explique le professeur associ\u00e9 de l\u2019UNIL. Ce qui signifie que les neurones peuvent, eux aussi, \u00eatre affect\u00e9s par le neuropeptide.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un interrupteur de la peur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9quipe lausannoise a identifi\u00e9 les neurones qui am\u00e8nent l\u2019ocytocine de l\u2019hypothalamus vers l\u2019amygdale et \u00abmontr\u00e9 qu\u2019en les stimulant, on peut accro\u00eetre la lib\u00e9ration endog\u00e8ne d\u2019ocytocine et diminuer ainsi la peur\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019une de ses exp\u00e9riences les plus spectaculaires a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e, toujours chez des rats, \u00e0 l\u2019aide d\u2019une m\u00e9thode d\u2019optog\u00e9n\u00e9tique. Les chercheurs ont d\u2019abord modifi\u00e9 g\u00e9n\u00e9tiquement des neurones des rongeurs afin qu\u2019ils deviennent sensibles \u00e0 la lumi\u00e8re bleue d\u2019un laser. Sous son effet, ils rel\u00e2chent de l\u2019ocytocine dans l\u2019amygdale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quand ils sont soumis \u00e0 une menace, les animaux se figent. Mais il suffit alors d\u2019allumer le laser pour que tr\u00e8s vite (de deux \u00e0 une vingtaine de secondes plus tard, selon les individus), les rats se remettent \u00e0 bouger; quand on l\u2019\u00e9teint, ils s\u2019immobilisent \u00e0 nouveau. \u00abDe cette mani\u00e8re, nous avons pu arr\u00eater ou activer le comportement de frayeur chez les rongeurs\u00bb, souligne Ron Stoop. Cr\u00e9er un interrupteur de la peur, en quelque sorte.<\/p>\n\n\n\n<p>Par la suite, \u00abnous avons constat\u00e9 que toutes les r\u00e9actions de peur n\u2019\u00e9taient pas affect\u00e9es par l\u2019ocytocine. Certaines projections neuronales envoy\u00e9es par l\u2019amygdale vers le tronc c\u00e9r\u00e9bral et qui sont modul\u00e9es par l\u2019ocytocine agissent sur le comportement des rongeurs \u2013 ils se figent \u2013 d\u2019autres sur les r\u00e9actions physiologiques \u2013 elles provoquent une acc\u00e9l\u00e9ration du rythme cardiaque.\u00bb Cela a conduit le chercheur \u00e0 se livrer \u00e0 des interrogations philosophiques. Au fond, \u00abqu\u2019est-ce que la peur? Si l\u2019on ne s\u2019immobilise pas devant une situation mena\u00e7ante, est-ce que l\u2019on ressent quand m\u00eame de l\u2019effroi? Et dans ce cas, si l\u2019on r\u00e9agit, n\u2019est-ce pas le signe que l\u2019on a du courage?\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le r\u00f4le des relations sociales chez les rats&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Revenant \u00e0 ses pr\u00e9occupations de neurobiologiste, Ron Stoop a ensuite cherch\u00e9 \u00e0 savoir si un rat pouvait transmettre sa peur \u00e0 un cong\u00e9n\u00e8re. Son \u00e9quipe a d\u00e9couvert qu\u2019en fait, c\u2019est plut\u00f4t l\u2019absence d\u2019effroi qui est communicative. \u00abNous avons constat\u00e9 qu\u2019un animal qui est effray\u00e9 quand il est seul l\u2019est beaucoup moins lorsqu\u2019il est en pr\u00e9sence d\u2019un compagnon qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 entra\u00een\u00e9 \u00e0 r\u00e9agir \u00e0 une menace et qui est donc moins anxieux que lui.\u00bb Mais lorsque les chercheurs lausannois ont inhib\u00e9 la production d\u2019ocytocine dans les amygdales du premier rongeur, ils ont observ\u00e9 que celui-ci a aussit\u00f4t retrouv\u00e9 la peur qu\u2019il avait lorsqu\u2019il \u00e9tait solitaire. Ils ont m\u00eame \u00abtrouv\u00e9 les cellules de l\u2019hippocampe qui \u00e9taient activ\u00e9es par la pr\u00e9sence d\u2019un autre animal\u00bb. Toutefois, pr\u00e9cise Ron Stoop, \u00able compagnon que l\u2019on introduit dans la cage ne doit pas \u00eatre mena\u00e7ant pour le premier rat\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce sujet, le professeur associ\u00e9 cite une \u00e9tude men\u00e9e \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Zurich, portant sur des hommes et des femmes soumis \u00e0 un stress social. \u00abLes psychologues ont demand\u00e9 \u00e0 ces personnes de se pr\u00e9senter devant un comit\u00e9 dont les membres manifestaient un r\u00e9el ennui, afin d\u2019augmenter encore leur trac. Parall\u00e8lement, ils ont mesur\u00e9 le rel\u00e2chement d\u2019ocytocine dans leur sang. R\u00e9sultat: les hommes accompagn\u00e9s par leurs \u00e9pouses secr\u00e9taient plus d\u2019ocytocine et \u00e9taient moins stress\u00e9s, alors qu\u2019\u00e0 l\u2019inverse, les femmes accompagn\u00e9es par leurs maris \u00e9taient plus stress\u00e9es que quand elles \u00e9taient seules.\u00bb Ce qui am\u00e8ne Ron Stoop \u00e0 conclure, en riant, qu\u2019il \u00abfaut bien choisir le compagnon qui nous permettra d\u2019affronter nos peurs\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&#8230; et chez les humains<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019\u00e9tude de l\u2019UNIL sur les rongeurs montre que les relations sociales stimulent la production d\u2019ocytocine et sont donc de nature \u00e0 faire diminuer la frayeur, non seulement chez les animaux de laboratoire, mais peut-\u00eatre aussi chez les \u00eatres humains. \u00abC\u2019est une id\u00e9e \u00e0 creuser, remarque Ron Stoop. Il reste toutefois \u00e0 savoir si, dans ce cas, on arrive \u00e0 changer le comportement des gens \u00e0 long terme. Certaines \u00e9tudes indiquent que ce pourrait \u00eatre le cas.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, pourrait-on aussi songer \u00e0 utiliser un spray nasal \u00e0 l\u2019ocytocine, analogue \u00e0 celui qui favorise la lactation, pour aider les personnes qui n\u2019arrivent pas \u00e0 contr\u00f4ler leur peur? \u00abCe n\u2019est pas la meilleure fa\u00e7on de proc\u00e9der, r\u00e9pond le neurobiologiste, car dans ce cas, le neuropeptide ne cible pas sp\u00e9cifiquement l\u2019amygdale.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, une piste de traitement pourrait d\u00e9couler des recherches de l\u2019\u00e9quipe de l\u2019UNIL sur les rats. Certes, il est impossible d\u2019utiliser sur des humains les m\u00e9thodes de l\u2019optog\u00e9n\u00e9tique \u2013 du fait de leur volet g\u00e9n\u00e9tique. Cependant, on pourrait tenter de remplacer le laser par des substances pharmaceutiques. \u00abOn a en effet d\u00e9couvert la pr\u00e9sence, dans l\u2019hypothalamus, de r\u00e9cepteurs de l\u2019ocytocine sensibles \u00e0 certains m\u00e9dicaments, constate Ron Stoop. Une \u00e9quipe am\u00e9ricaine a d\u2019ailleurs lanc\u00e9 une \u00e9tude clinique pour \u00e9tudier l\u2019effet des m\u00e9lanocortines (des hormones administr\u00e9es par voie orale) sur la stimulation de la production endog\u00e8ne d\u2019ocytocine. Toutefois, pour l\u2019instant, elle n\u2019a pas eu de r\u00e9sultats probants.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Reste que les m\u00e9dicaments \u00abagissent sur mode passif\u00bb, note le neurobiologiste. Or, \u00abon sait que les individus qui ont le sentiment d\u2019avoir le contr\u00f4le de leur situation parviennent \u00e0 diminuer leur peur\u00bb. Faire en sorte d\u2019augmenter la production endog\u00e8ne d\u2019ocytocine, tout en favorisant les contacts sociaux et en permettant aux individus de mieux ma\u00eetriser leur condition, semble finalement \u00e0 Ron Stoop une voie \u00abtr\u00e8s prometteuse\u00bb pour aider ceux qui en ont besoin \u00e0 mieux surmonter leurs frayeurs. \/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pourquoi un bruit surgissant dans une maison isol\u00e9e, la nuit, nous fait-il sursauter alors que pendant la journ\u00e9e, nous ne le remarquons m\u00eame pas? 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