{"id":1141,"date":"2007-12-18T18:56:05","date_gmt":"2007-12-18T16:56:05","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=1141"},"modified":"2010-10-26T16:55:13","modified_gmt":"2010-10-26T14:55:13","slug":"a-quels-animaux-la-suisse-accordera-t-elle-lasile","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/a-quels-animaux-la-suisse-accordera-t-elle-lasile\/","title":{"rendered":"A quels animaux la Suisse accordera-t-elle l\u2019asile?"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2007\/12\/loup.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1181\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2007\/12\/loup.jpg\" alt=\"A quels animaux la Suisse accordera-t-elle l\u2019asile?\" width=\"530\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2007\/12\/loup.jpg 530w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2007\/12\/loup-300x147.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>Le retour du loup dans le canton de Vaud donne un coup de projecteur sur un ph\u00e9nom\u00e8ne de masse: l\u2019arriv\u00e9e de nombreuses esp\u00e8ces animales qui cherchent \u00e0 s\u2019installer dans les Alpes. Faut-il les laisser faire? Sinon, \u00e0 quels visiteurs poilus ou plum\u00e9s refuserons-nous l\u2019asile? Ce sera le d\u00e9bat des prochaines d\u00e9cennies.<\/em><\/p>\n<p>Cette fois, c\u2019est confirm\u00e9. Depuis l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier, le loup est arriv\u00e9 dans le canton de Vaud. Un retour naturel et pr\u00e9visible, quand on sait qu\u2019il y a environ 150 grands canid\u00e9s dans les Alpes franco-italiennes. Si personne n\u2019accuse ici les \u00ab\u00e9colos\u00bb d\u2019avoir r\u00e9introduit le loup, certains regrettent qu\u2019un aussi gros pr\u00e9dateur vienne troubler la faune vaudoise, qui semblait vivre en parfait \u00e9quilibre sans lui.<\/p>\n<p>Stable, la faune vaudoise? Voire. Car, pour ce retour tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9 du loup, combien d\u2019arriv\u00e9es incognito et de l\u00e2chers clandestins? Et combien de disparitions rest\u00e9es inaper\u00e7ues? En r\u00e9alit\u00e9, la faune vaudoise n\u2019est pas en \u00e9quilibre. M\u00eame aujourd\u2019hui, elle reste en perp\u00e9son grand retour dans le canton de Vaud. Une photo du Service vaudois de la conservation tuel mouvement, avec des esp\u00e8ces qui de la faune en apporte la preuve, le 9 ao\u00fbt 2007. s\u2019affaiblissent, et d\u2019autres qui essaient de s\u2019installer.<\/p>\n<p>La gestion de ces flux migratoires animaliers s\u2019annonce comme l\u2019un des probl\u00e8mes majeurs que nous aurons \u00e0 traiter dans les prochaines d\u00e9cennies. Aussi, pour mieux mesurer l\u2019ampleur des changements qui interviennent, nous vous proposons un petit voyage en arri\u00e8re, le temps d\u2019une promenade en for\u00eat dans les ann\u00e9es 1900. Avant d\u2019imaginer ce que pourraient devenir les for\u00eats suisses vers 2100, et de mesurer l\u2019ab\u00eeme qui s\u00e9pare ces deux \u00e9poques.<\/p>\n<h2>Quand les for\u00eats \u00e9taient quasi vides<\/h2>\n<p>Le promeneur qui s\u2019aventurait dans les sous-bois vaudois, il y a un si\u00e8cle, avait peu de chance de croiser des animaux. \u00abLa grande faune allait tr\u00e8s mal\u00bb, rappelle Daniel Cherix, professeur associ\u00e9 \u00e0 la Facult\u00e9 de biologie et m\u00e9decine de l\u2019UNIL, et conservateur du Mus\u00e9e de zoologie, \u00e0 Lausanne.<\/p>\n<p>\u00abDans les for\u00eats du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, il n\u2019y avait plus de loup, plus de lynx, plus de cerf ni de bouquetin, plus de gypa\u00e8te et presque plus d\u2019aigles, poursuit Daniel Cherix. Il restait des chevreuils sur le Plateau, mais pas beaucoup. Il y avait aussi quelques renards pr\u00e8s des fermes, et, quand on montait en altitude, des chamois et des marmottes&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>Vers 1900, la Suisse arrive au terme d\u2019une \u00e9volution qui a vu d\u2019une part les surfaces foresti\u00e8res se r\u00e9duire consid\u00e9rablement, et d\u2019autre part, les techniques de chasse se d\u00e9velopper, sp\u00e9cialement les armes \u00e0 feu. \u00abComme la chasse n\u2019\u00e9tait pas r\u00e9glement\u00e9e au XVIIIe si\u00e8cle, les populations animales ont tr\u00e8s vite d\u00e9clin\u00e9, analyse Cornelis Neet, charg\u00e9 de cours au D\u00e9partement d\u2019\u00e9cologie et \u00e9volution de l\u2019UNIL et chef du Service vaudois des for\u00eats, de la faune et de la nature. L\u2019id\u00e9e de r\u00e9guler la chasse n\u2019a \u00e9t\u00e9 inscrite dans la Constitution f\u00e9d\u00e9rale qu\u2019en 1875, et la Loi f\u00e9d\u00e9rale qui en a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9e n\u2019a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e que bien plus tard. Gr\u00e2ce \u00e0 ces changements, on a pu appliquer le principe de la r\u00e9gulation de la faune, qui a permis aux diverses populations animales de recommencer \u00e0 cro\u00eetre.\u00bb<\/p>\n<h2>Les r\u00e9introductions commencent<\/h2>\n<p>Les Suisses des ann\u00e9es 1900, qui se d\u00e9solent de voir leurs for\u00eats vides, ne se contentent pas de l\u00e9gif\u00e9rer. Certains prennent des mesures plus actives. Clin d\u2019\u0153il de l\u2019histoire : \u00e0 cette \u00e9poque, des chasseurs passent la fronti\u00e8re italienne pour aller chercher les ongul\u00e9s manquants et les rapatrier ill\u00e9galement au pays.<\/p>\n<p>\u00abEn Suisse, le bouquetin est officiellement r\u00e9introduit, dans le canton de Saint-Gall, en 1911, mais les premiers l\u00e2chers remontent \u00e0 1906. Depuis, il s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 tr\u00e8s vite\u00bb, rel\u00e8ve Cornelis Neet. \u00abDans nos r\u00e9gions, certains chasseurs font aussi de la contrebande de bouquetins et de cerfs, qu\u2019ils vont chercher dans la r\u00e9gion du Gran Paradiso, pour les r\u00e9introduire clandestinement dans les ann\u00e9es 1930\u00bb, ajoute Daniel Cherix.<\/p>\n<h2>Les charognards reviennent<\/h2>\n<p>Avec le retour progressif des ongul\u00e9s, il devient possible d\u2019envisager une nouvelle \u00e9tape dans le repeuplement des for\u00eats. Elle est franchie dans les ann\u00e9es 1970, avec la r\u00e9apparition des lynx, les premiers grands carnivores \u00e0 revenir au pays des vaches. \u00abIl y a eu \u00e0 la fois des r\u00e9introductions officielles et contr\u00f4l\u00e9es, et des l\u00e2chers sauvages\u00bb, se souvient Cornelis Neet.<\/p>\n<p>Le grand chat revenu, \u00abil ne manquait plus que le charognard, le terminus de la cha\u00eene alimentaire. Voil\u00e0 pourquoi l\u2019on a song\u00e9 \u00e0 r\u00e9introduire le gypa\u00e8te \u00e0 grande \u00e9chelle. Avec environ 150 de ces grands rapaces dans les Alpes, dont trois petits n\u00e9s en Suisse cette ann\u00e9e, le programme arrive \u00e0 terme\u00bb, se r\u00e9jouit Daniel Cherix.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9introduction a aussi \u00e9t\u00e9 facilit\u00e9e par le fait que l\u2019on \u00aba r\u00e9ussi \u00e0 corriger la l\u00e9gende noire qui collait aux plumes du gypa\u00e8te, pour convaincre le grand public qu\u2019il ne mangeait pas les petits enfants. Savoir que cet oiseau se nourrit de cadavres a \u00e9galement facilit\u00e9 son retour\u00bb, ajoute Nathalie Rochat, une biologiste form\u00e9e \u00e0 l\u2019UNIL.<\/p>\n<p>Pr\u00e9cisons tout de m\u00eame que ce programme a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 grands frais. \u00abQuand j\u2019\u00e9tais coordinatrice des campagnes de Pro Natura, j\u2019avais d\u00e9fendu l\u2019id\u00e9e de sponsoriser la relance d\u2019un gypa\u00e8te, se souvient Nathalie Rochat. Nous avions renonc\u00e9 car cela repr\u00e9sentait plusieurs dizaines de milliers de francs.\u00bb<\/p>\n<h2>Loup, y es-tu?<\/h2>\n<p>En 2007, c\u2019est le loup qui pointe son museau pointu. Contrairement au lynx, le grand canid\u00e9 n\u2019a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019aucune aide humaine pour regagner les alpages. La protection qui lui a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e en Italie depuis 1976, puis en France, suffit \u00e0 expliquer que ce survivant ait pu revenir avec succ\u00e8s.<\/p>\n<p>\u00abEn Suisse, les premiers loups sont arriv\u00e9s il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es\u00bb, note Luca Fumagalli, le chercheur de l\u2019UNIL qui a analys\u00e9 l\u2019ADN de la vingtaine de Canis lupus qui se sont manifest\u00e9s en Suisse depuis 1995. \u00abNous identifions deux \u00e0 trois nouveaux individus chaque ann\u00e9e. Vu les arriv\u00e9s continues, et vu l\u2019augmentation de leur population dans les Alpes, nous pouvons imaginer que cet animal va s\u2019installer en Suisse, \u00e0 moins que l\u2019on cherche \u00e0 l\u2019\u00e9liminer par la chasse.\u00bb<\/p>\n<h2>Un \u00e9quilibre tr\u00e8s menac\u00e9<\/h2>\n<p>En 1900, les for\u00eats suisses \u00e9taient aux trois-quarts vides. Et voil\u00e0 qu\u2019en 2007, l\u2019ensemble de la cha\u00eene alimentaire est reconstitu\u00e9. La faune helv\u00e9tique aurait-elle enfin atteint cet \u00e9quilibre parfait dont on peut r\u00eaver? \u00abIl y a des gens qui pensent que la nature est constante. Ce n\u2019est pas notre avis\u00bb, r\u00e9pond Cornelis Neet.<\/p>\n<p>Car l\u2019\u00e9quilibre est menac\u00e9. Tout indique, d\u2019ailleurs, qu\u2019il ne durera pas. D\u2019abord parce que certaines esp\u00e8ces r\u00e9sidantes voient leurs populations exploser. Ensuite, parce que la protection accord\u00e9e \u00e0 d\u2019autres animaux donne des r\u00e9sultats spectaculaires, et qu\u2019elle permet \u00e0 des mammif\u00e8res disparus de revenir au pays. Par ailleurs, le r\u00e9chauffement climatique aura des influences notables, en incitant plusieurs esp\u00e8ces du sud \u00e0 remonter vers le nord.<\/p>\n<p>Notons enfin que la mondialisation touche aussi les animaux. Des esp\u00e8ces exotiques s\u2019\u00e9chappent parfois des zoos et des parcs animaliers, quand elles ne sont pas rel\u00e2ch\u00e9es dans la nature par des particuliers. Nombre d\u2019entre elles ont les qualit\u00e9s n\u00e9cessaires pour s\u2019installer et prosp\u00e9rer sous nos latitudes.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 qu\u2019elles viennent, et quels que soient leurs mobiles, plusieurs de ces esp\u00e8ces en mouvement pourraient bouleverser le fragile \u00e9quilibre de la faune suisse durant le XXIe si\u00e8cle.<\/p>\n<h2>Moins de paysans, davantage de sangliers et de cerfs<\/h2>\n<p>\u00abNous sommes d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9s dans certains domaines, souligne Cornelis Neet. Le sanglier, par exemple, est tellement abondant qu\u2019il pose probl\u00e8me.\u00bb Le cochon sauvage n\u2019inqui\u00e8te pas seulement les autorit\u00e9s suisses. Il est \u00e9galement devenu un probl\u00e8me majeur en Europe, notamment en Italie, en Pologne et en Allemagne. \u00abCette esp\u00e8ce n\u2019est pas abondante au sortir de la Seconde Guerre mondiale, mais elle a profit\u00e9 des changements intervenus dans l\u2019agriculture, avec des paysans moins pr\u00e9sents sur le terrain, plus m\u00e9canis\u00e9s, et des cultures riches en nourriture, o\u00f9 ces animaux trouvent le g\u00eete et le couvert, sourit Cornelis Neet. D\u00e9sormais, les sangliers vivent dans les vignes du Chianti, dans les champs polonais de pommes de terre et dans les ch\u00e2taigneraies abandonn\u00e9es du nord de l\u2019Italie.\u00bb Cette esp\u00e8ce occupe les espaces d\u00e9laiss\u00e9s par l\u2019homme, et elle n\u2019est plus contrari\u00e9e par les paysans qui les r\u00e9gulaient sans doute jusque-l\u00e0.<\/p>\n<p>\u00abAvec les cerfs, nous allons au-devant d\u2019un probl\u00e8me similaire\u00bb, proph\u00e9tise Cornelis Neet. Dans les Grisons, les grands ongul\u00e9s ont caus\u00e9 des accidents routiers graves. Parce que, quand ils sont fauch\u00e9s, ils traversent fr\u00e9quemment le pare-brise des voitures en causant de gros d\u00e9g\u00e2ts. \u00abLes cerfs se d\u00e9veloppent aussi ici, sur le Plateau vaudois. En dix ans, nous sommes pass\u00e9s d\u2019une population anecdotique \u00e0 des centaines d\u2019individus, qui vont, eux aussi, poser des probl\u00e8mes.\u00bb<\/p>\n<h2>La loutre et l\u2019ours sont en piste<\/h2>\n<p>Aux esp\u00e8ces locales qui prosp\u00e8rent, il faut ajouter les nombreux candidats au retour. \u00abNous recevons des informations r\u00e9jouissantes d\u2019Italie et d\u2019Alsace \u00e0 propos de la loutre. Elle s\u2019approche, m\u00eame si nous ne sommes pas encore pr\u00eats \u00e0 la recevoir (la qualit\u00e9 des cours d\u2019eau n\u2019est pas encore partout suffisante), raconte Nathalie Rochat. Cet animal a un capital de sympathie important dans la population, mais il provoquera une polarisation avec les p\u00eacheurs. Cela dit, dans cent ans, je pense qu\u2019elle sera l\u00e0.\u00bb<\/p>\n<p>Il y a aussi l\u2019ours, qui a point\u00e9 sa truffe dans les Grisons, et qui devrait continuer \u00e0 franchir la fronti\u00e8re italo-suisse de son pas tranquille. La loutre et l\u2019ours ayant v\u00e9cu en Suisse par le pass\u00e9, ils devraient logiquement b\u00e9n\u00e9ficier du \u00abdroit au retour\u00bb qui est d\u00e9sormais octroy\u00e9 aux ex-esp\u00e8ces indig\u00e8nes. Il en va, en revanche, bien diff\u00e9remment de plusieurs autres mammif\u00e8res plus exotiques qui s\u2019approchent eux aussi des fronti\u00e8res.<\/p>\n<h2>Les ratons laveurs et les chiens viverrins demandent l\u2019asile<\/h2>\n<p>Le tr\u00e8s am\u00e9ricain raton laveur est l\u2019un d\u2019entre eux. \u00abJ\u2019en ai photographi\u00e9 un sur le plateau de Diesse, il y a trois ans, raconte Nathalie Rochat. Mais cet animal s\u2019est probablement enfui d\u2019un enclos.\u00bb Pourtant, les sp\u00e9cialistes consid\u00e8rent l\u2019arriv\u00e9e de cet animal discret et nocturne comme une r\u00e9elle possibilit\u00e9, puisque ces mascottes, import\u00e9es en Allemagne par les GI durant la Guerre froide, se trouveraient d\u00e9j\u00e0 aux portes de B\u00e2le.<\/p>\n<p>\u00abNous avons aussi vu trois ou quatre chiens viverrins, qui se d\u00e9veloppent apr\u00e8s avoir \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la captivit\u00e9 en Europe de l\u2019Est\u00bb, ajoute Luca Fumagalli. \u00abEt il ne faut pas oublier les visons d\u2019Am\u00e9rique, et surtout les rats musqu\u00e9s qui ont un plus gros potentiel de d\u00e9veloppement que les ragondins\u00bb, ajoute Daniel Cherix.<\/p>\n<p>L\u2019enseignant de l\u2019UNIL inclut encore dans sa liste l\u2019\u00e9cureuil gris de Caroline (Etats-Unis), qui s\u2019\u00e9tait install\u00e9 autour de Turin avant d\u2019envahir l\u2019Italie du Nord, et qui menacera bient\u00f4t les \u00e9cureuils roux de Suisse. \u00abOn dit pour simplifier qu\u2019une esp\u00e8ce exotique devient invasive quand sa population explose, poursuit Daniel Cherix. Nous allons avoir des difficult\u00e9s avec plusieurs d\u2019entre elles, qui seront bient\u00f4t incontr\u00f4lables.\u00bb<\/p>\n<h2>Quand les amis des b\u00eates r\u00e9clament l\u2019ouverture de la chasse<\/h2>\n<p>Faudra-t-il op\u00e9rer un tri parmi ces migrants qui esp\u00e8rent trouver un asile en Suisse? \u00abC\u2019est une question de soci\u00e9t\u00e9, r\u00e9pond Daniel Cherix. Nous devrons g\u00e9rer notre faune. Nous allons vers un monde o\u00f9 il faudra parfois prendre des d\u00e9cisions capitales et rapides, sous peine de voir notre environnement changer en profondeur.\u00bb<\/p>\n<p>Tirer certaines esp\u00e8ces invasives pour en sauver d\u2019autres, natives? Cette question est d\u00e9j\u00e0 d\u2019actualit\u00e9 chez les ornithologues, puisque plusieurs associations ont r\u00e9clam\u00e9 que les tadornes casarca, une esp\u00e8ce de canards originaires d\u2019Europe de l\u2019Est, plus agressifs que la moyenne, soient tir\u00e9s pour qu\u2019ils ne s\u2019installent pas \u00e0 demeure sur les lacs suisses.<\/p>\n<h2>Premi\u00e8res batailles<\/h2>\n<p>Des amis des b\u00eates qui r\u00e9clament l\u2019ouverture de la chasse, c\u2019est un peu le monde \u00e0 l\u2019envers. Pourtant, sur le terrain, des combats ont d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9. \u00abPour contrer le d\u00e9veloppement de la grenouille rieuse qui concurrence une esp\u00e8ce indig\u00e8ne, on ass\u00e8che les \u00e9tangs o\u00f9 elle habite en hiver\u00bb, explique Cornelis Neet.<\/p>\n<p>Et pour sauver la couleuvre vip\u00e9rine, l\u2019esp\u00e8ce la plus rare de Suisse, on essaie d\u2019extirper de Lavaux des couleuvres tessel\u00e9es, un animal typique du Sud qui a \u00e9t\u00e9 introduit dans le canton, explique Luca Fumagalli. Comme ces innocentes couleuvres troublent parfois les baigneurs, on imagine que peu de mains se l\u00e8veront pour les d\u00e9fendre. Mais qu\u2019arrivera-t-il le jour o\u00f9 les autorit\u00e9s envisageront s\u00e9rieusement de canarder des \u00abpeluches\u00bb comme les ratons laveurs?<\/p>\n<p>L\u2019ex-coordinatrice des campagnes de Pro Natura, et grand d\u00e9fenseur du loup et du lynx, Nathalie Rochat, n\u2019a pas trop d\u2019\u00e9tats d\u2019\u00e2me. \u00abJe vois l\u2019arriv\u00e9e du loup comme un retour naturel. Le milieu est adapt\u00e9 pour cet animal, et il reprend simplement possession d\u2019un territoire o\u00f9 il a habit\u00e9. Par contre, comme l\u2019homme a d\u00e9velopp\u00e9 l\u2019\u00e9levage pendant son absence, son retour pose maintenant un probl\u00e8me de r\u00e9adaptation et de partage de l\u2019habitat. Il n\u2019en va pas de m\u00eame pour les esp\u00e8ces exotiques (raton laveur, \u00e9cureuils et tortues am\u00e9ricaines, etc.). Un animal qui n\u2019a jamais v\u00e9cu ici ne devrait pas pouvoir s\u2019introduire dans ce milieu car c\u2019est un \u00e9quilibre fragile. Quand une esp\u00e8ce exotique met en danger une esp\u00e8ce locale, la question de les tirer ou de les g\u00e9rer pour \u00e9viter leur implantation est l\u00e9gitime.\u00bb<\/p>\n<h2>Un avenir incertain<\/h2>\n<p>La lutte pour la d\u00e9fense de la biodiversit\u00e9, donc des esp\u00e8ces indig\u00e8nes, passera par des choix de ce genre. Et, en cas d\u2019insucc\u00e8s, il faut imaginer que de v\u00e9ritables bouleversements seront possibles si on laissait la nature r\u00e9gler les flux migratoires de mani\u00e8re darwinienne.<\/p>\n<p>Sp\u00e9cialiste des insectes, Daniel Cherix \u00e9tablit la liste des minuscules arrivants qui pourraient semer une pagaille g\u00e9ante: une coccinelle chinoise peut donner un mauvais go\u00fbt au chasselas vaudois. Certains moustiques faciliteraient le retour de la malaria en Suisse. Enfin, une punaise am\u00e9ricaine, qui se nourrit de graines des pins, risque d\u2019affecter ces arbres en Valais&#8230;<\/p>\n<p>\u00abIl faudra choisir entre le pragmatisme, la d\u00e9fense de la biodiversit\u00e9 et l\u2019\u00e9thique&#8230;, note Cornelis Neet. Pour ne prendre qu\u2019un seul exemple: j\u2019ai v\u00e9cu des s\u00e9ances assez intenses \u00e0 propos du h\u00e9ron, du harle et du cormoran, avec des groupes d\u2019experts qui ont longuement cherch\u00e9 des compromis difficiles \u00e0 propos de certains oiseaux piscivores qui sont suffisamment pr\u00e9sents localement pour menacer des esp\u00e8ces de poissons rares. Faut-il laisser les oiseaux s\u2019installer? Faut-il en tirer quelques-uns? Dans les ann\u00e9es qui viennent, les d\u00e9bats vont devenir de plus en plus nourris, et les solutions de moins en moins nettes.\u00bb Sans parler des co\u00fbts des mesures qui seront n\u00e9cessaires pour mettre ces choix en application.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 qui devrait remettre le retour du loup \u00e0 sa juste place. Il n\u2019est que la partie visible (et encore, difficilement) d\u2019un probl\u00e8me plan\u00e9taire.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Jocelyn Rochat<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le retour du loup dans le canton de Vaud donne un coup de projecteur sur un ph\u00e9nom\u00e8ne de masse: l\u2019arriv\u00e9e de nombreuses esp\u00e8ces animales qui cherchent \u00e0 s\u2019installer dans les &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":158,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_analysis_target_kw":"","footnotes":""},"categories":[718,30],"tags":[43],"class_list":{"0":"post-1141","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"category-nature","7":"category-no-40","8":"tag-jocelyn-rochat"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1141","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/158"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1141"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1141\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1141"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1141"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1141"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}