{"id":11406,"date":"2020-08-21T08:25:10","date_gmt":"2020-08-21T06:25:10","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=11406"},"modified":"2020-09-02T11:05:09","modified_gmt":"2020-09-02T09:05:09","slug":"un-monde-virtuel-une-pollution-bien-reelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/un-monde-virtuel-une-pollution-bien-reelle\/","title":{"rendered":"Un monde virtuel, une pollution bien r\u00e9elle"},"content":{"rendered":"\r\n<p><em>Le num\u00e9rique pollue bien plus qu\u2019on l\u2019imagine. Solange Ghernaouti, sp\u00e9cialiste en cybers\u00e9curit\u00e9 \u00e0 l\u2019UNIL, d\u00e9voile la face cach\u00e9e de cette industrie \u00abpeu vertueuse\u00bb.\u00a0<\/em><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>On n\u2019y pense jamais quand on pianote sur son t\u00e9l\u00e9phone mobile. \u00c7a ne se voit pas quand on joue avec sa console ou qu\u2019on branche son t\u00e9l\u00e9viseur sur Netflix. C\u2019est \u00e9galement invisible quand on fait une recherche sur Google ou qu\u2019on trouve une nouvelle opportunit\u00e9 professionnelle sur LinkedIn. C\u2019est toujours impossible \u00e0 d\u00e9celer quand on stocke ses photos de vacances dans le Cloud et qu\u2019on regarde une vid\u00e9o sur YouTube. Enfin, \u00e7a ne fait aucun bruit suspect quand on \u00e9coute une playlist en streaming sur Spotify. Et pourtant, l\u2019industrie num\u00e9rique pollue.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>\u00c0 toutes les \u00e9tapes de ces technologies virtuelles, chez tous les acteurs de ce monde invisible, il y a des impacts qui, mis bout \u00e0 bout, finissent par peser lourd. Le num\u00e9rique pollue d\u2019abord au moment de la fabrication des \u00e9quipements. Il pollue encore avec l\u2019utilisation des r\u00e9seaux, ces fameuses autoroutes de l\u2019information. Il pollue avec les <em>data centers<\/em> qui captent et conservent les donn\u00e9es exp\u00e9di\u00e9es par tous les terminaux via les r\u00e9seaux. Et, en fin de vie, les \u00e9quipements num\u00e9riques co\u00fbteux deviennent des d\u00e9chets extr\u00eamement mal recycl\u00e9s.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"850\" height=\"1200\" class=\"wp-image-11348\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/07\/numerique_75_1.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/07\/numerique_75_1.jpg 850w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/07\/numerique_75_1-184x260.jpg 184w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/07\/numerique_75_1-768x1084.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/figure>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Un acc\u00e9l\u00e9rateur du changement climatique<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>\u00abLa soci\u00e9t\u00e9 civile s\u2019est empar\u00e9e de la th\u00e9matique de la transition \u00e9cologique. Les habitants s\u2019informent sur le bilan carbone des moyens de transport. Ils (re)d\u00e9couvrent une alimentation plus saine et plus respectueuse de l\u2019environnement, mais sommes-nous assez inform\u00e9s des enjeux et des cons\u00e9quences de nos pratiques num\u00e9riques?\u00bb, s\u2019interroge Solange Ghernaouti, professeure \u00e0 la Facult\u00e9 des Hautes \u00e9tudes commerciales de l\u2019UNIL. Selon la chercheuse qui intervient r\u00e9guli\u00e8rement sur le th\u00e8me de la transition num\u00e9rique et climatique et qui donne un cours intitul\u00e9 \u00abEcologie et num\u00e9rique\u00bb, \u00abnous ne savons pas \u00e0 quel point la num\u00e9risation de la soci\u00e9t\u00e9 et la fuite en avant technologique qui l\u2019accompagne impactent notre environnement, poursuit l\u2019experte en cybers\u00e9curit\u00e9. Pourtant l\u2019informatisation est un puissant acc\u00e9l\u00e9rateur du changement climatique.\u00bb<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Pour donner une id\u00e9e des co\u00fbts \u00e9nerg\u00e9tiques comme des besoins titanesques de cette industrie et de ses services, Solange Ghernaouti \u00e9voque volontiers \u00abGoogle, qui n\u2019est pas virtuel du tout, puisque cette firme d\u00e9ploie des infrastructures physiques, avec des fibres optiques, des satellites de communication et des <em>data centers<\/em>, ces centres de donn\u00e9es qu\u2019il faut alimenter et refroidir en permanence. Pour que tout cela fonctionne vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ce g\u00e9ant a besoin d\u2019environ 2,5 centrales nucl\u00e9aires \u00e0 lui tout seul!\u00bb<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Quel impact global?<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Des chercheurs ont essay\u00e9 de mesurer l\u2019impact global, non seulement de Google, mais de l\u2019ensemble de cette industrie num\u00e9rique. L\u2019exercice ressemble \u00e0 un \u00e9pisode de <em>Mission impossible<\/em>. Il pose des questions souvent insolubles, comme, par exemple, de savoir comment et \u00e0 combien on \u00e9value les allers-retours effectu\u00e9s par milliards de cartons exp\u00e9di\u00e9s et r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s par les nouveaux g\u00e9ants du commerce en ligne que sont l\u2019am\u00e9ricain Amazon, le chinois AliExpress et l\u2019allemand Zalando.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Les diverses tentatives de mesurer l\u2019impact global du num\u00e9rique ont donn\u00e9 des r\u00e9sultats sensiblement diff\u00e9rents. Ils d\u00e9pendent beaucoup des indicateurs pris en compte. Certains ont tenu compte des gros besoins de cette technologie en ressources naturelles non renouvelables (m\u00e9taux rares). D\u2019autres ont mesur\u00e9 les gaz \u00e0 effet de serre g\u00e9n\u00e9r\u00e9s (<em>ce serait 3,8% des \u00e9missions de toute l\u2019humanit\u00e9 selon l\u2019ADEME, voir l\u2019infographie ci-dessus<\/em>). D\u2019autres encore ont observ\u00e9 la consommation d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, en tenant compte des centrales nucl\u00e9aires et des centrales au charbon qui ont \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaires pour les produire (Greenpeace assure que le num\u00e9rique accapare 10 \u00e0 15% de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 mondiale).\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Certains se sont limit\u00e9s aux \u00e9missions mondiales de carbone (ce serait 1,5% de l\u2019ensemble, selon Carbon Brief). Et d\u2019autres enfin ont combin\u00e9 tout ou partie de ces donn\u00e9es. Selon plusieurs de ces travaux, l\u2019industrie num\u00e9rique pollue d\u00e9j\u00e0 autant que l\u2019aviation civile de la plan\u00e8te. Elle pourrait polluer demain autant que les automobiles. Un seul point de consensus: les analystes s\u2019accordent pour constater la \u00abcroissance explosive\u00bb du num\u00e9rique et pour nous pr\u00e9venir \u00abde la n\u00e9cessit\u00e9 de surveiller de pr\u00e8s ces technologies et ces services\u00bb (Carbon Brief).<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>\u00abPour appr\u00e9cier la place prise par le num\u00e9rique, on peut aussi regarder autour de soi et constater qu\u2019il y a de plus en plus d\u2019\u00e9crans et de personnes connect\u00e9es en permanence\u00bb, r\u00e9sume Solange Ghernaouti. \u00c0 ce compte, on d\u00e9couvre que le num\u00e9rique est d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9 de 34 milliards d\u2019\u00e9quipements (sans compter les accessoires tels que chargeurs, claviers, souris, cam\u00e9ras, cl\u00e9s USB, etc.) pour 4,1 milliards d\u2019utilisateurs, ce qui repr\u00e9sente une moyenne de 8 \u00e9quipements par personne. La masse de cet univers serait d\u00e9j\u00e0 \u00e9quivalente \u00e0 179 millions de voitures, assure Green IT, un think tank environnemental.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<figure class=\"wp-block-image size-large\">\r\n<figure id=\"attachment_11358\" aria-describedby=\"caption-attachment-11358\" style=\"width: 401px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-11358\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/07\/SolangeGhernaouti_75.jpg\" alt=\"\" width=\"401\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/07\/SolangeGhernaouti_75.jpg 401w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/07\/SolangeGhernaouti_75-174x260.jpg 174w\" sizes=\"auto, (max-width: 401px) 100vw, 401px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-11358\" class=\"wp-caption-text\">Solange Ghernaouti. Professeure \u00e0 la Facult\u00e9 des Hautes \u00e9tudes commerciales. Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\r\n<br \/>\r\n\r\n<\/figure>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Petits objets, grosse consommation<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Pour \u00eatre complet, il faudrait aussi \u00e9valuer les objets connect\u00e9s dont la croissance est exponentielle. Quasi inexistants il y a 10 ans, ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 19 milliards en 2019, et ils devraient passer \u00e0 quelque 48 milliards en 2025. On s\u2019attend \u00e9galement \u00e0 une autre hausse importante, celle des t\u00e9l\u00e9visions num\u00e9riques, connect\u00e9es \u00e0 un bo\u00eetier\/d\u00e9codeur, qui vont passer de 525 millions en 2010 \u00e0 1,2 milliard en 2025. Comme cette \u00e9volution sera, la plupart du temps, accompagn\u00e9e d\u2019un doublement de la taille des \u00e9crans, cela devrait augmenter la contribution d\u00e9j\u00e0 sensible des t\u00e9l\u00e9visions \u00e0 l\u2019empreinte globale du num\u00e9rique.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>La TV n\u2019est pas la seule \u00e0 avoir un impact environnemental. La box discr\u00e8te qui l\u2019accompagne, et qui reste g\u00e9n\u00e9ralement en veille toute la journ\u00e9e, a une consommation \u00e9lectrique comparable \u00e0 celle d\u2019un grand r\u00e9frig\u00e9rateur. Car la box TV consomme trois fois plus d\u2019\u00e9nergie que le t\u00e9l\u00e9viseur, quand la box internet consomme six fois plus, selon le magazine <em>60 millions de consommateurs<\/em>, qui conseille d\u2019\u00e9teindre ces installations quand il n\u2019y a personne \u00e0 la maison.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Blockchain, 5G, satellites&#8230;<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>\u00abEt vous n\u2019avez encore rien vu, promet Solange Ghernaouti. Parce qu\u2019il faudra bient\u00f4t ajouter \u00e0 cela l\u2019usage impos\u00e9 de technologies comme la <em>blockchain<\/em>, les cryptomonnaies, l\u2019intelligence artificielle, la 5G, ou encore des <em>smart cities<\/em>, de la sant\u00e9 connect\u00e9e, avec de nouveaux satellites plac\u00e9s en orbite pour assurer les connexions. Autant d\u2019\u00e9volutions technologiques qui vont rapidement aggraver le probl\u00e8me, parce qu\u2019elles sont gourmandes en \u00e9nergie et en mati\u00e8res premi\u00e8res non renouvelables.\u00bb\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>La <em>blockchain<\/em> (un proc\u00e9d\u00e9 de stockage d\u2019informations non modifiables, <em>ndlr<\/em>.), par exemple, \u00abconsomme beaucoup de ressources physiques et \u00e9nerg\u00e9tiques, pr\u00e9cise la sp\u00e9cialiste de l\u2019UNIL. Comme les autres usages du num\u00e9rique, cela d\u00e9gage des gaz \u00e0 effet de serre qui vont impacter le climat, et pourtant, cet aspect n\u2019est jamais pris en compte quand on parle de positionner la Suisse comme une cryptonation, ou lors de l\u2019un ou l\u2019autre de ces projets d\u2019innovation, dit de rupture, qui ont pourtant un impact climatique.\u00bb<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>L\u2019absence de pol\u00e9mique sur le bilan carbone et \u00e9cologique du num\u00e9rique surprend \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les compagnies a\u00e9riennes, les multinationales de l\u2019automobile, les agriculteurs, les grandes banques, la finance et m\u00eame les joueurs de tennis sont r\u00e9guli\u00e8rement somm\u00e9s d\u2019agir au nom de l\u2019urgence climatique. Comment expliquer que personne ne th\u00e9matise \u00abla honte\u00bb de changer son t\u00e9l\u00e9phone ou son ordinateur tous les deux ans ou celle de la surconsommation du num\u00e9rique?<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>\u00abC\u2019est parce que cette pollution est invisible, r\u00e9pond Solange Ghernaouti. Quand vous regardez un <em>smartphone<\/em>, vous voyez un bel objet au design \u00e9pur\u00e9, et vous ne voyez pas les mines de terres rares \u00e0 ciel ouvert qu\u2019il a fallu exploiter de mani\u00e8re tr\u00e8s polluante pour produire les dizaines de m\u00e9taux qu\u2019il contient. Vous ne voyez pas non plus les moyens de transport qui ont \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9s pour leur faire faire plusieurs fois le tour de la plan\u00e8te. Et vous ne voyez pas que ce t\u00e9l\u00e9phone a un fil \u00e0 la patte, qui le relie \u00e0 un r\u00e9seau de c\u00e2bles et de serveurs, \u00e0 des syst\u00e8mes d\u2019informations et centres informatiques bien r\u00e9els.\u00bb\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Cobalt, n\u00e9odyme, yttrium&#8230;<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Avec une dur\u00e9e de vie d\u2019un peu plus de 2ans, nos t\u00e9l\u00e9phones portables sont quasiment devenus des jetables. C\u2019est ennuyeux, parce que la fabrication d\u2019un <em>smartphone<\/em> repr\u00e9sente 80% de son empreinte environnementale. En effet, ce petit appareil est un gros consommateur de ressources naturelles non renouvelables. Il contient entre 40 et 60 m\u00e9taux diff\u00e9rents, dont la liste rappelle les heures de cours pass\u00e9es \u00e0 examiner le tableau de Mendele\u00efev. On y trouve du cobalt, du tungst\u00e8ne, du dysprosium, du pras\u00e9odyme, du n\u00e9odyme, du gallium, du germanium, du thallium, du tantale, de l\u2019indium, de l\u2019yttrium, mais aussi des m\u00e9taux plus connus comme l\u2019or, le cuivre, le zinc, le nickel, l\u2019\u00e9tain ou l\u2019arsenic (<em>voir l\u2019infographie ci-dessous)<\/em>.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Bon nombre de ces composants ont \u00e9t\u00e9 extraits dans des terres rares, dont l\u2019exploitation est r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9nonc\u00e9e par des experts en environnement. Et pourtant, malgr\u00e9 la raret\u00e9 de ces composants, le t\u00e9l\u00e9phone portable, n\u2019a qu\u2019une dur\u00e9e de vie tr\u00e8s limit\u00e9e, et les fabricants rivalisent d\u2019id\u00e9es pour nous pousser \u00e0 en changer le plus souvent possible.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>\u00abL\u2019industrie num\u00e9rique n\u2019est pas vertueuse, regrette Solange Ghernaouti. Ces appareils sont fragiles et \u00e9nergivores. Ils sont connect\u00e9s \u00e0 des applications et plateformes elles aussi \u00e9nergivores qui travaillent aussi de mani\u00e8re invisible et en permanence, ce qui explique que la batterie soit vide \u00e0 la fin de la journ\u00e9e\u00bb, assure la sp\u00e9cialiste en cybers\u00e9curit\u00e9 de l\u2019UNIL.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"873\" height=\"1200\" class=\"wp-image-11349\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/07\/numerique_75_2.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/07\/numerique_75_2.jpg 873w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/07\/numerique_75_2-189x260.jpg 189w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/07\/numerique_75_2-768x1056.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 873px) 100vw, 873px\" \/><\/figure>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>\u00abCe fonctionnement n\u2019a pas de sens\u00bb<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>\u00abL\u2019\u00e9conomie du num\u00e9rique est bas\u00e9e sur la captation constante des donn\u00e9es des utilisateurs et sur l\u2019imp\u00e9ratif de connexion permanente de ces derniers. La logique industrielle est de vendre des appareils de plus en plus puissants, et d\u2019inciter \u00e0 ne pas garder nos donn\u00e9es dans la m\u00e9moire de nos appareils, comme on le faisait auparavant, mais de les transmettre et les exp\u00e9dier dans le nuage \u2013 le <em>cloud<\/em>, un mot trompeur qui dissimule une infrastructure bien r\u00e9elle, source de pollution massive.\u00bb Dans le m\u00eame temps, parce qu\u2019il n\u2019y a pas de petit profit, les exploitants du nuage vont facturer le stockage des donn\u00e9es aux utilisateurs.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Car le Cloud n\u2019est pas plus virtuel ni propre que le reste de l\u2019industrie num\u00e9rique. Ce \u00abnuage\u00bb d\u00e9signe en r\u00e9alit\u00e9 des installations de stockage g\u00e9n\u00e9ralement am\u00e9ricaines, ou chinoises, ce qui peut aussi poser des probl\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Pour Solange Ghernaouti, \u00abce fonctionnement n\u2019a pas de sens!\u00bb Ce d\u2019autant plus que ces appareils co\u00fbteux, polluants et fragiles, victimes d\u2019obsolescence programm\u00e9e, ne font pas l\u2019objet d\u2019une \u00e9conomie circulaire ad\u00e9quate. On sait d\u00e9sormais que les mises \u00e0 jour ont notamment pour mission de ralentir le fonctionnement des <em>smartphones<\/em> pour pousser le consommateur \u00e0 en changer le plus souvent possible. \u00abNombre d\u2019\u00e9quipements \u00e9lectroniques ont une dur\u00e9e de vie tr\u00e8s limit\u00e9e, et que fait-on des vieux? Ils ne sont que tr\u00e8s mal recycl\u00e9s, alors qu\u2019ils contiennent des m\u00e9taux rares et pr\u00e9cieux et que leurs d\u00e9chets sont toxiques.\u00bb<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Selon l\u2019Union internationale des T\u00e9l\u00e9communications, ce sont 435000 tonnes de t\u00e9l\u00e9phones qui ont \u00e9t\u00e9 mises \u00e0 la poubelle en 2016, alors qu\u2019elles contenaient jusqu\u2019\u00e0 9,4 milliards d\u2019euros de mati\u00e8res premi\u00e8res. L\u2019UIT a encore calcul\u00e9 qu\u2019il y a d\u00e9sormais centfois plus d\u2019or dans une tonne de d\u00e9chets \u00e9lectroniques qu\u2019il n\u2019y en a dans une tonne de minerai d\u2019or.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Quant aux dizaines d\u2019autres m\u00e9taux qui composent un t\u00e9l\u00e9phone portable, beaucoup sont utilis\u00e9s en tr\u00e8s petites quantit\u00e9s. Ils ont souvent \u00e9t\u00e9 m\u00e9lang\u00e9s dans des alliages, et sont donc difficiles \u00e0 recycler. \u00c0 l\u2019heure actuelle, on estime \u00e0 20% le pourcentage des m\u00e9taux de nos ordinateurs et de nos portables qui sont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Prolonger, recycler, pr\u00e9server<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Que faire? \u00abLa premi\u00e8re chose, c\u2019est prendre conscience du probl\u00e8me, et de sensibiliser tous les acteurs, de se repr\u00e9senter la mat\u00e9rialit\u00e9 de nos usages num\u00e9riques\u00bb, r\u00e9pond Solange Ghernaouti. La sp\u00e9cialiste de l\u2019UNIL conseille de \u00abd\u00e9velopper des pratiques coh\u00e9rentes au regard des valeurs que nous souhaitons d\u00e9fendre, comme de prolonger la dur\u00e9e de vie des appareils, de recycler, de renoncer \u00e0 certains services ou encore d\u2019\u00e9dicter et faire respecter par les entreprises des normes compatibles avec la pr\u00e9servation de l\u2019environnement\u00bb. Une bonne nouvelle nous arrive de ce c\u00f4t\u00e9: l\u2019industrie du <em>smartphone<\/em> reconditionn\u00e9 (un appareil d\u2019occasion qui a \u00e9t\u00e9 remis \u00e0 neuf avant d\u2019\u00eatre revendu) p\u00e8se d\u00e9sormais 10% du volume total des ventes.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Solange Ghernaouti propose encore de mettre des consignes sur les appareils num\u00e9riques pour am\u00e9liorer leur recyclage. En revanche, la chercheuse de l\u2019UNIL ne d\u00e9fend pas l\u2019id\u00e9e de taxer les g\u00e9ants du num\u00e9rique, ou de voter des lois qui leur imposeraient des pratiques plus vertueuses en mati\u00e8re d\u2019obsolescence. \u00abComment voulez-vous contraindre des op\u00e9rateurs \u00e9trangers? Ce n\u2019est pas facile. Avant, il y avait des constructeurs en Europe, mais d\u00e9sormais, nous avons perdu la ma\u00eetrise de la fabrication des produits.\u00bb<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Plus largement, Solange Ghernaouti attire l\u2019attention sur de nouveaux cercles vicieux technologiques: \u00abPlus on utilise du num\u00e9rique, plus on produit de donn\u00e9es, plus on a besoin de les stocker, plus \u00e7a co\u00fbte en ressources et \u00e9nergie. Nous sommes de plus en plus d\u00e9pendants, on substitue de plus en plus d\u2019actions humaines par des actions automatis\u00e9es informatiques. M\u00eame dans les r\u00e9seaux de distribution, pour tout ce qui touche \u00e0 l\u2019\u00e9nergie, on a besoin d\u2019informatique pour les faire fonctionner. On s\u2019est mis dans une situation de verrou mortel, ou d\u2019interd\u00e9pendance cruciale.\u00bb Pour tenter de r\u00e9soudre ces probl\u00e8mes, la chercheuse de l\u2019UNIL propose des pistes comme \u00abla sobri\u00e9t\u00e9 num\u00e9rique\u00bb. Elle sugg\u00e8re de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce qui est important et \u00e0 ce qui ne l\u2019est pas dans nos pratiques. \u00ab\u00c0 l\u2019heure des urgences climatique et num\u00e9rique, est-il vraiment n\u00e9cessaire de faire une photo de son assiette et de la transmettre avant de manger? Faut-il voir autant de vid\u00e9os? Ne pas choisir entre les usages, c\u2019est prendre le risque que la finitude des ressources nous contraigne drastiquement nos vies.\u00bb<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>L\u2019\u00e9cologie du num\u00e9rique<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Solange Ghernaouti propose aussi de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 une \u00ab\u00e9cologie du num\u00e9rique\u00bb. Cela consiste \u00e0 \u00abrepenser tous les processus de cr\u00e9ation, de fabrication et de consommation du num\u00e9rique, compatibles avec le d\u00e9veloppement durable et la ma\u00eetrise des risques et crises environnementales et \u00e9cologiques. Faire et utiliser du moins polluant, opter pour du plus propre, de la d\u00e9croissance, des designs moins addictifs. Les usages sont le produit d\u2019un syst\u00e8me. Il faut r\u00e9glementer les m\u00e9canismes qui les g\u00e9n\u00e8rent. L\u2019auto-r\u00e9gulation comme le volontarisme des usagers ne suffisent pas.\u00bb\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Solange Ghernaouti plaide enfin pour une r\u00e9flexion globale: \u00abAvec le solutionisme technologique, il y a peu d\u2019anticipation, de vision \u00e0 long terme. Il manque le recul n\u00e9cessaire pour appr\u00e9cier les impacts soci\u00e9taux. Je fais volontiers l\u2019analogie avec l\u2019amiante qui, apr\u00e8s-guerre, apparaissait comme la solution miracle \u00e0 beaucoup de probl\u00e8mes. Puis il y a eu des morts et des malades, on y a renonc\u00e9 et on a d\u00e9samiant\u00e9. Peut-\u00eatre faudrait-il en faire autant avec le tout num\u00e9rique et commencer \u00e0 se d\u00e9num\u00e9riser, \u00e0 se d\u00e9Facebooker, d\u00e9Googliser, &#8230; mais serait-ce encore possible et \u00e0 quel prix?\u00bb \/<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le num\u00e9rique pollue bien plus qu\u2019on l\u2019imagine. 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