{"id":1129,"date":"2007-12-18T21:08:51","date_gmt":"2007-12-18T19:08:51","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=1129"},"modified":"2010-10-26T16:52:35","modified_gmt":"2010-10-26T14:52:35","slug":"le-noel-que-nous-connaissons-a-ete-imagine-bien-apres-jesus-christ","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/le-noel-que-nous-connaissons-a-ete-imagine-bien-apres-jesus-christ\/","title":{"rendered":"Le No\u00ebl que nous connaissons a \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9 bien apr\u00e8s J\u00e9sus-Christ"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2007\/12\/noel.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1171\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2007\/12\/noel.jpg\" alt=\"Le No\u00ebl que nous connaissons a \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9 bien apr\u00e8s J\u00e9sus-Christ\" width=\"530\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2007\/12\/noel.jpg 530w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2007\/12\/noel-300x147.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>Sans fondement historique, les figures les plus populaires de No\u00ebl (la cr\u00e8che, le b\u0153uf et l\u2019\u00e2ne, les Rois mages et l\u2019\u00e9toile) ne viennent souvent pas de la Bible. On les doit \u00e0 d\u2019astucieux \u00e9crivains et \u00e0 des textes apocryphes qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits entre deux et six si\u00e8cles apr\u00e8s la Nativit\u00e9! Les explications de deux chercheurs de l\u2019UNIL.<\/em><\/p>\n<p>Les trois mages? Une poign\u00e9e d\u2019astrologues tardivement transform\u00e9s en roi. Le 25 d\u00e9cembre? Une habilet\u00e9 politique. La grotte o\u00f9 se r\u00e9unissent bergers et moutons pour adorer le nouveau-n\u00e9 divin? Un truc litt\u00e9raire. Le b\u0153uf et l\u2019\u00e2ne qui r\u00e9chauffent le Messie de leur haleine bienveillante? Une astuce d\u2019interpr\u00e9tation. En un mot comme en cent: les figures chr\u00e9tiennes de No\u00ebl, qui ornent cr\u00e8ches d\u2019\u00e9glises et sapins familiaux, sont de pures constructions de l\u2019imaginaire. Et qui plus est, d\u2019un imaginaire qui le plus souvent ne vient pas de la Bible.<\/p>\n<h2>Une naissance sans importance<\/h2>\n<p>Prenons le Nouveau Testament et ses quatres \u00e9vangiles consacr\u00e9s \u00e0 la vie de J\u00e9sus: le plus ancien, l\u2019Evangile selon Marc, ne contient pas un mot sur la naissance de l\u2019enfant divin. Seuls Luc et Matthieu abordent le sujet: \u00abLes \u00e9crivains chr\u00e9tiens de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, quicomposent leurs \u0153uvres dans les ann\u00e9e 50-70, ne s\u2019interrogent absolument pas sur la naissance de J\u00e9sus, dit Fr\u00e9d\u00e9ric msler, professeur assistant en Facult\u00e9 de th\u00e9ologie et de sciences des religions de l\u2019UNIL. Paul, dans ses \u00e9p\u00eetres, ne s\u2019y int\u00e9resse pas. Marc commence par le bapt\u00eame de J\u00e9sus, puis raconte son minist\u00e8re, sa mort et sa r\u00e9surrection. Ce n\u2019est pas surprenant: le noyau dur de la  foi chr\u00e9tienne, \u00e0 cette \u00e9poque, c\u2019est la mort et la r\u00e9surrection. La naissance n\u2019a pas encore de valeur christologique. Elle ne correspond \u00e0 rien de symboliquement fort. Ce n\u2019est que vers les ann\u00e9es 80-90 que ce th\u00e8me appara\u00eet.\u00bb<\/p>\n<h2>Aucune trace de b\u0153uf, ni d\u2019\u00e2ne, ni de grotte<\/h2>\n<p>Les d\u00e9buts litt\u00e9raires de la nativit\u00e9 du Christ restent n\u00e9anmoins tr\u00e8s timides. Apr\u00e8s avoir \u00e9voqu\u00e9 l\u2019ange qui annonce \u00e0 Joseph la naissance du fils divin, l\u2019Evangile selon Matthieu se contente de situer la naissance du Christ \u00e0 Bethl\u00e9em, raconte bri\u00e8vement l\u2019histoire de mages venus d\u2019Orient, d\u2019une \u00e9toile qui les conduit au \u00ablieu o\u00f9 \u00e9tait l\u2019enfant\u00bb, puis des trois cadeaux qu\u2019ils apportent en signe d\u2019adoration.<\/p>\n<p>L\u2019Evangile selon Luc est encore moins bavard. Il pr\u00e9cise qu\u2019\u00e0 Bethl\u00e9em Marie coucha son nouveau-n\u00e9 \u00abdans une cr\u00e8che\u00bb, et raconte que des bergers s\u2019en furent l\u2019adorer, sans autre pr\u00e9cision. Aucune trace de b\u0153uf, ni d\u2019\u00e2ne, ni de grotte, ni d\u2019\u00e9table dans l\u2019un ou dans l\u2019autre de ces r\u00e9cits. Les mages de Matthieu ne sont ni rois ni d\u00e9nombr\u00e9s. Quant \u00e0 la date de naissance du Sauveur, on ne la donne tout simplement pas. Chez Luc, J\u00e9sus na\u00eet pendant un recensement qui a lieu durant le r\u00e8gne d\u2019un gouverneur de Syrie nomm\u00e9 Quirinius. Chez Matthieu, le Messie est contemporain du roi H\u00e9rode. Mais si l\u2019on suit l\u2019un ou l\u2019autre de ces rep\u00e8res, J\u00e9sus-Christ na\u00eetrait, selon les cas, en + 6 de son \u00e8re ou en -4 avant lui-m\u00eame.<\/p>\n<h2>Ainsi vint la grotte<\/h2>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, il faut attendre le IIe si\u00e8cle pour que la naissance du Christ prenne plus de place dans les \u00e9crits. En 180 appara\u00eet un nouveau r\u00e9cit, le Prot\u00e9vangile de Jacques. Son auteur y d\u00e9veloppe librement ce que Luc et Matthieu n\u2019ont qu\u2019esquiss\u00e9. Originellement intitul\u00e9 Nativit\u00e9 de Marie, le texte raconte en d\u00e9tail l\u2019histoire de cette derni\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 la naissance de son fils.<\/p>\n<p>On y retrouve la figure des bergers, la pr\u00e9sence de l\u2019\u00e9toile, le passage des mages. Pour la premi\u00e8re fois, la naissance de J\u00e9sus est situ\u00e9e dans une grotte, dans laquelle Joseph et Marie s\u2019arr\u00eatent sur le chemin de Bethl\u00e9em. Le texte s\u2019attarde aussi sur l\u2019accouchement et ses suites, avec des d\u00e9tails un peu scabreux. Juste apr\u00e8s la naissance de l\u2019enfant divin, une sage-femme v\u00e9rifie de sa main si Marie est encore vierge, comme il se doit lorsqu\u2019on accouche d\u2019un dieu.<\/p>\n<p>Bien que tax\u00e9 d\u2019apocryphe par l\u2019Eglise, le Prot\u00e9vangile de Jacques exerce une influence importante. Il nourrit la premi\u00e8re iconographie chr\u00e9tienne et participe \u00e0 l\u2019effort d\u2019\u00e9laboration de la doctrine chr\u00e9tienne men\u00e9 par les P\u00e8res de l\u2019Eglise d\u00e8s le IIe si\u00e8cle. Chercheuse en th\u00e9ologie \u00e0 l\u2019UNIL, Emmanuelle Steffek insiste sur le r\u00f4le de certains d\u2019entre eux pour les ic\u00f4nes de No\u00ebl: \u00abIr\u00e9n\u00e9e, Justin puis Orig\u00e8ne ont abondamment comment\u00e9 la nativit\u00e9 de J\u00e9sus. Ils se sont avant tout occup\u00e9s d\u2019\u00e9crire des trait\u00e9s de th\u00e9orie et de donner une port\u00e9e symbolique forte aux histoires qu\u2019ils connaissaient. Mais en d\u00e9veloppant leur th\u00e9ologie, ils ont aussi enrichi les r\u00e9cits d\u2019\u00e9l\u00e9ments nouveaux.\u00bb<\/p>\n<h2>Tous des apocryphes<\/h2>\n<p>Il faut cependant plusieurs si\u00e8cles suppl\u00e9mentaires pour que la sc\u00e8ne de No\u00ebl trouve d\u00e9finitivement sa place dans l\u2019orthodoxie chr\u00e9tienne. Au d\u00e9but du VIIe si\u00e8cle appara\u00eet en Occident un nouveau texte apocryphe, l\u2019Evangile dit du Pseudo-Matthieu. V\u00e9ritable r\u00e9\u00e9criture du Prot\u00e9vangile de Jacques auparavant proscrit, il remet son contenu au go\u00fbt du jour. Abondamment copi\u00e9, diffus\u00e9 dans tout l\u2019Occident, il assoit d\u00e9finitivement les ic\u00f4nes de No\u00ebl dans les \u00e9glises.<\/p>\n<p>Le texte n\u2019est pas int\u00e9gr\u00e9 dans le canon, mais les pr\u00e9dicateurs puisent abondamment dans ses r\u00e9cits et ses images. Rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 cela pour Fr\u00e9d\u00e9ric Amsler: \u00abCertains apocryphes prenaient plus d\u2019importance que les textes bibliques. Le Moyen-Age a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 un grand producteur d\u2019apocryphes. On en compte des dizaines. M\u00eame si on ne peut pas toujours la d\u00e9terminer, leur influence est \u00e9vidente.\u00bb<\/p>\n<p>La liste des textes qui ont apport\u00e9 leur grain de sel dans l\u2019imagerie de No\u00ebl n\u2019est ainsi pas termin\u00e9e. Emmanuelle Steffek et Fr\u00e9d\u00e9ric Amsler citent encore le Livre arm\u00e9nien de l\u2019enfance, le Livre des cavernes, le Livre de la nativit\u00e9 de Marie, le Livre arabe de l\u2019enfance de J\u00e9sus. Des textes apocryphes \u00e9crits entre le VIe et le Xe si\u00e8cle.<\/p>\n<h2>Sus aux gnostiques!<\/h2>\n<p>Mais comment comprendre qu\u2019un tel patchwork d\u2019influences non bibliques se soit impos\u00e9 comme une tradition officielle? Fr\u00e9d\u00e9ric Amsler et Emmanuelle Steffek avancent plusieurs explications. \u00abD\u2019une part, les premiers th\u00e9ologiens chr\u00e9tiens ont d\u00fb multiplier les arguments pour asseoir la nature divine de J\u00e9sus, dit Fr\u00e9d\u00e9ric Amsler. D\u2019autre part, \u00e0 partir de cette th\u00e9ologie savante, le motif de la naissance de J\u00e9sus a connu en Occident de tels d\u00e9veloppements populaires que les autorit\u00e9s eccl\u00e9siastiques n\u2019ont pas vraiment eu d\u2019autre choix que de les officialiser peu ou prou.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abL\u2019Eglise devait se d\u00e9finir par rapport \u00e0 une n\u00e9buleuse de courants qu\u2019elle consid\u00e9rait comme d\u00e9viants ou h\u00e9r\u00e9tiques, rassembl\u00e9s sous le terme de \u00abgnostiques\u00bb, dit Emmanuelle Steffek. A l\u2019\u00e9poque des P\u00e8res de l\u2019Eglise, tout \u00e9tait \u00e0 construire. Une bonne partie des id\u00e9es se sont \u00e9labor\u00e9es jusqu\u2019aux Ve et VIe si\u00e8cles. Mais ce n\u2019est qu\u2019au milieu du Moyen-Age que r\u00e9cits et images se sont d\u00e9finitivement fix\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<h2>\u00abPas de fondements historiques\u00bb<\/h2>\n<p>Auteurs d\u2019apocryphes et P\u00e8res de l\u2019Eglise se sont ainsi livr\u00e9s \u00e0 des prodiges de subtilit\u00e9 pour prouver leurs croyances. \u00abIls relisaient les textes anciens comme des annonces de ce qui s\u2019est pass\u00e9 ensuite, dit Fr\u00e9d\u00e9ric Amsler. Ils les interpr\u00e9taient pour d\u00e9montrer la naissance miraculeuse du Christ. Mais leurs commentaires faisaient dire \u00e0 la Bible juive ce qu\u2019elle ne disait pas \u00e0 l\u2019origine. Leurs textes sont des interpr\u00e9tations th\u00e9ologiques, \u00e9videmment sans aucun souci de fondements historiques.\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9, quelques fois, des raisonnements qui paraissent aujourd\u2019hui tir\u00e9s par les cheveux: \u00abOrig\u00e8ne \u00e9tait un grand sp\u00e9cialiste de la construction all\u00e9gorique, dit Emmanuelle Steffek. Il \u00e9tait capable de faire une lecture christologique de n\u2019importe quel texte.\u00bb Il est vrai que sa m\u00e9thode pour installer le b\u0153uf et l\u2019\u00e2ne aupr\u00e8s de l\u2019enfant J\u00e9sus tient de l\u2019exploit.<\/p>\n<h2>Ce qu\u2019on ne saura jamais<\/h2>\n<p>Reste encore \u00e0 savoir qui, des textes ou des croyances, \u00e9tait l\u00e0 en premier. Bibliques ou apocryphes, les r\u00e9cits et autres trait\u00e9s n\u2019ont peut-\u00eatre pas le poids qu\u2019on leur attribue, du moins dans la production d\u2019images populaires comme celles de No\u00ebl.<\/p>\n<p>\u00abA l\u2019origine, les textes n\u2019ont fait que mettre des croyances par \u00e9crit, dit Fr\u00e9d\u00e9ric Amsler. Ensuite, les textes ont aussi suscit\u00e9 des pratiques, et aujourd\u2019hui encore perdure un va-et-vient entre les pratiques et les r\u00e9cits ou contes de No\u00ebl. Au moment o\u00f9 s\u2019\u00e9crivent le Prot\u00e9vangile de Jacques ou le Pseudo-Matthieu, existaient sans doute d\u00e9j\u00e0 des pratiques religieuses particuli\u00e8res li\u00e9es \u00e0 la nativit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Les traces de ces derni\u00e8res sont cependant presque inexistantes. On ne saura donc jamais exactement d\u2019o\u00f9 viennent les rites de No\u00ebl&#8230; \u00abQuoi qu\u2019il en soit, conclut Fr\u00e9d\u00e9ric Amsler, ils illustrent une \u00e9tonnante capacit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er un monde symbolique, dont m\u00eame l\u2019Occident semble encore avoir besoin&#8230;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Pierre-Louis Chantre<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sans fondement historique, les figures les plus populaires de No\u00ebl (la cr\u00e8che, le b\u0153uf et l\u2019\u00e2ne, les Rois mages et l\u2019\u00e9toile) ne viennent souvent pas de la Bible. 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