{"id":1091,"date":"2009-04-17T19:11:41","date_gmt":"2009-04-17T17:11:41","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=1091"},"modified":"2012-05-15T16:38:39","modified_gmt":"2012-05-15T14:38:39","slug":"vincent-van-gogh-lame-damnee-de-la-peinture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/vincent-van-gogh-lame-damnee-de-la-peinture\/","title":{"rendered":"Vincent Van Gogh, l\u2019\u00e2me damn\u00e9e de la peinture"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_1915\" aria-describedby=\"caption-attachment-1915\" style=\"width: 530px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-1915\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2009\/04\/vangogh.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2009\/04\/vangogh.jpg 530w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2009\/04\/vangogh-300x147.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1915\" class=\"wp-caption-text\">Autoportrait d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Gauguin, par Vincent Van Gogh (1888)<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong><em>Depuis le 26 avril, le Kunstmuseum de B\u00e2le offre une r\u00e9trospective unique, r\u00e9unissant les paysages peints par Van Gogh tout au long de sa courte vie. Ces paysages ont beaucoup influenc\u00e9 son art et ils ont \u00e9galement permis \u00e0 cet esprit tourment\u00e9, solitaire, malade, de trouver, parfois, l\u2019harmonie. Plong\u00e9e dans sa folie avec deux chercheurs de l\u2019UNIL.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>On l\u2019a dit schizophr\u00e8ne, \u00e9pileptique, atteint d\u2019une m\u00e9ningo-enc\u00e9phalite tuberculeuse, d\u2019une tumeur c\u00e9r\u00e9brale, et m\u00eame de la maladie de M\u00e9ni\u00e8re, une pathologie chronique de l\u2019oreille interne. Depuis sa mort il y a plus d\u2019un si\u00e8cle, une bonne centaine d\u2019\u00e9tudes m\u00e9dicales se sont pench\u00e9es sur \u00able cas\u00bb Vincent Van Gogh. Pas moins d\u2019une trentaine de diagnostics ont \u00e9t\u00e9 pos\u00e9s pour comprendre la folie de ce g\u00e9nie de la peinture, de cette ic\u00f4ne dont les toiles fascinent aujourd\u2019hui autant que son destin tragique.<\/p>\n<h2>Suicid\u00e9 \u00e0 37 ans<\/h2>\n<p>Certains ont cru voir, et voient encore, dans les formes fragment\u00e9es, les coups de pinceau fr\u00e9n\u00e9tiques et hypnotiques, les perspectives d\u00e9form\u00e9es, les couleurs criardes, l\u2019expression de la violence int\u00e9rieure d\u2019un \u00eatre \u00e9gar\u00e9 aux fronti\u00e8res de la raison. Mais jusqu\u2019\u00e0 quel point peut-on comprendre l\u2019\u00e2me du peintre, suivre les m\u00e9andres tortueux de son esprit sans se perdre en conjectures extravagantes?<\/p>\n<p>Evidemment, Van Gogh s\u2019est suicid\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 37 ans, au terme d\u2019une vie secou\u00e9e de tourments et jalonn\u00e9e d\u2019internements en asiles psychiatriques. Sa vie d\u00e9marre d\u2019ailleurs, d\u00e8s les premiers instants, sous de douloureux auspices. Il est ce que les psychologues appellent un enfant de remplacement. Vincent porte en effet le pr\u00e9nom choisi par ses parents pour son fr\u00e8re, mort-n\u00e9 une ann\u00e9e \u00e0 peine avant qu\u2019il ne voie le jour.<\/p>\n<h2>Un jeune homme maladivement solitaire<\/h2>\n<p>Au fil des ann\u00e9es, il se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un jeune homme au temp\u00e9rament renferm\u00e9 et instable. Son caract\u00e8re impulsif et m\u00e9lancolique l\u2019isole tr\u00e8s rapidement. Cyclothymique, excentrique, il s\u2019av\u00e8re incapable de nouer des relations avec les autres, ni d\u2019ailleurs de subvenir r\u00e9ellement \u00e0 ses besoins. Tour \u00e0 tour commis dans une galerie d\u2019art, aide-instituteur, pr\u00e9dicateur aux \u00e9lans mystiques, c\u2019est son fr\u00e8re Th\u00e9o qui se chargera de lui faire parvenir tous les mois un peu d\u2019argent en Hollande, puis en France o\u00f9 il se consacre finalement enti\u00e8rement \u00e0 la peinture.<\/p>\n<p>Maladivement solitaire, Van Gogh caresse pourtant \u00e0 un moment le projet de r\u00e9unir, autour de lui en Provence, une communaut\u00e9 d\u2019artistes: les Emile Bernard, Toulouse-Lautrec ou Gauguin qu\u2019il a fr\u00e9quent\u00e9s lorsqu\u2019il vivait \u00e0 Paris. Mais son r\u00eave tourne court, le laissant plus seul au monde que jamais. Cette \u00e9preuve marque sans doute le d\u00e9but de sa plong\u00e9e vers la d\u00e9ch\u00e9ance psychique. C\u2019est le c\u00e9l\u00e8bre \u00e9pisode de l\u2019oreille coup\u00e9e qui alimente encore aujourd\u2019hui la l\u00e9gende.<\/p>\n<h2>Un coup de folie, et une bonne nuit de sommeil!<\/h2>\n<p>Install\u00e9 \u00e0 Arles, le jeune homme c\u00f4toie alors Gauguin, le seul \u00e0 avoir r\u00e9pondu \u00e0 son appel&#8230; Mais les deux peintres s\u2019entendent mal, au grand d\u00e9sespoir de Van Gogh qui, un soir, pris de folie, s\u2019entaille le lobe gauche avec un rasoir. Il enveloppe le morceau coup\u00e9 dans un mouchoir, avant de courir l\u2019amener \u00e0 une prostitu\u00e9e. Et de rentrer chez lui se coucher!<\/p>\n<p>\u00abJe n\u2019ose plus proposer \u00e0 d\u2019autres peintres de venir me rejoindre apr\u00e8s ce qui m\u2019est arriv\u00e9. Ils risquent de perdre la raison, comme moi\u00bb, \u00e9crit-il \u00e0 son fr\u00e8re quelques semaines plus tard. Depuis ce coup de folie, l\u2019artiste encha\u00eene des p\u00e9riodes de profonde d\u00e9prime et de violentes crises lors desquelles il se retrouve \u00e0 la merci d\u2019hallucinations, de pens\u00e9es morbides et parano\u00efaques. Intern\u00e9 sous la pression des habitants d\u2019Arles, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 36 ans, Van Gogh le sera ensuite de son plein gr\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises. Sans jamais cesser de peindre.<\/p>\n<h2>D\u2019autres peintres ont souffert de troubles mentaux<\/h2>\n<p>\u00abIl incarne l\u2019artiste maudit par excellence \u00bb, commente C\u00e9line Eidenbenz, assistante en histoire de l\u2019art \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne. Pour la jeune femme qui pr\u00e9pare une th\u00e8se interdisciplinaire en histoire de l\u2019art et histoire de la m\u00e9decine (\u00abExpression du d\u00e9s\u00e9quilibre. Repr\u00e9sentations de la folie et de l\u2019hyst\u00e9rie autour de 1900\u00bb), c\u2019est d\u2019ailleurs probablement une des principales raisons pour lesquelles on s\u2019int\u00e9resse autant \u00e0 lui aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>\u00abPlusieurs autres artistes ont souffert de troubles mentaux, ont \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9s ou se sont suicid\u00e9s, comme Mark Rothko ou Ernst Ludwig Kirchner. Mais on ne se pose pas autant de questions sur eux, sur la part de folie qui peut transpara\u00eetre dans leur peinture, poursuit-elle. Peut-\u00eatre est-ce parce que, en ce qui concerne Van Gogh, nous avons acc\u00e8s \u00e0 des informations de premi\u00e8re main, notamment sa riche correspondance avec son fr\u00e8re Th\u00e9o. Ses lettres offrent l\u2019illusion fascinante d\u2019une certaine proximit\u00e9 avec l\u2019artiste.\u00bb<\/p>\n<h2>Un portrait de la folie?<\/h2>\n<p>La folie de Van Gogh, l\u2019historienne de l\u2019art lausannoise essaie de la d\u00e9celer non pas dans son oeuvre, mais dans les portraits du peintre aux cheveux roux r\u00e9alis\u00e9s par d\u2019autres artistes contemporains. Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un regard absent restitu\u00e9 par Toulouse-Lautrec, ou de cette face simiesque et du cr\u00e2ne aplati r\u00e9alis\u00e9s par Gauguin pour \u00abLe peintre aux tournesols\u00bb, un tableau o\u00f9 l\u2019on voit, en plein travail, un Van Gogh hagard.<\/p>\n<p>\u00abA la fin du XIXe si\u00e8cle, plusieurs m\u00e9decins et artistes s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la visibilit\u00e9 de la folie, rappelle C\u00e9line Eidenbenz. On sait que Gauguin, comme Van Gogh d\u2019ailleurs, \u00e9tait sensible \u00e0 la phr\u00e9nologie et \u00e0 la physiognomonie, sciences qui lient les formes du cr\u00e2ne et les traits du visage \u00e0 certaines caract\u00e9ristiques psychologiques. Gauguin a d\u2019ailleurs insist\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises dans ses \u00e9crits sur la folie de son ami hollandais. A travers ce portrait de Van Gogh, il sugg\u00e8re surtout l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 de sa peinture d\u2019apr\u00e8s nature. Gauguin souhaitait d\u00e9passer la m\u00e9thode des impressionnistes et pr\u00f4nait une peinture de m\u00e9moire. Van Gogh s\u2019y est essay\u00e9, mais cela ne lui a pas convenu. La vision int\u00e9rieure propos\u00e9e par le symbolisme repr\u00e9sentait une menace pour l\u2019\u00e9quilibre de son \u00e9tat mental.\u00bb<\/p>\n<h2>Un autre diagnostic de ses troubles<\/h2>\n<p>Il est vrai que le peintre batave exil\u00e9 en France \u00e9tait pleinement conscient de son instabilit\u00e9 mentale. Une instabilit\u00e9 qui, except\u00e9 lors de ses crises, ne l\u2019a toutefois jamais emp\u00each\u00e9 de travailler. Au contraire, c\u2019est avec une \u00e9nergie cr\u00e9atrice incroyablement fertile que Van Gogh peint, m\u00eame lorsqu\u2019il est intern\u00e9. Durant les septante jours pass\u00e9s \u00e0 Auvers-sur- Oise, o\u00f9 il est soign\u00e9 par le Dr Gachet, il r\u00e9alise plus de quatre-vingts toiles!<\/p>\n<p>Cette hyperactivit\u00e9 ouvre la voie \u00e0 un autre diagnostic m\u00e9dical pos\u00e9 en 2005 par une \u00e9quipe de scientifiques du D\u00e9partement de neurologie et de psychiatrie du CHUV. D\u2019apr\u00e8s leurs conclusions, publi\u00e9es dans un recueil consacr\u00e9 aux d\u00e9sordres neurologiques d\u2019artistes c\u00e9l\u00e8bres, Van Gogh ne souffrait ni d\u2019\u00e9pilepsie ni de schizophr\u00e9nie, mais plus probablement d\u2019un trouble bipolaire. Une maladie caract\u00e9ris\u00e9e par d\u2019importants changements de l\u2019humeur, o\u00f9 se succ\u00e8dent les p\u00e9riodes de grande excitation et de m\u00e9lancolie profonde, entrecoup\u00e9es de phases plus stables. Ce que l\u2019on appelait commun\u00e9ment il y a quelques ann\u00e9es encore la psychose maniaco-d\u00e9pressive.<\/p>\n<h2>La nuit de Van Gogh<\/h2>\n<p>\u00abLes autres diagnostics se basent souvent sur un seul \u00e9l\u00e9ment marquant, par exemple l\u2019oreille coup\u00e9e ou les hallucinations, pour la schizophr\u00e9nie, voire m\u00eame sur aucune \u00e9vidence m\u00e9dicale, comme l\u2019\u00e9pilepsie, puisqu\u2019au fond jamais personne n\u2019a pu mettre la main sur des descriptions de crises convaincantes\u00bb, pr\u00e9cise le Dr Alexandre Berney, du Service de psychiatrie de liaison du CHUV et coauteur de l\u2019article \u00abUnderstanding Van Gogh\u2019s Night: bipolar disorder\u00bb.<\/p>\n<p>\u00abNous nous sommes appuy\u00e9s, au contraire, sur un ensemble de plusieurs sympt\u00f4mes: l\u2019alternance des phases d\u00e9pressives et des phases maniaques, ou plut\u00f4t hypomaniaques, soit un peu moins s\u00e9v\u00e8res dans ce cas-l\u00e0, et les \u00e9pisodes psychotiques, d\u2019hallucinations, de perte de contact avec la r\u00e9alit\u00e9, apparus \u00e0 la fin de la vie de Van Gogh. Tous les patients bipolaires ne souffrent pas forc\u00e9ment d\u2019\u00e9pisodes psychotiques, mais le c\u00f4t\u00e9 \u00e9volutif de la maladie est tr\u00e8s fr\u00e9quent. On peut penser que c\u2019est dans le cadre d\u2019une \u00e9volution d\u00e9favorable du trouble bipolaire que le peintre s\u2019est suicid\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Comportement en dents de scie, m\u00e9lancolie, irascibilit\u00e9, fr\u00e9n\u00e9sie cr\u00e9atrice, hallucinations, automutilation&#8230; Van Gogh pr\u00e9sente certains sympt\u00f4mes qui sugg\u00e8rent ce trouble affectif majeur touchant aujourd\u2019hui environ 1% de la population.<\/p>\n<h2>L\u2019influence de l\u2019absinthe<\/h2>\n<p>En effet, dans l\u2019abondante correspondance qu\u2019il a entretenue avec son fr\u00e8re Th\u00e9o durant vingt ans, l\u2019artiste foisonne d\u2019id\u00e9es et \u00e9voque largement ses \u00e9tats d\u2019\u00e2me et son anxi\u00e9t\u00e9 permanente. \u00abVan Gogh avait une conscience morbide de sa m\u00e9lancolie, une lucidit\u00e9 courante chez les personnes bipolaires\u00bb, rel\u00e8ve Alexandre Berney.<\/p>\n<h2>Des crises fr\u00e9quentes \u00e0 Arles<\/h2>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment sur ces centaines de lettres et les pr\u00e9cieuses informations qu\u2019elles contiennent que s\u2019est bas\u00e9e l\u2019\u00e9quipe de psychiatres et de neurologues du CHUV-UNIL. D\u2019autres \u00e9l\u00e9ments viennent appuyer leur th\u00e8se, notamment l\u2019alcool. On le sait, Van Gogh \u00e9tait un tr\u00e8s gros consommateur d\u2019absinthe. Or, rappelle le psychiatre, \u00abla moiti\u00e9 des personnes atteintes de trouble bipolaire abusent d\u2019alcool\u00bb.<\/p>\n<p>Facteurs g\u00e9n\u00e9tiques, autom\u00e9dication des malades qui tentent ainsi d\u2019att\u00e9nuer leur souffrance&#8230; Plusieurs hypoth\u00e8ses expliquent l\u2019association extr\u00eamement forte observ\u00e9e entre les deux. Reste que si la f\u00e9e Verte n\u2019a pas d\u00e9clench\u00e9 la maladie (puisque les sympt\u00f4mes maniacod\u00e9pressifs \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents chez le peintre avant qu\u2019il ne sombre dans l\u2019abus d\u2019alcool), elle a tr\u00e8s bien pu exacerber les crises qui l\u2019ont secou\u00e9 dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie.<\/p>\n<p>\u00abDurant son internement \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Saint-R\u00e9my, lit-on sous la plume des d\u00e9fenseurs de la th\u00e8se de la bipolarit\u00e9 de Van Gogh, toutes les crises psychotiques semblent avoir eu lieu lorsqu\u2019il quittait l\u2019\u00e9tablissement pour se rendre \u00e0 Arles. Une fois l\u00e0-bas, il est pratiquement certain qu\u2019il devait abuser de l\u2019alcool.\u00bb<\/p>\n<h2>Les troubles de la famille Van Gogh<\/h2>\n<p>Autre indice: les nombreux troubles mentaux, obsessionnels ou anxieux, recens\u00e9s dans l\u2019entourage proche du peintre. Les personnes bipolaires baignent en effet g\u00e9n\u00e9ralement dans un environnement familial marqu\u00e9 par une surrepr\u00e9sentation de troubles du m\u00eame type ou de cas de d\u00e9pression. Et \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, la famille Van Gogh n\u2019est pas en reste. Si Th\u00e9o souffrait d\u2019\u00e9tats d\u00e9pressifs, sa soeur Wilhelmina a \u00e9t\u00e9 intern\u00e9e pendant une trentaine d\u2019ann\u00e9es, alors qu\u2019il semble qu\u2019un autre de ses fr\u00e8res, Cornelius, se soit lui aussi suicid\u00e9.<\/p>\n<p>A ceci s\u2019ajoutent les troubles du sommeil, typiques des patients bipolaires qui, durant ces phases maniaques de grande agitation, peuvent ne pas dormir, \u00e0 l\u2019instar de Van Gogh, qui peignait souvent des nuits enti\u00e8res.<\/p>\n<h2>L\u2019influence de la lumi\u00e8re<\/h2>\n<p>Mais le peintre \u00e9tait peut-\u00eatre \u00e9galement influenc\u00e9 par la lumi\u00e8re, cette lumi\u00e8re du sud de la France, qui lui \u00e9tait si ch\u00e8re. Force est de constater que sa production artistique semble avoir \u00e9t\u00e9 dop\u00e9e&#8230; au printemps et en \u00e9t\u00e9! \u00abPour certains patients, l\u2019effet de la saisonnalit\u00e9 est frappant, note Alexandre Berney. Il est possible qu\u2019il peign\u00eet plus durant ces p\u00e9riodes parce qu\u2019il \u00e9tait moins d\u00e9prim\u00e9 ou alors parce qu\u2019il se trouvait dans une phase maniaque.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abEn fin de compte, rel\u00e8ve le psychiatre, nous n\u2019avons pas de certitude, mais beaucoup d\u2019arguments qui vont dans le sens d\u2019un trouble schizo-affectif bipolaire. Que Van Gogh ait eu un trouble mental, cela fait assez peu de doute.\u00bb<\/p>\n<h2>La maladie peut booster la cr\u00e9ativit\u00e9<\/h2>\n<p>Pour autant, sa folie \u00e9tait-elle intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 son g\u00e9nie cr\u00e9atif? A-telle sublim\u00e9 sa communion avec la nature? M\u00e9dicalement, le lien n\u2019est pas incongru. La maladie peut, dans certains cas, booster la cr\u00e9ativit\u00e9. \u00abSi les cycles entre les \u00e9pisodes d\u00e9pressifs et maniaques sont tr\u00e8s rapides, non. Mais lorsque le trouble est d\u2019intensit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e, le malade passe par des phases d\u2019hyperactivit\u00e9 lors desquelles il est rempli d\u2019une grande \u00e9nergie et fait preuve d\u2019une certaine d\u00e9sinhibition, ce qui peut effectivement aider \u00e0 la cr\u00e9ation\u00bb, analyse Alexandre Berney.<\/p>\n<p>Pour C\u00e9line Eidenbenz, la folie fait surtout partie du \u00abmythe de l\u2019artiste\u00bb. Aux yeux de l\u2019historienne de l\u2019art de l\u2019UNIL, une chose est s\u00fbre: la peinture avait, pour Van Gogh, des vertus th\u00e9rapeutiques: \u00abIl disait que c\u2019\u00e9tait un paratonnerre contre la maladie. D\u2019ailleurs, il ne peignait pas durant ses acc\u00e8s de d\u00e9lire.\u00bb<\/p>\n<h2>La qu\u00eate de la paix int\u00e9rieure<\/h2>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 nous croyons d\u00e9tecter l\u2019insondable calvaire, voire la transe du peintre, c\u2019est peut-\u00eatre la qu\u00eate de l\u2019harmonie, de cette paix int\u00e9rieure que son esprit lui refusait, qu\u2019il faudrait voir. \u00abChez Van Gogh, il y a souvent contradiction entre notre perception de l\u2019oeuvre et l\u2019intention de l\u2019artiste, reconna\u00eet C\u00e9line Eidenbenz. Prenez le c\u00e9l\u00e8bre tableau de sa chambre \u00e0 Arles. On y per\u00e7oit volontiers un sentiment d\u2019agitation, d\u2019oppression, alors qu\u2019il y voyait le repos absolu.\u00bb<\/p>\n<p>M\u00eame ambigu\u00eft\u00e9 avec le \u00abChamp de bl\u00e9 aux corbeaux\u00bb, une des derni\u00e8res toiles du ma\u00eetre, que l\u2019on consid\u00e8re souvent comme son tableau testament. Le ciel sombre et mena\u00e7ant, les trois chemins qui se perdent dans les champs, les corbeaux noirs comme une proph\u00e9tie sinistre: tout y sugg\u00e8re le d\u00e9sespoir. \u00abEn \u00e9voquant cette toile, rappelle C\u00e9line Eidenbenz, Van Gogh \u00e9voque la tristesse et la solitude extr\u00eame, mais aussi la sant\u00e9 et la force que lui inspire la campagne&#8230;\u00bb C\u2019est finalement au beau milieu d\u2019un de ces champs qu\u2019il aimait tant que l\u2019artiste s\u2019est tir\u00e9 une balle en pleine poitrine.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Genevi\u00e8ve Comby<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis le 26 avril, le Kunstmuseum de B\u00e2le offre une r\u00e9trospective unique, r\u00e9unissant les paysages peints par Van Gogh tout au long de sa courte vie. 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