{"id":10334,"date":"2020-01-22T14:14:51","date_gmt":"2020-01-22T12:14:51","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=10334"},"modified":"2020-01-22T15:19:57","modified_gmt":"2020-01-22T13:19:57","slug":"quand-le-pays-de-vaud-jouait-dans-la-cour-des-grands","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/quand-le-pays-de-vaud-jouait-dans-la-cour-des-grands\/","title":{"rendered":"Quand le Pays de Vaud jouait dans la Cour des grands"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_10235\" aria-describedby=\"caption-attachment-10235\" style=\"width: 442px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-10235\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/01\/vaud_1_74.jpg\" alt=\"\" width=\"442\" height=\"590\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/01\/vaud_1_74.jpg 442w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/01\/vaud_1_74-195x260.jpg 195w\" sizes=\"auto, (max-width: 442px) 100vw, 442px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-10235\" class=\"wp-caption-text\">Alexandre et Constantin, fils de Paul Ier et petits-fils de Catherine II. Le Vaudois Fr\u00e9d\u00e9ric-C\u00e9sar de La Harpe fut leur pr\u00e9cepteur. Peinture de Richard Brompton (1781), conserv\u00e9e au Mus\u00e9e de l\u2019Ermitage de Saint-P\u00e9tersbourg<br \/>\u00a9 akg-images<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Des ann\u00e9es 1760 jusqu\u2019au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, la Suisse romande et la Russie imp\u00e9riale ont entretenu un lien particulier. L\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019imp\u00e9ratrice Catherine II pour notre coin de pays, l\u2019amiti\u00e9 entre Fr\u00e9d\u00e9ric-C\u00e9sar de La Harpe et le (futur) tsar Alexandre Ier ainsi qu\u2019une fili\u00e8re p\u00e9dagogique ont jet\u00e9 des ponts entre deux mondes que pourtant tout opposait. Texte David Spring<\/em><\/p>\n<p><strong>I. Le g\u00e9n\u00e9ral recrute<\/strong><\/p>\n<p>Ao\u00fbt 1765. Un myst\u00e9rieux personnage inqui\u00e8te les Autorit\u00e9s genevoises et bernoises. Comme le r\u00e9sume un proc\u00e8s-verbal du Petit Conseil de Gen\u00e8ve (\u00e9quivalent du Conseil d\u2019\u00c9tat), \u00able Sr Bullau Colonnel Major au Service de S.M. l\u2019Imperatrice de Russie devoit arriver en cette ville avec charge d\u2019engager des Demoiselles des Domestiques &amp; des ouvriers de diff\u00e9rentes Profession pour les emmener en Russie [&#8230;]\u00bb<\/p>\n<p>Mandat\u00e9 par Catherine II, imp\u00e9ratrice de Russie depuis 1762, l\u2019officier v\u00e9t\u00e9ran Franz von B\u00fclow arpente en effet les terres romandes. Mais \u00able contexte est d\u00e9favorable. Les Autorit\u00e9s ne souhaitent pas le d\u00e9part des habitants, par crainte d\u2019une perte de main-d\u2019\u0153uvre et du d\u00e9peuplement\u00bb, explique Anne-Laure Sabatier. Cette \u00e9tudiante a soutenu l\u2019\u00e9t\u00e9 pass\u00e9 son m\u00e9moire de master en Lettres sur cette campagne de recrutement jusqu\u2019alors m\u00e9connue.<\/p>\n<p>Des artisans qualifi\u00e9s sont certes requis pour coloniser les immensit\u00e9s russes. Mais Catherine II cherche \u00e9galement des femmes de bonne famille, \u00e9duqu\u00e9es mais d\u00e9sargent\u00e9es, notamment pour le Corps des Cadets de Saint-P\u00e9tersbourg. Cette \u00e9cole militaire, qui forme les enfants de la noblesse, a besoin de domestiques et de gouvernantes francophones. Rappelons que l\u2019imp\u00e9ratrice, passionn\u00e9e par les id\u00e9es des Lumi\u00e8res bien qu\u2019autocrate, a correspondu avec Voltaire et Diderot en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 un patient travail en archives, Anne-Laure Sabatier pr\u00e9sente en d\u00e9tail le parcours de von B\u00fclow \u00e0 travers le pays de Vaud dans son m\u00e9moire. M\u00e9contentes, les Autorit\u00e9s bernoises et genevoises le suivent \u00e0 la trace de Nyon \u00e0 Payerne. \u00abLes informations \u00e0 son sujet circulent vite. Les baillis interrogent plusieurs fois l\u2019envoy\u00e9 de l\u2019imp\u00e9ratrice, qui rechigne \u00e0 r\u00e9pondre et leur laisse une mauvaise impression\u00bb, compl\u00e8te l\u2019\u00e9tudiante. Il est signifi\u00e9 \u00e0 l\u2019officier de cesser sa mission.<\/p>\n<p>Le d\u00e9sob\u00e9issant von B\u00fclow, accompagn\u00e9 de son \u00e9pouse, continue plus ou moins discr\u00e8tement sa qu\u00eate. \u00abLe g\u00e9n\u00e9ral claironne qu\u2019il cherche du personnel dans les auberges et engage plusieurs interm\u00e9diaires locaux charg\u00e9s de recruter\u00bb, d\u00e9taille Anne-Laure Sabatier. L\u2019homme poss\u00e8de une liasse de contrats-type r\u00e9dig\u00e9s en fran\u00e7ais, qu\u2019il ne reste qu\u2019\u00e0 dater et signer. Il remporte un certain succ\u00e8s, car le d\u00e9nuement qui r\u00e8gne alors pousse les Romands \u00e0 l\u2019exil.<\/p>\n<p>Les Autorit\u00e9s arr\u00eatent deux convois en partance pour la Russie les 11 et 13 septembre 1765, \u00e0 Rolle et \u00e0 Morat. Certains engag\u00e9s sont lib\u00e9r\u00e9s, mais d\u2019autres subissent une punition. Ainsi, la Lausannoise Anne Courlat est envoy\u00e9e en maison de correction.<\/p>\n<p>Von B\u00fclow, expuls\u00e9, s\u2019indigne. Le ministre russe des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Nikita Panine, menace \u00abde supprimer tous les privil\u00e8ges des ressortissants suisses \u00e9tablis en Russie\u00bb. Dans une missive \u00e0 Dimitri Galitzine, ambassadeur russe \u00e0 Paris, Voltaire critique le Petit Conseil de Gen\u00e8ve et estime que \u00abtrois ou quatre\u00bb de ses membres \u00abne sont bons qu\u2019\u00e0 jeter au lac.\u00bb Berne c\u00e8de en janvier 1766 et autorise d\u2019autres campagnes de recrutement, \u00e0 condition qu\u2019elles ne soient plus men\u00e9es par l\u2019officier.<\/p>\n<figure id=\"attachment_10236\" aria-describedby=\"caption-attachment-10236\" style=\"width: 476px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-10236\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/01\/vaud_2_74.jpg\" alt=\"\" width=\"476\" height=\"590\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/01\/vaud_2_74.jpg 476w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/01\/vaud_2_74-210x260.jpg 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 476px) 100vw, 476px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-10236\" class=\"wp-caption-text\">La Harpe. Le c\u00e9l\u00e8bre portrait de l\u2019homme politique et pr\u00e9cepteur vaudois peint par Jacques Pajou (huile sur toile de 1803). \u00a9 Coll. du Mus\u00e9e Historique Lausanne, original expos\u00e9 au Mus\u00e9e Historique Lausanne<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>II. 1783 Le Vaudois et les grands-ducs<\/strong><\/p>\n<p>\u00abP\u00e9tersbourg est la plus belle ville que j\u2019aie vu\u00bb. Voici ce qu\u2019\u00e9crit Fr\u00e9d\u00e9ric-C\u00e9sar de La Harpe \u00e0 son ami Henri Monod, en mars 1783. Gr\u00e2ce au soutien d\u2019un favori de Catherine II, Alexandre Lansko\u00ef, l\u2019avocat vaudois d\u00e9croche une place de \u00abcavalier\u00bb aupr\u00e8s du jeune Alexandre. N\u00e9 six ans plus t\u00f4t, ce petit-fils de Catherine II deviendra tsar en 1801. \u00abLa Harpe est charg\u00e9 d\u2019accompagner le grand-duc partout, en lui parlant fran\u00e7ais. C\u2019est ainsi qu\u2019il entre \u00e0 la Cour et entame sa carri\u00e8re de pr\u00e9cepteur, d\u00e8s 1784\u00bb, d\u00e9taille Dani\u00e8le Tosato-Rigo, professeure en <a href=\"https:\/\/unil.ch\/hist\">Section d\u2019histoire<\/a>. Gr\u00e2ce \u00e0 un plan d\u2019\u00e9ducation soigneusement ficel\u00e9, le natif de Rolle a su en effet convaincre la souveraine de sa comp\u00e9tence \u00e0 enseigner. Alexandre et son jeune fr\u00e8re Constantin (1779-1831) lui sont confi\u00e9s. Ce n\u2019est qu\u2019un d\u00e9but. En 1790, les neuf petits-enfants de l\u2019imp\u00e9ratrice comptent des pr\u00e9cepteurs et des gouvernantes d\u00e9barqu\u00e9s de Suisse romande. Les raisons de ce succ\u00e8s sont expos\u00e9es dans l\u2019ouvrage <em>L\u2019appel de l\u2019Est<\/em>.<\/p>\n<p>Catherine II, qui a lu les \u0153uvres de Jean-Jacques Rousseau, se passionne pour les questions \u00e9ducatives et s\u2019implique personnellement dans la formation de ses descendants. Les Suisses v\u00e9hiculent une image de simplicit\u00e9 et de sobri\u00e9t\u00e9, accentu\u00e9e par leur culture protestante. R\u00e9publicains (ce qui \u00e0 l\u2019\u00e9poque ne signifie pas d\u00e9mocrate), mais pas r\u00e9volutionnaires, ils n\u2019inqui\u00e8tent pas la noblesse (tout au moins avant 1798). De plus, la litt\u00e9rature de voyage de l\u2019\u00e9poque vante les paysages et le peuple de l\u2019Helv\u00e9tie. Enfin, les Suisses eux-m\u00eames doivent souvent \u00e9migrer pour fuir la pauvret\u00e9.<\/p>\n<p class=\"p1\"><strong>III. 1784 L\u2019\u00e9ducation d\u2019un prince<\/strong><\/p>\n<p>Comment forme-t-on un jeune prince pour qu\u2019il devienne un monarque \u00e9clair\u00e9? Doctorant en Section d\u2019histoire, Matthieu Cl\u00e9ment consacre sa th\u00e8se \u00e0 ce sujet, dans le cadre d\u2019un projet soutenu par le <a href=\"https:\/\/p3.snf.ch\/project-163860\">Fonds national suisse.<\/a> \u00abL\u2019Histoire, et en particulier celle de l\u2019Antiquit\u00e9, occupe une place centrale dans l\u2019enseignement\u00bb, explique le chercheur.<\/p>\n<p>La Harpe s\u2019appuie par exemple sur Edward Gibbon et son Histoire de la d\u00e9cadence et de la chute de l\u2019Empire romain. L\u2019esprit de l\u2019enfant \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9 alors comme une page blanche, il convient \u00abde lui imprimer rapidement de bons exemples de monarques, ajoute Matthieu Cl\u00e9ment. Les empereurs romains du IIe si\u00e8cle, comme Nerva, Trajan, Hadrien et surtout Marc Aur\u00e8le, constituent des mod\u00e8les pour Alexandre.\u00bb Pourquoi? \u00abLa Harpe les consid\u00e8re comme des souverains au pouvoir autocratique fort, mais utilis\u00e9 de mani\u00e8re sage et dans un but r\u00e9formiste, le tout dans les fronti\u00e8res d\u2019un vaste empire h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne.\u00bb Le parall\u00e8le avec la Russie de la fin du XVIIIe si\u00e8cle saute aux yeux.<\/p>\n<p>Dans les archives russes que Matthieu Cl\u00e9ment a consult\u00e9es, l\u2019on trouve une abondante documentation sur la formation du futur tsar. Le programme effraie un peu. \u00abParmi les premiers textes qu\u2019Alexandre a \u00e9crits, en fran\u00e7ais, j\u2019ai trouv\u00e9 sur la m\u00eame page des phrases comme \u201cJ\u2019ai faim\u201c, \u201cj\u2019ai soif\u201c et&#8230; \u201cSolon l\u00e9gislateur d\u2019Ath\u00e8nes\u201c\u00bb, note le doctorant. Plus tard, le pr\u00e9cepteur lui demande de traduire des passages de Gibbon de l\u2019anglais au fran\u00e7ais!<\/p>\n<p>Exigeant, La Harpe n\u2019a pas la t\u00e2che facile. La discipline n\u2019est pas de tout repos: \u00abAlexandre est indolent alors que son cadet Constantin est p\u00e9tulant\u00bb, comme le r\u00e9sume Dani\u00e8le Tosato-Rigo. Le Rollois doit r\u00e9guli\u00e8rement rendre compte des progr\u00e8s de ses \u00e9l\u00e8ves \u00e0 ses sup\u00e9rieurs. Les sources montrent que Catherine II elle-m\u00eame les a lus et montr\u00e9s \u00e0 des diplomates \u00e9trangers.<\/p>\n<p>Enfin, \u00abLa Harpe est pris dans des conceptions contradictoires. Une p\u00e9dagogie moderne implique de ne pas consid\u00e9rer les enfants comme des adultes en r\u00e9duction et donc de leur laisser le temps d\u2019apprendre, dans un esprit socratique. Mais il convient aussi de produire rapidement des impressions positives sur ces esprits qui ne restent pas mall\u00e9ables longtemps et de leur fournir le bagage intellectuel n\u00e9cessaire \u00e0 leur futur r\u00f4le de monarques \u00e9clair\u00e9s\u00bb, souligne Matthieu Cl\u00e9ment.<\/p>\n<figure id=\"attachment_10237\" aria-describedby=\"caption-attachment-10237\" style=\"width: 440px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-10237\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/01\/vaud_3_74.jpg\" alt=\"\" width=\"440\" height=\"590\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/01\/vaud_3_74.jpg 440w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/01\/vaud_3_74-194x260.jpg 194w\" sizes=\"auto, (max-width: 440px) 100vw, 440px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-10237\" class=\"wp-caption-text\">Jeanne Huc-Mazelet. Gouvernante aupr\u00e8s de la grande-duchesse Marie. \u00c9cole suisse, XIXe si\u00e8cle.<br \/>\u00a9 Collection priv\u00e9e<\/figcaption><\/figure>\n<p class=\"p1\"><strong>IV. 1790 De Morges \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg<\/strong><\/p>\n<p>Par le jeu des recommandations, d\u2019autres Romands font leur entr\u00e9e \u00e0 la Cour de Russie, apr\u00e8s un p\u00e9nible voyage qui peut durer trois mois. Ainsi, les Morgiennes Jeanne Huc-Mazelet et Esther Monod d\u00e9crochent des postes de gouvernantes, aupr\u00e8s des grandes-duchesses Marie et H\u00e9l\u00e8ne, petites s\u0153urs d\u2019Alexandre. Elles accompagnent \u00ableurs\u00bb princesses du matin au soir, et donc \u00abpassent davantage de temps avec elles que leurs parents, jouant un r\u00f4le important dans leur d\u00e9veloppement intellectuel gr\u00e2ce aux lectures qu\u2019elles partagent, et \u00e0 de multiples exercices d\u2019\u00e9criture qu\u2019elles corrigent inlassablement\u00bb, remarque Dani\u00e8le Tosato-Rigo.<\/p>\n<p>Les archives consult\u00e9es par les chercheurs de l\u2019UNIL contiennent nombre de petits billets r\u00e9dig\u00e9s \u2013 en fran\u00e7ais bien s\u00fbr \u2013 par les grandes-duchesses \u00e0 l\u2019intention de leurs gouvernantes. Certains, tr\u00e8s touchants, prouvent que les Vaudoises font partie du cercle des intimes. Malgr\u00e9 cela, la vie dans le faste de la Cour n\u2019est pas facile. Les pr\u00e9cepteurs et les gouvernantes n\u2019ont que peu de libert\u00e9. Le courrier est surveill\u00e9, les cong\u00e9s restent rares et le mal du pays, sans parler du climat, met le moral des Helv\u00e8tes \u00e0 rude \u00e9preuve. Jeanne Huc-Mazelet n\u2019a pas eu l\u2019autorisation de rentrer en Suisse pour revoir sa m\u00e8re avant la mort de cette derni\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>V.\u00a0<span class=\"s1\">1795 La valse aux adieux<\/span><\/strong><\/p>\n<p>En principe, le travail des pr\u00e9cepteurs et des gouvernantes s\u2019arr\u00eate au moment des \u00e9pousailles de leurs \u00e9l\u00e8ves. Pour La Harpe, le coup est dur. Alexandre, \u00e0 qui il est tr\u00e8s attach\u00e9, se marie en 1793. D\u00e8s lors, le temps consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019enseignement se r\u00e9duit encore. S\u2019il obtient la permission de poursuivre sa t\u00e2che pendant deux ans encore, le Rollois gardera toute sa vie l\u2019impression de ne pas l\u2019avoir termin\u00e9e. Ce mariage n\u2019est pas la seule raison du d\u00e9part de La Harpe, qui s\u2019installe \u00e0 Genthod en 1795. \u00abUne source russe fiable nous apprend que le grand-duc Constantin a vivement souhait\u00e9 \u00eatre d\u00e9barrass\u00e9 de son pr\u00e9cepteur, dont il ne supportait pas les exigences\u00bb, r\u00e9v\u00e8le Dani\u00e8le Tosato-Rigo.<\/p>\n<p>Avant de partir, La Harpe laisse \u00abune consid\u00e9rable bibliographie d\u2019ouvrages, principalement d\u2019histoire, dans l\u2019espoir qu\u2019Alexandre les lise. De plus, dans une longue lettre dat\u00e9e du 6 avril 1795, et conserv\u00e9e \u00e0 la Biblioth\u00e8que cantonale et universitaire, le Rollois lui prodigue une liste de conseils\u00bb, note Matthieu Cl\u00e9ment.<\/p>\n<p>En 1796, Catherine II meurt et son fils Paul Ier, qu\u2019elle avait mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart, lui succ\u00e8de. Le temps se g\u00e2te pour les pr\u00e9cepteurs et les gouvernantes. L\u2019imp\u00e9ratrice Marie Feodorovna se m\u00eale de pr\u00e8s de l\u2019\u00e9ducation de ses enfants. Le choix des lectures, auparavant laiss\u00e9 \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation des p\u00e9dagogues, est impos\u00e9.<\/p>\n<p>De plus, les aimables Suisses sentent le soufre. La r\u00e9volution de 1789 avait d\u00e9j\u00e0 sem\u00e9 le trouble \u00e0 la Cour russe. Mais la cr\u00e9ation de la R\u00e9publique helv\u00e9tique en 1798, et l\u2019occupation du pays par les troupes fran\u00e7aises, leur taillent un costume de jacobins. Paul Ier interdit \u00e0 son fils Alexandre de correspondre avec La Harpe et exige un serment de fid\u00e9lit\u00e9 de la part des pr\u00e9cepteurs et des gouvernantes.<\/p>\n<p>Dans un article r\u00e9cent, Dani\u00e8le Tosato-Rigo raconte comment, en 1799, les pr\u00e9cepteurs suisses David-Louis Du Puget et Jean-Victor Sybourg sont exil\u00e9s en Sib\u00e9rie (oui, d\u00e9j\u00e0) pour avoir entretenu une correspondance avec La Harpe. Ce dernier si\u00e8ge alors au Directoire de la R\u00e9publique helv\u00e9tique. M\u00eame si la punition ne dure pas longtemps, l\u2019affaire inqui\u00e8te les Suisses de la Cour, comme Esther Monod et Jeanne Huc-Mazelet, qui deviennent encore plus prudentes dans leurs lettres avec leurs familles.<\/p>\n<p><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-10231\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/01\/TosatoSabatierClement_74-1.jpg\" alt=\"\" width=\"262\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/01\/TosatoSabatierClement_74-1.jpg 262w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/01\/TosatoSabatierClement_74-1-173x260.jpg 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 262px) 100vw, 262px\" \/><\/p>\n<p><strong>VI.\u00a01801 Le pupille devient tsar<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 la suite d\u2019un complot, Paul Ier est assassin\u00e9. Son fils Alexandre, qui aurait particip\u00e9 \u00e0 la machination, lui succ\u00e8de. La Harpe, alors \u00e0 l\u2019\u00e9cart de toute vie publique, rend visite \u00e0 son ancien \u00e9l\u00e8ve \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg. Dans une lettre \u00e0 sa m\u00e8re, dat\u00e9e du 2 ao\u00fbt 1801, le Vaudois raconte que les deux hommes se sont tomb\u00e9s dans les bras, en arrosant cette rencontre de larmes de joie.<\/p>\n<p>Toutefois, il convient de se garder de faire de l\u2019histoire sentimentale. \u00abL\u2019influence de La Harpe doit \u00eatre remise en perspective, car Alexandre Ier \u00e9tait entour\u00e9 d\u2019un conseil de jeunes r\u00e9formateurs lib\u00e9raux, qui ne voulaient pas que le Suisse devienne une \u00e9minence grise\u00bb, soutient Matthieu Cl\u00e9ment. \u00abCe n\u2019est pas avec le savoir laharpien que l\u2019on dirige un immense \u00c9tat\u00bb, ajoute Dani\u00e8le Tosato-Rigo. La Russie compte alors probablement pr\u00e8s de 40 millions d\u2019habitants.<\/p>\n<p>La Harpe retourne dans sa retraite de Plessis-Piquet, pr\u00e8s de Paris. Il continue \u00e0 \u00e9crire \u00e0 son ancien \u00e9tudiant, lui envoie des m\u00e9moires, le tient au courant de l\u2019actualit\u00e9 litt\u00e9raire et des publications importantes, mais il ne re\u00e7oit que peu de r\u00e9ponses. \u00abLe pr\u00e9cepteur voit son \u00e9l\u00e8ve au pouvoir. Or, les choix de ce dernier ne lui plaisent pas. Apr\u00e8s une p\u00e9riode r\u00e9formatrice, Alexandre Ier devient un roi de guerre, soit la n\u00e9gation de ce que voulait La Harpe\u00bb, remarque Dani\u00e8le Tosato-Rigo. Le tsar rejoint les coalitions des ennemis de Napol\u00e9on, avec la Prusse, l\u2019Empire d\u2019Autriche, la Su\u00e8de et l\u2019Angleterre. \u00abIl s\u2019agit donc presque d\u2019un divorce\u00bb, image l\u2019historienne.<\/p>\n<p><strong>VII. 1813 Vaud tremble&#8230; un peu<\/strong><\/p>\n<p>D\u2019abord, un petit rappel. En 1803, Napol\u00e9on signe l\u2019Acte de m\u00e9diation, qui cr\u00e9e un nouveau r\u00e9gime en Suisse. Le 14 avril, Vaud fait son entr\u00e9e dans la Conf\u00e9d\u00e9ration (qui compte dix-neuf cantons) et son Grand Conseil si\u00e8ge pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p>Une d\u00e9cennie plus tard, la situation de l\u2019Empire fran\u00e7ais est catastrophique. Apr\u00e8s la d\u00e9route de la B\u00e9r\u00e9zina (fin novembre 1812), la Grande Arm\u00e9e se replie. La Sixi\u00e8me Coalition, form\u00e9e autour de la Russie, la poursuit \u00e0 travers l\u2019Europe. Cette guerre interminable, qui s\u00e8me des millions de morts, touche la Suisse. Ainsi, le 21 d\u00e9cembre 1813, des troupes autrichiennes tr\u00e8s sup\u00e9rieures en nombre traversent le territoire helv\u00e9tique pour achever leur lutte contre Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>Pour les Bernois, qui ont perdu le territoire vaudois dix ans plus t\u00f4t, s\u2019agit-il d\u2019une occasion de revenir \u00e0 l\u2019Ancien R\u00e9gime? Le 24 d\u00e9cembre, une proclamation demande en effet aux cantons de Vaud et d\u2019Argovie de revenir dans le giron bernois. Dani\u00e8le Tosato-Rigo relativise cette affaire. \u00abD\u2019abord, ce document est unique. Ensuite, les Bernois ont tr\u00e8s rapidement consid\u00e9r\u00e9 que c\u2019\u00e9tait une erreur de vouloir revenir \u00e0 la situation d\u2019avant 1798.\u00bb Par contre, le Gouvernement vaudois, qui doit son existence \u00e0 la r\u00e9volution, a \u00ablargement diffus\u00e9 cette nouvelle, en construisant une rh\u00e9torique de la peur\u00bb.<\/p>\n<p>Fin d\u00e9cembre, La Harpe \u00e9crit \u00e0 Alexandre Ier, alors \u00e0 Fribourg-en-Brisgau avec son \u00e9tat-major. Sa lettre prend des airs d\u2019appel au secours. Le monarque rassure son ancien pr\u00e9cepteur dans une missive du 3 janvier 1814. L\u2019une de ses phrases, \u00abon ne souffrira pas que l\u2019existence des cantons de Vaud et d\u2019Argovie soit compromise ou inqui\u00e9t\u00e9e par celui de Berne\u00bb, a \u00e9t\u00e9 souvent cit\u00e9e par la suite.<\/p>\n<p>Cela ne fait toutefois pas d\u2019Alexandre le \u00absauveur\u00bb des Vaudois, une image que le Gouvernement de Lausanne a largement v\u00e9hicul\u00e9e \u00e0 des fins politiques. La popularit\u00e9 de l\u2019empereur sous nos latitudes est immense, comme en t\u00e9moigne l\u2019\u00e9pisode peu connu de sa visite manqu\u00e9e au bord du L\u00e9man en 1815. Ainsi que l\u2019\u00e9crit Dani\u00e8le Tosato-Rigo dans son article sur la \u00abGrande Peur\u00bb de 1814-1815 , \u00aben exigeant le maintien politique des anciens cantons, [le tsar] suit un plan clair: d\u00e9tacher la Suisse de l\u2019influence fran\u00e7aise sans qu\u2019elle ne devienne un glacis protecteur pour l\u2019Autriche par le triomphe des conservateurs bernois et grisons. Pour cela, il lui faut l\u2019appui des nouveaux cantons, et surtout celui du Canton de Vaud.\u00bb Ce n\u2019est donc pas uniquement par affection pour son ancien pr\u00e9cepteur qu\u2019agit Alexandre Ier, mais bien pour intervenir au c\u0153ur des affaires europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Le Congr\u00e8s de Vienne, qui r\u00e9unit les vainqueurs de Napol\u00e9on, se tient du 18 septembre 1814 au 9 juin 1815. La Harpe y repr\u00e9sente plusieurs cantons. Apr\u00e8s de nombreuses r\u00e9unions, le \u00abComit\u00e9 pour les affaires suisses\u00bb acte le maintien des cantons mais impose de lourds d\u00e9dommagements aux nouvelles entit\u00e9s. Scandalis\u00e9, le landamann vaudois Henri Monod, soit le pr\u00e9sident du Conseil d\u2019\u00c9tat en termes actuels, \u00e9crit au Rollois pour s\u2019en plaindre.<\/p>\n<p>La distance entre le tsar et ses anciens prot\u00e9g\u00e9s s\u2019accro\u00eet encore. En \u00e9t\u00e9 1815, Henri Monod adresse une lettre \u00e0 Alexandre Ier, dans laquelle il exprime ses craintes pour l\u2019avenir de son canton et celui de la Suisse. Retrouv\u00e9 dans des archives moscovites par Dani\u00e8le Tosato-Rigo, le brouillon de la r\u00e9ponse imp\u00e9riale \u2013 une version \u00e9dulcor\u00e9e est parvenue au landamann \u2013 trahit son agacement. En effet, une fois la Suisse pacifi\u00e9e par l\u2019intervention des puissances europ\u00e9ennes, \u00abAlexandre Ier a bien d\u2019autres choses \u00e0 l\u2019esprit, souligne Dani\u00e8le Tosato-Rigo. Il s\u2019est par exemple int\u00e9ress\u00e9 de pr\u00e8s aux \u00c9tats allemands, dont certains comme le Duch\u00e9 de Bade sont fortement li\u00e9s \u00e0 sa famille.\u00bb Enfin, le 26 septembre 1815, le monarque fonde la Sainte-Alliance, compos\u00e9e de l\u2019Empire russe, de l\u2019Empire autrichien et du Royaume de Prusse. Une coalition conservatrice et teint\u00e9e de mysticisme, destin\u00e9e \u00e0 emp\u00eacher les r\u00e9volutions populaires.<\/p>\n<p>\u00abAlexandre Ier rencontre La Harpe tr\u00e8s peu de temps avant. Ce dernier rapporte que les deux hommes ont eu une longue discussion \u00e0 c\u0153ur ouvert\u00bb, explique la professeure. Mais le tsar s\u2019est bien gard\u00e9 d\u2019avertir son ancien pr\u00e9cepteur de ses intentions. Ce dernier en sera choqu\u00e9 mais, dans ses m\u00e9moires, trouvera des excuses \u00e0 son \u00e9tudiant. Jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1825, l\u2019empereur se tourne de plus en plus vers la religion, s\u2019\u00e9loignant ainsi encore de son ma\u00eetre.<\/p>\n<p class=\"p1\"><b>VIII. 1815 Une vie dans les souvenirs<\/b><\/p>\n<p>Alexandre Ier et La Harpe ne se reverront plus. Le pr\u00e9cepteur, qui \u00e9crit encore \u00e0 son ancien \u00e9l\u00e8ve, classe et annote le mat\u00e9riel p\u00e9dagogique qu\u2019il a accumul\u00e9, constituant ainsi un fonds d\u2019archives tr\u00e8s pr\u00e9cieux pour les historiens. De son c\u00f4t\u00e9, la gouvernante Jeanne Huc-Mazelet maintient un lien fort avec \u00absa\u00bb princesse, Marie, qui r\u00e9side \u00e0 la Cour de Weimar. Cette derni\u00e8re demande encore des conseils \u00e0 son ancienne gouvernante, par exemple au sujet de l\u2019\u00e9ducation de ses enfants. L\u00e0 \u00e9galement, les archives laiss\u00e9es par la Morgienne, d\u00e9pos\u00e9es \u00e0 la Biblioth\u00e8que cantonale et universitaire, montrent \u00e0 quel point les deux femmes restent attach\u00e9es l\u2019une \u00e0 l\u2019autre. \u00abMarie \u00e9crit m\u00eame dans une lettre qu\u2019\u00e0 chaque d\u00e9cision qu\u2019elle prend, elle entend la voix de Jeanne Huc-Mazelet\u00bb, indique Dani\u00e8le Tosato-Rigo.<\/p>\n<p>Sur le plan mat\u00e9riel, les gains accumul\u00e9s en Russie permettent \u00e0 Esther Monod et \u00e0 Jeanne Huc-Mazelet de disposer de suffisamment de fortune pour vivre \u00e0 l\u2019abri du besoin, et en toute ind\u00e9pendance, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 ce statut n\u2019est de loin pas \u00e0 la port\u00e9e de toutes les femmes.<\/p>\n<p><strong>IX. Et apr\u00e8s?<\/strong><\/p>\n<p>Au risque de perp\u00e9trer un anachronisme, peut-on parler de \u00abdiplomatie p\u00e9dagogique\u00bb? C\u2019est permis, sourit Dani\u00e8le Tosato-Rigo. Les petits-enfants de Catherine II poss\u00e8dent une bonne connaissance de la Suisse gr\u00e2ce \u00e0 leurs pr\u00e9cepteurs et \u00e0 leurs gouvernantes. Par le jeu des recommandations, ces derniers permettent \u00e0 certains membres de leurs familles ou \u00e0 d\u2019autres compatriotes de faire carri\u00e8re au pays des tsars.<\/p>\n<p>En 1816, la Russie inaugure une mission permanente \u00e0 Berne. Un document officiel mentionne que les institutions p\u00e9dagogiques suisses figurent parmi les meilleures qui soient. L\u2019histoire ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0, car le r\u00e9seau mis en place par les p\u00e9dagogues suisses joue un r\u00f4le tout au long du XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Article suivant : <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/le-jour-ou-les-vaudois-nont-pas-vu-le-tsar\/\">Le jour o\u00f9 les Vaudois n\u2019ont pas vu le tsar<\/a><\/p>\n<h3>A lire<\/h3>\n<p><em>Le g\u00e9n\u00e9ral von B\u00fclow embauche: un recrutement de gouvernantes et de domestiques suisses pour le Corps des Cadets de St-P\u00e9tersbourg au XVIIIe si\u00e8cle.<\/em> Par Anne-Laure Sabatier (2019). Sur demande aupr\u00e8s de <a href=\"mailto:anne-laure.sabatier@unil.ch\">anne-laure.sabatier@unil.ch<\/a><\/p>\n<p><em>L\u2019appel de l\u2019Est.<\/em> Par Dani\u00e8le Tosato-Rigo et Sylvie Moret Petrini. UNIL (2017), 64 p.<\/p>\n<p><em>Jeanne Huc-Mazelet. Je suis moi, ils sont eux.<\/em> \u00c9d. Par Dani\u00e8le Tosato-Rigo, Genevi\u00e8ve Heller, Denise Francillon. \u00c9ditions d\u2019en bas (2018), 256 p.<\/p>\n<p><em>Pr\u00e9cepteurs et gouvernantes suisses \u00e0 la Cour de Russie \u00e0 l\u2019\u00e8re des r\u00e9volutions: autour de l\u2019affaire Du Puget-Sybourg.<\/em> Par Dani\u00e8le Tosato-Rigo. In: XVIII.ch. Annales de la Soci\u00e9t\u00e9 suisse pour l\u2019\u00e9tude du XVIIIe si\u00e8cle, no 10 (2019), p. 9-25.<\/p>\n<p><em>Anciens sujets, nouveaux cantons. Autour de la \u00abGrande Peur\u00bb de 1814-1815.<\/em> Par Dani\u00e8le Tosato-Rigo. In: De la crosse \u00e0 la croix. \u00c9ditions Alphil (2018), p. 53-75.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/lumieres.unil.ch\/projets\/la-harpe\">Le projet La Harpe et la Russie sur Lumi\u00e8res.Lausanne\u00a0<\/a><\/p>\n<p>Autour du tsar Alexandre Ier de Russie. Bulletin no 18 (2015) de l\u2019Association culturelle pour le voyage en Suisse. <a href=\"https:\/\/levoyageensuisse.ch\">levoyageensuisse.ch<\/a> (version \u00e9lectronique gratuite, sur papier pour 5 francs aupr\u00e8s de <a href=\"mailto:beatrice.lovis@unil.ch\">beatrice.lovis@unil.ch<\/a>).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des ann\u00e9es 1760 jusqu\u2019au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, la Suisse romande et la Russie imp\u00e9riale ont entretenu un lien particulier. 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